‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 9 sur 27 · Tome yT.i. q · texte numérisé non relu

Tome yT.i. q

i5o HIST. DE FR. I.* PART. UV. XXIII.

] !j2o. monarques se proposaient de camper dans la plaine. L’habitation du roi de France consistait dans un grand pavillon de charpente, en forme ovale, à plusieurs étages. Sa couverture de drap d’or fit donner au lieu de l’entrevuele nom de Champdu Drap d’Or.

. Le pavillon du roi d’Angleterre , beaucoup mieux entendu , se bornait à un rez-de-chaussée. Autour de ces deux bâtimens s’élevaient des tentes destinées aux princes et aux chevaliers. Tous cherchaient à se surpasser par la richesse de leurs habits et de leur équipage.

VVolsêy , chargé par les deux rois de r^er le cérémonial, décida que, dans les visites faites ^ aux rois et aux reines , les deux monarques partiraient à la même heure d’Ardres et de Guines , afin de se servir mutu^ement d’otages. François I.'' s’ennuya bientôt de ce trbte cérémonial. Sans communiquer ma projet , il se lève de grand matin , monte à ch^l , suivi de trois domestiques, et prend brusquement le chemin de Guines. Deux cents archers angbis , le voyant s’avancer au petit trot , demeuraient imraobUes. « Conduisez -moi à b • cfaanfibre de mon frère , leur dit le monarque ». En vam on observa qu’il dormait encore ; François ouvre b porte avec fracas , tire les rideaux du lit , et se présente au roi d’Angleterre. « Mon frère , lui dit Henri , vous m’avez bit le meilleur tour que jamais homme fît à un autre, et m& montrez b grande fiance que je dob avoir en vous. Je vous prie de recevoir ma foi » . Les deux monarques passèrent

FRANÇOIS I." tSi

]>Iusieur8 hepres ensemble. Henri fit vainement i5ao, des instances pour retenir François à dîner. Des joutes étaient annoncées ; François ne voplait pas perdre upe semblable occasion.

On ne savait pas au camp français ce qu’était devenu le roi. Fleuranges, dont nous avons des Mémoires sur la vie de ce prince , le voyant sortir du camp anglais , le blâmait. Sa CQpduite était cependant naturelle. Le lendemain , Henri ne manqua pas de se trouver au lever du roi, et depuis lors les deux cours se confondirent. Elles se séparèrent après quinze jours passés dans des fêtes perpétuelles ; cependant Wolsey et Duprat ne s’étaient accordés sur aucun des points essentiels de la négociation. On confirma seulement le mariage du dauphin avec Marie , fille unique du roi d’Angleterre. L’im pression favorable , &ite sur l’esprit d’Henri par les manières engageantes de François , fut bientôt efiPacée dans l’entrevue de Henri avec l’empereur à Qravelines. On n’yprit cependant aucune détermination contre la France. Charles , sous prétexte de rendre une seconde fois ses devoirs â la reine Catherine , sa tante , vint voir le roi d’Angleterre à Calais , conduisant avec lui une autre de ses tantes , Marguerite , gouvernant^ des Pays-Bas.

11 passa plusieurs jours dans cette ville. L’attenhon , avec laquelle les deux plus puissaus monarques de l’Europe disaient leur cour à Henri , lui annon? çait le besoin qu’on avait de lui. Charles offrait

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i520. de soumettijB à sa décision les <iifiërends qui pourraient s'élever entre François et lui. Henri lui promit de se déclarer contre celui des deux souverains qui commencerait les hostilités. Gette résolution fut notifiée au roi de France.

