CONQUÊTE DE LA FRANCHE- COMTÉ
France. Condé chercha à déterminer cette province à invoquer cette prérogative exceptionnelle; au fond, il ne voulait que gagner du temps et endormir ses en» nemis. Les négociations traînèrent en longueur, grâce aux artifices du prince, qui, mettant à profit cet intervalle, faisait de grands approvisionnements d'armes et de vivres, et se préparait à entrer en campagne. Le 27 janvier 1668, quand toutes les dispositions furent prises, le priuce de Condé annonça officiellement qu'il allait, sous peu de jours, entrer en Franche- Comté avec des troupes, non pour faire la guerre à ce pays, mais pour s'assurer provisoirement de quelques places de guerre utiles à la sûreté de la France, menacée par les armements extraordinaires du roi d'Espagne et de l'empereur. En agissant ainsi il ne cherchait pas à diminuer les occasions de bataille qui allaient s'offrir à lui ; il voulait seulement ne point traverser les négociations commencées avec l'Espagne à la suite de la campagne de Flandre. Ainsi Louis XIV jouait un jeu double, et, alors qu'il faisait espérer la paix à l'Espagne, il avisait aux moyens d'enlever une vaste province à ce royaume. Les jurisconsultes français ne se faisaient pas scrupule, d'ailleurs, d'attribuer au roi des droits légitimes sur la Franche-Comté, ancienne dépendance du royaume de Bourgogne ; ils considéraient comme un usurpateur féodal le roi Boson, qui, sous le règne de Louis III et de Carloman, avait détaché ce pays de la monarchie française pour s'en faire un apanage. Ils invoquaient les droits de Raoul, qui, en 926, avait traité avec les successeurs de Boson et obtenu d'eux cette même province. Ces arguments
n'avaient rien de bien sérieux ; en invoquant -l'histoire il n'est pas de gouvernement qui ne trouverait dans le passé des textes propres à remanier à son profit la carte de l'Europe. Louis XIV était le plus fort: c'est la seule raison plausible qu'il eût à opposer à l'Espagne.
Par les soins de Louvois , à la demande de Condé, plusieurs corps d'armée avaient été mis en mouvement, des différents points de la France, pour se rendre les uns du midi au nord, d'autres du nord au midi, et on leur avait assigné la Bourgogne pour itinéraire. Des qu'ils se trouvèrent rapprochés de Dijon, comme par l'effet du hasard, ils reçurent tous un contreordre, et c'est ainsi que Condé se trouva inopinément en état de disposer d'une armée et de marcher sur la Franche-Comté. Du i au 4 février, ce prince, et avec lui Chamilly et Luxembourg, entra dans ce pays par trois points différents. Le marquis de Jenne, qui gouvernait la Franche-Comté au nom du roi d'Espagne, n'avait sous la main ni soldats, ni arsenaux, ni ressources de guerre; le parlement siégeait à Dole et se composait de magistrats pusillanimes qu'on effrayait au delà de toute mesure en parlant de passer vivant au fil de Cépée quiconque tiendrait tête aux Français. On ne pouvait guère appréhender leur résistance. Le prince de Condé entra sans obstacles dans Besançon ; Luxembourg occupa Salins. Cependant Louis XIV accourait à la hâte pour prendre part à l'expédition. 11 emmenait avec lui, pour écrire l'histoire de cette campagne, Pélisson, ce courageux et éloquent avocat de Fouquet, qui avait osé, dans son