MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE
vue des roses , même en peinture. Cette reine était d'une délicatesse extrême sur tout ce qui touchait son corps; on avait peine à trouver de la batiste assez fine pour ses draps et ses vêtements. Le cardinal Mazarin lui dit un jour en plaisantant à ce sujet : Madame , si vous étiez damnée, votre enfer seroit de coucher dans les draps de toile de Hollande.
Jusqu'à la mort d'Anne d'Autriche la passion du roi pour mademoiselle de La Vallière avait gardé quelque mesure; Louis XIV avait imposé quelque secret à son amour, ne voulant point donner de chagrin à la reine-mère (i). Les chroniques du dix-septième siècle disent encore :
« Au sortir de Compiègne, nous allâmes à La Fère(a). Pendant que la reine joûoit le soir, je vis que tout le monde se parloit bas avec des manières mystérieuses. Je m'en allai à ma chambre, où je débrouillai toutes ces petites façons, et j'appris que madame de La Vallière arrivoit le lendemain : c'étoit justement ce qui intriguoit la reine ; elle étoit chagrine de ce retour. Le lendemain , je fus habillée de bon matin ; je m'en allai chez la reine, parce qu'elle avoit dit qu'elle seroit sortie du lit. Je fus très-surprise de trouver dans son antichambre madame la duchesse , la marquise de La Vallière et madame du Roure , assises sur ses coffres; elles me saluèrent et me dirent qu'elles étoient si lasses qu'elles ne pouvoient se soutenir, qu'elles n'avoient pas dormi de toute la nuit. Je leur demandai si elles avoient vu la reiue; elles me dirent
(i) Mémoires de mademoiselle de Montpensier. (a) Ibid.
que non. J'entrai dans son cabinet; je la trouvai tout en larmes ; elle me dit qu'elle venoit de vomir, qu'elle n'en pouvoit plus, et madame de Montausier haussent les épaules et me répéta deux ou trois fois : Voyez Vital où est la reine. Madame de Montespan se récrioit encore plus fort qu'elle pour me faire comprendre qu'elle lui faisoit pitié , tant elle concevoit sa douleur juste. La reine alla à la messe dans une tribune; la marquise de La Vallière descendit en bas, et la reine fit fermer la porte, de crainte qu'elle ne remontât. Quelque précaution qu'elle pût prendre, elle se présenta devant elle comme nous allions monter en carrosse; la reine ne lui dit rien. \ la dînée elle défendit de lui porter à manger ; on ne laissa pas de lui en faire donner. Tout l'entretien du carrosse ne fut que sur elle; madame de Montespan disoit qu'elle admirait sa hardiesse d'oser se présenter devant la reine ; elle disoit : Il est certain que le roi ne lui a pas mandé de venir; lorsqu'elle est partie, il faut qu'elle ait compté pour rien le déplaisir qu'elle lui feroit, ni les duretés qu'elle devoit concevoir qu'elle recevroit de la reine. Madame de Montausier et madame de Bade enchérirent pardessus toutes ces doléances. Madame de Montespan reprit et dit : Dieu me garde d'être maîtresse du roi ! Si fétois assez malheureuse pour ce/a, je naurois jamais V effronterie de me présenter devant la reine. Ce n'étoient que pleurs et plaintes. Pour moi, je fus toujours dans le silence. Elle ne parut pas le soir à Guise, et la reine défendit à tous les officiers des troupes de son escorte de laisser partir le lendemain qui que ce fût