Déjà s’accomplissait la prédiction de Louis
XII au sujet de son successeur : « Nous travaillons en vain , ce gros garçon gâtera tout ». A la mort de Louis XII , l’abondance régnait en France, le trésor public suffisait à tous les services. Les impôts depüis lors augmentaient chaque année ; on aliénait les domaines de la couronne , les charges de j udicature se vendaient ; cependant les places fortes manquaient de munitions , les armées non payées se dissipaient; trois princesses absorbaient le revenu de l’état par leurs dépenses excessives: la reine ,'la mère du roi et la princesse Marguerite , duchesse d’Alençon, et dans la- suite reine de Navarre, ta reine, Anne de Bretagne , s’était formé une cour Tome P^II. 10
i46 HIST. DE Ffl. 1.* PART. LIV. XXIU-
i52i.' nombreuse de jeunes personnes élevées auprès d’elle , jusqu’au temps où elle les mariait. Cet étabKssement tenait à la bienfaisance j mais ces jeunes tilles, auxquelles on donnait le nom de tilles d’honneur de la reine , ne procuraient pas à la cour des plaisirs bruyans recherchés par François I.*' 11 imagina d’y attirer les femmes les plus distinguées par leur esprit , leur beauté et leur naissance , en les chargeant d’accompgner la reine. C’était le moyen de conduire à la cour tout ce qu’il y avait en France d’hommes galans et ambitieux.
Dès-lbrs les fêtes les plus dispendieuses se succédèrent à la cour. Les barons vivaient dans leurs terres avec opukoice, ils vinrent auprès du roi à la suite de leur teame ,, de leurs soeurs , de leurs tilles ; ils y brillaient en ruinant leur fortune ou en obtenant des grâces souvent peu méritées ; en vain on prévenait le roi de modérer ces grâces , ces fêtes ,
' ces pro&sioos , s’il voulait éviter une subversion, générale ; ee» conseils n’étaient ps écoutés.
Un emprunt sur la ville de Paris fut rempli , moyennant un intérêt de douze pour cent. A cette occasion lurent cédés par le rcH à celte capitale les droits perçus sur le vin vendu aux Parisiens , première origine de ces rentes sur l’Hôtel-de Ville ; elles devinrent dans la suite une des principales charges publiques. L’oisive opulence des citadins de Palis offrait à François 1." une dangereuse facilité de se procurer de l’or pr cet expédient j il en abusa. S& successeurs ne manquèrent pas de sui-
vrc son exemple; les rentes sur l’Hôtel-dc-Ville i52i. de Paris se multiplièrent à l’infini.
IVI^lgré ces ressources , François manquait d’argent dans les occasions importantes ; la versatilité de son caractère amenait ce désordre ; sa passion pour d’excessives dépenses et des plaisirs ruineux , ne contribua pas moins aux mallieurs publics sous son règne , que sa témérité et sa négligence.
La France se souviendra long-temps de son règne , souillé de tous les vices qui déshonorent les monarques crédules, vains, inconstans, sans expérience , sans connaissbnee des hommes.
Franc, sensible., généreux, il ne sut tirer aucun avantage de ces bonnes qualités ; surchargeant les peuples d’impôts , sa sensibilité ne s’étendait pas à leurs intérêts , sa franchisse tourna presque toujours au détriment de l’état, et une générosité mal entendue prod^uait à des maîtresses, à des favoris , les récompenses dues aux hommes utiles. Ses ministres lui enlevaient le fruit de cette réputation de franchise , payée trop cher. Ardent à concevoir un projet, sa vigueur se ralenti^it durant l’action ; cependant une fimsse hontie lui en &isait suivre l’exécution , malgré l’imposâbiiité de sa ^ réussite. Rival opiniâtre et malheureux d’un prince accoutumé à consulter sur toutes choses les intérêts de ses états , il eut la douleur , entrant à peine dans la carrière militaire , de voir les principales puissances européennes se réunir contre liii ; il fut attaqué par une ligue formidable sans pouvoir mé-
lo.
ii8 HIST. DE F«. I.‘ PART. LIV. XXIII.
i5ai. connaître dans cette coalition l’efièt. de son amlntion maladroite.
Un des .moyens les plus honteux, employés par François I." pour se procurer de l’argent, fut la vénalité des offices de judicatnre. t3n se plaignait de eetabus depuis le commencement de son règne ; il n’était cependant pas public. Les gens du roi , dans leur réquisitoire présenté .au parlement au mois de novembre lôiîi , exigeaient de tous les individus , venant au parlement avec des lettresde nomination aux offices de judicature , une attestation juridique donnée à la suite d’une enquête, sur la manière dont ils avaient obtenu ces lettres ; en conséquence, plusieurs nouveaux conseillers, convaincus d’avoir payé , l’un trois mille francs , les autres six mille , ne furent pas reçus au serment. Le chancelier Duprat écrivit au parleiïient que le prétexte, dont il se servait pour rejeter ces individus de son seio , présentait quelque chose d’offensant envers le roi. Les besoins de l’état , disait ce magistrat suprême, obligent le gouvernement à faire des emprunts. Le souverain, eu distribuant ses grâces, n’a-t-il. pas le droit.de préférer ceux de ses sujets qui montraient le plus de zèle pour; sou service ; ils n’ont cependant pas acheté leurs chai-ges, l’aigent avancé par eux leur sera remboursé à la ^ de la guerrei Le roi ^‘expédier des lettres ' dé jussion; bièntôt la vénalité des magistratures fut introduite, non plus à. la dérobée , comme.anpâravant, mais à force ouverte.
FRANÇOIS I." ' ' ii9
Le 3i janvier iSai , un étlit fut âdressé'au par- »5ai -i5n. lement; il portait création d’une nouvelle chambre des enquêtes , composée de deux présldens et de dix-huit conseillers. Le ministère comptait sur ' l’empressement des bourgeois ; ils achetaient à l’envi , par vanité , ces ^harges nouvelles. Le parlement ordonna de très-fortes remontrances. Duprat les ayant éludées , il fallut obéir. Les vingt nouveaux magistrats furent reçus au serment. La même innovation s’introduisait dans les autres parlemens du royaume et dans les jurisdictions inférieures. Depuis cette époque , les diargcs de judicature restèrent vénales en France.
L’argent provenu de ces vingt charges , et d’environ trente autres créées dans les provinces, fut rapidement dissipé. François ordonna à ses sujets de porter leur vaisselle d’argent à la monnaie. Les . présldens des diverses cours souveraines et les maîtres des requêtes furent taxés à cent marcs , les • conseillers à cinquante , le corps des marchands de Paris à deux mille , les évêques et les abbés en raison de leurs bénéfices. L’évêque d’Autun se trouva imposé à quatre cents marcs. Cette taxe n’était pas revêtue des formes légales. Chacun se croyait surtaxé. U fallut se contenter de ce qu’on put obtenir.
Le roi acheta la grille fl’argent dont Louis XI avait , orné le sanctuaire dn S«int>Martin de Tours ; elle pesait six mille 'sept ceuts marcs deux onces moins un gros. Il enleva aussi les omemens d’or et d’argent dans d’autres 'églises. Le roi en retira deux
iBo fflST. DE FR. L* PART. LIV. XXIII.
jôai*— i5a». cent cinquante mille francs de ce temps-là. Les chanoines et les moines, cherchant à se mettre à l’abri des censures de Rome , et surtout voulant assurer le paiement de ces objets, exigeaient que l’acte d’achat fût enregistré au parlement.
François envoya un capitaine de la garde écossaise porter à la '’grand’-chambre du 20 juin 162 3 des lettres - patentes pour cet enregistrement. L’avocat-général du roi, Jean le Lièvre, développait ^ dans son réquisitoire les occasions dans lesquelles les rois pouvaient , ou ne pouvaient pas s’emparer de l’argenterie des églises. La cour ordonna que , verbalement ou par écrit, on ferait part au roi des raisons d’après lesquelles la publication de ces lettres-patentes lui paraissait impossible.
C’est le premier exemple de remontrances du parlement sur des objets de finances. Le roi renvoya le 27 juin le même capitaine avec des lettres de jussion. Elles finissaient par ces paroles : « L’impossible serait de prendre les grilles de Saint-Martin sans qu’on le sût, et les joyaux des autres églises ; pourquoi nous vous mandons , et d’autant que vour craignez la rupture de nos affaires, que vous procédiez à la publication et à la vérification de notre édit; car ceux de ladite église de Saint-Martin demandent l’édit de cette forme. Si n’y frites plus difficultés ». Le parlement rendit un arrêt en ces termes : «Les lettres du roi seront lues, publiées, et enregistrées , pour ce qui regarde le domaine. Le chancelier sera mandé. Lui seront frites telles
FRANÇOIS I." i5i
remontràncê» que la cow avisera pbut le Ineu de la iSn— iS?;. justice, et chose publique de ce royaume ».
La même année i5aa , le parlement fit des remontrances au sujet d’un domaine aliéné a l*Hélelde-Ville de Paris , pour le paiement d’un impôt sur le vin et sur le pié fourchu 5 impôt dofntl’riôUJ-de - Ville avait avancé les demérs. Ces remontrances servirent de modèle à tontes celles que le parlement présenta au roi sous les règnes suivanS.
1 1 . Lautrec rentrait dans le Milanais. La fortune semblait se déclarer en sa feveur. Le papé Léon X avait éprouvé des transports dé joie si violens , apprenant la fuite des Français, que, s’il en Êiut croire les contemporains, l’excès du plaisir le coucha dans la tombe , le as décembre i5ai. Cet accident inattendu rompit l’union entré les confédérés. Le cardinal de Sion , abandonnant Parmée , vint au conclave. Les Suisses rentrèrent dans leur patrie.
D’autres troupes se débandèrent faute de paie. Les seuls Espagnols et Allemands restaient à la défense de François-Marie Sforza , avec les troupes milanaises.
Les cardinaux entrèrent au conclave après les funérailles de Léon X. Le cardinal Jules de Médicis , le plus distingué des membres du sacré collège par ses richesse^ et par son influence dans les affaires durant le pontificat de son cousin , semblait devoir parvenir à la tiare. Les vieux cardinaux se liguaient contre lui. Sa naissance équivoque ne lui permettait ps , selon eux , d’aspirer à la pputé.
i53 HIST. de FR. I.* PART. LIV. XXIH.
i5ai — i5m. Léon X, en le prodamant cardinal , avait produit un contrat de mariage entre Julien de Médicis et la mère de Jules'; mais on soupçonnait cette pièce d’avoir été febriquée après coup. Jules , ne parvenant pas à son but par une marche directe , voulut donner le change à ses compétiteurs, en plaçant successivement sur les rangs plusieurs individus auxquels personne ne songeait. De ce nombre fut Adrien Florent , cardinal d’ütrecht , alors chargé par Charles-Quînt du gouvernement de l’Espagne. Jules avait lu quelques ouvrages théologiques de ce prélat flamand. U en fit l’éloge le plus pompeux. Le nombre sulïisant de voix se trouva en faveur d’un homme inconnu à Rome , à ceux même dont le vœu s’était prononcé en sa faveur. Les dévots attribuèrent cette élection à l’inspiration du Saint-Esprit ; elle fut l’efiPet des. intrigues de l’ambassadeur de Charles-Quint.
