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LE DUC DE LAI ZI N

lice, entendant bien la plaisanterie et s'y prêtant de bonne grâce ; Créqui, dans la même charge , dont la vie , tout occupée de plaisirs, de bonne chère et du plus gros jeu, rassuroit le roi dans l'habitude de familiarité qu'il avoit avec lui ; du Lude, aussi premier gentilhomme , et que son goût exclusif pour les modes, le bel air, la galanterie et la chasse, rendoit aussi peu redoutable que les deux premiers. Louis s'accommodoit d'eux , et d'un petit nombre d'autres qui leur ressembloient; mais point de favoris, si ce n'est le duc de La Rochefoucaud, fils du frondeur, pour lequel il marqua toujours une estime et une amitié de préférence. »

Vers le même temps on remarqua la faveur accordée par Louis XIV à Peguilin , depuis duc de Lauzun. o C'étoit, dit Saint-Simon, qui se plaît aux contrastes, c'étoit un petit homme blondasse, bien fait dans sa taille, de physionomie haute et d'esprit, mais sans agrément dans le visage, plein d'ambition, de caprices et de fantaisies, envieux de tout , jamais content de rien, voulant toujours passer le but, sans lettres, sans aucun ornement dans l'esprit, naturellement chagrin, solitaire, sauvage, fort noble dans toutes ses façons, méchant par nature, encore plus par jalousie, toutefois bon ami quand il vouloit l'être, ce qui étoit rare, volontiers ennemi même des indifférents, habile à saisir les défauts, à trouver et à donner des ridicules, moqueur impitoyable, extrêmement et dangereusement brave, heureux courtisan selon l'occurrence, fier jusqu'à l'insolence et bas jusqu'au valetage ; et , pour le résumer en trois mots, tel que ses actions le pein-

dront, le plus hardi, le plus adroit et le plus malin des hommes. » Saint-Simon ajoute :

« Peguilin, d'une bonne maison de Gascogne, riche comme ont coutume de l'être les cadets de ce pays, débarqua de sa province chez le maréchal de Grammont, cousin germain de son père. Ce maréchal étoit alors dans la plus grande considération à la cour, dans l'intime confidence la reine-mère et du cardinal Mazarin, et avoit le régiment des Gardes et la survivance pour le comte de Guiche, son fils. Celui-ci , la fleur des braves, le favori des dames, et le plus avant dans les bonnes grâces du roi et de la comtesse de Soissons, introduisit chez elle Peguilin, son cousin. Il se fit en peu de temps tellement goûter du roi que ce prince lui donna son régiment de dragons en le formant; bientôt après il le fit maréchal de camp, et enfin il créa pour lui la charge de colonel général des dragons. »

La reine-mère, en i665, supplia son fils de révoquer l'injuste décision qui éloignait delà cour le duc et la duchesse de Navailles , coupables seulement d'avoir refusé leur concours aux passions du roi, et qui, néanmoins, en demeurant fidèles à ce devoir de conscience, ne s'étaient jamais écartés du respect que Louis XIV avait droit d'exiger de ses sujets. Le roi ne voulut point rappeler près de sa personne le duc de Navailles , mais il consentit à lui accorder le gouvernement du pays d'Aunis , de la Rochelle et du Brouage.

En cette même année la reine-mère, retirée au Valde-Gràce, vit s'empirer le mal incurable dont elle souffrait depuis plusieurs années. Atteinte d'uu cancer

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trop longtemps dissimulé, elle consacra les derniers mois de sa vie à sanctifier ses douleurs et à les accepter en union avec celles du divin Rédempteur. Louis XIV, durant le cours de cette longue et cruelle agonie , se montra envers sa mère fils aimant et dévoué, la servant lui-même et lui prodiguant les marques de sympathie les plus touchantes. Les Mémoires contemporains parlent avec des détails très-circonstanciés de la maladie et de la mort d'Anne d'Autriche.

« La reine-mère ne vint pas avec nous(i), dit Mademoiselle, parce que son mal étoit augmenté , ce qui l'avoit même obligée de se mettre entre les mains d'un médecin de Bar-le-Duc nommé Alliot , qui prétendoit avoir un remède infaillible pour guérir toutes sortes de cancers. Deux jours après notre retour de Villers-Cotterets, l'on reçut la nouvelle de la mort du roi d'Espagne , dont les reines furent extrêmement affligées; nous prîmes le plus grand deuil du monde. Quelque temps après , la reine-mère se sentit tous les jours plus incommodée; Ton nous dit qu'elle s'étoit évanouie et alloit d'un lit à un autre; que ses femmes n'avoient pas eu la force delà porter , et que l'on avoit appelé quelqu'un ; que M. de Créqui s'étoit trouvé là et l'avoit rapportée dans son lit. J'allai l'après-dînerdece jour-là à l'abbaye de Saint-Antoine avec la reine , parce qu'il y avoit une dévotion. Lorsque nous fumes de retour on nous dit que la reine-mère avoit reposé ; nous la trouvâmescependant bien mal, et cette même nuit-là elle communia sur les quatre heures. Quoiqu'elle tînt tou-

