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CONDITION SOCIALE DE LA FRANCE

C'était donc lorsque Louis XIV jouissait de la plénitude de sa puissance , lorsqu'il avait affranchi de tout obstacle le développement du principe monarchique, qu'il était possible de prévoir et d'empêcher la révolution de 1789. Pour le faire il ne s'agissait point d'innover, mais de se servir des ressources qu'on avait sous la main ; pendant que l'on organisait tous les rouages de l'administration , il était sans doute possible de régulariser le mécanisme des états généraux et de mettre cette institution en harmonie avec les besoins présents. Ainsi la France , déjà mûre pour l'exercice des droits dont elle avait été primitivement investie, serait entrée sans secousse dans la voie de la monarchie tempérée ; la prudence de son roi l'aurait sauvée de la sanglante crise dont nos pères ont été témoins et victimes. Louis XIV ne le pressentit point; il ne vit pas qu'il léguait à ses héritiers un trône qui devait être souillé parle bourreau. Ne nous en étonnons point trop longtemps; si haut placés que soient les hommes , leur mission est bornée, et c'est déjà beaucoup s'ils savent répondre aux nécessités contemporaines. N'est-ce pas être bien exigeant que de leur demander de disposer d'avance de l'avenir?

On se ferait d'ailleurs une idée inexacte de l'état socîal de la France sous le règne de Louis XIV si l'on ne voyait dans ce pays qu'une noblesse déchue en tant que puissance , mais consolée par les honneurs , placée en face d'une bourgeoisie riche et considérée, et fonctionnant , l'une et l'autre , sous l'abri du pou* voir royal. Cette situation était celle de Paris et des

villes, mais les grands ministres qui avaient réprimé la féodalité dans son action contre la monarchie l'avaient laissée libre d'agir contre les habitants des campagnes. Ceux-ci étaient encore livrés sans défense à l'arbitraire des seigneurs et réduits à une assez humble condition ; mais Louis XIV, en prenant en mains les rênes du gouvernement , écouta les sages conseils du ministre Colbert , et se mit en devoir de protéger le pauvre peuple contre la tyrannie des seigneurs qui abusaient de leurs privilèges. Il le fit par le sentiment de la justice, et surtout par ce besoin d'ordre et de centralisation qui sans relâche le tourmentait. Et maintenant un mot sur la situation de l'habitant des campagnes.

Grâce aux affranchissements successifs provoqués ou opérés depuis cinq siècles , il y avait alors trèspeu de localités où le paysan fût encore serf, et, quand il s'obligeait à un service , c'était par suite de concessions de terre. Presque toute la campagne se composait de communaux payant une redevance fixe et ne dépendant que du bailli pour les causes judiciaires , et en dernier ressort du Parlement. Le système féodal, en tant que grande organisation militaire, n'existait plus, mais a terre était encore soumise à la juridiction que la féodalité avait introduite. Il y avait des fiefs , des francs-alleux , et cette hiérarchie obligeait à des devoirs et à des redevances , le plus souvent en argent, en nature, d'autres fois à des obligations corporelles, telles que la corvée ou le service de la milice. Le seigneur avait haute et basse juridiction dans ses domaines, mais les limites de

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