Les Romains, apprenant l’élection d’un barbare ^ accablèrent les cardinaux de malédictions. Le nou- .veau pape, qpntre l’usage ordinaire, ne changea pas de nom. Instruit d’une députation envoyée vers lui par les cardinaux , il la contre-manda , promettant d’aller à Rome dès que l’empereur serait de retour à Madrid.
F rançois voyait , avec toute la jalousie d’un rival , la supériorité procurée à Charles-Quint par cette élection. 11 résolut d’employer ses efforts à rétablir son autorité dans la Lombardie. Les Suisses voulaient alors réparer l’affront fait par eux au roi, en
FRANÇOIS I." ' i53
retirant les troupes de son armée. Ils l’autorisèrent à lever dix mille hommes dans leur pays. L’armée de Lautrec se trouva supérieure à celle de Sforza j conunandée par Prosper Colonna.
Ce général , maître de Milan , n’avait pas entrepris de forcer le château. Lautrec , revenant do France , pouvait jeter beaucoup de monde dans cette forteresse. Colonna craignait d’être battu , si , t^dis que lesFrançais et les Suisses attaqueraient la ville f la ^rnison du château renforcée y pénétrait.
11 imagina des lignes de circonvallation et de contrevallation , dont l’usage devint commun dans les sièges. Deux tranchées profondes furent creusées autour du château à la distance de vingt pas l’une de l’autre. On les revêtit dans toute leur étendue de parapets assez élevés pour mettre les troupes à couvert du feu ennemi. Au bout de ces lignes furent construits deux cavaliers d’une construction solide, et garnis d’artillerie.
Lautrec , ne pouvant forcer ces lignes sans sacrifier une partie de son armée , se réduisit à bloquer étroitement la ville. Il n’y entrait aucune provision.
'Le maréchal de Foix, son frère, venait alors en Lombardie avec quelques compagnies d’aventuriers gascons , et le chevalier Bayard à la tête d’un corps de troupes génoises. Le maréchal de Foix apportait de l’argent. 11 fut distribué aux Suisses ^ sans remplir les sommes qui leur étaient dues; ils se plaignaient amèrement. Lautrec annonça au roi la retraite prochaine des Suisses , si on ne les contentait pas. .
i54 ■ HlST. DE FR. I.* PART. LIV. XXIJI.
iSai— iSaa. Tous les environs de Milan avaient été dévastés par Tiautrec afin d’afiamer la ville et l’armée de Prosper Colonna. Leshabitans de Milan , échauffés par les déclamations fanatiques d’un grand nombre de moines , enfantaient des prodiges de bienveillance et de courage en feveur de François-Marie Sforza.On avait ouvert une souscription volontaire. Les citoyens , en répandant leur sang pour chasser les Français du Milanais, offraient au gouvernement de Milan la moitié de leur fortune, et achetaient des auxiliaires.
Lautrec résolut d’assiéger Pavie , se flattant de réduire sous son obéissance cette ville importante , si Prosper Colonna restait renfermé dans ses lignes, ou de trouver l’occasion de combattre ce général , s’il s’avancait âu secours de la place : Prosper Colonna faiarcha en effet en avant ; mais il occupa une position très-avantageuse. Les Français , sans pouvoir l’attaquer dans ce camp retranché , furent contraints de lever le siège , ils se rapprochèrent de Milan. Colonna se porta à trois milles de Milan dans un parc environné de fisssés profonds , au milieu duquel s’élevait le château de la Bicoque. L’attaquer dans cette position était une témérité que le succès pouvait seul justifier. Les Suisses auxquels on promettait de l’argent tous les jours , et on n’en donnait pas , avaient pris leur parti. Argent , combat ou congé ; telle fut la harangue que leurs chefs vinrent faire à Lautrec ; rien ne put changer leur résolution : Lautrec se
FRANÇOIS 1.» i53
vit contraint de donner le signal du combat, mal- »5ai— 1621. grë la perspective d’une défaite inévitable.
Les Suisses marchent avec lenr intrépidité ordinaire; malgré le feu des batteries ennemies, ils se précipitent dans les fossés sans en calculer la profondeur ; les Espagnols en firent un carnage affreux. Ces fossés étaient si profonds et si escarpés, que toutes les tentatives pour les firanchir furent vaines , à p^e les longues piques des Suisses pouvaient atteindre aux retranchemens ; il en périt plus de trois mille. Ces malheureuses victimes d’une bravoure inutile donnèrent à leur compatriotes bi sanglante leçon , que la valeur a besoin d’étre contenue dans ses excès. Lautrec fit sonner la retraite , les Suisses abandonnèrent l’armée française ; ils l’avaient convaincue parleur fatal courage qu’ils ne quittaient pas les drapeaux de France par lâcheté, mais par le seul défaut de solde.
Forcés de se retirer , les généraux français délibéraient tristement sur le parti qu’il leur restait à prendre ; on résolut de s’enfermer dans Crémone et de défendre cette place. Lautrec revint en France.
Gènes et son territoire étaient soumis à François I.*', c’était une porte ouverte pour rentrer en Italie. Prosper Colonna vint la fermer ; Gènes fut emportée d’assaut et livrée au pillage. Le duc de Longueville passait alors les Alpes avec un renfort de quatre cents lances et six mille iàntas-
i56 HIST. DE FB. 1/ PART, LIV. XXIII.
j5ïi— i5ia. sins - instruit de la perte de Gènes , il retourna sur ses pas. La gamison.de Crémone n’espérant plus de secours rendit la place par capitulation , Colon na lui fournit les chariots nécessaires, elle^ prit la route de Suze; il ne resta à François I." que la citadelle de Crémone et quelques forteres-
ses voisines de la Suisse..
i522. 13. Charles-Quint augmentait par toutes sortes
de voies les ennemis de la France. Ayant tenu la diète de Nuremberg et nommé son fr.ère vicaire de l’Empire, embarqué pour l’Espagne , il relâcha en Angleterre ; l’objet de ce voyage était de resserrer son alliance avec Henri VT II , et de consoler le cardinal Wolsey de la cruelle mortification essuyée par lui au dernier conclave. .
VVokey, né dans la classe la plus obscure des hommes, était destiné à éprouver successivement toutes les faveurs et les disgrâces de la fortune. Do , professeur de grammaire à l’université d’Oxford , il devint aumônier de Henri VllI ; ses talons .le placèrent dans le conseil d’état. 11 occupa les sièges épiscopaux de Lincoln , d’York, et fut créé chancelier d’Angleterre. Alors le pape Léon X le couvrit de la pourpre romaine. Son faste égalait celui des rois. Habile à pénétrer le secret des hommes et à suivre le fd des affaires , il s’était rendu absolu en flattant les passions de son maître. Cependant son éclatante faveur s’éclipsa devant celle d’une favorite. 11 fut disgi acié dans sa vieillesse. Accusé d’un crime de haute trahison, uu
. FRANÇOIS I." ' i57
ccliafàud SC dressait sur lequel il allait terminer sa 'iSaa. vie , lorsque le chagrin le conduisit au tombeau.
Charles-Quint , lui ayant promis la mitre papale,
Venait de la placer sur la tête du cardinal d’U- - trecht. Malgié ce manque de fol, soit que Wolsey voulût plaire à Henri , ou que l’àge avancé du nouveau pontife annonçât une vacance du Saint- Siège assez prochaine , il oublia ou il dissimula son mécontentement. D’ailleurs Charles augmenta ses pensions. Henri signa une ligue conclue par Chârles-Quint contre la France. Le pape, l’empereur, le roi d’Angleterre, l’archiduc d’Autriche, Ferdinand, Sforza duc de Milan , les Vénitiens , les Florentins et les Génois promettaient de réunir leurs forces contre François 1."
I Rome vit enfin arriver son nouveau pontife. On l’accusait de vouloir fixer son séjour en Espagne ou dans.la Belgique. Sa présence détruisit ces faux ■ bruits. La sphère dans laquelle il se trouvait lui . était absolument étrangère. Ignorant toute espèce d’ii^igues , les circonstances l’entraînèrent dans les querelles entre les principaux monarques de l’Europe. Il n’accrut pas le pouvoir de l’église romaine ; cet I ouvrage demandait. du talent et de l’activité. Adrien n’en avait point. Il n’avait pas non plus, des défiiuts essentiels. Trop borné pour sentir la nécessité de la dissimulation dans les affaires,^ il agissait de. bonne foi. La lenteur de ses démarches annonçait l’indifférence pour le succès, et non la
i52;<. sagesse prévoyante qui inédite. Il ne se montra ni généreux. , ni avare , ni empressé , ni pacifique. Son caractère ne le rendait ni propre au gouvernement, ni assez docile pour se laisser gouverner. L’austérité de ses mœurs contrastait avec celles de l’efleminé Léon X , cette austérité le rendit généralement odieux. Tous les poètes se déchaînèrent contre lui. Il fut traité d’insensé, de magicien dans une infinité de brochures. Les Romains n’aimaient pas les longs pontificats. Us n’eurent pas le temps d’appeler par leurs vœux la fin de celui-ci J ils furent bientôt délivrés de leur désagréable pasteur. 11 mourut le i4 septembre i525.
Sous son pontificat, des divisions perpétuelles parmi les puissances d’Italie ne lui permettaient pas de porter au roi de France des coups bien sensibles. L’archiduc Ferdinand , menacé d’une guerre prochaine contre les Turcs, aurait eu besoinde secours étrangers. Cbarles-Quint devait donc regarder le monarque anglais comme le seul allié dont il pût obtenir des services importans. 11 lqg^ra> une seconde fois le crédule Wolsey, en lui promettant le suffrage des cardinaux aù prochain con~ olave< INon seulement Henri donna son adhésionà la ligue contre François I."; mais les deux princes déterminèrent de nouveau la quantité de troupes que chacun fournirait. Ils promirent de neconclure ni paix, ni trêve avec l’ennemi commun' sans un mutuel concert. Les places conquises de-
ràANÇOIS I " • 109
\aient appartenir à celui des deux monarques dont iSaa. les justes prétentions s’étendraient sur les provinces où ces villes étaient situées.
i3. Tant d’ennemis auraient dû décider François 1.” à choisir un système pacifique, ou du moins le retenir en France. Son courage exalté lui montrait , dans les forces multipliées avec lesquelles on voulait l’écraser , un éclatant triomphe.