, 7. Charles-Quint fut couronné dans Aix-la- Chapelle, le 11 octobre. Ce prince , reconnu monarque des anciens domaines , de la maison d’Au- - tjiche-, de l’Allemagne , de la Belgique , de la Franche-Copité , de l’Espagne , des Deux-SlcUes , possesseur dqs, trésors de l’Amérique , ayant à ses ordres les anciennes bapdes espagnoles regardées . comme les troupes les mieux disciplinées de l’Europe , venant de marier son frère Ferdinand à l’héritière de Hongrie et de Bohême, était environné d’iine puissance à laquelle aucune autre ne pouvait se comparer ; cependant cette puissance manquait de solidité à beaucoup d’égards. L’Autriche était menacée par les Ottomans. Les opinions de (Luther prenaient une grande consistance en Allemagne, et partageaient les esprits. Déjà s’annoncaient les symptômes d’une guerre longue , et désastreuse en Germanie. Les habitans de la Belgique , jaloux de leur liberté , n’accordaient que les subsides les plus médiocres à un prince dont ils redoutaient les entreprises. Les Napolitains et les Siciliens n’étaient pas accoutumés à faire des efforts en faveur de leurs rois ; enfin la discorde troublait la Castille et l’Aragon.

En général , le> Espagnols ne voyaient pas .avec.

des sentimens de joie l’élévation <le Charles au trône impérial. Celle nouvelle dignité devait souvent les priver de la présence de leur souverain , el les livrer à l’administration d’un vice-roi, souvent tyrannique et plus souvent odieuse. Ils prévoyaient avec douleur, comme les suites presque inévitables de cet événement , la perte de leurs trésors pour alimenter le faste d’un titre étranger , et celle des hommes dont le sang coulerait dans les guerres d’Allemagne et d’Italie.. Un sombre mécontentement se répandait dans tous les ordres de l’état. 11 augmenta lorsque Charles , s’embarquant au port de la Corogne, conüa la régence au cardinal Adrien Florent. Cette préférence , donnée à un prélat né en Flandre , irritait l’Espagne entière. A peine les vaisseaux de l’empereur sillonnaient l’Océan , et déjà Tolède et plusieurs autres villes se disposaient à chasser . le vice-roi et les autres flamands auxquels étaient conûés des emplois supérieurs. ’

FrançoisI."crut apercevoir dans celte disposition des choses l’instant favorable d’attaquer soneiiuerai. Les premiers coups frappèrent la Navarre. Les ministres espagnols avaient constamment répondu d’une manière évasive à toutes les soUicitatioiJS de la cour de France en faveur de Henri d’Albret. Un congrès tenu à Montpellier fut sans effet. Charles parut discuter les droits de la couronne de Castille sur celle de Navarre dans cette assemblée , avec l’unique vue d’avoir le temps de déman-

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5a I. tder les place» de la Navarre; Le Roi de France, ne voulant pas paraître l’agresseur , se montrait dans les Pyrénées comme allié de Henri d’Albret. On permit à ce prince de lever des troupes ën Guienne , et l’argent dont il avait besoin lui fut fourni secrètement.

Charles tenait la diète de Worms , dans laquelle Luther avait comparu. L’empereur demandait aux princes allemands des hommes et de l’argent, wus prétexte d’aller recevoir dans Rome la couronne impériale. François 1." voyait dans celte expédition un projet caché d’envahir le duché de Milan , il se hâta d’envoyer des ambassadeurs . à Worms. Si l’empereur, disaient ces ministres , se ' propose de se &ire couronner par le pape, il peut traverser* la Lombardie avec une simple escorte , et recevra partout les honneurs dus à son rang; mais s’il se montre dans l’Italie antérieure à la tête d’une armée , il alarmera toutes les puissances , et les forcera à se confédérer pour s’opposer à sà marche.

L’arChevèque de Mayence répondit qu’il n’appartenait pas au Roi de France de se mêler des délibérations de la diète , ce qui n’était pas vrai , puisqu’en qualité de duc de Milan, François I.*' > était prince de l’Empire. La diète accorda à Charles vingt mille hommes de pied et’ deux mille chevaux, payés pour six mois.

François se vengeait en Navarre du mauvais succès de ses démarches en Allemagne. André

de Fois , .comte del’Esparre, conduisait les Pran- iSai. cab. Ce général manquait de talens et d’expérience ; mais, ne rencontrant aucune armée ennemie, il se rendit maître en peu de jours de la Navarre entière, à l’exception de ]a citadelle de Pampelune.