(i) 11 s'agit ici d'un voyage de la cour à Villers-Cotterets.

jours dans ses mains un éventail de peau d'Espagne, cela n'empèchoit pas que Ton ne sentît sa plaie jusqu'à faire manquer le cœur. Le lundi elle fut encore plus mal ; on marchanda si on lui diroit l'état où elle étoit. On voyoit sa fin assurée et bien prochaine ; l'archevêque d'Auch lui dit : Madame, votre mal empire ; on vous croit en danger. Elle entendit ce langage et reçut ce discours avec des sentiments très-chrétiens. L'on fit descendre la châsse de sainte Geneviève. Le roi nous avoit toujours consultées savoir s'il le feroit; je lui dis qu'il ne falloit pas mettre les miracles à tous les jours ; que le mal de la reine étoit d'une nature à ne pouvoir guérir, à moins que Dieu n'en voulût faire un visible; que nous n'étions plus dans le temps qu'il les accordoit par des considérations humaines $ que nous n'étions pas assez gens de bien pour nous attirer sa bénédiction. 11 me répondit qu'il étoit de mon sentiment , mais que tout le monde lui couseilloit de le faire, et qu'on l'avoit assuré que c'étoit l'usage. J'apprisle lendemain qu'on l'alloit descendre. J'y courus, et l'après-dinée j'y retournai pour voir toutes les processions qui y venoient des paroisses voisines et des couvents. Je m'en allai au sortir de Sainte- Geneviève au salut à Saint-Séverin, où le Saint-Sacrement étoit exposé pour la reine. Après le salut je m'eu allai au Louvre , où l'on me dit qu'elle étoit encore plus mal que lorsque je l'avois quittée. On la pansa, ce qui me donna la curiosité de m'approcher. De la Lunée, qui étot un habile homme, me dit : Sa plaie est secitée; cesl une femme morte. Je vis que personne n'en prévenoit le roi; je lui dis : Sire, cela va mal; Votre

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Majesté deuroit commander à ses médecins et chirurgiens de lui dire la vérité , afin que l'on songeât à lui faire recevoir ses sacrements . Le roi suivit mon conseil et leur donna ordre de ne le pas flatter. Ils lui répondirent que, puisqu'il leur cotnmandoit de ne lui pas cacher son état, elle pouvoit mourir dans un moment et qu'il n'y avoit plus rien à espérer. Le roi appela M. d'Auch et M. de Montaigu , et leur dit qu'il alloit exhorter la reine à songer à la mort. Le dernier lui dit : « Ah ! Sire , elle est dans son redoublement, et, si on lui dit cela , on la fera mourir» » Le roi se récria : « Vous voulez donc qu'elle meure sans sacrements après une maladie de six mois? dit-il. Cela ne me sera pas reproché ; il n'est pas temps, dans l'état où elle est, d'avoir de la complaisance. » Tout le monde demeura d'accord qu'il avoit raison. Et, après avoir reçu Tordre de lui annoncer la mort , M. d'Auch le fit, et lui dit qu'elle n' avoit plus que peu de moments à vivre. Elle apprit cette nouvelle avec une force et une tranquillité chrétiennes, et avec une si vive crainte de la mort, en même temps , que l'un et l'autre état me surprirent. Elle demanda son confesseur et nous dit : Retirezvous, j'en ai plus besoin ni affaire de rien que de songer à Dieu. Le roi, la reine, Monsieur, Madame et moi nous allâmes dans son cabinet, pendant que l'on apporta Notre-Seigneur, et, pour n'y pas demeurer inutiles, on résolut comment on porteroit le deuil. On parla des autres affaires qu'il y avoit à régler, et du partage du logement de Saint-Germain. On dit que le roipartiroit pour aller à Versailles dès le moment qu'elle seroit morte , que Monsieur iroit à Saint-Cloud, et que

je demeurerois pour ordonner ce qui seroit nécessaire.