Sans les subsides extraordinaires , 00 ne pouvait couvrir les dépenses des armées. Les financier ^ firent des avances proportionnées à leur fortune ; on exigea des principales villes une taxe de guerre.
Paris s’obligea à stipendier mille hommes d’infimterie. Des créations de nouveaux officiers rendirent quelque argent. Enfin on imposa les biens du clergé , sans prétendre porter aucun préjudice aux immunités ecclésiastiques.
.Une fermentation sourde annonçait un mécontentement général , etdes événemens dont les suites pouvaient devenir funestes au gouvernement. Des vagabonds, habillés, les uns en pèlerins, Res autres en moines, parcouraient les provinces et incendiaient les villages : on arrêta un grand nombre de qes malfaiteurs ; on les appliqua à la question sans arracher d’eux le motif qui les faisait agir , et le nom de leurs complices. Ce silence extraordinaire les fit soupçonner d’être conduits par dea idées religieuses. Ils voulaient mettre le roi hors <l’état de combattre la ligue regardéecomme sainte, jjarce que le pape s’en montrait le chef.
i6o HIST. DE FR. I.' PART. LIV. XXIII.
lôaa. - De turbulentes associations portaient l’épouvante jusque sous les murs du Louvre. Des gens armés , inconnus , traversant les rues de Paris , s’aS- ■ semblaient sur les places et commettaient des violences. François I.", craignant les suites de ces mouvemens désordonnés , vint au parlement accompagné du chancelier Duprat. Duprat se plaignit delà négligence apportée par la cour au maintien de la’ tranquillité publique , et on enjoignit de la part du roi au parlement de, toutes aSàires cessantes , faire d’exactes perquisitions , et de livrer les coupables au supplice qu’ils méritaient.
, Sortant du palais , le roi ‘vint à l’hôtel-de-ville témoigner au corps municipal sa satisÊiclion des secours extraordinaires votés par la ville de Paris. 11 parla des mesures prises pour rétablir la tranquillité dans la capitale et dans les provinces,' et annonça que pendant son absence sa mère gouvernerait l’état en qualité de régeiite.
' L’armée s’assemblait en Dàupbihë. Le roi vint à Lyon. Les troupes marchaient vers les Alpes. Un événement extraordinaire exigea d’autres mesùresi4. Charles-Quint , non content d’arm(ïr contre François I." les principales puissances de FEuropei suscitait à ce prince , dans l’intérieur de la France, des ennemis plus dangereux que toutes les confédérations étrangères. 11 avait séduit le connétable de Bourbon. Ce prince avait conservé dans une partie de ses vastes domaines les prérogatives des anciens grands vassaux. 11 assemblait les états,
levait
FRANÇOIS I." i6i
levait des subsides, possédait des places fortes, i5a2. gardées par des gens de guerre. Ces avantages le mettaient en état de soulever une partie de la France.
Les suites de cet événement sont connues de
tout le monde; sa cause l’est moins: c’était l’amour.
La politique et l’ambition ne remplissaient pas
tous les instans de la duchesse d’Angoulême. Un
tendre ^sentiment remplissîiit ce cœur dévoré de
jalousie et capable de crimes. Devenue veuve ,
elle avait offert sa main à Charles de Bourbon ,
comte de Montpensler. Anne , comtesse de Bour-
bon-Beaujeu , et régente durant les jeunes années
de Charles l’ASable , avait hérité de tous les biens
de la branche aînée de la maison de Bourbon par
la mort du duc de Bourbon , son beau-frère. Cette
immense succession devait échoir à Suzanne , sa » ^
fille unique ; mais elle était substituée de mâles en mâles. Cette substitution regardait le comte de Montpensler.
Pour éviter des procès , la comtesse de Beaujeu conclut le mariage de sa fille avec Montpensler.
U prit alors le titre de duc de Bourbon. Les deux époux , par le contrat de mariage, se firent don de leurs droits respectifs. La duchesse d’Angoulême, aveuglée par sa passion, tenta de rendre Bourbon infidèle à son épouse; elle lui procura l’épée de connétable de France et tous les avantages dont elle pouvait disposer. Bourbon lui prodiguait les Tome ni. " Il .
1 62 HiST. DE FR. I.* PART. UV. XXIII.
hommages de sa reconnaissance. C’était de l’amoniqu’elle lui demandait. Il s’aperçut enfin des motifs auxquels il devait l’excessive bienveillance de la mère du roi. Craignant pour son épouse les effets de la vengeance d’une princesse toute puissante , il sollicita la place de vice-roi dé Lombardie. La duchesse d’Angoulême n’eut garde de se méprendre sur le sujet de l’éloignement d’un guerrier dont la présence importait à son bonheur. Son amour se change en haine. Le connétable , accusé par elle de vouloir placer sur sa tête la couronne de Lombardie, crut devoir se justifier en abandonnant son gouvernement, et en revenant à la cour. Suzanne mourut sur ces entrefaites sans laisser d’enfans.
La duchesse d’Angoulême offre sa main au connétable , il la refuse ; alors respirant la vengeance , elle suscite au duc un procès que la mère du roi pouvait seule gagner : il s’agissait de presque tous les biens de la maison de Bourbon ; elle les revendiquait aux droits de Marguerite de Bourbon , sa mère. Ces biens sont séquestrés par un arrêt du parlement. Le connétable envoie vainement l’évêque d’Autun demander au roi une surséance. Le connétable , au désespoir, était secrètement sollicité par Charjes-Quint à se venger du roi et, de sa mèré. « U eût été héroïque, dit Voltaire à, cé'sujet, de bien servir et de bien souffrir», llexist/e une autre sorte de grandeur , celle de voir ses ennemis à ses pieds : Bourbon prit ce funeste pa^rti.' U sortit
FRANÇOIS I." i65
de France et se donna à l’empereur. Peu d’hom- i5a2. ‘ mes goûtèrent plus pleinement le triste plaisir de la vengeance.
Hénault rapporte l’anecdote , imaginée {«r Guichardin , d’un grand d’Espagne qui brûla sa maison dans Madrid , parce que le traître Bourbon y avait couche. Il est douteux (pie le connétable ait jamais été à Madrid (t); jieut-on même considérer ce guerrier comme un traître? Il convient de donner à chaque Choie son véritable nom. Le traître est celui qui livre le secret , le trésor , les propriétés ou la personne dont la garde lui est confiée ; le connétable de Bourbon , loin de livrer a Charles- Quiut des objets appartenans à François I.*’ , se livra lui-mêmfe. Cet illustre persécuté, abandonnant une 'cour injuste et corrompue, se mettait sous la protection d’un prince puissant. Sa défection était condamnable ; mais il n’y avait dans sa conduite ni perfidie , ni bassesse ; en vain le chancelier Duprat le fit déclarer traître par arrêt du parlement ; en vain , après la mort du conriétablte , ce magistrat , par un second arrêt, damnait et abolissait sa mémoire à perpétuité. Il laissa la renommée d’un héros coupable de s’être trop vengé des injures qu’il avait reçues.
François I.'' reçut à Lyon les premiers indices i5a5. de cette défection. De Croy , chambellan de l’erape-
(i) La cour résidait i’ Tolède lorsque Bourbon fil un voyage en Espagne.
i64 HIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXIII.
• i523. revu-, traversant la France sous un habit déguise, s’était arrêté à Moulins auprès du duc de Bourbon ; d’autres émissaii-es allaient de Moulins en Espagne , ' et d’EsjWgne à Moulins. L’empereur offrait à Bourbon de le créer vicaire-général de l’Empire en Italie -, il lui promettait en mariage sa sœur Eléonore , veuve d’un roi de Portugal , et pour dot, sous la mouvance de l’Empire, l’ancien royaume de Bourgogne, qui devait se composer de la Provence , du Dauphmé , du Lyonnais , du Bourbonnais , de l’Auvergne et des deux Bourgognes.
D’après les clauses du traité conclu entre Cliarles-Qwint et Henri YIU > les Anglais devaient se mettre en possession des provinces qui leur avalent été cédées parle traité de Brétlgny. Cliarles-Quint $e flattait dè se rendre maître du reste de la monarchie française ; alors tous scs états se trouvant réunis , il eût poss^é la 'vaste puissance de Charlemagne.
Un projet aussi colossal ne pouvait, s’exécuter sans être connü d’un grand nombre d’individus j le secret transpira .■ Brezé , comte de Maulevrier , en fut instruit par deux de ses amis , Matignon et d’Argouges : ces deux hommes voulaient l’attirer dans la conjuration. La vive peinture qu’il leur "fit des maux dont cette révolution menaçait la France les décida , non seulement à i-enoncer à leurs liai-; sons avec le connétable , mais à dévoiler au roi h s particularités dont ils avaient connaissance. Bour- * bon résidait dans le château de Cliantcl en Bour-
honnais* il y avait enferme des provisions, sans iSaü. cependant pouvoir soutenir un siège.
Rarement la France s’était trouvée dans un péril si imminent ; le roi charge le comte de Savoie , frère de la duchesse d’Angouléme , et le maréchal de Qiabanne , d’investir le château dé Chantel : à cette nouvelle, le connétable sort de la place avec une escorte assez nombreuse, s’avance vers l’Auvergne , et prend la fuite à l’entrée de la nuit avec Pomperant, un de ses officiers, dont il se disait le valet, tandis que son écuyer, Montagnac, revêtu des liabits du fugitif, marchait à la lueur des (lambeaux et conduisait par un chemin opposé la foule des officiers et des domestiques. Arrivés à l’entrée d’une forêt , il se ût reconnaître , apprit à ses compagnons l’évasion de leur maître , les exhorta à se disperser et à se réunir dans le comté de Bourgogne.