Charles J instruit de cette invasion , accorde aux Castillans toutes leurs demandes. Le connétable et l’amirante de Castille sont donnés pour collègues dans le gouvernement au cardinal Adrien Florent.

Les séditions s’apaisent. Les Espagnols réunissent leurs forces contre les Français , on les force de repasser les Pyrénées.

Une intrigue de la cour de France portait la guerre sur les frontières d’Allemagne. Robert de U Mark , duc de Bouillon , abando nnant le service de Charles pour se venger d’une injustice du conseil aulique, embrassait les intérêts de François 1."

Dans la chaleur de^ son ressentiment , U se bissa persuader de décbrer b guerre à l’empereur par un héraut d’armes envoyé à Worms.

Une entreprbe aussi extrava gante ne permettait pas à Charles d’en méconnaître le véritable auteur. Robert, à b tête d’un corps de troupes françabcs , entre dans le Luxembourg , et après avoir ravagé le pbt pays, assise b petite ville de Virton. L’empereur se plaignit de ces hostilités comme d’une violation de b paix entre b France et l’Espagne; il somma Henri Vill , en vertu des traités , de prendre les armes contre François I.*''

François prétendait n’ètre pas responsable de b

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i5ai. conduite du duc de Bouillon : contre ses défenses formelles, disait-il, ce prince avait enrôlé quelques soldats en France. Henri parut frappé de la mauvaise foi du monarque français. On ne voulait pas irriter ce prince. Le duc de Bouillon reçut ordre de licencier son armée.

L’empereur avait assemblé vingt mille hommes ; le duc de Bouillon , sans arasée , s’était enferme . dans Sedan, une des meilleures places de l’Europe; le comte de ^Nassau commandait les Impériaux. Charles, comptant sur les secours du roi d’Angleterre , envoyait ses troupes en France. Nassau s’em- , para de Mouzon presque sans résistance , il investit ensuite Mézières, la défense en était confiée au chevalier Bayard , les Allemands furent contraints de lever honteusement le siège. François à la tête d’une armée nombreuse eut bientôt repris Mouzon , il pénétra dans la Belgique , et par un excès de précaution , dé&ut qu’on n’eut pas souvent à lui reprocher , il perdit près de Valenciennes l’occasion de couper la retraite à l’armée ennemie.

8. Un' congrès s’assemblait à Calais sonS la médiation’du roi d’Angleterre ; Wolsey était chargé des détails de la négociation. Ce; prélat, occupé du projet d’obtenir la papauté, se déclarait presque ouvertement en faveur de Charles^Quint ; on employa beaucoup de temps à .discuter lequel des deux monarques avait commencé la guerre. WoL sey affectait de regarder.cet article comme le point essentiel , et présentant François I.*' comme l’a-

FRANÇOIS' L" i5;

gresseur , se flattait de justifier les traités que pour- i Sai . rait conclure Henii avec Charles.

On examina ensuite à quelles conditions pourraient être éteintes les hostilités. François exigeait la restitution de la Navarre. L’empereur réclamait celle du duché de Bourgogne , il voulait encore être dispensé de l’hommage prêté aux roU de France pour les comtés de Flandre et d’Artois.

Le congrès se termina sans aucun succès.

Wokey vint à Bruges sous prétexte de continuer la négociation avec l’empereur. Ce prince connaissait la vanité du prélat , U le reçut comme ' il aurait pu recevoir le roi d’Angleterre. Wolsey, abandonnant le rôle de médiateur , ^nclut unei ligue contre François - Charles devait attaquer la France du côté des Pyrénées , et Henri du côté de la Picardie , chacun à la tête de quarante mille hommes. On alimentait cette alliance par le mariage de Qiarles avec la princesse Marie , promise au dauphin. Les Anglais., dont l’animosité contre la France se réveillait à toutes les occasions , approuvaient hautement la résolution de leur roi.

