‹ Histoire de FranceChapitre 96 sur 192 · MADAME DE LA VALLIÈRE · texte numérisé non relu

MADAME DE LA VALLIÈRE

sa puissance eut affaire à un ennemi tenace, multiple, toujours vaincu, toujours armé, et à' peu près insaisissable par la force matérielle. Au fond, dans cette lutte si dédaigneusement jugée parles écrivains modernes, il y avait l'éternelle guerre du mensonge contre la vérité, de l'orgueil contre l'obéissance ; l'idée protestante se transformait sans avoir entière conscience de son but et de ses moyens, et les partisans de Jansénius, à leur insu, n'étaient que les traînards de la vieille armée de Calvin. On leur a fait trop d'honneur quand on a voulu voir en eux , parce qu'ils eurent à combattre l'autorité légitime, les héros de la liberté venus avant l'heure , les précurseurs intelligents de l'idée de 1789; ne perdons pas de vue qu'ils s'éteignirent sans continuateurs et sans léguer au monde l'exemple du dévouement à la vérité.

Louis XIV, en sévissant contre le jansénisme , oubliait de lutter contre ses propres passions; mais c'était là un combat trop difficile pour un homme entouré des séductions qui amollissent l'âme et la disposent à l'oubli du devoir. Madame de La Vallière était toujours la favorite en titre, mais déjà elle entrevoyait le déclin de son règne. Ce n'était plus d'ailleurs cette fille timide qui n'osait se montrer et lisait un reproche dans tout regard levé sur elle : elle avait accepté le rang et les honneurs de duchesse ; ses enfants adultérins , mademoiselle de Blois et M. de Vermandois, étaient publiquement élevés sous ses yeux. Elle était de la cour de la reine, et, soit imprudence, soit passion, elle n'avait pas toujours une déférence absolue pour cette princesse. On lit dans les Mémoires de mademoiselle

de Montpensier que « la reine, suivant le roi dans un voyage sur les frontières, avoit défendu que personne la précédât, afin d'avoir le plaisir d'arriver la première auprès de son époux. Àii mépris de ces ordres , dit encore Mademoiselle, La Vallière quitta la ligne derrière la reine, et fit aller son carrosse à travers champs, pour arriver près du roi avant elle. Marie-Thérèse, outrée de colère, vouloit l'envoyer arrêter, mais on lui en fit sentir les conséquences , et on parvint à l'apaiser en blâmant la favorite comme elle le méritoit. « Pour moi, dit une de ses dames, Dieu me « garde d'être maîtresse du roi; mais, si j'étois assez « malheureuse pour cela , je n'aurois jamais l'effron- « terie de parler devant la reine. » Celle qui tenait ce langage était Athénaïs de Tonnay-Charente, fille du duc de Mortemart, et femme du marquis de Montespan. Saint-Simon , assurément peu disposé à croire à la vertu des gens de cour, assure qu'elle était alors de bonne foi. « Quand elle s'aperçut, dit-il, des intentions du roi à son égard, elle en avertit son mari; elle lui assura qu'une fête que le roi donnoit étoit pour elle; elle le pressa et le conjura avec les plus fortes instances de l'emmener dans ses terres de Guienne et de l'y laisser jusqu'à ce que le roi l'eût oubliée. » Un autre témoin, mieux informé peut-être, madame de Caylus, dit seulement « qu'il n'auroit tenu qu'à lui ( M. de Montespan ) d'emmener sa femme , et que le roi, quelque amoureux qu'il fût, auroit été incapable, dans les commencements, d'employer son autorité pour la retenir; mais que le mari, bien loin d'user de la sienne, ne songea d'abord qu'à profiter

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