« Lorsqu'on nous dit qu'on portoit le Seigneur, nous allâmes dans la cour au-devant. M. d'Auch l'avoit été chercher à la paroisse. Il y avoitun monde infini dans la chambre. Le roi et Monsieur tinrent la nappe lorsque la reine communia ; après quoi elle appela le roi et la reine, Monsieur et Madame, l'un après l'autre , et, après avoir parlé à chacun en particulier, elle demanda le roi et la reine ensemble , et ensuite fit de même de Monsieur et de Madame. Cela dura peu. Je fus fort étonnée qu'elle ne dît rien à M. le Prince ni à moi, qui étions présents. Le roi alla reconduire le Saint-Sacrement jusqu'à la paroisse ; pour moi je n'allai que dans la cour. M. d'Auch revint se mettre auprès de la reine, d'où il ne sortit point jusqu'à sa mort. Jamais je n'ai entendu prélat si bien dire , ni parler de Dieu avec tant de zèle , de capacité et de piété.

« L'on envoya chercher l'Extrême-Onction, que l'on porta dans l'oratoire de la reine-mère par une porte de derrière ; elle la demanda , et dit que ses pieds se refroidissaient; on lui répondit que rien ne pressait ; elle répliqua : « Je crois que l'on n'aura pas loin à l'aller chercher, parce que j'ai entendu ouvrir la porte de mon oratoire. » On la lui donna. J'avoue que, lorsque je vis sortir ces beaux et grands flambeaux de cristal dont elle avoit paré son oratoire, avec tant de diamants , et une croix que ma grand'mère avoit fait faire avec tant de soin, je dis encore que j'avoue que je fis des réflexions qu'il seroit

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utile que j'eusse toujours présentes dans mon esprit pour connoître le néant de cette vie, et pour penser plus sérieusement que je ne fais à une autre qui ne finira jamais. Elle reçut ce dernier sacrement avec une dévotion qui ne peut s'exprimer. Nous conservons nos bonnes et nos méchantes habitudes jusqu'à la mort; j'en vis une preuve lorsqu'on lui mit les saintes huiles aux oreilles; elle dit : Ah ! madame deFleix, levez bien mes cornettes, de peur que ces huiles ri y touchent, parce qu'elles sentiroient mauvais. Ainsi elle porta l'aversion du malpropre jusqu'à sa mort. Monsieur lui baisa les pieds ; pour moi, quelque envie que j'eusse de le faire , je n'en eus pas la force. Un moment après l'on cria tout haut; le roi crut que l'on disoit qu'elle se mouroit; il tomba sur mademoiselle d'Elbeuf et sur moi quasi évanoui. Nous l'otâmes de la ruelle; M. le Prince et M. de Créqui le menèrent dans le cabinet. Il étouffait ; je lui jetai de l'eau sur le visage. Je vis qu'il ne revenoit point ; je m'avisai de le déboutonner. L'on fut auprès de la reine depuis dix heures et demie du soir jusqu'à* six heures et demie du matin. L'on empêcha le roi d'y revenir. J'avois une peine mortelle de voir qu'un monde infini de toutes sortes de gens la venoient voir et succédoient les uns aux autres sans discontinuer.

« Après minuit on commença à dire des messes dans un oratoire auprès d'elle ; à quatre heures , elle voulut qu'on en dit une de la Passion. Je l'entendis, et regardois la reine de temps en temps , parce qu'elle Tentendoit par la porte qui donnoit sur l'autel.

« Madame de Beauvais, sa première femme de

chambre, lui étoit venu rapporter, comme on lui annonçoit qu'elle n'avoit plus rien à espérer, qu'un astrologue avoit dit que, si elle passoit un mardi , elle ne mourroitpas. Elles'étoit souvenue de cette prédiction , et avoit demandé souvent quelle heure il étoit. 11 sembloit que ce souvenir lui donnât quelque espérance , et qu'elle eût une très-grande impatience que minuit fût passé..

« Le roi entendit la messe à six heures. J'entendis sonner la grosse cloche de Notre-Dame ; comme on ne le fait jamais que dans de grandes occasions, je dis : Von croit la reine morte ! Un moment après, Monsieur fit un grand cri; le médecin entra; le roi lui dit : Elle est donc morte?... Il répondit : Oui, Sire ! Le roi se mit à pleurer comme un homme pénétré de douleur. Madame de Fleix porta ses clefs au roi ; l'on alla dans le cabinet de la reine chercher son testament, qui fut lu devant toute la parenté, à à la réserve de Monsieur, qui ne voulut pas y demeurer. Après que M. Le Tellier eut achevé la lecture , le roi monta en carrosse pour s'en aller, et je m'en allai chez moi me coucher. »

La petite-fille de Charles-Quint était une femme d'un mâle courage , qui rappela souvent celui de Jeanne d'Albret , mère aussi d'un de nos plus grands rois. Elle sut triompher d'un grand nombre d'ennemis très-redoutables; mais on ne peut disconvenir qu'elle ne fut trop portée au despotisme. Sa beauté avait fait jadis beaucoup de bruit en Europe. On cite d'elle deux particularités dignes de mention : aimant passionnément les fleurs, elle ne pouvait supporter la

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