‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 12 sur 27 · LIVRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-QUATRIÈME

François

1. Maladie de François I." ; ce prince prend la rdsolation d’abdiqaer la couronne. — a. Administration intérieure de la France pendant la prison de François I.*' — 5. La régente de France signe un traité avec le roi d’Angleterre. — Traité de Madrid. — François I.*> recouvre sa liberté. — 4* Assemblée des notables à Cognac. — Le roi devient araooreuK de la ducbesse d’Etampes.— Ligue formée contre l’empereur. — 5. Retour de François I.» à Paris. — Lit de justice. — Le chancelier Duprat obtient le. chapeau de cardinal. — 6. Le pape est surpris dans Rome par les Impériaux. — Prise de Rome par le connétable de Bourbon. — Mort de ce général. — 7. Nouveau traité entre les cours de France

IlIST. DE FR. I.* PART, LIV. XXIV.

et d’Angleterre. — Une armde française pénètre eu Italie. — Assemblée des notables à Paris. — 8. Les rois de France et d’Angleterre déclarent la guerre à l’empereur. — Projet d’un duel entre François et Charles. — 9. L’amiral André Doria abandonne le service de France. •— Révolution de Gènes. — 10. Révolution de Florence. — Les Médicis sont chassés de nouveau de cette république. — ii. Les Français abandonnent l’Italie. — Paix de Cambrai. — 12. Vues de Charles , de François et de Henri îi l’époque de la paix de Cambrai. — Charles-Quint vient en Italie. — i3. L’empereur fait la paix avec les Vénitiens et les ducs de Milan et de Modène. — Siège de Florence. — L’empereur est couronné par le pape. — Alliance de François I.*' avec la Porte Ottomane. — 14. Progrès de la religion protestante en Allemagne. — Diète d’Augsbourg. — i5. Le dauphin et le duc d’Orléans reviennent en France. — François 1.*' épouse la reiue Eléonore. — 1 6. Divorce de Henri VllI. — Ferdinand est élu roi des Romains. Troubles de Hongrie. — 17. Mort de la duchesse d’Angoulérac. — Alliance de François I." avec les princes protestans d’Allemagne. — Grands jours. — Réunion du duché de Bretagne à la couronne de France. — 18. Entrevue de François I.« avec Henri VIII. — Retour de Charles-Quiiit en Espagne.

»5a5. 1. François I." sentait trop tard combien il avait eu tort de se faire conduire en Espagne. L’empereur ne daigna pas lui faire une visite ni même lui écrire. 11 paraissait s’étudier à donner des désagrémens à son prisonnier. L’histoire doit ce témoignage à la nation espgnole , qu’elle ne partagea pas les sentimens de Cliarles-Quintj péné-

FRANÇOIS I." 2i3

trée d’estiine envers un moriarque dont chacun i5ï5. admirait la bravoure , elle lui procurait des adoucissemens. Les dames s’empressaient auprès de lui; ellesjarmaient dans son appartement des concerts et des danses. Les grands d’Espagne , offensés des précautions injmieuses prises à son égard, demandaient qu’il fût prisonnier sur sa parole. Quatre des plus qualifiés offraient de lui servir de caution ; l’empereur , dans l’espoir d’amener son pri^ sonnier à souscrire aux conditions exigées de lifi , éluda les représentations des grarlds d’Espagne.

Charles-Quint , sous prétexte d’assister aux cortés, avait fixé son séjour à Tolède. François, accablé de chagrin, tomba dangereusement malade. 11 se plaignait , dans les accès de la fièvre , de la manière outrageante dont on le traitait. Les médecins, ne connaissant; rien à sa o^aladie, avertirent l’empereur que le malade avait besoin de consolation plutôt que de remèdes , ou du mollis que sans ces consolations tous les remèdes seraient inutiles. Charles craignait d’être privé, par la mort du roi , des fruits de la bataille de Pavie , il consulta ses ministres. Le chancelier Gattinara représentait combien il était indécent à l’empereur de \enir chez le roi, s’il n’était disposés lui rendre la liberté à des conditions raisonnables. Charles , ^ moins délicat , voulut tromper son prisonnier par de vaines promesses. L’entrevue fut courte. La faiblesse de François ne lui permettait pas de sou-

ai4 HIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXIV.

iSaS. tenir un long entretien. L’empereur lui parla en des termes pleins d’affection et d’estime, et lui promit sa prochaine liberté. François, prenant confiance dans les paroles de Charles, recouvra assez promptement sa santé.

11 s’aperçut bientôt que l’empereur l’avait trompé. Les n^ociations n’avançaient pas. Le roi consentait à &ire à l’empereur une cession absolue de ses prétentions sur l’Italie et la Belgique : il offrait d’épouser la reine Eléonore , et de payer

une rançon : mais il refusait constamment de dé- » y

membrer la France, observant que, s’il signait ce démembrement auquel s’opposaient les lois de la monarchie , il serait désavoué par les états-généraux et par les parlemens.

De nouveaux ambassadeurs étaient v^us en Espagne de la part de la' régente : à leur tête se trouvait Marguerite, seeiir du roi, duchesse douairière d’Alençon : la régente lui avait donné des pleins pouvoirs, afin que l’empereur ne pût éviter de négocier avec elle. Tous les efforts de cette princesse n’eurent aucun succès. Elle fut avertie en secret par le connétable de BouiBon de hâter son départ, et de se défier des caresses perfides employées à la retenir à Tolède jusqu’à l’expiration de son sauf-conduit. Cbarles-Quint avait résolu de la retenir prisonnière , publiant une prétendue conspiration pour mettre François l.**' en liberté.

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Ce nouveau trait acheva ide percer le ecesnr dn iSaô, monarque. U rédigea l’acte suivant, et força; sa aœur de le porter en France. . ,

a François, roi de France , duc de Milan , scâ«gneur de Gènes, etc.; après avoir, perdu nneibà*taille où nous avons nais notre personne en dangef de mort, plus pour vouloir ieter la. guerre hors de notre royaume que ponr intention do Conque*rir les terres qui nous appartiennent ; apdèi .avoir été notre cheval toé. sous nous, et quùl a plu à Dieu de nous sauver la 'ne,- nous avons été conduits ès mains de l’emperenr et roi d’l$spagne,:du> qud nous avions espéré humanité, attendu que nous sommes à lui prochsnn en lignage ; après itâ avoir montré les qualités qu’il -prétend avoir contre nous n’être pas ibndées en justice, lui ayant été plusieurs fois grandes 'offres. &itei , ét notre dbère aœur^la duchesse d’Alençon, ayant pris peine de venir versle(ht en^pereur, et ayant fait inutilement les plus honnêtes remontrances pour l’engager à ùtwe acte d’honneur et d’humanité, réquerant a initié et alliance par mariage de nous et de notre très** amé fils le dauphin avec ses soettrs Ct nièCeS; tiéanmoins outre ce nous avom-inflert plusique né doit monter la ranœn du plus grand; monarque du monde; néanmoins ledit empereur n’a veiduaceorder notre délivrance sans avoir entre ses mains le duché de Bourgogne avec plusieurs autres aussi déraisonnables demandes. ■ • ..,

» A ces causes et autres considérations , voyant

iSaS. ne nous être permis de sortir de prison , ni admimstrer la justice à nos sujets , savoir faisons que par bonne et mîire délibération , nous avons conclu , consenti et ordonné par cet édit perpétuel et irrévocable , et tel est notre plaisir , que notre très-amé fils aîné (François dauphin soit dès à présent déclaré , connu et l'éputé roi Très-Chrétien, et comme roi , oint et sacré en gardant les formalités requises, et qu’il gouverne sous la régence et autorité de notre très-aniée mère la duchesse d’Angoulême , jusqu’à ce qu’il soit en âge de gouverner par lui-même , et que toutes les expéditions soient laites sous le nom et le sceau de notre fils aîné comme i roi' : voulons que tous ceux qui nous doivent foi et hommage 1 soient absous de leur serment, en Iç reportant sur notre fils aîné. Donné à' Madrid, au' mois de novembre i5a5»j François fit connaître sa rèsôlution à l’empereur, lesommant de fixer le lieu de sa prison perpétuelle. La duchesse d’Alençon ,' après une résistance inutile reçut l’acte d?abclication. Ses relais furent disposés avec intelligence J I elle franchit les Pyrénées avant d’êtré atteinte par ceux qui la poursuivaient. La France paraissait alors menacée d’un bouleversement général i: non seulement lest troupes allemandes, manquant de soldé, ravageaient la campagne ; mais ces déprédations paraissaient dirigées par dcs.agens cachés ; ils semblaient, tendre , pendant la prison du roi , à changer la forme du gouvc^nement. Le parlement , occupé de scs intérêts ,

perdant de vue l’ordre public , prenait à tâche iSiS. d’augmenter les difficultés dont l’administration de la régente était embarrasée.

