‹ Histoire de FranceChapitre 87 sur 192 · I66S] PAIX D'AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

I66S] PAIX D'AIX-LA-CHAPELLE

suivant, un traité définitif qui fut signé à Aixla-Chapelle. Le roi restitua la Franche-Comté à l'Espagne , et garda , de ses conquêtes en Flandre , Binch, Ath, Charleroi, Tournay, Oudenarde, Armentières, Courtray, Bergues, Furnes, Lille, pour en jouir en toute souveraineté , et Pignerol , qui assurait à la France la clef des Alpes piémon taises. Aucune mention ne fut faite, dans ce traité, du droit de dévolution dont Louis XIV s'était fait un point d'appui , au début de la guerre, et, de part et d'autre, au contraire, on confirma expressément tout ce qui demeurait intact des stipulations de la paix des Pyrénées.

Les Hollandais avaient joué un rôle, trop grand peut-être, dans la conclusion du traité d'Aix-la-Chapelle; ils n'eurent pas la force de supporter leur gloire. Ils firent frapper des médailles par lesquelles ils s'attribuaient l'honneur d'avoir assuré la liberté des mers, pacifié l'Europe, et exercé la mission d'arbitres* entre les rois. Leurs écrivains, leurs graveurs allèrent plus loin encore; ils outragèrent, par d'indécentes caricatures, la personne même du roi. Louis XIV, après avoir fait entendre d'inutiles représentations, ajourna sa vengeance à des temps plus propices.

Tandis qu'il méditait de nouvelles entreprises , le plus illustre et le plus dévoué de ses serviteurs, le maréchal de Turenne, abjura solennellement les erreurs du protestantisme et revint à la vieille foi de ses ancêtres. Modeste autant que sage, ce grand capitaine refusa à cette occasion Pépée de connétable ,

ne voulant pas que la sincérité de sa conversion fût contestée. Longtemps avant de rentrer dans le bercail catholique, Turenne s'était fait instruire de toutes les vérités de la religion, et il avait confié à Bossuet, ainsi que lui Tune des gloires du siècle, la consolante mission de dissiper ses doutes et de l'initier à la connaissance des dogmes saints. La conversion deTurenne fut une victoire pour l'Église ; elle consterna profondément les huguenots, alors menacés de plus éclatantes défaites.

Au milieu des troubles de la Fronde le parti protestant s'était un peu effacé. Victorieux en Angleterre, dans les Pays-Bas, en Allemagne, il avait subi, en revanche, sur le territoire français, le contre-coup des événements, et il n'avait eu garde de tenter de nouvelles révoltes tant qu'avait duré la puissance de Richelieu et de Mazarin. La féodalité, sa complice depuis la conspiration d'Amboise et depuis les guerres de religion , se trouvait vaincue et impuissante ; il se résignait comme elle au silence , sauf à profiter des circonstances favorables qui viendraient à surgir. En attendant, ses principaux chefs se détachaient de lui et l'abandonnaient à l'isolement. Dans cette situation, il faisait des vœux pour les puritains contre les Stuarts, pour les Hollandais contre Louis XIV; mais il n'osait nulle part, en France , engager la lutte , affaibli qu'il était , depuis le siège de la Rocbelle , par la perte des places de sûreté concédées par l'édit de Nantes. Or, même en paraissant se résigner à subir l'autorité de Louis XIV, il n'en cherchait pas moins à réagir contre le catholicisme au moyen d'un prosélytisme

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qui menaçait le principe même de la monarchie aussi bien que l'Église. D'activés relations existaient entre les ministres calvinistes de France et leurs coreligionnaires des Provinces-Unies et d'Écosse. On avait soin de parler d'obéissance au roi , de sacrifices à faireà la paix, d'oubli du passé, mais, en réalité, on s'apitoyait tout haut sur les victoires de « Babylone, » sur le triomphe des « Assyriens, » sur la captivité d'Israël ; et, sous ces phrases transparentes, on signalait à tous les huguenots la nécessité de pourvoir aux besoins de leur» églises persécutées , de se concerter et de s'entendre pour mettre une digue aux conquêtes de la religion catholique. Ne perdons pas de vue que la société d'alors reposait sur une base religieuse, et que, battre en brèche , sous le règne de Louis XIV, l'édifice du catholicisme, c'était agir en même temps contre la monarchie elle-même. Louis XIV et Charles Stuart le comprenaient aisément, et cette conviction portait les deux rois, chacun pour sa part, à éteindre, soit en France, soit en Angleterre, tout ce qui restait des sectes dissidentes. Le clergé catholique le comprenait bien plus sérieusement encore , au moins en France. Les assemblées épiscopales , les synodes, tout en votant pour aider le roi des contributions à prélever sur les revenus ecclésiastiques, ne cessaient d'élever la voix contre les huguenots, dont on signalait la propagande calviniste, l'hostilité, les progrès. lis engageaient le roi très-chrétien à ne plus souffrir les bravades ou les empiétements de l'hérésie , et le roi, dont la conduite privée affligeait les hommes vraiment religieux ; le roi qui, en usant de son autorité

contre les huguenots, cherchait à compenser, au tribunal de sa conscience , les désordres et les adultères dont il se rendait coupable; le roi, disons-nous, ne demandait pas mieux que de se montrer sévère envers les ennemis de la foi et de bien mériter sous ce rapport de l'Église, dont il se sentait le fils trop indigne. Ces contradictions entre le chrétien et le monarque sont trop fréquentes dans les annales du cœur humain pour que nous nous attachions à les signaler davantage; elles servent à expliquer la rigueur systématique dont Louis XIV usa volontiers envers les protestants, autant pour comprimer des sujets rebelles que pour réparer des scandales et se concilier la sympathie du clergé et du peuple.

Pour apprécier, au point de vue de l'histoire, les actes qui, longtemps à l'avance, assurèrent l'amoindrissement du parti calviniste, il est indispensable de nous placer, non sur le terrain des idées qui ont prévalu depuis 1789 dans nos lois modernes mais sur le terrain même où les questions se débattaient au temps de Louis XIV.

Sans doute il est de ces idées qui ont pour elles les temps et les lieux, et qui , immuables de leur nature, ne peuvent souffrir aucune contradiction : on les reconnaît lorsqu'elles sont conformes à la morale éternelle, à Tordre de Dieu, et alors elles ont pour elles l'assentiment des hommes justes de tous les siècles. Mais l'histoire de toutes les nations et l'observation des faits actuels nous démontrent que ce qu'on appelle la liberté des cultes n'est point du nombre de ces idées. On citerait à peine un seul peuple , une seule

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