‹ Histoire de FranceChapitre 64 sur 192 · CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES

garchie on ne préférât l'autorité d'un seul, sous Je sceptre duquel toutes les tètes «étaient pareillement abaissées, pareillement hautes. Ajoutons à cela que Sa Majesté ne pardonnait à aucun des auteurs de l'ancienne révolte ; le grand Condé lui-même était reçu froidement à la cour; les registres de l'Hôtel-de- Ville dressés pendant la Fronde avaient été honteusement lacérés par ordre du roi , et la littérature , si populaire, si remarquable, si bien faite pour réagir sur l'opinion , n'avait de bouches que pour encenser le monarque et livrer au mépris les souvenirs de l'époque où Louis XIV enfant avait fui devant des sujets rebelles. C'est à ce point de vue que ces questions étaient jugées*

Si Louis XIV eût eu l'intelligence des besoins de l'avenir, s'il se fût montré mieux éclairé sur ce qui fait la force des trônes dans les limites où l'humanité se remue j il eût peut-être cherché à asseoir son édifice monarchique sur des bases plus larges que le pouvoir d'un seul et l'inviolabilité du despotisme. Sans doute il fit quelque chose de semblable en identifiant , autant que possible, la doctrine de la fidélité aux ordres du roi et de l'obéissance passive des sujets avec les préceptes saints de la religion ; sans doute la politique lui conseilla de présenter aux peuples le régime de la royauté absolue comme un dogme nécessairement lié

a la fortune de l'Eglise catholique ; mais cette tentative , plusieurs fois essayée par ses prédécesseurs , et toujours sans succès durable , ne pouvait tromper les esprits que pour un temps. La vérité religieuse est seule immuable , seule elle a pour elle les temps et

les lieux, seule elle demeure. Voilà pourquoi la religion du despotisme* n'a que des destinées variables , pendant que l'Église catholique subsiste pour jamais.

Louis XIV abolissait de fait l'ancienne constitution française, la monarchie des états généraux et des parlements; il y substituait l'autorité d'un seul homme s'exerçant sans contrôle/sans autre responsabilité que celle dont Dieu est juge.

L'histoire du passé protestait contre cette usurpation ; de Clovis à Richelieu , qui le premier y avait aspiré, personne n'avait pu l'accomplir jusqu'au bout. Et ici encore qu'il nous soit permis de jeter un regard rétrospectif sur les annales politiques de notre pays. Il est bon de placer plus d'une fois sous les yeux du lecteur les titres de la nation française.

Les Mérovingiens étaient des chefs militaires qui gouvernaient, au moins de droit, de concert avec les assemblées nationales, représentant les hommes libres. Sous les Carloyingiens le pouvoir des souverains était contre-balancé par la double influence de la noblesse et du clergé. Sous les premiers Capétiens les rois n'étaient que les chefs de la hiérarchie féodale , les possesseurs du plus illustre des fiefs, ayant droit à tribut et à hommage, et à qui le premier venu des grands vassaux pouvait demander : Qui t'a fait roi? Quand ils voulurent résister à la féodalité , ils n'invoquèrent point un principe d'obéissance passive que chaque feudataire eut repoussé ; ils se firent des points d'appui dans la nation en hâtant l'émancipation des classes bourgeoises. De cette quadruple existence des rois, des seigneurs, du clergé et des communes, na-

Page 1