al Cette disposition s’annonçait depuis pluâeurs années ; le conciordat en avait fourni le prétexte. Depuis que les états-généraux n’étaient plu s régulièrement assemblés, les grands s’emparaient peu à peu de l’autorité publique. Le parlement de Paris , témoin du mécontentement inspiré dans les grandes villes par cet ordre de choses , se croyait en mesure d’augmenter ses attributions. Ayant acquis le droit d’enregistrer les lois , de les publier, et même , selon les circonstances , de les modifier , il tendait à s’investir insensiblement du pouvoir appartenant autrefois à la nation assemblée dans les champs de Mars de la première dynastie , et dans les parlemens de la seconde. Ce corps , toujours subsistant , mettait de la suite et de l’harmonie dans sa conduite y il lui parut facile de se mettre à Ja . pbce des anciennes assemblées nationales , à l’aide de l’abus du mot de parlement. Ce mot semblait le confondre avec les comices francab

convoqués sous le nom de parlement par Charlemagne et ses premiers successeurs. Le parlement, ' composé de lé^stes , voyait dans les abus du pouvoir arbitraire un moyen de rendre ses prétentions agréables aux peuples. L’autorité sans bornes, accordée par le roi à sa mère , mécontentait la plupart des grands. Le parlement avait enregistré les lettres de régence accordées à la duchesse d’An-

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1^35; goaléme , avec des limitatioDS. Cette disposition seule aurait dû détourner François de sa malheu>

' reuse expédition d’Italie.

Cki attribuait les malheurs publics à l’ambition ‘ de la duchesse d’Angouléme et à la méchanceté de Duprat. A la nouvelle de la captivité du roi y des écrits, affichés à tous les carrefours de Paris, excitaient les Français à briser un joug insupportable. Plusieurs personnages distingués appelaient à la r^ence le comte de Bourbon-Vendônie , devenu premier pnnce du sang depuis la défection du connétable de Bourbon ; il commandait les armées sur la frontière de Kcardie. La duchesse d’Angouléme , craignant qu’il ne résistât pas à une offre si séduisante , l’app^ auprès d’elle. Ce général y vint sur-le-champ , évitant d’approcher de Paris , où sa présence aurait pu causer quelque fermentation. ‘

La régente tenait sa cour à Lyon , d’où elle trouvait plus de facilité à suivre ses négociations avec l’empereur ; n’osant assembler les états-généraux , elle forma une assemblée de notables dont nos historiens ne parlent pas , et dont en effet on nè peut dire gnnd’chose. La substitution des assemblées de notables aux états-généraux date de ce règne ; innovation d’autant plus pernicieuse que ,

. paraissant favoriser la liberté nationale , elle en ruinait les fondemens. Loin que la nation tirâtun avantage des assemblées de notables , elles avilirent de plus en plus les grands ; c’était une faveur que d’y être appelé, il avait fallu s’en rendre digue par des

cooi plaisances. Ces assemblées n’eurent aucune au- iSaS. torité et ne pouvaient en prendre aucune , parce (ju’elles dépendaient de la seule volonté du roi; ce- ]>endant , soit qu’on craignît de rendre les grands trop redoutables en les consultant seuls , ou qu’on cherchât à les humilier, on appela â ees assemblées quelques citoyens d’un ordre moins distingué.

L’assemblée des notables de 1 5a5 fut remarquable par l’attention de la duchesse d’Angoulême de n’y admettre aucun magislraL Le parlement de Paris , offensé , présente des remontrances les plus hardies. Le parlement commençait par déplorer les progrès de la religion réformée dont le venin corrompait la masse du corps politique ; il attribuait ces progrès à la révocation de la' pragmatique sanction ; il se plaignait des taxes imposées sur les gens d’église; il s’élevait contre les abus des évocations et des commissions judiciaires; « mais inutilement, ajoutaient les magistrats , travaillerait-on à rétablir la justice en France, si les charges de judicature restent vénales ».

On parlait ensuite des abus militaires: cc Quand la discipline militaire était observée , les compagnies d’ordonnance se trouvaient complètes; chacun briguait l’honneur d’y être admis ; mais depuis ' qu’on tolère leurs brigandages , les honnêtes gens les abandonnent, c’est en partiels cause delà perte de la bataille de Pavie. On ne peut rendre à ces compagnies leur ancienne splendeur , sans les payer exactement et sans placer à leur tête des capitaines

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i525. connus par leur probité et par leur espérience ; alors elles cesseront de s’écarter dans les villages et de vivre aux dépens des agriculteurs.

' » Une des sources les plus fatales des malheurs publics , continuait le parlement , consiste dans la déprédation des finances. Leroi, depuis dix ans, lève les impôts les plus accablans ^ cependant les troupes ne sont pas payées, les forteresses tombent en ruine. L’aliénation des domaines de la couronne , depuis l’avènement de François au trône , s’élève à des sommes énormes^ les aides et les gabelles sont devenues le patrimoine des particuliers j le domaine royal se trouve presque réduit à rien ; les ventes qui en ont été Élites sont probablement de véritables dons ; les prétendus acquéreurs n’ont point donné d’argent , ou se sont fait rendre celui qu’ils avaient simplement déposé. Si on cherche les remèdes destinés à ces désordres , les voici :

» Que le produit des tailles soit destiné à la solde des troupes ; qn’il soit informé contre les employés au recouvrement de cet impôt. Si on compare le peu de bien dont Us jouissaient avant -d’entrer eu charge, avec le luxe de leurs maisons et les dots qu’ils donnent à leurs filles , on ne peut les conridérer comme des adminbtrateurs intègres; qu’il soit défendu à tous les employés dans les finances de se mêler de commerce , de peur qu’ils ne soient tentés de suspendre leurs payemens , pour faire valoir l’argent reçu dans leurs caisses; qu’on établisse une commission chargée d’examiner les registres dea

comptables , d’informer sur les ventes fausses ou simulées du domaine , et de faire rentrer les sommes détournées ; cette enquête fournira les fonds sufïisans à la rançon du roi ».

Les magistrats engageaient ensuite la régente à refréner, par une loi somptuaire, le luxe des habits , des équipages et de la table.

L’énoncé de' ces remontrances prouve que, dans l’assemblée ^es notables de i5a5 , il fut question de payer la rançon du roi au moyen d’un nouvel impôt. L’assiette de ce subside éprouva probablement des difficultés dont nous ne connaissons pas les détails. La conduite tenue par Fi'ançois I.'' envers le parlement de Paris , après son retour d’Espagne , annonce aussi combien la régente fut courroucée de la hardiesse du parlement. La vérité de ses observations était frappante ; la duchesse , n’osant se livrer à son ressentiment , parut les adop ter , elle manda même le premier président de Selves et deux conseillers ; ils eurent ordre de résider auprès d’elle et de l’assister de leurs conseils.

A l’égard de la religion réformée , la régente écrivit à Glement VII : ce pontife, saisissant cette circonstance , adressa un bref au parlement. Les sentimens catholiques ds ce corps étaient comblés d’éloges. Deux conseillers clercs , décorés du titre de vicaires du Saint-Siège , obtenaient le droit de faire le procès aux hérétiques , sans exception de naissance ou de qualité.

Quant au rétablissement de la pragmatique , la

i525. régente observait que , dans les circonstances où l’on se trouvait, les n>énageniens dont on était obligé d’user envers le pape ne permettaient pas de s’occuper de cet objet; il fallait, disait-elle, tendre à ce but sans éclat , et attendre le retour du roi.

