EXPÉDITIONS AU DEHORS
truire, s'il y a quelque caractère singulier dans cette monarchie , c'est l'accès libre et facile des sujets au prince; c'est une égalité de justice entre lui et eux, qui les tient pour ainsi dire dans une société douce et honnête, nonobstant la différence presque infinie de la naissance, du rang et du pouvoir.... Celte liberté, cette douceur, et pour ainsi dire cette facilité de la monarchie, avoient passé les justes bornes durant les troubles de ma minorité et de mon État... Mais plus j'étois obligé à retrancher de cet excès, et par des remèdes peu agréables , plus il falloit conserver et cultiver avec soin tout ce qui, sans diminuer mon autorité et le respect qui m'étoit dû, lioit d'affection avec moi mes peuples , et surtout les gens de qualité , afin de leur faire voir par là même que ce n'étoit point ni aversion pour eux, ni sévérité affectée , ni rudesse d'esprit, mais simplement raison et devoir, qui me rendoient en d'autres choses plus réservé et plus exact à leur égard (i). » Ces considérations sont empreintes de sagesse, mais elles étaient bien souvent imaginées après coup, et le roi aimait volontiers, alors qu'il organisait des réjouissances destinées à favoriser les passions , paraître aux yeux de ses sujets et à ses propres yeux obéir à un système de gouvernement empreint de dignité et de prévoyance. Que de petits mobiles trop souvent dissimulés sous la pompe des mots !
Les troupes rassemblées à l'entrée de l'hiver pour envahir les Etats de l'Église se trouvaient alors inoccupées, et la noblesse française , lasse d'une paix de
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quatre ans, commençait à rêver des occasions de batailles et de beaux faits d'armes. Il y avait mieux à faire qu'à tourner le courage national contre le pape ; les nations infidèles, qui , depuis Mahomet II , prenaient leur revanche des croisades, continuaient d'apparaître menaçantes, soit en Orient, soit sur les bords du Danube. L'empire ottoman s'était relevé peu à peu, et le fanatisme de ses peuples les portait sans cesse à violer les capitulations conclues avec les nations chrétiennes. Les ambassadeurs de France à Constantinople avaient été insultés, la garde des lieux saints enlevée aux religieux français qui en avaient toujours eu le privilège ; à plusieurs reprises les corsaires turcs avaient porté la dévastation et le pillage sur les côtes de la Méditerranée et dans nos établissements d'Afrique. C'était le moment où les armées ottomanes se disposaient à attaquer les chrétiens de Hongrie et redoublaient d'efforts pour enlever l'île de Candie à la république de Venise. Bien qu'on ne fût point en guerre ouverte avec l'empire turc, Louis XIV résolut de soutenir de ses armes les puissances chrétiennes exposées aux attaques des infidèles. Il envoya à l'empereur d'Allemagne un corps auxiliaire de six mille hommes, commandés par les comtes de Coligny et de La Feuillade, et cette petite armée se distingua, le Ier août 1664, au combat de Saint-Gothard , où le grand-visir Kiupruli fut vaincu par les Impériaux, aux ordres du célèbre Montécuculli. Dans cette journée périrent, en donnant l'exemple du courage, le comte de Mouchi, colonel du régiment d'Auvergne, qui servait à titre de volontaire ; le jeune SUleri, enseigne