‹ Histoire de FranceChapitre 94 sur 192 · DÉCISION DE ROME · texte numérisé non relu

DÉCISION DE ROME

de mauvaise foi leur avait suggérés pour échapper aux foudres de Home.

Comme, par ce formulaire, on était obligé de déclarer que Ton condamnait les cinq propositions dans le sens du livre de Jansénius , les disciples de cet évêque firent difficulté d'y souscrire purement et simplement. Ils prétendirent de nouveau n'être obligés de le signer qu'avec la distinction du droit et du fait, c'est-à-dire qu'ils voulaient bien condamner les cinq propositions en elles-mêmes , mais ils ne voulaient pas reconnaître que ces propositions fussent hérétiques dans le sens qu'elles avaient dans le livre de Jansénius , et ils continuaient à soutenir que la doctrine du livre de Jansénius était orthodoxe. Dans la suite, étant pressés designer ce formulaire, ils] enseignèrent qu'on n'était pas obligé de se soumettre à la condamnation du livre de Jansénius , qu'il suffisait de garder un silence respectueux sur cette condamnation ; ils soutinrent même qu'on pouvait signer le formulaire sans être persuadé que la doctrine du livre de Jansénius fût hérétique. Rome anathématisa ce système.

Les jansénistes, pour se soustraire à un arrêt dont les termes étaient formels, eurent recours au moyen ordinaire que mettent en œuvre les novateurs : ils nièrent l'autorité qui les condamnait. Selon eux , l'Église, infaillible pour fixer le dogme , ne l'était plus pour juger les faits. Cependant le pouvoir royal intervint à son tour dans la querelle, et Louis XIV menaça de saisir les revenus de tout bénéficier ecclésiastique qui refuserait de signer le formulaire. Ces mesures sévères amenèrent la division dans le parti jansé-

niste. t'école de Jansénjus, ayant à sa tête le célèbre Arnauld, soutint qu'on ne pouvait, sans parjure , signer le formulaire; d'autres, plus timjdes, consentirent à signer avec restriction, prétendant se borner à une soumission purement extérieure et se retrancher dans le silence respectueux. De çe nombre furent les évêques d'Angers, de Beauvajs , a" Anciens et d'Aleth. Ainsi qu'on le verra daps la suite de ce récit, la doctrine du silence respectueux fut formellement condamnée en i7o3 par une çqqstitutipn du pape Clément XI (Fineam Dornini), qui renouvelait tous les anathèmes déjà portés contre les erreurs de Jansénius.

La célèbre abbaye de Port-Royal, située à Chevreuse, non loin de Paris, et appelée Port-Royal des Champs (i), fut comme le foyer ou l'asile de prédilection de cette école. Fondée en 1204, sous Philippe-Auguste, favorisée de dons et de privilèges par saint Louis et le pape Honoré III , elle avait vu peu à peu un esprit de relâchement et de tiédeur s'introduire dans ses murailles et affaiblir sa discipline. En 1 608, une femme douée d une force de caractère bien rare, même en ce siècle vigoureux, Jacqueline-Marie Arnauld , connue en religion sous le nomde mère Angélique, entreprit et mena à terme la rude tâche de réformer ce monastère. Elle n'avait alors que dix-huit ans, ayant été religieuse à huit et abbesse à onze, comme cela se pratiquait quelquefois alorsparabus. Elle étaitfille d'Antoine Arnauld, avocat, que ses attaques contre l'ordre des jésuites avaient mis en faveur auprès du parlement. Il avait dix enfants.

(1) Par opposition avec une maison du même nom établie à Paris , rue Saint-Jacques. Toutes deux dépendaient de l'ordre de Citeaux.

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