On ne pouvait alléguer les mêmes excuses au sujet de la vénalité des charges de la judicature. Aucune loi ne l’autorisait , il n’en fallait donc aucune pour l’abolir. La mère du roi p^mit au parlement de procéder à l’élection des juges selon les formes anciennes ; ce qui dura jusqu’au retour du roi. Elle ne fit aucune réponse aux articles concernant la dilapidation des finances et les ventes du domaine; mab elle rédigea sur-le-champ la loi somptuaire demandée par les magbtrats. U fut ordonné de s’habiller de laine dans les couleurs le plus rembrunies , de supprimer les festins et les autres réjouis- ^nces particulières , et de borner au simple nécessaire le nombre des domestiques et des chevaux.

Le rapporteur du conseil demandait si la régente voulait contraindre tant de femmes y de 'hauts personnages , à quitter leurs chaperons de velours. ‘^tc Elles peuvent conserver ces chaperons , répondit la régente ; mais j’entends qu’elles laissent leurs robes de soie , leurs cottes de velours et leurs longues queues, et qu’elles mettent bas leur toupet et iKJuquet de cheveux , leurs cheveux qu’elles appellent fricassés , qu’elles se coiffent avec cornettes basses , montrant plus avoir visage de deuil que de joie ».

C^iKïglt

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• l'RANÇOIS I." 335

Mourut alors Etienne Poncher, archevêque de i5a5. Sens et al>bé de St.-Benoit sur Loire. Duprat se fit conférer ces deux bénéfices par la voie du con- . cordât. Les chanoines de Sens et les moines de St.- Benoit procédèrent à l’élection , malgré les défenses de la duchesse d’Angouléme. L’affaire de l’archevêché ne fit pas d’écbt ; mais l’abbaye de ,St. -Benoit sur Loire était une de celles dont les privilèges avaient été maintenus par le concordat. Duprat , ne voulant pas perdre ce riche bénéfice , traitait de simoniaque l’élection faite par les moines. U donna commission au bailli d’Orléans de prendre possession de l’abbaye en son nom ; les moines appellent au parlement. Il envoya un huissier sur les lieux , ce malheureux fut assassiné.

Un conseiller au parlement eut le courage de le rempbeer dans cette dangereuse commission ; accompagné d’un greffier et d’une escorte , il fit signifier un décret de prise de corps au bailli d’Orléans.

Le chancelier évoque cette afiaire au grand conseil.

Le conseiller au parlement est cité devant ce tribimal; le parlement envoie dans les prisons de, la conciergerie l’huissier au conseil, porteur de cette citation.

La Trente , voulant maintenir Duprat dans la possession de ses deux bénéfices et terminer une querelle scandaleuse, écrivit une longue lettre à Guillaume de Montmorend, gouverneur de Paris; elle le chargeait de se plaindre au parlement du

i525. manque d’égards qu’on lui témoignait, de lui an'* noncer qu’elle ferait juger cette contestation parles hommes les plus intègres et les plus éclairés du royaume , et d’employer ses bons offices à rétablir la. concorde entre le parlement et le chancelier.

11 fut répondu à Moutmorenci : (C La cour ne s’est pas écartée de la soumission due au roi ; si dans l’affaire de St.-Benoît il existe une contravention au concordat , elle procède , non du parlement , ^nais du chancelier. U a voulu s’emparer d’une abbaye maintenue élective par le concordat. Le parlement , devant la justice à tout le monde , n’a pu se dispenser de réprimer les violences. L’évocation d’un procès au grand conseil est dérisoire ; le , chancelier le préside, il sera donc juge et partie. La commission proposée par la régente choque l’ordre public , en soumettant les arrêts des cours souveraines à la révision de particuliers sans qualités ».

Duprat fait casser , par un arrêt du conseil , les procédures du parlement contre le bailli d’Orléans. Le parlement récrimine : des commissaires nommés par lui reçoivent ordre d’informer des violences, fraudes, contraventions aux lois commises par le chancelier. Les gens du roi le dénoncent aux chambres assemblées 5 la haine portée à Duprat rejaillissait sur la régente. On censurait ses opérations , il fut même question d’assembler les étatsgénéraux et de la priver de la régence. Les princes

et

<el les pairs furent invites à venir prendre séance au 1 5a5. parlement ; on manda le chancelier, avec l’intention d’instruire sommairement son procès.

Diiprat n’eut garde d’aller à Paris et de paraître au parlement. La régente, ayant mandé une députation de cette compagnie , lui tint ce discours : « Le roi a remb dans mes mains le gouvernement de l’état. Lorsque la fortune trompant son courage lui ravît sa liberté , je recueillis les débris de l’armée , je lui rendis ses-forces ; les ennemis n’osèrent pénétrer en France; il était dù aux troupes des années de solde , des négociations multipliées entraînaient de grandes dépenses , aucun impôt n’a été augmenté ; j’ai trouvé dans une sage économie les ressources nécessaires , le peuple ne se plaint pas , les grands sont * attachés à mon administration ; vous seuls donnez l’exemple de la désobéissance , le bruit de vos scandaleux débats pénètre chez les étrangers et les rend plus intraitables.

» Youlez-vous gouverner à ma place? Apprenez , auparavant à mieux vous gouverner vous-mêmes : •

jamais peut-être le parlement ne fut si désordonné : la jalousie , la brigue , la cupidité , sont presque les seuls ressorts de sa conduite ; le* secret n’est plus gardé , on débite au coin des rues : tel a été l’avis d’un tel et d’un tel. Plusieurs d’entre vous ont. proposé d’assembler les états-généraux , d’autres se sont permis des propos insolens sur mon compte. Si j’étais moins puissante , je me veu- Tome V~I1. 1 5

22G HIST. DE Fil. I.» PART. LIV. XXIV.

1625. gérais. Vous dites que je ne suis qu’une femme ,* mais cette femme est la mère de votre roi et la dépositaire de son autorité, elle peut d’un mot vous anéantir. Vous avp convoqué les princes du sang dont se forme mon conseil , vous avez mandé le chancelier chargé des négociations pour la délivrance du roi ; montrez-moi le but de ces opérations insolites , je veux et je dois en être instruite »

Les commissaires , envoyés pour entendre ce que la régente avait à leur communiqiter , gardaient le silence. »Vous vous taisez, reprit-elle, retournez vers ceux qui vous ont envoyés , rendezleur compte de mes intentions et envoyez-moi une réponse claire et précise ».

* Cette fermeté intimida le parlement 3 il répon-

dit qu’à regret il s’était trouvé enveloppé dans un conflit de jurisdiction avec le grand conseil; qu’il suppliait la régente d’interposer son autorité à l’extinction de cette querelle. U suffisait d’imposer silence au grand conseil ; le parlement dès-lors cesserait toutes poursuites. On ajoutait, cc Loin de ne rien contester à la mère du roi , les magis- ' trats emploiront leur autorité à la faire respecter ; on a proposé les états-généraux ; mais sous son bon plaisir et comme un moyen de retenir tout le monde dans le devoir , si la prison du roi se prolonge ; enfin on a mandé le chancelier dans la seule intention de eoniërer fraternellement avec lui ».

3. On venait de terminer une négociation dont i5a5. les suites devaient rendre Charles-Quint plus traitable. Henri VIH , était instruit des instances faites à Rome par l’empereur ponr obtenir un bref, à l’effet d’épouser Isabelle de Portugal , au mépris de Marie d’Angleterre qui lui était promise. Une ligue offensive et défensive avec la cour de France fut conclue ; Henri promit d’employer ses soins à mettre un terme à la captivité de François I."

Avant de rendre ce traité public , Henri envoya en Espagne une nouvelle ambassade • le ministre britannique somma Charles-Quint de payer au roi , tant les sommes empruntées par lui dans Londres , que celles dues à la couronne d’Angleterre par la cour de France , dont il s’était rendu garant ; d’envoyer chercher avec un équipage convenable la princesse Marie, sa future épou- , se , et d’assurer au roi les provinces qui devaient lui appartenir dans le partage de la France.

