‹ Histoire de FranceChapitre 77 sur 192 · INCIDENTS · texte numérisé non relu

INCIDENTS

sous le nom de Mazarin. Le père et le fils furent reçus le même jour, le père dans celle de la Meilleraie, et le fils dans celle de Mazarin.

En 1664, labaronniede Saint-Âignan, après avoir passé dans la maison de Beauvilliers en 1^96, par mariage, fut érigée en duché-pairie en faveur de François de Beauvilliers. Son fils fut gouverneur des ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berri.

Le comté de Noailles et le marquisat de Coislin furent érigés en duchés- pairie.

Les chroniqueurs avides d'anecdotes piquantes et de scandales de cour eurent à enregistrer un incident imaginé par une cabale hostile à mademoiselle de La Vallière. Cette coterie, à la tête de laquelle on faisait figurer la jeune duchesse d'Orléans, belle-sœur du roi, avait imaginé de dévoiler à la reine de France les adultères de son mari. Pour mieux en venir à ses fins, on fabriqua une fausse lettre que Philippe IV, roi d'Espagne, aurait écrite à sa fille. La supercherie était trop grossière pour ne pas être découverte, et Marie* Thérèse n'hésita pas à montrer à Louis XIV la prétendue missive de son père. Les auteurs de cette intrigue furent reconnus : le roi pardonna à Madame, le comte de Guiche fut exilé, de Vardes fut mis en prison, où il demeura longtemps , et la comtesse de Soissons fut envoyée dans le gouvernement de Champagne qu'avait son mari. De Vardes était le plus coupable de tous; non-seulement il avait composé la lettre, que le comte de Guiche avait traduite en espagnol, mais il en avait jeté le soupçon sur la duchesse de Navailles, dame d'honneur delà reine. Cette calomnie fit perdre

au mari et à la femme leurs emplois. Le duc fut forcé de vendre sa charge de lieutenant des chevau-légers au duc de Chaulnes, pour cinq cent mille francs, et son gouvernement du Havre au duc de Saint-Aignan, pour trois cent raille francs. La duchesse fut aussi obligée de se défaire de sa charge de dame d'honneur en faveur de madame de Montausier, pour cent cinquante mille livres. Ainsi la punition atteignit les innocents aussi bien que les coupables.

Depuis cette aventure de cour, Louis XIV, trompé par ceux qu'il honorait de son amitié la plus intime, devint si soupçonneux qu'il commença à croire plus difficilement à la probité , et que surtout les gens d'esprit, d'un caractère décidé, lui faisaient ombrage. « Avoir le cœur haut, dit Saint-Simon, se sentir, se respecter, être instruit , tout cela lui devint suspect, non-seulement dans ses courtisans , mais encore dans ses généraux et ses ministres , desquels cependant ces qualités devroient être exigées, comme plus nécessaires à eux qu'à d'autres. »

Saint-Simon ajoute :

« Il renforça alors l'air imposant que la nature lui avoit donné, sans pourtant rien diminuer de la politesse qu'il tenoit de sa mère, et qui fut toujours extrême. Il ne resta de familiers auprès de lui que ceux qui l'avoient dompté par l'âge et par l'habitude, qu'il n'avoit pas choisis ni approchés , mais qui se trouvèrent en place; encore falloit-il qu'ils eussent une sorte d esprit qu'il ne craignît pas. Tels étoient Vivonne , premier gentilhomme de la chambre, homme à saillies, amusant, sans méchanceté ni ma-

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