FÊTES ROYALES
qu'il en soit , l'historien de Louis XIV ajoute : « De hautes toiles , des bâtiments de bois faits presque en un instant , et un nombre prodigieux de flambeaux de cire blanche, pour suppléer à plus de quatre mille bougies chaque journée, résistèrent à ce vent(i). » De nos jours ces splendeurs paraîtraient mesquines si on les comparait aux moindres fêtes de l'hôtel de ville de Paris; au dix-septième siècle elles surprenaient, elles ravissaient les esprits, et la foule dorée des courtisans ne pouvait se lasser d'admirer « la course de bague, la collation ornée de machines, la comédie de Molière intitulée la Princesse dElide et le ballet du palais d'Alcine (2). «Au milieu de ces pompes, mademoiselle de Brie, de la troupe de Molière, vint adresser des versa la reine, tandis que les douze signes du zodiaque et les quatre Saisons dansaient un ballet. Le Printemps, vêtu en vert et chamarré de broderies d'argent , montait un cheval d'Espagne ; l'Été paraissait sur un éléphant , l'Automne sur un chameau et l'Hiver sur un ours. Ensuite se déploya une magnifique table, qu'entourait le quadrille de l'Abondance , de la Joie, de la Propreté et de la Bonne Chère. Des masques brillamment vêtus soutenaient deux cents flambeaux de cire blanche qui portaient chacun vingt-quatre bougies. L'Aurore chantait un beau récit": c'était le réveil pour la chasse. « 11 faut, dit Benserade, avoir vu M. de Molière, qui dormoit sous l'habit de Lisiscas, et les figures inimitables qu'il fit en s'éveillantau bruit des veneurs , pour juger de ce jeu de théâtre , dans lequel
(i) H. P. de Limiers, t. II, p. 56.
(a) Id., ibid.
aucun de ceux qui l'ont copié depuis ne l'a jamais bien imité. Enfin, Lisiscas s'étant mis aussi à crier de toute sa force, plusieurs cors et trompes de chasse se firent entendre, et, concertés avec les violons, commencèrent l'air d'une entrée sur laquelle six valets de chiens dansèrent avec beaucoup de justesse et de disposition , représentant à certaines cadences le son de leurs cors et de leurs trompes. » Remarquons en passant que ces fêtes de cour, bien que trop souvent données pour complaire aux favorites du roi, avaient néanmoins un but plus élevé et entraient, en quelque sorte, dans le système monarchique de Louis XIV. « Les plaisirs honnêtes, disait ce prince, délassent du travail, fournissent de nouvelles forces pour s'y appliquer, servent à la santé, calment les troubles de l'âme et l'inquiétude des passions, inspirent l'humanité, polissent l'esprit, adoucissent les mœurs, et ôtent à la vertu je ne sais quelle trempe trop aigre qui la rend quelquefois moins sociable, et par conséquent moins utile (i). » Le royal écrivain ajoutait : « Je veux qu'un prince et un roi de France considère quelque chose de plus dans ces divertissements publics qui ne sont pas tant les nôtres que ceux de notre cour et de tous nos peuples. 11 y a des nations où la majesté des rois consiste, pour une grande partie, à ne se point laisser voir, et cela peut avoir ses raisons parmi des esprits accoutumés à la servitude, qu'on ne gouverne que par la crainte et la terreur; mais ce n'est pas le génie de nos François, et, d'aussi loin que nos annales nous en peuvent ins-
(i) Mémoires historiques de Louis XI F, t. Ier, p. 190.