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LES PROTESTANTS ET LOUIS XIV

taire de la maison, ne put s'empêcher de dire que ses prédécesseurs auroient épargné bien du sang à ]a France s'ils s'étoient conduits par la politique prévoyante de ces villageois, dont l'action ne lui paroissoit vicieuse que par le défaut d'autorité. »

A dire vrai , cette opinion du grand roi ne serait guère aeceptéeaujourd'huide quiconque tient à l'ordre et à la justice. Au dix-septième siècle , les faits et les incidents sur lesquels Louis XIV motivait sa réflexion un peu hasardée peuvent donner une idée assez exacte de la situation des deux cultes et de la rivalité ardente qui subsistait alors entre les populations catholiques et huguenotes.

Aussi, lorsqu'en cette même année 1668 on répandit le bruit qu'il était question de supprimer les chambres mi-parties établies en faveur des protestants par l'édit de Nantes , un mouvement de joie se manifesta visiblement parmi les catholiques, tandis que les calvinistes s'émurent dans un sens contraire et se hâtèrent d'en appeler au roi. Les députésdes Églises prétendues réformées et le consistoire de Charenton sollicitèrent de Louis XIV la faveur d'une audience que ce prince n'osa point refuser. Le 27 novembre, Pierre du Bosc porta la parole au nom de ses coreligionnaires ; son discours, que nous abrégeons , est un document assez digne d'intérêt en ce qu'il nous fait connaître la condition dans laquelle les protestants se trouvaient alors placés. « Sire , disait le député, nous bénissons Dieu de? ce qu'il nous est permis d'approcher de Votre Majesté sacrée pour lui faire entendre la voix de notre douleur... Nous n'entrerons point dans le

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détail de nos misères et de nos souffrances, parce que, Votre Majesté nous ayant fait la grâce de nommer des commissaires pour en connoître , nous nous promettons de leur probité qu'ils vous en feront un rapport fidèle. Nous ne parlerons donc que de la suppression des chambres de l'Edit, dont la douloureuse nouvelle nous cause des angoisses inconcevables. Quelles paroles pourroientexprimer notre étonnement et notre surprise, puisque, dans le temps même que nous attendions de votre main secourable le remède à nos plaies, nous recevons un coup mortel qui nous frappe au cœur et qui rend tous nos autres maux incurables. Permettez-nous, Sire, d'en appeler de vous à vous-même, c'est-à-dire d'un roi tout-puissant à un roi juste et plus jaloux encore de sa justice et de sa sincérité que de sa puissance; car, depuis votre glorieux avènement à la couronne , vous avez témoigné à tout le monde que votre intention étoit de maintenir l'édit de Nantes. A ce sujet une déclaration récente , donnée à Saint- Germain en 1666, bien qu'elle contienne de nombreux articles qui nous font gémir, proteste cependant que votre dessein a toujours été d'observer exactement cet édit. Nous espérons , Sire , que des paroles si hautement prononcées et si souvent réitérées à la face de l'univers, s'opposeront à cette autre parole qui ne s'est encore fait entendre que dans votre cabinet; car il seroit impossible de maintenir l'édit en abolissant les chambres qu'il a si solennellement établies , puisque leur établissement fait la principale et la plus essentielle partie de cet édit, que son grand et illustre auteur a nommé une loi perpétuelle et irrévo-

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