Bourbon , enfermé au centre de la France , prit un parti téméraire en apparence, mais en elTet le moins dangereux. Le roi se trouvait â Lyon , ses troupes remplissaient la Savoie et le Dauphiné. L’illustre fugitif dirigea sa marche vers ces provinces , assuré qu’on ne l’y chercherait pas; il passa le Rhône dans un bac au milieu d’une compagnie de soldats, traversa le Dauphiné toujours à la veille d’être découvert , et pénétra par les terres du duc de Savoie dans le comté de Bourgogne. Un petit nombre de scs officiers et de ses domestiques l’at-
i66 fflST. DE FR. I." PART. LIV. XXIII.
i525. tendaient dans cette province j il vint avec eux en Italie.
l5. Le roi , s’étant rendu maître de toutes les places appartenantes au connétable , fit arrêter les individus accusés de complicité avec ce prince ; cependant il ne connaissait pas le plan de la conspiration. Liant cet événement avec les troubles dont la France avait été reropHe peu de temps auparavant, et redoutant un soulèvement fomenté par les prêtres ou par d’autres mécontens , il renonça à son projet de commander son armée de Lombardie.
Pendant le séjour de Charles-Quint eu Angleterre, l’amiral comte de Si;rrey avait mis à la voile avec une forte escadre; il ravagea les côtes de Normandie et descendit en Bretagne , où il pilla et brûla Mortain et plusieurs vilbges. Après ces excursions , Surrey vint à Calais prendre le commandement d’un corps de seize mille hommes ; cette division , réunie à une armée flamande , pénétra en Picardie. Le comte de Vendôme commandait sur cette frontière ; ses forces étaient très-inférieuresà celles des Anglais et des Flamands réunis ; mais les longues guerres entre les Anglais et les Français avaient enseigné à ces derniers la meilleure méthode de défendre leur pays . contre les premiers ; ils évitaient les batailles rangées, traînaient la gtierre en longueur, et ruinaient insensiblement les armées anglaises , soit
en interceptant leurs convois, ou en attaquant leurs postes avancés , et les harcelant sans relâche avec de nombreuses troupes légères : tel fut le plan du duc de Vendôme. Surrey , sans avoir pu prendre une place importante , assiégé en quelque sorte dans son camp , en proie à la disette et aux maladies , perdit obscurément une partie de son armée.
La campagne suivante s’ouvrit de bonne heure. Douze mille Allemands augmentaient l’armée britannique commandée cette année par le duc de SnfTolc , et renforcée par toutes les troupes de la Belgique. Le comte de Vendôme , hors d’état de tenir la campagne devant des forces aussi supéy rieures, avait enfermé des garnisons dans toutes les villes. Suffolc pénétra presque sans obstacle sur les bords de l’Oise , à sept lieues de Paris ; son voisinage jetait b consternation dans cette capitale. Charles-Quint assemblait à Pampelune les milices d’Espagne , avec lesquelles il allait franchir les Pyrénées. Françob 1.'^ fut obligé d’affaiblir les corps destinés à conquérir la Lombardie , il était indispensable d’envoyer des secours en Picardie. La bravoure et l’activité des officiers français , la rigueur inouïe d’un hiver prématuré , et le défaut de vivres , forcèrent les Anglais à se retirer.
Les tentatives de Chai’les-Quint sur la Bourgogne et sur la Guienne n’éprouvèrent pas un succès plus heureux. La négligence de François 1." avait laissé ces deux provinces très-mal défendues ;
1523. la bonne conduite de ses généraux , et la valeur de ses soldats suppléèrent à son déËmt de prévoyance. Les Allemands dans la Bourgogne , et les Espagnols dans la Guienne furent repoussés avec beaucoup de perte : les frontières de France restèrent intactes ; mais l’It-xie était entièrement perdue pour François I.*'
i6. Ce prince avait envoyé au-delà des Alpes l’amiral Bonnivet à la tête' de trente mille borames. Prosper Colonna , généralissime de l’armée confédérée , venait de mourir ; le connétable de Bourbon commandait en qualité de vicaire de l’Empire en Italie ; Ferdinand d’Avalos , marquis de Pescara , Charles , comte de Lannoy , vice-roi de Naples , et Jean de Médicis , combattaient sous ses ordres. Bonnivet ne pouvait être comparé à ces habiles guerriers , le château de Crémone, dont les Français étaient encore maîtres , fut emporté par les Impéiiaux.
Adrien mourut. Alors l’empereur promit la tiare au cardinal Wolsey. Le moment de mettre sa bonne volonté et son crédit à l’épreuve arrivait ; la conjoncture des aifaireS) l’intérêt d’avoir un pontife attaché à la confédération , et la parole de Charles-Quint j tant de raisons semblaient au prélat anglais un gage certain de son élévation au souverain pontificat. 11 eut une seconde fois le dépit de se voir frustré de ses espérances: le choix des cardinaux tomba sur le cardinal Jules de Médicis , malgré les oppositions violentes des anciens
cardinaux déclarés en faveur de Prosper Colonna. iSaS. Le nouveau pape changea son nom de Jules en celui de Clément VII; il eut tant de part aux calamités éprouvées par l’Europe sous son pontificat , qu’on ne peut se dispenser d’en exquisser le portrait.
Jules était né du com .-rce illégitime de Julien de Médicis , frère de Laurent le Magnifique , avec la jeune Govina. Léon X , avaut de le couvrir de la pourpre romaine, fit entendre juridiquement des témoins ; ils déposèrent que Julien, blessé par des conjurés à Florence, était mort en déclarant à son ami Antoine de San Gallo , que sa maîtresse, alors enceinte , n’avait consenti à devenir mère que sous promesse de mariage. Laurent de Médicis prit soin de ce neveu comme de ses trois autres enfans.
Sous le pontificat de Léon X , le cardinal Jules de Médicisavait gouverné l’Eglise. Les plaisirs et les cérémonies pompeuses remplissaient les journées du pape ; le cardinal se montrait grave , assidu aux affaires, réglé dans ses moeurs et d’un travail facile. S’appliquant à réparer les fiiutes de Léon X, il s’exposait aux mécontemens des favoris et même des puissances ; l’empire absolu qu’on lui supposait sur l’esprit de Léon déversait ordinairement sur lui les plaintes et les murmures excités par l’inconduite du pape : on regardait le pontife comme un prince inappliqué , prodigue , inconstant , mais franc et généreux. Jules jouissait de la réputation de joindre à l’austérité des moeurs un esprit élevé,
170 HIST. DE Ffi. I.« PART. LIV. XXIII.
i523. une ame grande , assouplie au Irain des afiàires ^ aux chocs des contradictions.
On attendait de lui de grandes choses , il ne justiûa point sa réputation. La mémoire de LéonX fut réhabilitée , il fallut lui restituer ce qui s’était fait de grand sous son règne : on ne vit plus dans Clément VU que l’instrument docile des volontés de son cousin. Loin de déployer cette gi*andeur de courage digne des hautes entreprises , montrant un carractère timide , irrésolu , il ne savait plus rien exécuter à propos; le temps d’agir
' se passait à déhbérer , l’empêchement le plus léger l’arrêtait , et, après la résolution, on le voyait agité de cette perplexité , cachet ordinaire de la faiblesse d’ame et de la médiocrité du gënie.v Ce pontife devint un objet de dérision., rien n’était , plus commun que ce propos : (c Le pape est une planche sur laquelle l’empereur passe où il veut».
Pendant le conclave, Henri VUl avait chargé son ambassadeur de mettre sous les yeux de l’em-; pereur son engagement précis d’appuyer de ses sollicitations les prétentions de W oïsey à la tiare ; ce prélat mettait dans ses poursuites une activité égale à l’importance de la place convoitée par lui , les promesses et les présens étaient prodigués par ses agens. Charles avait bercé Wolsey de vaines espérances, il n’eut peut-être jamais l’intaition de les réaliser : on pourrait aussi supposer que les cardinaux attachés à l’empereur n’osèrent s’exposer à l’indignation du peuple romain , en proposent d’é-
rf.ANÇOIS I."
lever sur la chaire de Saint-Pieirre un ëtranger , dans i SaS. un momeiit où la haine récente contre la mémoire d’Adrien se manifestait par une ivresse si universelle , qu’on couronna de fleurs la porte de son médecin , attachant sur cette porte cette inscription : Au libérateur de la patrie {i).
Wolsey, après tant d’espérances trompées , vit placer sur le trône de l’Eglise un pontife dont l’àge peu avancé et le tempérament robuste ne lui laissaient aucune espérance d’y parvenir lui-même. Accoutnméà la dissimulation , il afiecta une indifierence dont |>ersonne ne fut trompé , et jura à l’empereur une haine concentrée. Ce sentiment , après avoir précipité du trône britannique Catherine d’Aragon, devint la première cause de l’extinction de la religion romaine en Angleterre.
Si Wolsey n’engagea pas Henri VUI à se déclarer sur-le-champ contre l’empereur, c’est qu’il espérait de nuire plus sûrement au succès de ses projets , en lui laissant la vaine espérance d’un soutien qui devait lui être refusé , et de l’enfoncer plus avant dans des entreprises dont les suites pouvaient l’écraser.
Charles-Quint , se flattant d’adoucir l’esprit du iSprélat anglais, avait engagé Clément VU à le nom-
(i) Cette année commencèrent les supplices contre les reformés. Ils regardent comme leurs premiers martyrs Jean Leclerc , brûlé & Metz , et deux moines augustiiis brûlés à Bruxelles.
172 HIST. DE FK. 1/ PART. I.IV. XXIJI.
1524. raer légat d latere en Angleterre , pendant tout le cours de sa Aie , avec les attributions les plus étendues. Wolsey feignit d’être satisfait de cette attention ; loin de montrer son ressentiment , il affectait en public et en particulier d’approuver l’élection du cardinal Jules. L’empereur, trompé par ces apparences , espérait d’obtenir les avantages les plus décisifs sur François I.*'' pendant la campagne de 1624.
17. Clément VII , durant les pontificats de Léon et d’Adrien , avait montré une haine implacable contre la France. Parvenu à la papauté , il redoutait la puissance de l’empereur. Pressé par l’ambassadeur de ce monarque d’accéder , comme son prédécesseur, à la ligue formée contre François I"., il cherchait, dans sa qualité de père commun des fidèles , un prétexte de neutralité. Cependant il prêta au connétable de Bourbon une somme de 20,000 ducats, et lui en fit prêter 3o,000 autres par la république de Florence. Avec cet aident, Bourbon leva une petite armée en Allemagne.
Dès les premiers jours de mars , les Impériaux SC rassemblaient dans les environs de Milan. Bonnivet , cantonné auprès de Biagrassa , et sans calculer le danger de sa position , avait accordé une permission d’aller passer la mauvaise saison en France à tous les guerriers qui sollicitaient celte faveur , , exigeant leur parole de revenir auprès de lui avant l’ouverture de la campagne. A cette imprudence fut ajoutée celle de congédier une partie
de son infanterie, dans la vue sordide d’épargner la i5a4solde de trois ou quatre mois. La diligence des généraux ennemis ne permit pas à ces troupes de rejoindre à temps leurs drapeaux.