Ces demandes annonçaient à l’empereur la dé- •

fection de Henri VIII. Charles n’avait aucun dessein d’accomplir les promesses par lui feites durant son dernier voyage de Londres ; cependant elles l’embarrassaient : il vit avec plaisir la rupture venue de Londres, et ne se mit aucunement en peine des demandes faites par Henri VllI.

Cependant les suites de cette nouvelle disposition politique frappaient vivement les ministres espagnols. Commençant à craindre de perdre , par un excès de rigueur , les plus précieux avantages

■r2& HIST. DE FR. I.‘ PART. LIV. XXIV.

iSaS. de la captivité du roi , ils se relâchaient peu à peu de leurs premières demandes. François l."'fut instruit que sa mère avait refusé formellement d’envoyer au parlement son acte d’abdication, et du traité d’alliance conclu par elle avec le roi d’Angleterre. Ces nouvelles portant dans son ame un rayon d’espérance , il consentit à renouer les né-

gociations suspendues. ,

i juG. Un traité fut signé à Madrid le l4 janvier i5a6.

• En voici les principaux articles : « Il y aura une

étroite alliance entre l’empereur et le roi , leurs royaumes et leurs sujets. Lorsque l’empereur fera le voyage de Rome pour recevoir la couronne im- • périaîe , le roi lui accordera six galères fournies de matelots. 11 paiera aoo,ooo écus, employés à solder les troupes espagnoles ou allemandes , embarquées sur ces galères. Le roi renonce à tous ses droits sur le royaume de Naples, le duché de Milan , le comté d’Asti et la seigneurerie de Gènes.

4 II cède et restitue à l’empereur le duché de Bour-

gogne. Il renonce à toute suzeraineté sur ce duché, et sur lescomtésde Flandre et d’Artois. Il restitue à l’empereur la ville d’Hesdin , et renonce à tous ses droits sur Tournai , Mortagne , St. -Amant , Lille , Douai et Orchies. Il s’oblige de faire confirmer ces cessions , restitutions , renonciations et aliénations , par les étÿts-généraux de France , et de les faire enregistrer au parlement.

» Le roi donnera pour otages à l’empereur ses deux fils aînés , ou à leur place douze des princi-

paux barons français, au choix de l’empereur. Si dans l’espace de quatre mois le roi n’obtient pas le consentement des états-généraux aux clauses Insérées dans le traité , il reviendra se constituer prisonnier à Madrid , et les otages seront rendus.

(c Le roi rétablira le connétable de Bourbon et tous scs partisans dans la Jouissance de leurs biens , sans être tenus de résider en F rance. Les procédures commencées ou terminées contre eux seront annulées. Le roi paiera au roi d’Angleterre , à la décharge de l’empereur , les sommes dont celui-ci peut lui être redevable. 11 engagera Henri d’Albret à renoncer au titre de roi de Navarre , et Charles d’Egmont à reconnaître l’empereur pour son héritier dans le duché de Gueldre et le comté de Zutphen. 11 ne protégera contre l’empereur, ni le duc de Bouillon, ni celui de Wirteroberg. 11 promet de ne former aucune association avec les vassaux de l’Empire en Allemagne et en Italie.

» Pour cimenter ce traité , le roi épousera fci reine Eléonore. L’empereur , son frère, lui donne en dot les comtés de Mâqon et d’Auxerre ».

Charles-Quint se flattait d’avoir abaissé son rival, de le réduire à ne pouvoir Jamais recouvrer une puissance redoutable. Les meilleurs politiques n’en jugeaient pas ainsi. Comment sfc persuader que François 1.", devenu libre, remplirait des conditions humiliantes, rejetées long-temps par lui avec fermeté, et acceptées avec répugnance au milieu des horreurs du plus fâcheux esclavage. L’amlji-

iSafj.

a5o HIST. DE FR. I.« PART. LIV. XXIV.

1 526. tion et le ressentiment , à l’appui des lois françaises, disaient-ils , l’entraîneront à violer des conditions tyranniques imposées par la force , souscrites par la faiblesse , et désavouées par la raison. Les casuistes ne lui manqueront pas. Us l’absoudront de ses sermens , ouvrage d’une aveugle nécessité.

Une démarche faite par le roi prouvait que cette opinion n’était pas une simple conjecture. Peu d’heures avant de signer le traité, François , entouré de ses officiers, ayant exigé d’eux le secret sur la foi du serment , fit en leur préseuce la triste énumération des artifices honteux employés par l’empereur, de la franchise avec laquelle il avait prévenu ce prince qu’il n’était pas en son pouvoir de démemlirer une province de son royaume. Malgré ces observations, ajouta-t-il, l’empereur, ayant persisté à exiger de moi la signature de cet acte tortionnaire et nul , je proteste contre les concessions auxquelles les circonstances impérieuses me forcent de souscrire. Cet acte fut dressé par deux notaires.

Deux jours après, entre brusquement chez le roi le comte de Lannoy , dans l’équipage d’un voyageur , et conduisant un prêtre avec lui ; il demande au monarque s’il consent à la célébration de ses fiançailles avec la reine Eléonore. François était encore au ht. Sa «urprise était extrême. Comment pouvait-on lui proposer d’engager sa foi par procureur à une princesse éloignée de quelques heues de Madrid , et comment n’avait-on pas eu l’attention de le prévenir? Craignant que son étonnement

ne fût pns pour de la mauvaise volonté , il s’habille 1 5i^(3. et consent de bonne grâce à cette cérémonie.

Depuis ce moment lès deux monarques se donnaient extérieurement des marques de confiance ; ils paraissaient en public ensemble , ils voyageaient dans la même voiture, ils ^partageaient les mêmes amusemens. Au miUeu de ces démonstrations de bonne intelligence , on voyait percer l’inquiétude de François et les soupçons de Charles. François , excédé par les mauvais traitemens dont on l’avait abreuvé, s’indignait qu’on le crût assez lâche , assez insouciant pour les avoir sitôt oubliés. L’empereur, rempli de défiance , détruisait par ses procédés bizarres la bienveillance témoignée à sou beaufrère. Les mêmes gardes continuaient à l’environner.

Ceux qui lui témoignaient des égards, en qualité de beau-frère de l’empereur , l’observaient en même temps comme le prisonnier d’état, dont l’évasion est le plus appréhendée. On le faisait coucher dans des châteaux entourés de fossés. Une union , portant tous les caractères de b défiance, ne pouvait être sincère et durable.

Un mois après b signature du traité , fut apportée b ratification de b r^ente de France. Cette princesse , au lieu de douze barons demandés par l’empereur, imposant silence à sa tendresse maternelle, envoya sur les frontières ses deux petits-fib, le dauphin et le duc d’Orléans. L’absence de deux enfans ne pouvait nuire au royaume. 11 eut resté sitiis défense , privé douze de ses plus grands

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aSî fflST. DE FR. L* PART. LIV. XXIV.

1 526. hommes d’état , ou de ses plus habiles généraux , compris par l’empereur parmi les otages.

François I." sortit enfin de Madrid sous Pescorte d’un corps de cavalerie commandé par d’A- Jarçon. L’attention et la vigilance de ce capitaine semblaient augmenter à mesure qu’on approchait des frontières de France. Les deux monarques' se séparèrent. L’empereur marcha vers Lisbonne audevant de sa nouvelle épouse. Le roi s’approcha de la Bidassoa.

Antonio de Neva , éternel panégyriste de Cloar- ■ les-Qulnt , rapporte un fait dont on ne trouve aucun vestige chez les historiens français. « Charles , nous dit cet historien, au moment de la séparation, s’arrêta auprès d’une croix placée sur le grand-chemin, et parla ainsi à FrançolsI.*' : «Mon frère, vous êtes libre ; je vous jure , foi de chevalier , qu’aucune , considération ne saurait changer nos conventions. Dites-moi franchement si vous êtes dans l’intention d’accoraplif toutes les clauses du traité? — Je les accomplirai , répondit le roi , j’en prends à témoin cette croix. — Votre parole me suffit , reprit l’enipcreur] ; mais si vous manquez à cette parole, je pu- Uierai que vous en avez usé lâchement ».