Odet de Foix, plus connu sous le nom de maréchal de Lautrcc, commandait à Milan. Ce général jaloux du crédit dont jouissait le maréclial de Trivulce , né en Lombardie , et possesseur d’une immense fortune , eut la bassesse de peindre à la cour de France , comme suspect de trahison , ce guerrier alors âgé de quatre-vingt-deux ans, et

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i5ai. rëcommandable par ses longs servicesi Trivtdce, instruit des odieux propos tenus contre lui , tra versant la chaîne neigeuse d^ Alpes , dans le mois le plus rigoureux de l’année , arrive à la cour sans avoir prévenu personne de son voyage , et se présente devant François 1.” Ce prince refuse d’entendre sa justification.

Trivulce , après avoir inutilement tenté tontes les voies pour approcher du roi , se rend secrètement au village d’Arpajon ^ où la cour devait passer. U s’assit sur une chaise 'au milieu de la rue , afin que le roi ne pût éviter de le voir et de l’entendre. François passe rapidement auprès de luiÿ en détournant ses regards. Le dépit hâta le dernier instant de ce capitaine célèbre. La reté employée dans cette occasion par François I."" n’était pas dans son caractère, il s’en expliquait famihèrement le lendemain avec le cardinal Bihiena ; on vint lui annoncer qüe le maréchal était resté malade dans Arpajon , et qu’on craignait poUrasa vie. François , se reprochant sa conduite , charge un de ses officiers d’assurer Trivulce qu’il est convaincu de sa loyauté , et qu’il lui donnera des marques de sa satisfaction. Vous dire® au roi , répondit le maréchal , que le témoignage de sa justice m’est précieux , et arrive trop tard. U mourut peu de momens après. i

François n’ouhHa rien pour réparer son injustice à l’égard de Trivulce , il porta l’attention jusqu’à distrtiîuer à ses héritiers ses pensioùs et sa

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compagnie d’ordonnance^ Cependant ce fut l’ëpo- iSsi. que de la traîne que lesbabitansduÂifilanais vouèrent aux Français, elle augmenta dans la suite.

Lautrec, dur, avare , altier et imprudent, sembbit prendre à tâche d’augmenter cette hainé. Sa position était épineüse. François dépensant

trop d’argent à ses plaisirs, n’en gardait pas assez pour les besoins de l’empire. 11 oubliait ritaliu dans un temps où il fallait pourvoir de munitions toutes les places de b Lombardie, et former Une armée. Le viée-roi se crut obligé de lever des contributions excessives.

L’évéque de Tarbes, premier préâdent au parlement de Milan , et vice-chancdier de Lombardie , était un homnie emporté. Sous son administration , les débtions , les procès crimineb , les confUcations se multiplièrent. Les< principaux citoyens abandonnaient leur patrie ; de ce nombre fut Jérôme Morone, cdèbre par b souplesse de son esprit dans un sièéfe et (bus un pays où les révolutions fréquentes secondaient les talens de ce genre par les occasions multipliées d’en faire usage.

11 s’exib auprès de François-Marie Sforaa.

Lautrec, obligé de bire un voyage &a France, avait confié le commandement à Thomas , maréchal de Foix. Morone ne cessait d’entretenir François Sforza de b facilité de reprendre le Mibnais , se mettant à la tête des mécontens. Sforza manquait d’argent, il envoya Morone auprès du pape.