Après plusieurs mouvemens et plusieurs combats décrits avec exactitude par les contemporains , mais trop éloignes de nous pour nous instruire ou pour nous intéresser , Bonnivet fut contraint d’abandonner son camp retranché à Biagrassa. Sa maladresse , l’activité de ses ennemis qui le harcelaient sans cesse , peut-être aussi le caprice de six mille Suisses campés à une journée de marche, et qui refusèrent de le joindre , le réduisirent en peu de temps à la nécessité d’exécuter sa retraite eu France par la vallée d’Aoste.
Au moment où les Français se disposaient à passer h.i Sessia , Bourbon et Pescara , survenant avec l’avant-garde de l’armée impériale , chargent l’arrière-garde de Bonnivet avec impétuosité. L’amiral ^ comporta avec valeur ; mais ayant eu le bras percé d’une balle au commencement de l’action, il fut forcé de se retirer pour mettre un appareil à sa blessure. Le commandement de l’arrière-garde fut confié au chevalier Bayard j ce brave officier , toujours le premier au combat , mais ne se montrant jamais à la cour , ne parvint jamais à commander en chef, malgré la gloire dont il s’était couvert en mille rencontres. On avait constamment recours à lui dans les momens dangereux. Chargé de la commission la plus difficile et la plus impor-
174 HIST. ÜE FR. I.* PART. LIV. XXHI.
1524. tante , il se met à la tête de la cavalerie , animant les soldats par son exemplfe à vaincre les efforts des ennemis. L’armée passa la rivière sans avoir été entamée ; mais Bayard reçut dans l’action une blessure mortelle.
N’ayant plus la force de se soutenir sur son cheval , il donna ordre è un de ses archers de l’appuyer contre un arbre , le visage tourné vers l’ennemi. Le connétable, le trouvant dans cette situation , lui témoignait ses regrets. « Ne me plaignez pas, répondit ce brave guerrier , mon sort est digne d’envie , je meurs en homme d’honneur pour mon roi et pour ma patrie ; je plains au contraire un Français qui combat en faveur des ennemis de la France ». Pescara arrivait dans cet instant. Les deux généraux concertèrent ensemble la manière dont on pourrait donner des secours à l’illustre blessé. Sa Ëiiblesse ne permettait pas de le transporter dans une maison , ils firent dresser une tente autour de lui , la fournirent des meubles nécessaires , et le laissèrent dans les mainsdes chirurgiens. Cesattentions'étaient inutiles , Bayard mourut peu de temps après.
On instruisait alors au parlement de Paris un procès criminel contre le connétable de Bourbon. Tous les individus qui avaient suivi ce prince furent déclarés criminels de lèse-majesté. Le roi distribua leurs biens à ses principaux courtisans. U était plus difficile de prononcer la peine méritée par les partisans du connétable arrêtés par les ordres du roi. Matignon et d’Argouges s’étaient constitués pri-
sonniers, en déclarant tout ce qu’ils savaient : on 1524. leur avait promis , non seulement une entière rémission , mais des récompenses. Ils fournissaient des indices , et non des preuves jurîcfiques. Les prisonniers furent seulement convaincus d’avoir eu connaissance du projet de mariage entre le connétable et la reine Eléonore. Ce mariage pouvait être célébré avec l’agrément du roi , et devenir le gage d’une paix durable entre François I.*' et Charles- Quint ; on concevait difficilement comment il pouvait renfermer un crime capital.
Le seul Jean de Poitiers , seigneur de St.-Vallier, fut condamné à mort. Capitaine des gardes du connétable , non seulement il’ avait assisté à la rédaction dù contrat de mariage et à la célébration des fiançailles de ce prince avec la reine Eléonore ; mais aucune des conditions de cet engagement ne pouvait être ignorée de lui , puisqu’il tenait le chiffre de la correspondance secrète du connétable et de l’empereur.
• Jean de Poitiers convenait des faits allégués contre lui. Les circonstances dans lesquelles il s’était trouvé lui offraient ses moyens de défense. 11 avait toujours espéré, disait-il , de ramener le connétable à son devoir, il en avait même tiré un Jour la parole formelle de rompre cet engagement criminel. Cette assurance l’empêchait de se chargef du rôle pénible et odieux de dénonciateur.
Le crime était avéré , et la justification incertaine ; Jean de Poitiers fut condamné à perdre la
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1524. tête. Une fièvre continue , et les égards dus à ua homme qui long-temps avait servi le roi et l’état à ses dépens , difiëraient l’exécution. Les parens du coupable profitèrent de cet intervalle. Brezé , auquel on devait les premiers avis delà conjuration , avait épousé Diane de Poitiers ; il réclamait comme le prix de son zèle la grâce de son beau-père., Cette recommandation acquit plus de force dans la bouche de Diane dé Poitiers elle-même. Elevée parmi les filles d’honneur de la reine, ellen’étaltjjas inconnue au roi ; mai» depuis son maiiage son mari l’avait tenue constamment éloignée de la cour.
Sa beauté, sa désolation, l’éloquence inspirée par une grande passion, les hirmes qu’elle versait avec abondaançe , touchèrent un cœur facile à s’enflammer. Diane acheta, dit-on , par une coupable complaisance la grâce de son père; cette première faute en entraîna d’autres. Des lettres manuscrites, conservées à la bibliothèque de Paris, nous apprennent que, supportant impatiemment la contrainte dans laquelle la décence, la retenait dans la maison de son mari, elle engagea le roi à l’attacher à la cour. Jean de Poitiers obtint sa grâce au moment où l’arrêt prononcé contre lui allait être mis à exécution.
Parmi les autres prisonniers, les uns furent déchargés de l’accusation , les autres condaninés à la ' perte de leurs pensions ou à quelques années de prison. ,,, , , ,
Restait à juger le chef de la conspiration ; sa
qualité
«qualité de piince du sang et de pair de Frmice i5a4. exigeait plus de formalités ; François I." vint au parlement.
La séance s’ouvrit par des plaintes portées contre le parlement. Le chancelier lui reprocha l’indulgence dont il venait d’user contre les accusés , et ia licence avec laquelle il modiGait les édits dont l’enregistrement lui était ordonné. 11 ajouta ; (c Le parlement jouit du droit de présenter des remontrances ; si le roi, après les avoir entendues, persiste dans ses resolutions , ia cour n’a plus que voir , il doit obtempérer ». Le chancelier ayant cessé de parler , le roi prit la parole : a Je consens qu’on me fasse des remontrances ; mais si je ne crois pas devoir y déférer , je veux être obéi sans retardement. Avez-vous oublié les lenteurs étudiées , apportées par vous à l’enregistrement de l’édit portant création d’une nouvelle chambre dans le parlement? quelle en fut l’issue? Le duché de Milan fut perdu faute d’argent pour Gtire subsister l’armée. Cette leçon doit vous instruire ; vous tenez de moi votre autorité, n’allez pas vous regarder comme le sénat romain ».
« Non , Sire , répondit vivement le premier président de Selves ; une pareille idée n’entrera jamais dans la tête d’aucun des magistrats de votre parlement , il confesse que son autorité émane de vous; n’imputez pas à présomption des démarches J dont vous ne sauriez désapprouver les motifs.
Quand vous introduisîtes. une nouvelle chambre Tome f^Il. 12
du parlement, dans la seule vue de vous procurer pn peu d’argent, son devoir* le força de vous remontrer le danger de confier à vingt hommes , sans examen préalable , le droit de prononcer en dernier ressort sur la fortune de vos sujets. Votre Majesté nous répondit alors qu’après avoir reçu les sommes dont vous aviez besoin , vous laisseriez ' agir le parlement ainsi qu’il aviserait par raison.
Ce sont, Sire, vos paroles ; votre parlement doit-il après cela entendre comme un reproche s’il refuse de recevoir dans son sein des hommes n’ayant d’antre mérite que leur argent ? p
François I.'', emporté par sa franchise, et oubliant son premier rôle, reprit ; a Je confesse que la chose que j’ai Êiite avec le plus de répugnance , depuis mon avènement au trône , est d’avoir mis à prix d’argent les offices de judicature. Je n’ai cependant pas prétendu les vendfe. L’argent que j’ai reçu sera fidèlement remboursé, et tout sera rétabli un jour sur son ancien pied ».
- Après ces explications , fut entamée l’affaire du connétable. Les pairs ecclésiastiques et les conseillers-clercs se retirèrent quand on alla aux opinions. Cependant l’arrêt fut seulement préparatoire. La cour ordonna l’ajournement de l’accusé à la table de marbre. Cette cérémonie eut lieu à son de trompe dans Lyon.
Ces procédures furent suivies avec lenteur. 11 fallait trois sommations de comparaître avant de juger, comme on disait alors, en profit de défaut.
Ces poursuites cessèrent après la bataille de Pavie. i5a4* Le roi était reveau au château de Blois , il envoya au parlement la lettre suivante :
« Nos amés et féaux , depuis notre avèoement au trône , un de nos plus ardens desseins a été de rendre bien et brièvement la justice à nos sujets. Toutefois nous avons été forcés , par la nécessité de nos afiàireSjde prendreargent par erapruntdesindividus pourvus des offices de judicature , dontnous croyons plusieurs non aussi capables que d’autres dont on a foit choix, si saus prêt iceux offices leur avaient été baillés. Jaçoit que notre inteotion fut la nécessité passée de donner ordre à cette affinre. Néanmoins, à la prière de notre très-amée dame et mère, avons délibéré pouvoir dès à présent pourvoir au-? dits offices des personnes savantes et de bonne conduite, dont nous avons bien voulu vous avertir, afin que vous commettiez trois ou quatre personnages d’entre vous auxquels vous ferez jurer sur les évangiles , que^ toute acception de personnes cessant, ils feront choix des hommes les plus titrés, et de bonne conscience , poiir obtenir les offices de présidens, conseillers, lieutenans de bailliis et de sénéchaux , et autres offices de judicature. jlcelui rôle signé par eux , et contre-signé du greffier de la cour, nous envoie, afin que selon icelui nous puissions nous régler quand il conviendra nommer aux dits offices ».
Cet arrangement ne rétablissait pas les élections usitées au parlement j mais la nouvelle forme pou-
i8o HIST. DE PR. I.* PART. UV. XXIII.
