PORT-ROYAL DES CHAMPS
L'aîné, Àrnauld d'Andilly, était lié d'amitié et de doctrine avec l'abbé de Saint-Cyran (du Verger de Hauranne ), dont nous avons déjà parlé comme l'apôtre le plus ardent des. erreurs de Jansénius; le plus jeune devint plus tard l'habile écrivain, le sombre conlroversiste que les jansénistes surnommèrent le Grand Arnauld. L'une de ses filles, Jeanne Arnauld, sœur puînée de la mère Angélique, et appelée mère Agnès, composa un Chapelet secret du Saint-Sacrement, assemblage des prières mystiques qui donna lieu à des discussions théologiques et que le pape supprima. Saint-Cyran prit la défense de ce petit ouvrage. Son intervention causa la joie de Port-Royal et lui valut d'être nommé directeur de cette maison, par Zamet, évêque de Langres. La mère Angélique et les autres religieuses, sous la conduite de Saint-Cyran, ne tardèrent pas à partager avec une conviction ardente les erreurs du jansénisme , dont leur simplicité et peutêtre aussi leur vanité, engagée dans le débat, leur dissimulèrent le danger.
La mère Angélique était une de ces âmes qui s'abandonnent au sentiment de leur supériorité jusqu'à l'opiniâtreté la plus inflexible. L'écueil le plus terrible que ces âmes aient à craindre est celui de l'orgueil, et de ce genre d'orgueil qui se cache sous les apparences du dévouement, de la patience et de l'humilité : terrible épreuve que Dieu réserve à ces natures d'élite et que beaucoup ne savent point traverser. Saint-Cyran , moins expansif et moins éloquent, mais inexorablement attaché à l'apostat janséniste, contribua à égarer la conscience des Sœurs de Port-Royal en usant de
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l'ascendant que donnent l'austérité des mœurs et l'influence du ministère ecclésiastique, et plus il se montra dur et rigide , plus il fit avancer ses malheureuses pénitentes dans les voies de l'erreur dogmatique et de la fausse interprétation des textes saints.
On était encore à l'époque où la France se courbait sous Richelieu ; ce ministre, qui connaissait la mesure du pouvoir spirituel exercé par un homme tel que Saint-Cyran, confié à cette volonté réfléchie et tenace, jugea qu'il était temps d'intervenir. Saint-Cyran fut mis à Yincennes ; les religieuses de Port-Royal furent dispersées.
Lorsque s'était ouvert le règne de Louis XIV, Jansénius et Saint-Cyran venaient de mourir ; mais, ainsi qu'on vient de le voir, leurs doctrines avaient persisté et rencontré de fougueux disciples. Ce n'étaient plus seulement les religieuses de Citeaux, les trop crédules sœurs et compagnes de la mère Angélique, c'étaient encore des hommes de talent renommé, des savants illustres : LeMaistre de Sacy, Pascal, Nicole, Lancelot. Les apologistes ne leur manquaient pas, et les gloires littéraires de cette époque, les Despréaux, les Racine, d'autres encore, les entouraient ouvertement de leurs sympathies. Les calvinistes, retranchés derrière celle première ligne d'attaque, applaudissaient aux colères de la secte ; les gens du monde lui tressaient des couronnes ; la populace les considérait comme autant de saints ou de martyrs. Le pouvoir s'effraya de ces symptômes d'opposition et de résistance ; il intervint à sa manière, parles condamnations* judiciaires , les arrêts du conseil, les emprisonnements, l'exil; mais