François 1.®', entouré de gardes, ne jouissait d’aucune liberté. N’étant pas prisonnier sur sa parole , sa parole ne pouvait pas être demandée. Il ne devait aucune franchise à un ennemi dont il avait été perpétuellement trompé , et qui cherchait aloi'S à le surprendre. On doit le plaindre d’avoir été

forcé par les circonstances, à donner affirmative- jSaô. ment une promesse qu’il était résolu de ne pas tenir. Cette demande et cette réponse occasionnèrent de fâcheux débats. J’en parlerai dans la suite.

On arriva sur les bords de la Bidassoa. Au milieu de la rivière était préparé un Uhteau; deux autres se trouvaiént sur lés deux bords. Lautrcc parut sur la rive française avec une escorte de cavalerie égale à celle dont d’AÏarçon avait le commandement. Les deux troupes se rangèrent en bataille en présence l’une de l’autre. Lannoy s’avance avechuitcapitaineSjLautrec avechuitautres. Le roi suivi de cette escorte entra dans un bateau; les deux fils de France se trouvaient dans le second. L’échange se fait dans un instant au milieu de la rivière. François, ayant embrassé ses enfâns , saute dans le bateau commandé par Lautrec , aborde au rivage du côté de France, monte* un cheval turc, part au galop , s’écriant : Je suis donc libre. 11 courut à toute bride M Saint Jean-de-Luz , s’y arrêta im instant , et vint à Bayonne où la cour l’attendait.

C’était le i8 mars, un an vingt-deux jours après la bataille de Pavie.

Son premier soin fut, d’écrire au roi d’Angleterre.

Il le remerciait affectueusement d’une bienveillance à laquelle il attribuait sa liberté. Les ambassadeurs impériaux lui demandèrent audience le lendemain ; ils le requirent de donner les ordres nécessaires à l’exécution du traité de Madrid. François leur répondit : « Mon dessein est de rem-

23 i HIST. DE FR. l.« PART. LIV. XXIV.

1526. plir mes promesses; le traité renferme plusieurs clauses dont l’accomplissement ne dépend pas de raa seule volonté, je vais consulter les états-généraux ; il me faudra peut-être quelque temps pour les engager a confirmer des conditions rigoureuses , auxquelles la nécessité m’a forcé de souscrire. Cette réponse annonçait aux ministres castillans la résolution prise par le roi d’éluder le traité de Madrid.

« François 1.“', oBserve Voltaire, ayant cédé la Bourgogne , se trouva assez puissant pour la garder. Il perxiit la suzeraineté de la Flandre et de l’Artois ; ce n’était qu’un vain hommage. Ses deux fils furent prisonniers à sa place ; mais il les racheta pour de l’argent. La gloire ne fut pas le partage du prince français dans cette aventure ; il avait donne sa parole à Charles-Quint de lui remettre la Bourgogne; promesse feite par faiblesse , faussée par raison , maûT avec honte. 11 en essuya les reproches du vainqueur ; il eut beau lui répondre : Vous avez menti par la gorge^ e^ toutes les fois que le direz mentirez ; la loi de la politique était pour FrançoisI.*‘^,laloide la chevalerie était contre lui ».

Assurément la bataille de Pavie et ses suites ne furent pas un sujet de triomphe pour François I."’’ Je n’ai pas caché les fiiutes que l’histoire reproche à ce prince ; les réflexions de V oltaire n en sont pas moins déplacées. Charles-Quint, parfaitement libre, avait promis en i5i5, par le traité de Noyon , de rendre la Navarre à la maison d’Albret : parvenu au trône d’Espagne , il se regarda

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comme dégagé de sa parole par la loi des conve- i5a6. nances, qui ue lui permettait pas de se dessaisir d’une province servant de barrière à la Castille. Comment pensait-ü qu’un prince dans les fers , et par conséquent sans volonté morale, fût en droit de transporter la souveraineté d’une province de France sans l’aveu des babitans de cette province, et meme sans le coùsentement de l’empire entier dont cette province faisait partie.

François I.'*’ ne faussa pas sa parole si elle ne pou* vait être donnée par lui, parce que nul ne peut disposer d’un bien dont il est simplement usufruitier ; et si elle ne pouvait être demandée ni reçue, parce que nul ne peut exiger ni même recevoir un bien qui jn’est pas la propriété de celui auquel on le demande , ou duquel on le reçoit. Ces vérités étant incontestables , François I.”' eut bien raison de ne pas exécuter des promesses insensées, exigées de lui quand il n’avait . pas l’usage de sa liberté.

Ce refus, impérieusement ordonné par la force des choses , ne renfermait rien de contraire aiix lois de la chevalerie dont parle Voltaire.

On ne saurait blâmer François I.*’’ d’avoir retenu la Bourgogne J mais, malgré l’étendue de la puissance royale , rien ne peut l’excuser de n’avoir pas assemblé les états-généraux. Seuls , ils étaient en droit de développer les grands principes de droit public , dont les rois les plus absolus ne peuvent s’écarter sans devenir parjures envers la nation qui les a choisis pour chefs.

236 mST. b'd F{^. L' PART. MV. XXIV.

i5?ü. J’al lu dans des Ménooires italiens pour servir k l’histoire, que Charles-Quint exigeant de François I.'' des conditions déraisonnables ne s’attendait pas à leur exécution. Les deux monarrpies se trouvaient d’accord. Au lieu de conclure une paix solide ,• ils laissèrent subsister de concert les germes d’une guerre inévitable entre la France et l’Espagne , afin d’éloigner l’attention pulilique des efforts multipliés par l’un et par l’autre pour anéantir dans les deux empires le dernier souvenir des anciennes franchises nationales. Réfléchissant avec quelle légèreté les despotes ont sacrifié dans tous les temps la vie des hommes à leur ambition, cette idée paradoxale obtient quelque vraisemblance.

4. On devait sentir bien cruellement en Franco combien on avait eu tort de ne pas exiger la tenue périodique des états-généraux sous Louis XII. Ce prince l’eût accordée aux sollicitations des com-munes dont il voulait être le père. Sa tendre sollicitude pour les intérêts de ses sujets éloignait généralement touté idée de restreindre un pouvoir dont il n’abusa jamais. Les innovations qui changent la fortune des peuples s’exécutait lentement d’une manière insensible. Une nation ne prévient le malheur d’être asservie que par des assemblées libres , fréquentes et régulières. Les abus , à peine aperçus dans leur principe, acquièrent peu-à-peu une grande latitude et deviennent irréformablea lorsque le temps les a consacrés.. Personne ne fai-

sait ces réflexions en France sous le règne de i5a6. Lüiûs XII.

Le concordat entre Léon X et François I.*'

avait augmenté la puissance de ce prince , le rendant distributeur des dignités ecclésiastiques.

Les biens dcstiucs au soulagement des pauvres devinrent le prix de la corruption ou la firent naître.

Le roi tenant , pour ainsi dire , dans ses mains les prélats dont la cupidité était insatiable , disposait du clergé inférieur. Le parlement , témoin de cet abus, avait essayé d’abolir le concordat durant la prison du roi. Ce corps voulait diminuer l’autorité royale, dans la vue d’augmenter la sienne. On ii’ctait pas assez instruit dans ce siècle pour apprécier ce motif. La faveur publique se prononçait en faveur du parlement. •

Il avait feint de vouloir assembler les états-généraux. Ce projet fit sur la régente l’impression la plus, fâcheuse. Cette disposition put détourner le roi de convoquer une assemblée évidemment nécessaire dans cette circonstance , mais dans laquelle il .redoutait des manœuvres alarmantes de la part du parlement.

Jusqu’à l’époque des guerres civiles élevées sous le règne des cnfàus de Henri II, les états-généraux ne furent plus convoqués. François I.*' leur substitua des assemblées de notables, choisies et dirigées par ses iiiiiiistres. La cour désirait que ces notables ofirissent un simulacre des états généraux 3 on y admit des prélats , des nobles

238 IlIST. DE FR. I.* PART. UV. XXIV.

i52(j. et des bourgeois. Henri U y introduisit les députés des cours souveraines. Us prétendirent former un ordre distinct du tiers-état.

