CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES
quit le régime des états généraux, et, jusque sous Louis XIII, cette forme de gouvernement fut légitime et nationale. A Louis XIV seul appartint d'obtenir, par la force et la séduction, ce que tant de Capétiens avaient inutilement essayé avant lui , l'établissement du pouvoir monarchique absolu.
Cependant Louis XIV devait prévoir que le principe qu'il posait serait un jour dangereusement battu en brèche. 11 eût été prévoyant de sa part de chercher une combinaison gouvernementale moins exposée aux attaques de l'avenir par cela seul qu'elle aurait eu plus de racines dans le passé.
Toute brisée et déchue que fût l'antique noblesse française, elle n'avait pas en vain possédé le sol et la prépondérance pendant huit siècles; ces précédents lui avaient créé des droits et des titres, ils l'avaient rendue , même après sa chute , un élément considérable de la force du pays. Louis XIV en fut jaloux; il suivit à son égard un système de dépossession continue; de cette brillante chevalerie il peupla ses camps et ses antichambres, la décimant par la guerre, la dégradant par la domesticité, la ruinant systématiquement par les carrousels et la représentation théâtrale. Or, nous ne craignons pas de l'affirmer, il eût été plus sage et plus moral d'agir autrement avec elle, et d'utiliser au profit du trône et de la France ce principe aristocratique encore vivace. Sans doute il ne pouvait être question de lui rendre ses prérogatives, dont il avait tant abusé; mais on pouvait donner une direction régulière à son activité et à son énergie. Nous croyons que le moment était mûr pour
constituer dans le gouvernement français une Cli ambre haute , un conseil consultatif élu dans le sein de la noblesse , et qui eut hérité des attributions que cet ordre avait eues dans la composition des états généraux ; la chambre des Lords d'Angleterre offrait un modèle qu'on eût pu suivre avec prudence, et autant que le permettait la diversité des mœurs.
Quelques développements feront encore mieux connaître notre pensée.
Ce ne fut pas en un jour que les nobles et les seigneurs quittèrent leurs manoirs et déposèrent leurs rancunes pour passer du rôle de quasi-souverains à celui de courtisans idolâtres de la royauté. En ces temps où l'aristocratie pouvait se suffire à elle-même, beaucoup de ses membres, particulièrement dans les provinces éloignées, gardèrent, avec un profond respect pour le roi, le sentiment non moins vif de leur propre importance. Ces résistances toujours silencieuses ne laissèrent que peu de traces dans les souvenirs , et, comme le glorieux règne de Louis XIV devait durer autant que deux générations, les éléments féodaux se détachèrent l'un après l'autre de leur principe; mais la révolution fut plus lente qu'on ne pense à s'accomplir.
L'attrait du plaisir, l'ardeur du luxe , la concurrence perpétuelle des vanités, tels furent les moyens qu'à l'imitation de Mazarin , et plus heureusement que lui , Louis XIV employa pour appeler et retenir à la cour l'élite de cette noblesse dont il redoutait les droits. En cela il agit moins par calcul que pour satisfaire ses goûts personnels; mais ses penchants le