»5a4. valt balancer l’ancienne, et peut-être mériter la . préférence dans un siècle où, les mœurs ayant per- . du leur ancienne simplicité , les brigues devenaient communes. Le parlement dressa les rôles demandés. La funeste journée de Pavie, et la mauvaise vo- . lonté du chancelier Duprat, arrêtèrent l’exécution de ce projet. La vénalité des cliarges de magistra- . ture subsista.
i8. La défaite des Français, chassés à la fois de la . Lombardie et de Gènes , était regardée par les prln- . ces italiens comme le terme de la guerre. Ne voyant plus de monarque en état de résister à Charles^uint , ils commençaient à craindre les efièts de son ambition. Leurs vœux ardens se réunissaient vers une paix générale. Satisfaits d’avoir rétabli la maison de Sforza dans ses états, ils annonçaient leur intention de ne pas contribuer plus long-temps à l’augmenta- . tion de la puissance impériale. Le pape , par ses remontrances chrétiennes , disposait de son mieux Charles-Quint à se réconcilier avec son rival.
Ce monarque , enivré par ses succès , méprisait = les prières de Clément VII. U déclara hautement sa résolution d’envahir la Provence , celle des provinces françaises où la cour de Blois craignait le moins une invasion , et où de moindres apprêts
^ étaient faits pour sa défense. Ceux de ses ministres les' plus distingués par leur expérience le dissuadaient de cette entreprise. Ils lui représentaient la faiblesse de son armée , l’épuisement de ses finances. L’empereur se flattait de compenser ces incon-
FRANÇOIS 1." ‘i8»
accours du roi d’Angleterre. D’ailleurs le connétable de Bourbon , sommé de comparaître au parlement , voulait effrayer ses ennemis. Plein de cette confiance qui console les exilés , et sachant combien impatiemment les prêtres avaient supporté la taxe imposée par François I." sur leurs propriétés , il espérait qu’un corps nombreux <le mécontens se joindrait aux troupes impériales à leur entrée en Provence. Charles , séduit par ces considérations , persista dans son dessân.
Henri Vlll avait promis de payer les frais de l’expédition; il devait envoyer 10,000 ducats:dur rant le premier mois , se réservant le choix de continuer le même subside de mois en mois, bu d’entrer en Picardie avec une â-rmée avant la: 'lin ; dejuillet, et d’envoyer une nombreuse escadre devant le port de Toulon. Charles-Qnint était encore conduit par le désir de se délivrer , du moins pour un temps , des importunités des puissances d’Italie. Elles voyaient avec de vives inquiétudes des garnisons espagnoles ou allemandes dans les places fortés de la Lombardie. Bourbon commandait despotiquement dans le duché de Milan. Le duc Sforaa , confondu avec les généraux subalternes , ne jouissait d’aucune autorité. On pouvait même lui contester son titre. Charles-Quint lui avait refusé jusqu’alors l’investiture de ce fief impérial, sous prétexte que les Français n’en étaient pas définitivement chassés , et que cette investiture devait être la suite d’une paix générale. Les confédérés soup-
i8a HIST. DE FR. L* PART. LIV. XXIlL
i5i4. çonnaient l’empereur de vouloir réunir l^lÉiclid aux états héréditaires de la màison d’Autriche. Ils solUcitaient de concert l’investiture promise.
Charles ne pouvait ni accorder une demande contraire à ses intérêts, ni donner par un refus un juste motif aux confédérés de traiter avec les Français. L’entreprise sur la Provence le tirait de cet embarras. Si elle i-éusrissait , la puissance impériale, répandant partout la terreur, aurait réduit les princes italiens au silence. Si au contraire elle échouait, ce mauvais succès servait de prétexte à l’empereur pour conserver ses garnisons dans le Milanais , à la veUle d’être attaqué de nouveau par les Français.
Charles'Quint n’écouta pas même les scrupules du connétable. Ce prince, malgré son état de dépendance , refusait de reconnaître les droits de Heri VllI sur la Normandie et la GuieUne.
Dans l’armée destinée à envahir la Prôtence , on comptait à peine dix-huit mille hommes. Le commandement en fut confié au connétable et au marquis de Pescara, Elle pénétra en Proveiice presque sans résistance , et parut devant Marseille le 19 août. Lé cohnétable proposait de marclier droit à Lyon. L’empereur voulait s’assurer d’nn port dont la possession facilitât ses expéditions ultérieures dans le midi de la France. Ija réduction de Marseille fi.it regardée comme l’objet principal de la Campagne, if François 1.°' avait prévu le dessein de l’empereur. N’étant pas en mesure de s’y opposer , il s’attachait aux moyens de le faire échouer. Les fau-
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FRANÇOIS 1." i83
bonrgs de Marseille furent détrüits. On ajouta de nouvelles fortifications aux anciennes. Une forte garnison , commandée par des capitaines expérimentés , entra dans la place. Enfin , tous les environs furent ravagés , afin de rendre difficile la subsistance des ennemis. Les habitans de Marseille voulurent partager avec la garnison l’hOnneur et les périls du siège. Les femmes et les vieillards travaillaient aux fortifications. Une défense si bien oodcei'^ tée triompha de la science militaire du cohnétiable. François 1." eut le temps d’assembler une armée sous les murs d’Avignon. Les Anglais , n’ayant tenté aucune diversion en Picardie , et leur flotte ne paraissant pas sur la Méditerranée , le 'connétable , après quarante jours de travaux inutiles, manquant absolument de vivres, évacua jirécipitamUicnt la Provence à l’approche de François 1." et rentra en Italie.
Si le roi se fut contenté d’avoir préservé la Provence des suites d’une invasion , la campagne , malgré la perte du Milanais, aurait fini en sa faveur avec gloire. Ce prince , se laissant aisément éblouir par les faveurs de la fortune , se voyant à la tète d’une armée brillante, ne put se résoudre à la congédier sans tirer l’épée. Les fatigues et les maladies avaient presque détruit l’armée espagnole. Le mauvais succès devait les décourager. Ces conjectures assez plausibles parurent à François 1" autant de vérités démontrées^ il s’enfonça dans les Aljies < malgré les remparts de neige qui les couvraient.
i84 HIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXHI.
1 524. 19* Le roi était entouré des grands de sa cour ,
du duc d’Alençon , de Henri , roi de Navarre y d’Antoine , duc de Lorraine , de François , comte de Yaud^mont, de Jean Stuart, duc d’Albanie, de Michel, marquis de Saluces, de l’amiral Bonnivet, des maréchaux de Foix et de Tavanne, des barons delà Trémouille et de Montmorenci, et d’un grand nombre d’autres capitaines. Il tint un grand conseil dans Briançon. Les généraux les plus expérimentés lui représentaient le danger d’une campagne d’hiver avec une armée composée en partie de Suisses et d’Allemands , au caprice desquels oa «erait oblige de se prêter , sans avoir d’autre sûreté que leurs promesses. Le roi venait d’apprCudre la mort de son épouse, elle lui laissait trois fils et deux filles. La duchesse d’Angoulème , voulant le détourner d’une entreprise téméraire, arrivait à grandes journées auprès de lui; François éluda les représentations de ses généraux , et pourl. éviter celles de sa mère, déclarée régente du royaur me durant son absence , il se mit prornptement en marche. ' ,
On passa les Alpes au mont Cenis ,et au paont Genèvre. L’armée fut reçue sans résistariice dans \erseil. Les Espagnols avaient pris un cliemin plus long', mais moins difficile, par INice, Monaco et Final. Ils arrivèrent à Albe dans le Montferrat le jour où les Français entraient dans Verseil, Le roi marche à Milan : Pescara entrait dans, cette ville; sentant l’impossibilité de la défendre , il jeta une
forte garaison dans le château, et. sortit de Milan i524> par une porte tandis que les Français entraient par une autre.
La célérité de la marche de François I.*' avait déconcerté les plans de défense formés par les généraux espagnols.. Charles-Quint n’avait à soudoyer que son armée de Lombardie ; cependant elle n’était pas payée. François I." eût terminé la gueiTe en poursuivant rapidement ses ennemis ; au lieu de cela , prêtant l’oreille aux conseils de Bonnivet, contraires à ceux de presque tous les autres généraux , il alla mettre le siège devant Pavie. C’était à la vérité une place importante.
Sa possession l’aurait rendu maître des fertiles contrées arrosées par le Tesin ; mais les excellentes fortifications de Pavie annonçaient une longue résistance, U était dangereux d’entreprepdre une expédition aus» difficile au mois de novembre.
Les généraux de l’empereur avaient renfermé dans la place six mille bons soldats sous les ordres d’Antoine de Lève, un des plus célèbres guerriers de ce siècle. ,
Tandis que les Français épuisaient les ressources de la tactique devant Pavie , les généraux espagnols ^employaient leur zèle à former une armée. L’infatigable Bourbon enrôlait des soldats en, Allemagne.
Sans argent , il avait mis en gage chez des juifs les diamans de sa maison. Il revint bientôt en Italie à la tête de douze mille hommes. Les Espagnols, recevant ce renfort, et un corps de douze mille
i86 mST. DE FR. I.* PART. UV. XXIU.
i5a4. hommes envoyés par l’empereur, se présentent au secours de Pavie , en s’ouvrant im large passage par le parc de Mirabel, où François I.*' avait placé son quartier général. La seule artillerie française les mit en déroute. Pavie aurait ouvert ses portes si le roi se fût conduit avec moins d’imprudence.
Le mépris de François I.*' pour ses ennemis semble marquer le dernier terme de l’aveuglement où les rois puissent tomber. Non seulement ce prince , au sein d’une sécurité voluptueuse , oubliait ses pertes journalières et’ le génie de ses adversaires , mais il ne daignait pas vérifier le dé-r Dombrement de ses troupes. Muratori observeqne le monarque payait un nombre de soldats capable de le rassurer contre les événemens ; mais que ses ministres et ses capitaines le tromjment de concert , toutes les compagnies étant au dessous da complet. Le roi croyait son armée composée de quarante mille combattans , il n’en avait pas trente mille. ‘
Clément yn, regardant l’armée française comme dominante, contractait une alliance avec François' 1.®' La timidité du caractère de ce pontife ne lui permettant pas de suivre les plans hardis formés par Jules et jiarLéon , il revenait au projet plusfaciîe d’employer la puissance d’un des princes rivaux à balancer celle de l’autre. Ce retour des Français
en Lombardie devait mettre un frein à l’ambition de l’empereur. Ses efforts furent employés à îe
détermuier à laisser par un traité le duché de Milan 1 524» à la cour de France. Charles , ayant rejeté cette proposition , il signa avec François un traité dans lequel la république de Florence fut comprise. Le roi prenait sous sa protection la maison deMédicis.Lepapepromettait de ne donner aucun secours à l’empereur, d’accorder le passage dans la Toscane aux troupes françaises , si elles voulaient envahir le royaume de Naples , et autorisait le roi à lever des soldats sur lœ teires de l’Eglise et de la république de Florence.
