I66MC72) ORDONNANCES GÉNÉRALES
parlement de Paris. C'est, à tout prendre et en ne considérant que les faits généraux, un spectacle digne d'attention que celui de ces grands corps laborieusement appliqués à faire surgir les maximes de notre droit politique du sein des discordes civiles, et demandant plus d'une fois à la couronne, pour prix de leur dévouement, de consentir à rendre moins petite la sphère des libertés du pays. Ce ne sont point, malgré des erreurs individuelles, des noms à dédaigner que ceux des L'Hospital, des Séguier, des Bignon, des Talon, des Harlay, des Molé et des d'Aguesseau ; ces hommes illustres, ces magistrats intrépides révélèrent à notre admiration, et pour l'enseignement de la France, un nouveau genre de grandeur d'âme que nous appelons le courage civil ; plusieurs rehaussèrent leur patriotisme par les vertus chrétiennes, et ce furent eux, enfin, qui, dans l'asservissement du corps social, gardèrent le plus longtemps le dépôt des droits méconnus. Honorons-les, même en faisant la part de leurs erreurs, d'avoir contribué à asseoir l'autorité des princes sur la loi, et d'avoir légué à nos cours de justice modernes des exemples impérissables de droiture, de zèle et de désintéressement.
Deux ans plus tard, au mois d'août 1669, une nouvelle ordonnance compléta celle de 1667. A la même époque parut le célèbre Edit portant règlement général pour les eaux et forêts. Puis, au mois d'août 1 670 et au mois de mars 1673, furent publiées Y Ordonnance criminelle et l'Ordonnance du commerce. On a reproché à l'ordonnance criminelle un système de pénalité excessif; mais cette sévérité était conforme aux mœurs,
aux idées du temps , et peut-être y eût-il eu danger pour la société à fâire autrement. Au nombre des vastes travaux de cette époque , le règlement sur les eaux et forêts est encore apprécié aujourd'hui pour la sagesse de ses vues. Médité et préparé pendant huit années par Colbert et par vingt et un commissaires choisis parmi les hommes spéciaux les plus habiles qu'il put réunir de tous les points du royaume, ce règlement eût suffi pour illustrer un ministre. Depuis Charlemagne, qui avait aussi organisé le service si important des eaux et forêts, une multitude de lois confuses, contradictoires, étant survenues, les préposés, sans direction et sans responsabilité, permettaient à la cupidité particulière les envahissements les plus préjudiciables au bien public. L'édit général sur les eaux et forêts fixa les conditions de l'administration et de la juridiction des gruyers, verdiers et autres agents de ce service, dont l'institution remontait à une époque fort ancienne. Les juridictions spéciales des maîtres ès eaux et forêts étaient maintenues, ainsi que les tribunaux inférieurs des gruyers et des verdiers. Le nouveau règlement réduisit le personnel surabondant des anciens fonctionnaires, fixa des attributions précises aux officiers maintenus , fonda l'Unité de système dans toutes les provinces et l'uniformité de jurisprudence pour tous les délits; il fit constater avec exactitude la contenance et l'étendue des bois , détermina leur mode de conservation et d'aménagement, les précautions et les formalités relatives aux coupes et à la vente de leurs produits. Ainsi Colbert arrêta le dépérissement des forêts et assura à