‹ Histoire de FranceChapitre 67 sur 192 · I68M672] ABDICATION DE LA BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

I68M672] ABDICATION DE LA BOURGEOISIE

tice de la splendeur du commerce et de la grandeur des entreprises de ses sujets.

La bourgeoisie allait d'ailleurs d'elle-même à la servitude comme sous un abri nécessaire. Ce corps, essentiellement jaloux des supériorités, vraies ou fausses, dçnt l'éclat le mécontente , se réfugie volontairement sous le pouvoir absolu, pourvu du moins que les grands aient leur part de l'abaissement commun. La bourgeoisie avait aimé Louis XI parce qu'il subjuguait les nobles aussi bien que les gens du peuple ; elle se passionna pour Louis XIV, qui, plus humain et plus digne des hommages publics, élevait le tiers-état au rang de nation, et portait de rudes coups au principe féodal. Elle lui pardonnait son despotisme, et, pour mieux dire, elle l'approuvait. On avait trop souffert des secousses de la révolte et du désordre. L'industrie avait chômé, le commerce s'était ralenti, et voilà que , grâce au triomphe de la royauté et au rétablissement de la tranquillité publique, les affaires avaient repris un cours prospère et reçu une impulsion inaccoutumée. Qu'avait-on besoin de contrarier l'exercice d'un pouvoir dont l'action était si bienfaisante? Vivait-on de phrases creuses et d'arrêts du parlement? N'avait-on pas sous les yeux, par l'exemple de l'Angleterre, la preuve terrible des malheurs auxquels on s'expose en entrant dans la voie de la rébellion ?

Ce fut encore là des sentiments dont Louis XIV se montra dupe , parce qu'il ajouta foi à leur perpétuité. Il ne vit pas que, les iutérêts matériels se trouvant assouvis et repus , la bourgeoisie ne se contenterait pas de la part qui lui était faite, et qu'elle cherche-

rait plus haut des satisfactions orgueilleuses , disons mieux , sous beaucoup de rapports l'exercice de droits légitimes, parmi lesquels se trouverait en première ligne l'admission égale aux emplois civils, judiciaires et militaires; il ne comprit pas que les résistances contre lesquelles ces prétentions allaient un jour, se heurter irriteraient les instincts politiques de la classe moyenne et la porteraient à envahir par la force ce qu'on lui refusait au nom des traditions. Quoique étouffés au profit de Tordre monarchique, les troubles de la Fronde et les orages de la Ligue avaient suffisamment révélé Ja force de la bourgeoisie et la puissance déjà menaçante du tiers-état pour que le gouvernement de Louis XIV avisât au moyen de discipliner cet élément et de lui tracer un lit. Il était facile de prévoir que, faute de cette précaution, les classes auxquelles on fermait les avenues du pouvoir, et qu'on cherchait à parquer dans l'obéissance muette, feraient un jour irruption et déborderaient violemment sur le pays. Au dix-septième siècle la bourgeoisie, toute dévouée à Louis XIV, se serait trouvée hère et satisfaite qu'il plût au roi de rendre à ses fidèles communes les privilèges dont elles avaient joui sous le régime des états généraux, et de les faire entrer pour quelque chose dans le vote des subsides et delà législation de la France. L'organisation d'une Chambre basse n'eût présenté alors aucun danger ; elle eût été , au contraire, un auxiliaire admirable pour la royauté, un intermédiaire puissant entre le trône et la double agression des grands et du peuple. Les temps étaient venus pour cette institution.

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