MADAME DE MONTESPAN
c'est qu'il ne nous est pas permis de frustrer l'histoire en taisant d'une manière absolue ces lamentables désordres, ces honteux scandales. Ils excercèrent une influence réelle sur le bien-être du pays et sur le prestige de la royauté ; ils eurent une publicité qui ne s'est pas éteinte : nous sommes donc forcés d'en tenir registre.
Madame de Montespan remplissait l'office de dame d'honneur de la reine ; elle était remarquable par sa beauté et par les grâces de son esprit, mais fière et impérieuse , et trop disposée à tirer parti , pour le triomphe de son ambition, de la faveur dont elle jouissait au prix de sa honte. Elle suivait le roi dans ses campagnes , sous prétexte des fonctions qui l'attachaient au service de la reine, et l'épouse de Louis XIV, la pieuse petite-fille de Charles-Quint, était réduite à être témoin de l'infidélité publique du roi. Dans une si insolente élévation , madame de Montespan avait aussi à endurer pour elle-même le supplice de la jalousie. De fréquentes rivales lui disputaient souvent avec succès le cœur du roi, et ces criminels attachements faisaient pour la cour et la ville un continuel sujet de commentaires. La jalousie inspira à madame de Montespan une précaution qui fut diversement appréciée : on supprima les filles de la reine , demoiselles de compagnie choisies dans les premières familles du royaume , et dont la vertu , dans un pays comme la cour, était entourée de trop de pièges. Elles furent remplacées par des dames d'honneur, et, si le vice ne disparut pas, il prit un masque.
L'exemple de l'adultère , si souvent donné du haut du trône , corrompait le peuple et introduisait dans
les mœurs de la cour un triste relâchement. Les courtisans sont d'autant plus prompts à se former sur le modèle du maître que ce dernier les encourage, par sa conduite, à l'oubli des devoirs et au mépris des liens conjugaux. Il fadtque la vertu soit forte pour ne pas être ébranlée quand le vice est un moyen de plus d'être en faveur et dé plaire, et quand des faiblesses , ouvertement affichées autour du roi, lui annoncent que ses propres fautes sont déjà éfigéesert coutumes. Et quel est le frein qui sera assez vigoureux pour contenir le vice, lorsque la bouche du roi a perdu le droit de rappeler au devoir? Les désordres de là vie publique de Louis XIV disposèrent donc la noblesse et la bourgeoisie à renchérir sur les dérèglements du souverain , et cette complicité morale du peuple et du roi sema dans les âmes des germes de mépris pour le trône ainsi abaissé et pour les supériorités sociales volontairement dégradées.
Mais on se tromperait si l'on voulait assimiler les scandales de cette époque , qui s'essayait en quelque sorte à braver la loi de Dieu , à cette dépravation à la fois morale et sensuelle qui fut le caractère général du dix-huitième siècle , et même à l'insouciance qui signale , de nos jours , les désordres de la société.
Alors le péché remuait la conscience , et celui qui tombait en faute avait toujours les yeux ouverts sur l'abîme ; il était coupable, mais souvent il frappait sa poitrine et cherchait à se soustraire au joug de ses passions. Cette lutte de la foi chrétienne et du monde, engagée dans le cœur et le remplissant tout entier, at-