FÊTES ROYALES
évita d'aggraver dans la forme tout ce qui pouvait paraître humiliant au gouvernement de Sa Sainteté. Le légat du pape, qui se rendit en France pour faire réparation au roi , fut reçu à Paris en grande pompe. Tout le clergé régulier et séculier vint le trouver procession nellement, avec la croix et la bannière, à l'abbaye Saint-Antoine , où il attendait ses hommages, assis pontificalement sous un dais, revêtu de la pourpre romaine, entouré de plusieurs seigneurs et de quelques évêques. Ce fut là que se rendirent, pour le saluer, avec de nombreuses marques de respect, le prévôt des marchands, les échevins de Paris, le corps des officiers de la ville,le Parlement, la Chambre dés comptes, la Cour des aides, la Cour des monnoies et les magistrats du Châtelet. ïl fit ensuite son entrée dans Paris , précédé et suivi d'un brillant cortège, au milieu duquel on remarquait le prince de Condé, le duc d'Enghien et des gentilshommes d'élite. A Notre-Dame le cardinal légat fut reçu par l'archevêque de Paris et le clergé , selon le rit accoutumé , et rien ne fut négligé de ce qui devait avoir pour résultat d'adoucir ou d'atténuer ce qu'il y avait de pénible dans la mission imposée à l'envoyé du chef de l'Église.
A la cour il y avait des heures consacrées aux fêtes splendides, et les contemporains nous en ont légué la minutieuse description. Au mois de février ( 1664) on donna un grand bal au Palais-Royal , sous le titre de ballet des Amours déguisés, et le roi costumé y fît remarquer son adresse et sa bonne grâce à la danse. La seconde fête, appelée les Plaisirs de Vile enchantée, se donna à Versailles le 5 mai et dura jusqu'au 14. Dans
l'un de ces fastueux divertissements, le roi représentait l'un des héros de Y Arioste, le paladin Roger ; le harnais de son coursier était couleur de feu, le hennissement du palefroi faisait retentir le palais de la fée. Le duc de Guise représentait Oger le Danois; le comte d'Armagnac, Aquilanle Noir; le duc d'Orléans faisait Roland. On y voyait des chars couverts d'or, des monstres célestes, le serpent Python, le Temps avec sa faux et sa vieillesse décrépite, les douze Heures avec les signes du zodiaque , des pages, des chevaliers avec des vestes couleur de feu, enrichies d'argent. Des frais énormes eurent lieu à l'occasion de cette réjouissance théâtrale. Au dire des historiens qui nous en ont transmis le souvenir, « le roi y traita plus de six cents personnes , outre une infinité de gens nécessaires à la danse et à la comédie, et d'artisans de toutes sortes venus de Paris pour un si beau dessein (i). » Les mêmes annalistes disent encore : « Le ciel sembla favoriser la fête, puisqu'en une saison presque toujours pluvieuse on en fut quitte pour un peu de vent, qui sembla n'avoir augmenté qu'afin de faire voir que la prévoyance et la puissance du roi éloient à l'épreuve des plus grandes incommodités (2). » Il y a peut-être un peu d'ironie dans cette réflexion, mais le récit prouve que dès Louis XIV les historiographes de fêtes royales se plaisaient à tenir compte du beau temps et de la sérénité du ciel , comme d'une sorte d'adhésion donnée parle Tout-Puissant à la politique, à la gloire et aux droits des princes terrestres. Quoi
(1) H. P. de Limiers, t. II, p. 56, ann. 1664. (a) Id., ibid.