Léon X venait de signer une ligue avecCbarles-

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1 5ai . Quint ; il ne se contentai pas d’approuver le projet de Sforza , mais il avança l’argent dont on avait besoin. Les mécontens du gouvernement français s’assemblent au château de Bufieto, appartenant au comte Palavicini. Le maréchal de Foix envoya • des troupes pour disperser ou enlever cette assemblée. Chacun se retira brusquement dans Reggio ; cette ville appartenait au pape. Lautrec rentrait alors dans MUan. Des insurrections se déclaraient de toutes parts contre les Français. Le vice-roi demande de prompts secours à la cour dé France. On lui envoie un corps de gendarmerie , mais point d’argent pour le payer. Les dissipations du roi et ~ de la duchesse d’Angoulême sa mère , Bavidité des fevoris et des ministres , avaient épuisé le trésor public. Les révoltés se ' montraient en armes sous les murs de Milan. Lautrec, poursuivant un de leurs détachemens, vient attaquer la ville deReggh) dans laquelle les fuyards s’étaient réfugiés. L’historien Guichardin en était gouverneur. Sa vigoureuse défense força le général français d’abandonner son entreprise, après avoir perdu une partie de ses troupes.

Celte attaque offrait au pape l’occasion dherchée par lui de rompre publiquement avec François 1.*^ 11 assemble les cardinaux , se plaint de la conduite du roi de France, vante le zèle de l’empereur avec lequel il avait conclu un traité , réunit ses troupes aux troupes impériales , et publie une excomunication contre le vice-roi de Milan. Alors le vicor

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i-ul de Naples, Raimond de Cardonne, réunit ses 1S21. troupes à celles des révoltés de Milan.

g. François 1.", attaqué dfms les Pays-Bas par Charlcs-Quint , et à la veille d’avoir les Angbis à combattre , ne pouvait envoyer en Italie des troupes nécessaires à la défense de la France.

L ne petite armée allemande se réunissait en Lombardie aux confédérés contre les Français. Lau-

trec , hors d’état de tenir la campagne , adopta le • plan de défense le plus convenable à sa situation. , Evitant une bataille rangée, il harcelait ses ennemis avec ses troupes légères , enlevait leurs convois , et se plaçait sous le canon des places dont ils . voulaient tenter le siège. Par cette conduite prudente , il retardait les progrès de ses ennemis j , mais il n’avait aucun moyen de payer ses troupes, et un accident imprévu vint déranger ses mesures.

Un corps de dix mille Suisses servaitsous les drapeaux français ; suivant une loi établie par les cantons , non^pioins conforme à la saine politique qu’à l’hunflnité, leurs soldats ne pouvaient demeurer au service de deux puissances actuellement en guerre l’une contre l’autre. Le cardinal de Sion, étemel ennemi des Français, représentait aux cantons combien il leur importait de tenir dans cette occasion une conduite prudente. C’en est fait de la liberté helvétique , leur disait-^il , si les Suis^ , honorés du titre de défenseurs de l’Eglise , l’abandonnent. Le pape ne demandait pas qu’ils tournassent leurs armes contre la France, leur alliée,

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1 5a I . il lui suffisait qu’ils garantissent les terres de l’Eglise d’une subite et inévitable invasion , en chargeant des commisssires de prendre connaissance des faits, et menaçant de se déclarer contre la puissance qui rejetterait leur médiation.

Ce fut le sujet de longues conlestations^dans les cantons suisses. Enfin Soleure , Zurick et Bâle fournirent au légat du pape une armée de douze mille bo;nm’es , faisant jurer aux officiers et aux soldats de s’abstenir de toute hostilité contre les ' Français , se. bornant â dé^ndre les terres du pape. Des députés examinèrent ensuite les sujets de dissension élevés entre le pape et le roi de France.

On s’était persuadé à Rome que François I.*',

. indigné de l’audace des Suisses, rejetterait leur médiation; mais, sans l’assistance des cantons, il était impassible aux Français de conserver le Milanais: en conséquence , le roi avait ordonné à Lautrec de donner aux Suisses' une satis&ction an moins apparente. Lautréc gagna les députés h^^tiens; ils promirent le rapport le plus &vorablelrax intérêts du roi.

Cependant les che& du gouvernement helvétieQ sentaient combien leur conduite serait condamnable , si leurs soldats combattaient les uns contre les autres. En vain ils avaient fait jurer à l’armée de ne pas attaquer les Français. Chargés de défendre les posses^ns papales, d’après la nature des choses, ce serment ne devait pas être gardé : les cantons, effrayés par la honte dont ils allaient se couvrir f

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dcipèchèrent des courriers à leurs généraux avec iSai. . ordre de revenir sur-le-champ dans leur patrie.