François ï.", trompé par de faux calculs, se croyait en état de s’emparer de Naples. Dans cette pensée , il détacha huit mille hommes aux ordres du duc d’Albanie, et lui ordonna de marcher vers le Carigliano. Une seconde division de l’armée française, envoyée à Savoné, devait tenter avec le secours d’André Doria , attaché aü service de France, une surprise sur la ville de Gènes. Ces deux gros détachemens laissaient l’armée française très-inférieure à celle des Impériaux. Le connétable de Bourbon , au lieu d’envoyer des troupes à la poursuite du duc d’Albanie , résolut d’attaquer les Français dans leur camp.
ao. La bataille de Paviefut donnée le a4 février. 1525. Le roi , instruit de la marche des Impériaux , assembla son conseil. La Trémouille, Montmorenci, Chabannes, de Foix, Louis d’Ars, et la plupart des généraux proposaient de lever le siège , et d’éviter une bataille contre une ennemi supérieur. On
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i525. altendait un corps de Suisses assez nombreux ; et d’ailleurs, ajoutaient-ils, il est de règle de ne jamais rien faire à là guerre de ce qui convient aux ennemis. Il faut donc éviter la bataille offerte par les Impériaux. Ils conseillaient au roi de se retrancher dans les environs de Milan , et d’attendre les renforts de France et d’Helvétie.
Bonnivet (i), croyant faire sa cour au roi, soutint le parti contraire. Sa destinée fut , durant toute cette expédition, de donner des conseils funestes ; il représenta la honte dont on se couvrirait en abandonnant un siège continue si long-temps , et. insista sur la nécessité d’aceeptei' une bataille à laquelle s’attachait l’honneur des armes françaises. Enfin , il promit de disposer son ordre de défense , de manière que les ennemis ne pourraient jeter des vivres dans la ville assiégée. Les idées du roi sur les principes de l’honneur et de la chevalerie étaient connus : plusieurs fols il avait répété ; « Je prendrai Pavle ou je périrai sous ses murs ». Retenu par la honte de manquer à sa parole , il se rendit à l’avis de Bonnivet."
On était très-avantageusement retranché dans le camp. Les généraux de l’empereur, malgré leurs raisons de donner bataille , furent sur le point de faire retraite ; l’extrémité à laquelle Pavle se trouvait réduite les détermina seule à courir les hasards d’un combat.
(i) Pierre Martyr j relation envoyée h l’cmperear.
Jamais deux armées n’engagèreut une action iSaS. avec plus de fureur ; d’un côté , un jeune inonarfjiie , plein de valeur et secondé par l’élite de la jeunesse française , combattait pour la victoire et pour l’honneur ; de l’autre, les troupes les mieux disciplinées, et conduites par les plus habiles généraux, attaquaient par nécessité , et avec un courage exalté par l’alternative de vaincre ou de mourir de faim.
Les Impériaux tentèrent deux fausses attaques au parc de Mlrabel , et sapèrent, dans un autre endroit du même parc , un pan de mur d’environ quarante toises de largeur ; trois mille arquebusiers , suivis , de plusieurs bataillons de vieilles bandes espagno- les et allemandes, pénétraient par cette brèche. Le projet des généraux était moins de livrer une ba- taille contre une armée supérieurement retranchée , . que de jeter des secours dans la place assiégée. Les troupes, chargées de cette opération hasardeuse , se trouvaient exposées à tout le feu de l’artillerie française. Les premiers bataillons commençaient à plier.
Le roi , craignant que ses ennemis ne lui échappassent par une fuite rapide, rompant imprudemment son ordre de bataille , vint se placer à la tête d’un corps de gendarmerie, entre ses batteiies et les Impériaux. Cette faute irréparable , le privant de son artillerie , entraîna la perte de la bataille attribuée mal à propos à Bonnivet.
• La Français repoussent du premier choc la gen- . darmerie napolitaine, et pénètrent jusqu’aux bat:iillons d’infanterie^ ils s’étaient réunis sous lecom-
igo HIST. DE FR. I.' PART. LIV. XXIII.
)5a5. mandement de Bourbon et de Piescara ; tous les efforts du roi ne parviennent pas à les entamer ; les arquebusiers , dont le nombre dominait dans l’armée espagnole , n’étant plus fatigués par le feu des canons français , lançaient une grêle de balles sur les flancs de la gendarmerie française , à laquelle les Allemands présentaient un front hérissé de pi~ ques impénétrables. Le roi fij; avancer sonin&nte^ rie; il sentait alors toute l’étendue de sa faute , en rendant nul , par sa fatale position , le feu de son artillerie. L’infanterie fut en peu de temps écrasée par l’artillerie impériale, à laquellel’artillerie royale ne répondait pas. Les l>andes allemandes, comman> dées par François de Lorraine , furent presqu’en'* tièrement détruites. Les Suisses , oubliant leur ré« putation , prirent honteusement la fuite.
Le poids du combat se réunit contre la gendarmerie française enveloppée de toutes parts. Bientôt elle ne put avancer ni reculer. De Lève , faisant une sortie avec sa garnison , attaqua avec furie l’avant-garde française, et acheva la déroute. Pescara multipliait de nouveaux efforts contre la gendarmerie française. La cavalerie allemande était habi- * ^ ^ lemont entremêlée de fantassins espagnols , armé»
de pesans mousquets dont on se servait alors. Cette méthode , à laquelle Heni i IV, dans la sXiite , dut le succès de la bataille d’Ivri , fixa la victoire sous les drapeaux de l’empereur. La 1 rémouillei> ègp d« soixante-quinze ans , Tavannes,, Louis d’Ar» , Bussi d’Amboise , Clermont Tonnerre , Henri do
Dloilizec by Goo^k
Lmigoan , le comte de Saint-Pol, le maréchal de i5a5. Foix , et un grand nombre d’autres capitaines étaient tués ou blessés. Le seul endroit où combattait le roi faisait encore de la résistance. Ce prince , affaibli par plusieurs blessures , et jeté de son cheval tué sous lui , se défendait k pied avec un courage héroïque ; un grand nombre de braves chevaliers, réunis autour de lui, husaient des efforts prodigieux pour sauver ses jours aux dépens des leurs ; ils tombaient successivement à ses pieds ; de ce nombre fut l’amiral Bonnivet , l’auteur de cette calamité , et le seul dont la perle ne fut pas regrettée.
François blessé aufront et à la jambe continuait de combattre , exposé presque seul à la fureur d’un grand nombre de soldats espagnols irrités de la résistance de ce guerrier , dont le rang n’était pas connu. Un soldat français sortant des rangs enneoûs .vint se placer à ses côtés, et l’aida de son épée à repousser les audacieux qui se précipitaient sur lui; c’était le comte de Pomperant, le compagnon du connétable dans sa fuite. Pom- [)erant eut à la fois la gloire de sauver la vie du roi et de le faire prisonnier ! Lannoj , vice -roi de Naples , approchait ; ce général , se prosternant pour baiser la main du roi, reçut son épée et lui présenta la sienne. La prise du r(H temôna l’action. Le maréchal de Montmorend avait été chai’gé la veille de'garder un poste éloigné avec sa compagnie d’ordonnance et mille hommes d’in&n-
1 525. terie ; le bruit du canon lui annonçant une bataille, il marche pour y prendre part ; enveloppé par se» ennemis , il fut forcé de rendre les armes. Le» généraux ennemis , n’ayant ni prisons assez sûres pour garder leurs prisonniers , ni vivres à leur donner , rendirent la liberté an plus grand nombre.
Diverses relations augmentèrent ou diminuèrent le nombre des hommes tués dans cette bataille : l’arrière-garde fit sa retraite , elle recueillit les débris de l’armée ; la faible garnison de Milan s’y réunit , le duc d’Alençon commandait cette arrière-garde : on assure que par des efforts bien diiigées il aurait pu dégager le roi. Ce prince , dernier rejeton d’une race illustre et malheureuse, expia par un cruel repentir sa faute involontaire ; honteux de sa négligence et accablé par les reproches de Marguerite son épouse, sœur du monarque, il se mit au lit et mourut de douleur. IVIarguerite épousa dans la suite Henri, roi de jNavarre , et pour se venger des papes qui avaient donné par une bulle à Ferdinand le Catholique les états de la mère de Henri , elle embrassa la religion réformée.
Deux mois après la l>ataillè de Pavic , il ne restait pas un seul Français en armes en Italie. Le connétable de Bourbon regardait Bonnivet comme le plus acharné de ses ennemis : le voyant couché sur la terre , il s’écria, au rapport de Guiehardin : Malheureux! tu as causé la ruine de la France et la mienne. Les généraux de Cliarles-
Quint
Quint paraissaient écrasés sons le faix de leur bonne fortune : rivaux et jaloux entre eux , ils ne savaient prendre un parti. Cette mésintelligence favorisa l’évasion de plusieurs prisonniers importans, parmi lesquels on distingua Jean d’Albret , roi titulaire de Navarre ; il courait d’extrêmes dangers si on l’eût conduit en Espagne. Deux de ses gens entreprirent de le mettre en liberté , malgré l’attention avec laquelle on le gardait : l’un, ressemblant assez au prisonnier par l’âge et par la taUlc , faisant les commissions de son maître , entrait et sortait si souvent, que les gardes ne faisaient {>as attention à lui. D’Albret change d’habit avec ce domestique , traverse Pavie sans rencontrer d’obstacles , et trouve à la porte son second domestique , il l’attendait avec deux chevaux. Ils revinrent ensemble en France , où celui qui avait pris la place de son maître eut la liberté de le joindre. .
François 1." ne trouva pas une semblable occasion de prendre la fuite. Lannoy le traitait avec toutes les marques d’honneur dues à son rang^ mais il le gardait avec les précautions les plus minutieuses. Tous les généraux, sous prétexte de lui rendre leurs obéissances, ne le perdaient pas de vue : Bourbon lui-même envoya demander la permission de lui présenter ses respects et l’obtint. 11 fut reçu avec bienveillance , soit que le roi fût frappé de l’instabilité des choses humaines , ou qu’il envisageât l’injustice des procédés auxquels Tome f^JI. i5
ig4 UIST. DE FR. I.« PART. LiV. XXIU.
yÜ25. il devait attribuer la perte de ce général. François témoigna sa vive reconnaissance à PomjKîrant dont le connétable était accompagné. Le marquis de Pescara , aussi adroit courtisan que guerrier intrépide , s’était couvert d’habits de deuil: en rendant au roi sa première visite, il éleva jusqu’au ciel la valeur de ce monarque , confessant que si elle eût été généralement secondée , les Espagnols n’auraient pas remporté l’honneur de la journée ; ce général exhorta le roi à bien espérer de l’équité et de la modération de Charles- Quint , dont la fortune avait &it son rival de gloire et non son ennemi. Lannoy parut jaloux delà considération témoignée par François 1.”' U Pescara j feignant de redouter son évasion de Pavie , il le fit conduire dans le château de Pisighitone , sous la garde de Ferdinand Alarçon ; cet officier aux sentimens d’honneur les plus délicats joignait la vigilance scrupuleuse exigée pour un dépôt aussi précieux.