On voyait arriver dans Cognac les individus

dont allait se composer l’assemblée des notables.

Des agens du duché de Bourgogne et des princes

d’Italie venaient aussi dans cette ville. François I.**

voulant se soustraire aux importunités des ministres castillans, avant le moment où l’assemblée serait en activité , visitait les villes de Guienne.

Malgré l’attention avec laquelle la duchesse d'Angoulême lui procurait des amusemens , son cœur flétri par l’amertume semblait fermé à tout sentiment de joie. Une sombre mélancolie , une tristesse habituelle avaient succédé à cette sérénité. d*ame, à cette humeur enjouée dont se formait son caractère. Le tendre sentiment de l’amour rendit peu à peu ce prince à ses anciens goûts. Parmi les filles d’honneur de la duchesse d’Angoulème , la jeune Anne de Pisseleu triompha de ses noires idées. Voulant procurer à sa maîtresse un rang à la cour , il la donna en mariage-à im ami du connétable de Bourbon , auquel , après avoir rendu l’héritage de ses pères , il concéda le comté d’Etampes érigé en duché-pairie en faveur des deux époux.

François étant revenu à Cognac , les ambassadeurs des princes d’Italie lui furent présentés. Ils lui offrirent au nom dn pape des dispenses apostoliques s’il n’était pas content du traité de Madrid.

« Content , répondit vivement le roi , le Saint-Père i5a6. ignore-t-il donc la manière pleine de fourberie dont on s’est joué de moi? Charles , oubliant que les prisons sont faites pour les criminels et ‘non pour un roi malheureux , a eu la barbarieide m’en faire sentir toutes les horreurs. Il m’a menacé de me retenir prisonniw jusqu’à ma mort , s’il n’arrachait de mon désespoir des conditions souveraine- < ment injustes. Son aveugle cupidité l’a trompé j il ne peut s’en prendre à moi. Combien de fois ne l’ai-je pas averti que le démembrement de la France n’était pas en mon pouvoir , rien n’a pu le dissuader de scs chiméiiques prétentions. 11 a dicté un traité inexécutable. Au reste , son ambition ne se borne pas à la France ; elle embrase l’Europe entière. L^talie , en ce moment , attire sa principale attention. Si vos gouvememens aspirent à conserver leur liberté , ils me trouveront disposé à m’unir à eux ; non que je veuille recouvrer mes domaines au-delà des Alpes ; mon unique dessein est de secourir les princes italiens et de forcer notre ennemi commun à me rendre mes enfans à des conditions supportables ».

Ce discours ne laissait plus de doute sur la manière dont le roi envisageait le traité de Madrid.

11 était grand temps d’arrêter dans la Péninsule les entreprises de Charles-Quint. Le duc Sforza était assiégé dans le château de Milan. Privé des conseils de son chancelier Morone, et dépourvu des moyens , de défense , il avait informé le pape et les Vénitiens

24o HIST. DE FR. !.• PART. LIV. XXIV.

i52Ü. que si on ne se liàtait de le secourir, il allait suc-* comber. Les troupes impcriales vivaient à discrétion dans le Milanais. Guichardin portait à cinq mille ducats par jour les contributions levées par elles. On^ne pouvait douter qu’après la conquête du château de Milan , le connétable de Bourbon n’abandonnât un pays dévasté , et ne marchât Sur les terres du pape ou des Vénitiens préservées des * ravages de la guerre. Les secours du roi de France pouvaient seuls sauver Sforza et l’Itabe du joug de Charles-Quint.

Un traité fut signé à Cognac le vingt-un mai. On convint de sommer l’empereur au nom du pape, du roi d’Angleterre et des sénats de Venise et de Florence , de rendre la liberté aux deux eufans du roi de France en recevant une* rançon

l aisonnable , et de rétablir Sforza dans la paisible possession du duché de Milan. Si Charles refusait d’adopter ces deux propositions , les alliés, s’engageaient à lever une armée de trcnte-cinq-nrille combattans. Elle devait attaquer le royaume- de Naples , après avoir chassé les Impériaux du Milanais. Le roi d’Angleterre fut nommé protecteur de cette ligue, tenue secrète jusqu’à la clôture de l’assemblée des notables.

Clément releva François I.*'^ du serment d’accompllr le traité de Madrid. Ce droit, contraire aux principes de la morale , était une conséquence de l’autorité dont les papes se prétendaient investis en qualité de vicaires infaillibles de Jésus-Christ

sur

sur la terre. L’habitude de les voir user de ce 15^6. pouvoir , et de dispenser des obligations les plus sacrées, l’intérêt des hommes &vorisés par ces dispenses , la crédulité des autres , tout servait à présenter les décisions des papes comme pouvant autoriser ou jusüEer des actions injustes en ellesmêmes.

L’assemblée dans laquelle il fut prononcé que François 1." avait excédé ses pouvoirs , en abandonnant la Bourgogne à Charles-Quint , fut présidée par le roi lui-même. Lannoy et Alarçon y assistèrent. Les députés de Bourgogne furent les premiers entendus. L’orateur de la députation parla en ces termes : « Le serment qui lie les sujets au roi lie également le roi aux sujets. La Bourgogne forme la première pairie de France , le roi n’a donc pas le droit de la démembrer du royaume.

Sa promesse, contraire au serment prêté à son sacre de maintenir l’intégrité de la France , est nulle. Mais si les états-généraux nous retranchent de l’association française , il ne leur appartient plus de disposer de nous; rendus à nous-mêmes, nous adopterons le gouvernement qui nous plaira ».

François tâcha ou feignit de s’excuser sur la dure nécessité où il s’était trouvé de sacrifier une partie de la France pour sauver le reste. Il remontra aux députés que la Bourgogne serait gouvernée avec équité par son nouveau souverain , et conserverait tous ses privilèges. Les députés repartirent : «Nous supplions le roi de ne pas insis- Tome P^ll. . 16

2i2 IlIST. DE FR. L. PART. LIV. XXI\'.

1 52G. ter sur un cousent ement qu’on ne peut accorder ». François chargea ïes ambassadeurs impériaux de rendre compte à Charles-Quint de l’incident dont ils avaient été témoins, et de lui ofirir de sa part deux millions d’or. L’empereur répondit : « Puisque le roi ii’cst pas le maître d’accomplir les clauses du traité de Madrid , il doit venir se constituer prisonnier dans cetteville». Yaine prétention dont il était aisé de démontrer l’injustice.

Après le départ des ambassadeurs de Charles- Quint , François 1.*' fit publier dans Cognac la ligue conclue contre ce monarque. L’ordre fut donné au marquis de Saluces d’aller se réunir à ^ l’armée des confédérés d’Italie avec cinq cents lances. On fit compter à ce 'général 4o,ck)0 ducats avec lesquels il pouvait stipendier durant un mois im corps de dix mille Suisses. On promettait une pareille somme de mois en mois.

5. Après avoir terminé les séances des notables , François I.*' s’avançait vers Paris. Ce voyage inspirait au parlement les inquiétudes les mieux fondées. Non seulement il devait redouter les suites de ses démêlés avec la régente et avec le chancelier , mais il avait déployé contre les nouvelles opinions religieuses , répandues en Allemagne , des traitemens rigoureux qui faisaient peu d’honneur à son humanité et à ses lumières. Plusieurs savans, accusés d’attachement aux principes anti-romains développés par Luther, venaient de périr par le feu. D’autres avaient été bannis de France, malgré

les instances de la Trente et de la princesse Mar- 1 526. guerite , protectrice de tous les savans : le roi s’intéressa même vainement en leur faveur. Ce prince avait entendu parler avec éloge de plusieurs des hommes persécutés par les magistrats. 11 blâma leur sévérité, sans pouvoir arrêter les poursuites judiciaires. Plusieurs réformés gcmissuienl dans les prisons au moment où le monarque rentrait en Fratice. Il commanda au prévôt de Paris de les demander au parlement, et, én cas de refus, de briser la porte des prisons. Le parlement, ne voulant obéir ni désobéir aux ordres du roi. Ht dire au prévôt de remplir sa commission.