Le cardinal de Sion eut l’adret de corrompre les couriiers envoyés aux Suisses de l’armée confédérée. Les ordres ne lui parvinrent pas , ils furent au contraire signifiés aux Suisses de l’armée française. Ce corps, Êitigué d’une longue campagne, et n’étant pas payé , obéit sur-le-champ , malgré les prières des maréchaux de Lautrec et de Foiz.

Ces généraux , abandonnés de presque toute leur infanterie , vinrent camper sur les bords de l’Adda. fl leur était impossible d’empécher un ennemi su- |)érieur de passer cette rivière. Les confédérés s’approchèrent de Milan. Un inconnu , dont on n’entendit jamais parler depuis, ni pour se vanter de ce service , ni pour en réclamer le prix , vint de la ville avertir Morone que si l’armée s’avançait sous les mqrs pendant la nuit, les partisans de la maison Sfonpa lui ouvriraient ime porte. Prosper Colonna commandait les confédérés. 11 envoya l’infanterie espagnole vers la porte romaine à l’en-r trée de la- nuit. Les soldats , placés dans le bourg , prennent la fuite. Les Espagnols les suir veut, entrent avec eux daps la ville presque 'sans résistance. L’issue dë cette entreprise surprit ^let ment les vaincus et les vainqueurs. Lautrec se retira avec précipitation sur les terres des Yénir tiens. Toute la Lombardie obéissait aux confédér rés , à l’exception du château de Milan , de la ville de Crémone et de quelques forts. Lautrec, y ayant

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5ai. mis des garnisons suffisantes, vint en F/ance se justifier de ce revers.

Il était la suite d’une de ces basses intrigues, dont le tissu égara la conscience du monarque , qui ont presque toujours ruiné les expéditions ordonnées par les gouvernemens arbitraires. La mère du roi voyait, dans l’afiermissement de la puissance française en Italie, la ruine certaine de sa famille, dont les états de Savoie et de Piémont allaient se trouver froissés entre la France, le pays de Gènes et la Lombardie. D’ailleurs son crédit était presque balancé à la cour par celui de la sœur du maréchal de Lautrec , la comtesse de Chateaubriand , favorite de François I." Louise de Savoie , duchesse d’Angoulême, regardait les succès du frère comme le triomphe de la sœur. Elle satisfit à son ambition et sa jalousie , en leur saciifiant une belle province et une belle armée (i).

Beaune Samblançai , surintendant des finances , avait reçu ordre d’envoyer en Itahe les sommes nécessaires au paiement de l’armée et surtout des Suisses. Tia duchesse d’Angouléme se fit remettre ces fonds, se chargeant de les fitire passer à leur des* tination 3 elle les employa à d’autres usages. On fit le

(1) On commence à porter les cheveux courts et la barbe longue. Cette mode fut amenée par le roi , blessé k la tête d’un tison par Montgonieri , en se jouant. On reprit sous Louis XIII l’ancien usage. Hénault, Abrégé cfaronol. tom. 2.

procès

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procès au surintendant j la mère du roi convenait *1521. d’avoir reçu l’argent ; mais c’était , disait-elle , un dépôt confié par elle à Samblançai. L’accusé fut trahi par son premier cômmis, nommé Gentil; cet homme , amoureux d’une des femmes de la duchesse d’Angoulême, lui confia les quittances de cette princesse. Samblan^i fut pendu. Gentil, craignant d’être un jour recherché, acheta une charge de conseiller au parlement ; de conseiller, il devint président. Ayant continué ses malversations , il fut pendu à son tour; mais sur ces entrefaites les places restées aux Français dans le Mibnais tombaient sons la puissance de François-Marie Sforza; reconnu dans Milan, il rendit à la chambre pontificale les places réunies à la Lombardie par Fraticois I.’' '

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