PROGRÈS DU JANSÉNISME
sure le nombre de leurs partisans. Rebelles envers le pape , ils n'avaient eu garde de se courber sous les condamnations émanées de la faculté de théologie de Paris ; mais, pour se maintenir dans cet état de révolte sans inspirer une juste indignation aux sincères catholiques, ils n'avaient cessé d'invoquer des arguties, de se prétendre unis à Rome , d'admettre en droit ce qu'ils repoussaient en fait, de se réfugier sous le voile des équivoques, et de ne point inscrire sur leur drapeau ce mot redoutable d'hérésie qui demeurait gravé dans leurs cœurs.
Il importait de ne leur laisser aucun prétexte de rébellion. Quatre-vingt-cinq évèques de France s'adressèrent au pape Innocent X et lui demandèrent son jugement sur les cinq propositions qui formaient la matière du débat (i). Le souverain pontife, après avoir examiné cette affaire et fait tenir à ce sujet un
(i) Nous avons déjà (voir plus haut , règne de : Louis XIII ) énoncé les cinq propositions entachées de l'hérésie janséniste; nous les reproduisons ci-dessous pour l'intelligence de ce récit :
i° Quelques commandements de Dieu sont impossibles à des hommes justes , lors même qu'ils veulent les accomplir selon les forces présentes qu'ils ont : la grâce, qui les leur rendrait possibles, leur manque.
2° Dans l'état de nature tombée on ne résiste jamais à la grâce intérieure.
3° Pour mériter et démériter dans l'état de nature tombée , la liberté exempte de nécessité n'est pas requise en l'homme ; il suffit d'avoir une liberté exempte de coaction ou de contrainte.
4° Les semi-pélagiens admettaient la nécessité d'une grâce intérieure prévenante pour toutes les bonnes œuvres , même pour le commencement de la foi ; mais ils étaient hérétiques en ce qu'ils pensaient que la volonté humaine pouvait lui résister ou lui obéir.
5° C'est tomber dans l'erreur des semi-pélagiens que de dire que Jésus- Christ est mort et a répandu son, sang pour tous les hommes.
grand nombre de congrégations, rendit, le 3 1 mai i653, une constitution par laquelle il condamnait solennellement les cinq dogmes hérétiques.
Le 16 octobre i656, Alexandre VII, successeur d'Innocent X, donna à son tour une constitution par laquelle, en confirmant celle de son prédécesseur, il déclara ( ce que persistaient à nier les sectaires ) que les cinq propositions étaient tirées du livre de Jansénius intitulé Augustinus, qu'elles avaient étéconjJ#mnées dans le sens de Fauteur, et qu'il était interdit aux fidèles de lire ce livre. Nonobstant ces déclarations émanées du souverain pontife , les partisans de la ( nouvelle hérésie, entraînés par l'orgueil, refusèrent de reconnaître leurs erreurs. Us publièrent que jansénisme n'était qu'un fantôme dont on avait voulu effrayer les simples; qu'il n'y avait aucune hérésie dans l'Église de France; que les propositions dont onfeisait tant de bruit avaient été inventées à plaisir. Hors d'état bientôt de faire prévaloir ce système contre l'évidence, ils prétendirent « que, l'attribution qu'on vouloit faire de la doctrine condamnée au livre de Jansénius étant un point de fait non révélé, le pape ni l'Église elle-même nepouvoient rien statuera ce sujet, ni les obliger à aucune créance intérieure, l'infaillibité ne leur ayant jamais été promise à cet égard. » Pour en finir, s'il était possible , avec ces opiniâtres contradicteurs, qui se retranchaient dans de subtiles distinctions, le pape, par une autre constitution, portant la date du 5 février 1664, ordonna la signature d'un formulaire qu'il dressa sur cette matière. C'était enlever aux novateurs les prétextes que l'esprit de ruse et