‹ Histoire de FranceChapitre 89 sur 192 · CONSIDÉRATIONS RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS RELIGIEUSES

le matérialisme entrer dans les calculs , la corruption dans les mœurs ; mais les ennemis de la foi n'auront rien à craindre et pourront discuter à leur aise le devoir. Telle est la condition légale des religions en France; mais cette condition ne date que d'hier, que d'un demi-siècle au plus, et nos pères ont vu le temps où elle était bien différente.

Autrefois la société française était profondément ancrée sur la religion ; alors la doctrine catholique , proclamée comme la seule base des droits et des devoirs, animait et pénétrait les lois, l'opinion, les idées. L'Église, avec l'adhésion de l'État, prenait l'homme à son berceau, le dirigeait dans toutes les phases de sa vie, honorait ou flétrissait sa sépulture : le législateur aurait considéré comme une impiété d'autoriser ce qu'elle condamnait , de ne point lui venir en aide par les règlements civils, de séparer le corps et l'âme, réunis tous deux par la création et réagissant l'un sur l'autre. La puissance civile croyait d'une ferme foi que le glaive lui avait été remis pour la défense de l'autel, et l'on considérait comme coupable au premier chef contre la société celui qui inventait ou propageait un principe destiné à perdre les âmes. Si par hasard quelques voix s'élevaient pour réclamer la tolérance des cultes, on s'épouvantait de celte complicité morale avec l'hérésie, et l'on demandait à Dieu « qu'il nous gardât de la messe de M. le chancelier^). »

Et d'ailleurs ils n'étaient point oubliés les jours des

(i) L'Hotpitol.

religieuse? Mais c'est assez mettre à nu les inconséquences de l'esprit de parti.

Ainsi que nous le disions tout à l'heure , les calvinistes , vaincus par Richelieu et Louis XIII, s'étaient renfermés dans l'obéissance, à l'avènement de Louis XIV, et n'avaient point participé aux guerres de la Fronde. Le cardinal Mazarin, pour les retenir dans ces dispositions pacifiques, avait nommé çles commissaires, choisis en nombre égal dans les deux religions , pour visiter toutes les provinces et remédier aux infractions faites à l'édit de Nantes ( 1 5 avril 1661). Pendant les premières années qui suivirent la mort de ce ministre, les huguenots ne s'étaient vus l'objet d'aucune mesure de réaction; mais insensiblement le gouvernement de Louis XIV avait travaillé à restreindre leurs privilèges et à contrarier le développement de leur culte.

Au fond il existait entre les hommes des deux religions une haine profonde dont la crainte tempérait seule l'expression , et qui se manifestait , non plus comme autrefois parla guerre déclarée, mais par des vexations sourdes, par une malveillance assidue et jalouse. Les catholiques , ayant la force en main , et étrangers, comme on l'a dit plus haut, à ces idées de tolérance universelle dont notre génération se croit imbue, cherchaient par tous les moyens possibles à comprimer l'hérésie et à la dépouiller de ses privilèges. Les protestants, réduits à l'impuissance comme parti militaire, abandonnés des seigneurs qui , l'un après l'autre , par lassitude , conviction ou calcul , avaient abjuré l'hérésie, cherchaient en vain les moyens de se

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