31. François jugeant de l’ame de Charles-Quint par la sienne, et ne doutant pas que par générosité il ne se hâtât de lui rendre sa liberté à des conditions équitables , se montrait très-empressé d’entrer en négociation avec lui. Les généraux espagnols n’étaient pas moins empressés de fiiire parvenir à Tolède les détails de la bataille de Pavie et de recevoir les ordres de l’empereur. LTtalie ne communique avec l’Espagne que par la France ou par la mer : les passages en F rance étaient soi-
gneusement gardés , et les escadres fi-ançaises , sous les ordres de Lafàyette et de Doria , ne laissaient rien passer. Lannoy supplia le roi de permettre d’envoyer par terre le commandeur Pennalosa en Espagne ; le roi acccorda un passe-port', c’était ' une faute impardonnable. ’
Ce piince écrivait aloi'S à la duchesse d’Angoulême: madame ^ tout est perdu , fors l’honneur. Bien n’était plus vrai ; des frontières dégarnies , le trésor public sans argent, un mécontentebient Ëicheiix , et la désunion dans le conseil delà régente : tout semblait annoncer la ruine de la France."
Il Ëllait d’abord recueillir les débris de l’armée de Lombardie, fournir aux soldats des vivres, des habits et les autres choses dont ils avaient besoin pour rentrer en campagne , et leur donner des chefs. 11 restait douze mille hommes en Italie, huit mille sur le territoire de Rome aux ordres du duc d’Albanie, et quatre mille en ligurie commandés par le marquis de Salucesj les amiraux Doria et Lafayette, chargés de les ramener en France sur leurs vaisseaux , exécutèrent cette commission sans trouver d’obstacles. La régente ‘'enrôla des troupes et pourvut à la sûreté des frontières.
Cette ^princespe s’appliqua surtout à recouvrer l’amitié du roi d’Angleterre. Henri VIH s’alliant successivement avec François I." et avec Charfes- Quint , loin de suivre un plan régulier de politU que , se laissait entraîner où le poussaient des
iSaS:
1 5a5. passions ftumultuenses. Ses derniers traités a^ oc i’empereur lui laissaient entrevoir une occasion de çqnquériri la Guienne ou la Lombardie ; il n’avait pas prévu .un événement dont les suites pouvaient rendre l’empereur arbitre suprême des destinées de l’Europe.
En qualité d’allié de Charles , Henri pouvait être admis au partage des dépouilles du roi captif j mais dans la manière dont ce partage pouvait s’opérer , comme dans celle de conserver sa portion , il dépendait de la bonne volonté d’un allié , dont les forces , ayant terrassé le roi de France pouvaient ' ne plus ménagerie roi d’Angleterre. Charles-Quint, maître des provinces les pluscousidérablesdu royaume de France , ne meuaçait-il pas la prospérité britannique ? L’intérêt inspiré par François 1.“^ fortifiait ces considérations politiques. Labravoure avec laquelle ce prince s’était comporté excitait dans tous. les XM£urs des sentimens d’admiration. Henri sentit , U désir de se montrer à l’Europe le libérateur d’un, monarque malheureux ; les conseils du cardinal Wolsey secondaient l’inclination du prince. Ce ministre ^isissait avidement l’occasion de se venger de Charles-Quint.
Les égards délicats , avec lesquels la régente de France recherchait l’amitié de Henri, flattaient également le prince et son ministre. Henri lui donna secrètement sa parole ^de ne pas aider Charlesi}uint à opprimer la France.
Cependant les liaisons publiijues de Henri avep
FRANÇOIS I." . ■! igj,
Charles l’obligeaient à(Sajïrér les apparences.' La iSaS. journée de Pavic fut célébrée à Londres par des réjouissances. Le roi y feignant de saisirSmpatien]luent l’occasion de compléter la destruction de la monarchie française , envoya tme ambassade solennelle en Espagne. L’amlwssadeurjayant comjdiinenté l’empereur, arec, lequel le roi.d’.<Vnglctcrre devait partager les fruits, de I4 victoire de Pa>ie , sommait Charles , en vertu des traites , d’envahir la Guienne avec une forte .armée et de la mettfe à la disposition de la cour dç Londrcs.\ On offrait d’envoyer la princesse JVJarie ,! d’Angleterre à IVIadrid ou à Bruxelles, et en retour de cette niarque de confiance, on proposait de remeltrel^rançoisl.''' à la garde de Henri VllI, j.,}
Cette singulière prétcntipp^çfbndaitsur le traité de Bruges, dans lequel ;ll.;4taiJt stipulé qüe chacune des parties contractantes remettrait tout usurpateur c^ns les mains de celui dont pet usurpateur aurait blessé les droits. Henn ne pouvait pas espérer que Charles écouterait cette. étrange proposi-, tionj il n’était ni de .son intérêt,' ui même alors «n son pouvoir , de les accorder. Henri , en les faisant, voulait se procurer un .prétexte de prendre avec la régente de Erance les engagemens amenés par les circonstances.
22. Pre^ipe tous les historiens . ont répété ; qu’après la, bataille de Pavie , Ch;»rles-Quint manqua à sa fortune, 11 devait , dit-on’, envahir la Fiance avec son armee, victorieuse, elle aurait trouvé peu de résistance au sein de la générale conster-
jgS BIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXIII.
i 525. nation répandue par la mort du roi. La situation des afiàires du monarque espagnol ne lui permettait pas d’Aécuter de si hautes entreprises.
La journée de Pavie répandait la terreur en Italie ; les causes dont le développement avait armé les puissances de la Péninsule contre François I." préparaient une réaction. Depuis que Charles- Qüint devenait trop redoutable , les princes confcdéréé , prêts à se voir écrasés par la puissance im- • périale , délibéraient avec inquiétude sur les moyens
d’éviter celte catastrophe. Leurs résolutions mal concertées, plus mal encôre exécutées, n’eurent d’abord aticun effet. Clément VU , se laissant intimider par les menaces de Lannoy , acheta la liberté de rester neutre , en loi faisant compter les sommes nécessaires ati' pfaiethefnt d’une partie de l’ai^ mée impériale. Chfiï’îéfr^uirit refusa de ratifier ce traité et garda l’argent du pape. Clément éprouva . la honte d’avoir àhandomié la cause do monarque fi-ançais pour son intérêt particulier , et le ridicule d’un bassesse faite à ses dépens.
Cet argent tira le vice-roi de l’embarras le plus pressant ; les Allemands enfermés dans Pavie , las d’attendre inutilementle fruit des promesses qu’on ' leur avait faites , s’étaient rendus maîtres de la ville; le reste de l’armée victorieuse montrait plus de disposition à se déclarer /Cn faveur des mutins , qu’à les réprimer. Lannoy apaisa la sédition en distribuant aux soldats les sommes venues de Rome ; satisfaits momentanément , il lui restait peu d’espérance de les payer régulièrement dans la suite. II
FRANÇOIS i."' • : :: »99
prît le parti de les licencier , dans la crainte qu’ils iSaS. ne se saisissent ‘de la pei'sonne de François 1.°'; ainsi, par un contraste étonnant , Charles-Quint, soupçonné de prétendre, à la monarchie univers selle, ne pouvait entretenir une armée victorieuse^ à peine comparée de trente^ miUe Immmes. ' L’Allemagne , loind’dfirir des ressources au ehef de l’Empire , agirait eu besôia d’employer l’armée espagnole à nijettro un' terme aux malheurs dont elle était menacée. Soliman entrait en Hongrie à la tête d’une armée formidable. Les fureurs du fanatisme dévoraient la Thnringe, la Saxe, laMisuie, la Soua* l>e. Quelques fougueux apêtres d’une sanglante ré* forme se répandaient dans ces provinces j ces sédi-> lieux appliquaient à b puissance àvile les prineipes d’après lesquek Luthèr détruisait b puissance ec-> clésiâsdque. Ces désorganisateura prêchaient b dis> corde et l'incendie ; à les entendre, les babitansdes campagnesn’éproQvaient pasde moindres vexations de b part des seigneurs que de b part des prêtres. Confondant b morale clirétiennc avec les institutions sociales, et précurseurs de ces jacobins que nous avons vus bouleverser b France, les opprimés étaient , disaient-ils , les égaux des oppressénrs , les enfàns d’un même père , affranchis de la servitude par un même rédempteur. Toutes les barrières qui séparaient les riches dès pauvres devaient donc disparaître. Ils persuadaient aisément des hommes condamnés à des travaux ingrats; les pavsaus couraient aut armes : quinze mille d*èn-
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i5a5. tr’eui, après avoir dévasté une partie de l’AlIeniagne , passèrent le Rlün , et se répandirent dans l’Alsace et dans la Lorraine. Le comte de Guise , chargé du commandement sur cette frontière, leur livra plusieurs combats, et parvint à les disperser.
Ces ià taies insurrections causèrent à Luther les plus cuisans chagrins ; elles furent dirigées par ces hommes intrlgans , lâches et sanguinaires, qui se ' mêlent dans toutes les révolutions, en exagèrent et en dénaturent les prlnci|>e8 , pour égarer la multitude et fonder leur fortune sur les malheurs publics. Leur abominable conduite fut l’origine des persécutions éprouvées dans la suite par ^es réformés. Les gouvernemens,. tronqués par les déclama? lions Intéressées des prêtres et des moines , confondirent des hommes sages et vertueux. , dont les efforts tendaient à détruire les abus de la religion romaine , et à la ramener aux institutions primitives, avec des énergumènos , ennemis de toute police. I : b : >
L’invasion de la Hongrie pan les Ottomans avait augmenté le pouvoir de la maison d’Autriche, en déterminant les Hongrois (à couronner dans Bade le frère de Cbarlcs-Quint;, cette élection n’avait pas été faite à l’unanimité : un parti nombreux venait de placer sur le trône , dans Albe Royale, Jean Zapoli, vaivode deTransilvanie, protégé par la Porte Ottomane. • r, »
HenriVllljdevenuamourcuxdo Aiiuede Boulen , voulait répiidlcr Githcrinc d’Aragon ; le cardinal