‹ Histoire de FranceChapitre 97 sur 192 · MADAME DE MONTESPAN · texte numérisé non relu

MADAME DE MONTESPAN

de l'occasion pour son intérêt et sa fortune, et qu'il ne marqua ensuite du mécOhtetneut et du dépit que parce quele Roi ne lui accordoit pas ce qu'il vouloit. » Par la faveur dont il jouissôit auprès de Monsieur il obtint pour sa femme une place de darne du palais. « Elle fut quelque temps à la cour, disent les Mémoires contemporains, sans que le roi fît attention ni à sa beauté, qui étoit parfaite, ni à son esprit; il étoit pourtant difïicilê d'en avoir plus qu'elle , plus de fine politesse, des expressions singulières , une éloquence, une justesse qui lui formoit un langage naturel, mais délicieux, qu'on a depuis appelé, comme par proverbe, la langue des Mortemart, parce que c'étoit Un talent commun dans sa famille. » Cependant la faveur dont elle était l'objet ne tarda pas à se manifester. « On s'aperçut, dit Mademoiselle, que le roi lui avoit donné l'appartement de madame de Montausier, qui n'étoit séparé du sien que par quelques degrés ; que souvent elle quittoit le jeu de la reine , ou la promenade, pour aller s'enfermer dans sa chambre; que le roi disparoissoit en même temps et alloit aussi s'enfermer dans la sienne. » Sans doute La Vallière ne fut pas des dernières à se rendre compte de ces symptômes qui attestaient sa disgrâce. On ne sait si elle en fit des plaintes ; mais, si elle forma des projets de vengeance , ce ne fut que contre elle -même. Une seconde fois elle quitta la cour et s'enferma dans le couvent des Filles de Sainte-Marie, à Chaillot. Louis n'alla pas, comme à Saint-Cloud, la chercher lui-même; il lui envoya Colbert et Lauzun : Colbert, qu'il supposa avoir du crédit sur son esprit, parce qu'il étoit

chargé du soin de ses enfants ; Lauzun, apparemment parce qu'il étoit singulièrement doué du talent de la persuasion. Ils réussirent en effet et la ramenèrent. La Vallière reprit des chaînes dont elle sentit alors la pesanteur sans pouvoir encore les haïr.

Cependant la passion du roi pour madame de Montespan éclatait déjà au grand jour. Le marquis de Montespan s'en alarma et fit entendre à sa femme des observations sévères ; le roi se chargea de répondre en exilant aux pieds des Pyrénées le mari soupçonneux qui troublait ses plaisirs. M. de Montespan obéit, non sans dignité : il se retira avec ses enfants et prit le grand deuil, et, en effet , il avait perdu sa femme, non par la mort, mais par l'adultère. Quant à La Vallière, dominée parla crainte et l'amour, elle se résigna à rester à la cour et à partager durant quelques années, avec sa rivale, le cœur de Louis XIV. Ce roi, qui faisait trembler l'Europe, et à qui ses flatteurs ne cessaient de dire jusqu'à quel point les plus belles et les plus chastes femmes s'estimeraient heureuses de céder à ses désirs, ce roi, s'il faut en croire les témoignages les plus sérieux, n'avait pas même réussi à subjuguer madame de Montespan. On savait à la cour que cette dame , si fière en apparence, avait été la maîtresse de Lauzun, l'un des plus brillants favoris de Louis XIV, et le roi , peu rassuré sur la fidélité et les sentiments de la belle Athénaïs, se livrait à des actes de jalousie assez peu dignes de sa majesté.

Nous abrégeons volontiers ces détails qui occupent une place très-considérable dans les annales du dixseptième siècle, et, si nous les mentionnons en passant,

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