‹ Histoire de FranceChapitre 86 sur 192 · I66«) CONQUÊTE DE LA FRANCHE-COMTÉ · texte numérisé non relu

I66«) CONQUÊTE DE LA FRANCHE-COMTÉ

plaidoyer, représenter au roi que le serment de son sacre ne lui permettait pas de faire juger le surintendant par une commission extraordinaire. De tout ce passé il n'était resté à Louis XIV que le souvenir de la captivité et du mérite de Pélisson ; le roi voulut, par une marque de haute confiance, honorer et utiliser les talents de cet écrivain, et Pélisson, qui, en demeurant fidèle au malheur, avait acquis le droit d'être associé à une fortune meilleure, récompensa Louis XIV en déversant à pleines mains sur lui cette gloire que dispensent les historiographes soigneux de plaire.

Salins et Besançon s'étaient rendues presque sans coup férir; le roi s'approcha de Dôle le 10 février. Cette place avait de brillants souvenirs : la mémoire d'Antoine de Rye et de Jean de Laverne n'était point éteinte dans les cœurs ; elle rappelait un glorieux désastre et une brillante victoire. Les armées de Louis XI, commandées par Georges de La Trémouille, l'avaient vainement assiégée en 1478. Plus tard, Henri II, prince de Condé, avait échoué devant les murailles de Dôle avec une armée de trente mille hommes, en i636. LesDôlois aspiraient à faire subir le même sort à son fils ; mais ils n'avaient pour les défendre qu'une garnison de quatre cent quarante hommes habitués à la guerre et moins de trois mille miliciens dépourvus de vivres et de munitions. C'était peu pour résister à Louis XIV et au grand Condé. Quoi qu'il en soit, la ville ne succomba pas sans honneur. Le marquis de Saint-Martin François, qui la commandait, et qui était frère du comte de Montrevel,

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lieutenant du roi en Bresse, se montra énergiquement dévoué au drapeau espagnol. Le parlement de Dole, plus maître que lui du pays, n'eut garde d'imiter son courage et se montra disposé , dès le premier jour, à entrer en accommodement avec le roi. Dès que le prince de Condé eut reconnu la place, il se mit aux ordres du roi, et Louis XIV fit diriger simultanément trois attaques contre Dôle. Dès la première nuit les troupes s'emparèrent de deux demi-lunes , et, après un combat acharné, la ville se rendit. Louis XIV avait passé la nuit entière à cheval, exposé au feu de l'ennemi.

La capitulation ayant été signée, Condé prit la tête des troupes et se disposa à entrer dans la ville. En ce moment le parlement se présenta pour le complimenter. Monsieur le premier président , dit le prince avec vivacité, soyez bref. — Monsieur, j'ai dit, répond le président Jobelot; et il rentra gravement dans la place, après avoir fait au grand capitaine un profond salut. C'était répondre à une impatience peu polie par un laconisme de bon goût.

Le lendemain le roi marcha sur Gray, le maire Mongin voulut se défendre; mais, les bourgeois ayant accepté la capitulation de Dôle, le courageux magistrat se vit réduit à présenter à Louis XIV les clefs de la ville. Les forts de Jouxet de Sainte-Anne se rendirent à leur tour, et, en moins de trois semaines , la Franche-Comté, plutôt achetée que conquise, fut placée sous l'obéissance du roi. La cour d'Espagne, étonnée et indignée de cette invasion si promptement accomplie, écrivit au gouverneur de la Franche-Comté que

Httt] ARMISTICE. 267

a le roi de France auroit dû envoyer ses valets de pied prendre possession de la province, au lieu d'y venir lui-même, v

L'impuissance de l'Espagne et l'humeur ambitieuse de Louis XIV alarmèrent l'Europe. Les Hollandais, contrairement aux espérances du roi, se montrèrent les premiers intéressés à la conservation des Pays-Bas espagnols, qui leur servaient de barrière contre la Frauce; tn dépit des promesses du grandpensionnaire, les états généraux voyaient avec inquiétude les progrès de cette puissance jadis leur alliée contre les Espagnols, mais qui , devenue maîtresse des Pays-Bas, eût été pour eux beaucoup plus redoutable que l'Espagne alors languissante et faible. L'Angleterre partageait leurs craintes. Le chevalier Temple, son ministre à la Haye, réussit enfin à détacher le grand-pensionnaire des intérêts de la France ; assuré du concours de Jean de YVitt et des Provinces- Unies, il négocia^ 23 janvier 1668), entre l'Angleterre et la Hollande, une ligue à laquelle la Suède accéda, pour arrêter les conquêtes de Louis XIV et conserver les Pays-Bas à l'Espagne. Louis XIV avait proposé à l'Espagne, dès le commencement de la guerre , les alternatives suivantes : ou de le laisser en possession de toutes les places qu'il avait conquises pendant la campagne de 1667, ou de lui abandonner, soit le duché de Luxembourg, soit la Franche-Comté, et, avec l'une ou l'autre de ces provinces, Cambrai et le Cambrésis, Douai, Aire, Saint-Omer, Furnes et leurs dépendances.Les confédérés s'engagèrent à disposer la France à un armistice, et à employer l'intervalle pour porter

l'Espagne, de gré ou de force, à accepter une des alternatives admises par le roi de France. Mais en même temps il fut convenu que, si ce prince refusait leur médiation et persistait dans ses projets sur les Pays-Bas, les alliés donneraient des secours aux Espagnols, et feraient la guerre à Ja France par terre et par mer, jusqu'à ce que toutes choses fussent rétablies sur le pied de la paix des Pyrénées.

Sur ces entrefaites on apprit à la cour que le nouveau roi de Portugal , don Pédro, venait ( i3 février) de conclure sa paix particulière avec l'Espagne, grâce à la médiation de l'Angleterre et au mépris de ses engagements avec la France. Il y avait là un symptôme fâcheux ; Louis XIV pouvait y reconnaître une preuve de plus des haines que son ambition amoncelait contre lui.

Vainqueur sur toutes les frontières , habitué à imposer sa volonté aux autres souverains , ce prince fut vivement irrité qu'un petit État tel que la Hollande , naguère protégé des rois de France , conçut l'idée de borner ses conquêtes. Cependant la crainte d'exposer sa marine encore naissante à une perte certaine , en s'attirant l'inimitié de deux puissances maritimes, le força d'ajourner sa vengeance , et le marquis de Castel-Rodrigo, gouverneur des Pays-Bas pour le roi d'Espagne et son plénipotentiaire pour la paix, ayant accepté la première des deux alternatives, Louis XIV l'agréa pareillement, le i5 avril 1668, par une convention signée à Saint-Germain avec les alliés.

Des négociations ouvertes avec l'Espagne, sous la médiation du pape Clément IX, amenèrent, le a mai

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