Ce corps , assuré d’avoir encouru la disgrâce du roi , ne laissa pas de nommer une députation chargée de le complimenter. Les députés trouvé- , rent le roi à Marcoussi ; on les renvoya à Paris sans leur donner audience.

François vint tenir son lit de justice au parlement. Le temps n’était pas encore venu où les grands corps de magistrature se rcgai deraient comme les tuteurs de la royauté et les protecteurs du royaume ; leurs premières' tentatives durant la prison du roi ne furent pas heureuses , elles étaient le sujet de ce lit de justice.

Duprat, ayant pris les ordres dû roi, remit un édit au secrétaire d’état Robertet , et lui ordonna de le lire. 11 était enjoint au parlement de se borner à la seule administration de la justice. 11 lui était défendu de modifier à l’avenir les décla-

2 i4 HIST. DE FR. L* PART. LlV. XXIV.

1626. rations du roi. Toutes limitations, mises par le parlement à la régence de la duchesse d’Angouléme , étaient annulées. Le roi défendait au parlement de prendre connaissance désormais des contestations relatives au concordat, et déclarait que cette cour n’avait aucune jurisdiction sur le chancelier de France.

Ce dernier article détruisait les tentatives du parlement pour soumettre les pairs à son autorité. Le chancelier n’étant pas justiciable du parlement, les princes et les pairs n’auraient pas tardé à réclamer la même prérogative. Le parlement serait devenu une cour secondaire. Il aurait vu au dessus de lui un tribunal composé du roi , des princes , des pairs et des grands officiers de la couronne. Le premier président se disposait à parler. Le roi, lui fermant la bouche , ordonna l’enregistrement de son édit, vit exécuter ses ordres et leva la séance.

Dans cette journée, nous ditMably, aucune mortification ne fut épargnée aux ma^trats du parlement de Paris. 11 était ordonné aux présidons et aux conseillers de prendre chaque année de nouvelles provisions de leurs offices , ce qui les réduisait à l’existence précaire dont ils avaient joui avant le règne de Charles le Bien-Aimé. Le droit de remontrances fut cependant conservé aux magistrats. C’était l’effet d’une politique déliée de la part du conseil de François I.”' Les besoins de l’état ou de la cour obligeaient souvent d’établir de nouveaux impôts. Une molle résistance , éprouvée de la

part des parlementaires, pouvait persuader aux iSaô. peuples qu’il existait dans la monarchie une contreforce eu état de surveiller les intérêts nationaux. ■

Le parlement, de son côté, voyait avec plaisir ce droit de remontrances comme un moyen de . recouvrer peu à peu ses autres prérogatives.

Un corps continuellement assemblé acquiert nécessairement , dans la grande h.abitude des afiàires , une souplesse qui le dirige dans les occasions périlleuses. Le parlement, usant avec modération du droit de remontrances , songea d’abord à se rendre agréable à la cour, en augmentant la puissance royale lorsque le poids n’en tombait pas sur lui. Son obéissance ou sa résistance furent environnées de ■ certaines formes , cherchant à contenter à la fois la cour et le public. Ce fut probablement alors que s’établit dans le parlement la doctrine , tenue long-temps secrète , de ne pas regarder comme loi les édits enregistrés sans délibération <préa-, labié , par autorité du roi séant dans son lit de justice. )

Par cette conduite, accompagnée d’une extrême prudence, le parlement de Paris acquit insensiblement une immense autorité d’opinion. Qn osa imprimer dans la suite , de son aveu , que les jurisconsultes dont U était composé , apres avoir acheté deniers comptant le droit de juger, représentaient les anciens Icudcs sous les Mérovingiens , et les grands vassaux sous les Carlovingiens.

Le caractère donné aux lois par l’enregistrement

i526. se couvrit de voiles mystérieux. L’adminbtration publique flotta souvent entre le pouvoir de la cour ' et celui du parlemient.Elle renferma je ne sais quoi de louche , annonçant un gouvernement sans principes , se conduisant à l’aventure du jour au jour , sortant d’un embarras pour tomber dans un autre.

Hume exalte cependant ce mode d’administration , en le comparant au gouvernement anglais. Hume ressemble à Tacite louant' les mœurs et les usages de Germanie, et à Horace chantant les Gètcs‘, dans la vue de faire la satire des Romains. Le triomphe obtenu par le chancelier Duprat sur le parlement , fut rehaussé par l’éclat de deux nouvelles dignités 3 le pape le décora delà pourpre romaine, et |>eu de temps après le créa légat à latere en France. Le prétexte de ces deux faveurs pontificales fut le zèle déployé par Duprat contre les nouvelles opinions religieuses ; son vrai motif se rapportait au besoin que le pape avait d’être puissamment secouru par la cour 4^ France contrôles entreprises de l’empereur.

6. Qiarles-Quint , occupé dans Madrid à former l’étiquette* espagnole , désespérant d’obtenir le duché de Bourgogne , assourdissait l’Europe de ses plaintes 3 il traitait de la même manière François et Clément VII. Ce pontife taxé par lui d’ingra- ' titude , d’une ambition déréglée , et d’une duplicité révoltante, était menacé du poids de sa colère. Le bruit d’un prochain concile général, retentissant aux oreilles du pape , remplissait son amc d’ap-

préhensions ; Hugues de Moncade , ambassadeur 1S2&— 15^7. d’Espagne à Rome , le sollicitait de prévenir des malheurs infaillibles en abandonnant promptement les intérêts de François L*'

Tous les Colonna avment embrassé constamment le parti impérial ou gibelin dans lès guerres des papes contre les empereurs. Le cardinal Pom> pée Colonna , homme remuant et ambitieux , se montrait depuis long- temps l’ennemi de Clément ; il aspirait à la tiare , et s’était Batté de l’obtenir au dernier conclave. Forcé d’abandonner cette dignité à un rival plus rusé ou plus heureux , il cherchait l’occasion de se venger ; on n’eut pas de peine à lui persuader de prendre les armes contre Qément , ,

en lui présentant la naissance équivoque de ce pontife comme rni motif de le faire déposer , et, lui offrant la papauté pour prix de son dévoûment aux intérêts de l’empereur.

• Ce prince , ne pouvant plus donner au connétable de Bourbon le royaume de Bourgogne , lui promettait celui de Lombardie. La guerre commençait ; le marquis de Saluces et le duc d’Urbin commandaient l’armée des confédérés : la jalousie entre ces deux généraux nuisait au succès de leurs opérations. Le connétable de Bourbon fait prisonnier Sforza. Les Impériaux avaient absolument dévasté le Milanais. Les habitans de Milan étaient réduits à la détresse la plus extrême. Bourbon , ému de compassion, assemble les principaux citadins ,-et leur promet de rendre la tranquillité à la yille s’ils

248 fflST. DE FR. I.‘ PART. LIV. XXIV.

ïSaô— iSa;. Iuiremettent3o,ooodacatspourétredistribuësàses soldats. Cette sommemodique eût été fournie quelque temps auparavant par un seul négociant , elle paraissait alors écrasante. Cependant les habitans « de Milan ^ résolus de feire un dernier effort, retirant de la terre l’or dérobé à la cupidité des vain- • queurs par les plus adroits d’entr’eux , parviennent à compléter la somme demandée. Bourbon , mal- • gré sa loyauté , ne fut pas le maître de remplir ses promesses ; dépendant de ses soldats autant qu’ils dépendaient de lui , contrarié par la plupart des officiers , dont l’avantage particulier se liait avec la licence générale de l’armée, à peine put-il éloigner de Milan quelques compagnies; elles y rentrèrent même peu de temps après. Les habitans de Milan étaient réduits au désespoir; plusieurs se précipitèrent du faîte de leurs maisons ; d’autres s’étranglaient, s’empoisonnaient, cet horiible spectacle ne touchait pas leurs barbares persécuteurs.

