MORT DU ROI D'ESPAGNE
devant elle, afin que madame de La Vallière ne pût approcher du roi avant qu'elle l'eût vu. Quand madame de La Vallière fut sur une hauteur, d'où elle voyoit 1 armée , elle comprit que le roi y devoit être ; elle fit aller son carrosse à travers les champs à toute bride. La reine le vit ; elle fut tentée de l'envoyer arrêter et se mit dans une effroyable colère. Tout le monde la supplia de ne le vouloir pas faire , qu'elle diroit elle-même au roi de quelle façon elle en avoit usé. » Mademoiselle ajoute :
« Lorsque le roi fut arrivé au carrosse de la reine , elle le pressa extrêmement d'y entrer ; il ne le voulut pas, disant qu'il étoit crotté. Après qu'on eut mis pied à terre, le roi fut un moment avec la reine, et s'en alla aussitôt chez madame de La Vallière, qui ne se montra pas ce soir-là. Le lendemain, elle vint à la messe dans le carrosse de la reine; quoiqu'il fût plein, on se pressa pour lui faire place. Elle dîna avec la reine et toutes les dames. »
Anne d'Autriche n'avait point encore rendu le dernier soupir lorsque mourut son frère, le roi d'Espapagne , Philippe IV, laissant un fils âgé de cinq ans, pâle, exténué, débile, et qui semblait réservé à une existence de courte durée. Ce pauvre roi monta sur le trône et régna sous le nom de Charles II.
Louis XIV, qui, selon toute apparence , attendait cet événement pour créer des embarras à la couronne d'Espagne et revendiquer une part de l'héritage de Philippe IV, se garda bien de laisser apparaître dès le premier jour des prétentions dont on aurait contesté à bon droit la convenance et qui auraient af-
fligé sa mère. Il se borna à écrire dans les termes suivants au comte d'Estrades : a J'ai reçu samedi dernier un courrier dépêché exprès par l'archevêque d'Embrun , mon ambassadeur en Espagne, pour me donner avis que Dieu avoit appelé à soi le roy catholique, mon beau -père. La tendresse delà proximité dont nous nous touchions en tant de manières m'a donné beaucoup de douleur de cette perte , quoique prévue depuis longtemps, pour ne pouvoir être évitée. Le testament dudit roy ayant été ouvert, on a trouvé qu'il laisse la tutelle du jeune roy Charles second et la régence de ses États à la reine sa femme , avec un conseil de six personnes qu'il a nommées, et qui ne doivent néanmoins avoir d'autre voix que consultative. Ces six conseillers sont le président de Castille ou son successeur dans la même charge, le vice-cliancelier d'Aragon , le vice-roi de Naples , l'archevêque de Tolède ou celui qui le sera , le cardinal Sandoval, qui l'étoit , étant mort le même jour que le roy, le marquis d'Ayetonneet le comte de Pegneranda. Il appelle à la succession de tous ses États le prince d'Espagne et tous ses enfants, mâles et femelles,. et après eux l'impératrice Marguerite, attendu, dit-il, la renonciation de l'infante Marie-Thérèse, reine de France. J'ai témoigné en cette occasion à l'ambassadeur d'Espagne que je veux prendre la protection du jeune roy mon beau-frère, et lui donner toutes les marques d'amitié et de tendresse qui seront en mon pouvoir. » Cette protection et cette tendresse ne devaient pas tarder à se démentir.
La cour portait à la fois le deuil d'Anne d'Autriche