Sforza , trompant la vigilance de ses gardiens , s’était réfugié dans le camp des confédérés. Le cardinal Colonna levait des troupes aux environs de Rome ; Clément , le croyant soutenu par l’empereur, avait rappelé les troupes pontificales cantonnées en Lombardie. Le ministre impérial , par ses > promesses et ses fausses confidences, détruisit ses soupçons; il contremanda un corps dontla présence à Rome aurait rompu toutes les mesures des Colonna. Le cardinal, à la tête de trois mille hommes , . s’empai;^-, le 27 septembre 1627, d’une des portes

de Rome , et s’avança vers le Vatican, aément se i5a6-i527. réfugia dans le château Saint-Ange. Le Vatican et la basilique de Saint-Pierre sont au pillage. Qément se voit obligé de capituler ; le ministre de l’empereur lui fait signer un traité, dans lequel le pontife s’oblige de retirer sur-leK;hamp de l’armée confédérée les troupes à sa solde.

On avait promis aux Ckilonna de déposer Clément , et de placer le cardinal Pompée sur le trône papal ; ils se récriaient contre ce traité; le ministre impérial, occupé des seuls intérêts de son maître,' n’écoutait pas leurs réclamations. Les troupes de Colonna furent obligées de sortir de Rome ; celles du pape , commandées par le duc d’ürbin , y entraient alors ; le roi d’Angleterre se chargeait de leur solde. Le comte de Vaudemont arrivait sur les côtes de Campanie avec une flotte française et des troupes de débarquement. .

La peüte armée des Colonna ayant quitté Rome ,

Clément , ne croyant plus avoir besoin de l’empereur , ordonne à son ambassadeur de sortir de Ro-me, et dégrade Pompée Colonna.

François l.**', dont le principal intérêt était d’obtenirla liberté de ses enfant , n’avait d’abord envoyé " qu’un fiiible corps de troupes en Italie ; les choses prenaient une tournure à laquelle il ne s’était pas attendu ; ses alliés , plus attentifs à leurs avantages «qu’aux siens , pouvaient l’abandonner au moment où les armées impériales domineraient dans la Péninsule. Cette défection aurait privé ses négocia-»

HISl’. DE FR. I.* PART. LIV. XXIV.

. lions à Madrid de l’influence que leur donnait la ligue dont il était le chef j il crut donc devoir envoyer en Italie des forces plus respectables ; elles se combinaient avec l’armée papale sur les confins du royaume de Naples.

Bourbon venaitd’attirersousses drapeaux 26,000 Allemands {deins de bravoure et d’envie de s’enrichir. Morone, retenu en prison après la découverte de la conspiration de Pescara , avait fait naître dans son esprit le soupçon que Charles-Quint employait à son égard , au sujet de la Lombardie, la même mauvaise foi avec laquelle il lui promettait en mariage la reine Eléonore ; a De Lève et les autres généraux espagnols , lui disait-il , ne sont pas des adjoints destinés à vous seconder ; mais, comm& des espions, ils veillent sur votre conduite, et vous emprisonneront quand il en sera temps ». La liberté fut rendue à Morone condamné à mort par une commission en Espagne.

Cet homme conservait à l’âge de quatre-vingts ans l’audace de la jeunesse ; devenu le plus intime confident de Bourbon , on lui attribua le projet hardi et inattendu exécuté par ce guerrier.

Son armée , dans un pays dévasté , manquait de subsistances. Le connétable , plein de dépit contre l’empereur , cherchant l’occasion de venger sa patrie des maux qu’elle avait reçus de lui, promène ses regards sur l’Italie j il aperçoit beaucoup de facilité de s'em|»arer de la couronne de Naples , à la tête d’une brillante armée , à laquelle il était pro-

bable que sc joindraient les troupes françaises rë> pndues dans la Péninsule.

Son habitude de converser familièrement avec les soldats augmentait leur attachement à son égard. 11 assemble ses capitaines , leur déclare que si l’armée veut lui donner une confiance sans bornes , il procurera à tous ceux dont elle se compose des élablissemens au dessus de leurs espérances. Les paroles de Bourbon vedent de bouche en bouche. Tous les soldats jurent de vaincre ou de mourir sous ses drapeaux. Le nombre en augmente. Sans magasins , sans munitions , sans caisse 'mUitaire , il prend le chemin de Rome , après avoir confié le gouvernement du Milanais à de Lève dont il voulait se séparer.

A l’approche du danger, Clément signe un nouveau traité avec l’empereur. Le pape accordait à Lannoy, vice-roi de Naples, 60,000 écus d’or, et rendait aux Colonna leurs dignités. Ce traité conclu , Lannoy s’était rendu au camp du connétable. Il l’engageait à tourner ses armes contre les Vénitiens. Le sort était jeté ; l’armée marchant à grandes journées , pillânt tous les villages sur son passage , arriva devant Rome le 5 mai. Le connétable , montiant à ses soldats les palais et les églises de cette capitale , où les trésors de l’Europe s’engloutissaient depuis tant de siècles , les exhortait à prendre du repos pendant la nuit, et à tout préparer pour donner l’assaut le lendemain avant le lever du soleil.

*527. Bourbon parut armé de toutes pièces, et portant sur sa cuirasse un manteau blanc. Tout dépendait de la vivacité de l’attaque. Il conduit sur-lechamp ses soldats à l’escalade des murailles. Trob attaques furent dirigées. Un épais brouillard couvrait les assaiUans. Ik ne furent aperçus par la garnison de Rome qu’à leur arrivée au bord du fossé. Les échelles sont dressées en quelques momens , chaque division montait à l’assaut avec une impétuosité égale. >

Ce siège était le terme des exploits et de la vie du connétable. Il fut tué en appliquant une échelle à la muraille. Malgré cette perte , l’armée prit d’assaut la ville aux sept montagnes. La cour papale s’enferma dans le château Saint- Ange.

Il est diJficile de décrire les horreurs dont cet événement fut accompagné 3 églises , palais , mai- ' sons particulières , établissemens publics , tout fut pillé. Les hommes rencontrés dans les rues étaient égorgés impitoyablement. Les femmes éprouvaient la brutalité des soldats. Ces violences ne cessèrent pas même, comme il arrive ordinairement dans les ' villes prises d’assaut , après la première furçur du soldat. Les Allemands restèrent dans Rome plu^ sieurs mois. Leur insolence et leur avarice ne se ralentirent point. Parmi ces Allemands se trouvait un corps nombreux de protestans venus, disaientils , en Italie , avec l’intention de châtier exemplairement les ennemis du luthéranisme. Le butin fait . en espèces monnoyées s’évalua à i^ooojooo de du-

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• cats. Les soldats se procurèrent par’des exactions 1537. particulières des sommes encore plus considérables.

Rome avait été prise plusieurs fois par les peuples du Nord qui ravagèrent l’Empire romain dans les . cinquième et sixième siècles ; les cruautés des Huns, des Vandales, des Gotbs, des Lombards, n’aprochaient pas de celle à laquelle se livrait alors l’armée de Cbarles-Quint.

Clément VU fut réduit par la famine à souscrire aux conditions dictées par Philibert de Châlons, prince d’Orange , chargé du commandement de l’armée après la mort du connétable. Le pape promit 4oo,ooo ducats. Il remit à l’empereur les places fortes de l’état ecclésiastique. Malgré ces sacrifices, la liberté ne lui fut pas rendue, il resta en prison.

On ne parla plus de l’expédition contre Naples. La mort d’un seul homme changea peut-être le sort de l’Italie. Charles en devint l’arbitre. Clément VII fut confié à la garde du capitaine Alarçon. Le ' même homme garda les deux plus importans personnages qui eussent été faits prisonniers en Europe depuis plusieurs siècles.

Qiarles-Quint , instruit de la captivité du pape, dlæimulant ses sentimens de joie,' ordonna à tous les ambassadeurs d’assurer les puissances européennes qu’il n’avait eu aucune connaissance des projets du connétable de Bourbon , et des suites des projets. U prit le deuil et le fit prendre à toute sa cour : par- un excès inconcevable d’hypocrisie , les évêques espagnols reçurent injonction de demander à

.5.7. Dieu par des prières publiques la délivrance du pape , qui dépendait uniquement de lui , et dont il rompit les fers sept mois après, recevant de lui . une rançon de 4oo,ooo écus d’or.

7. Jusqu’alors, malgré les liaisons subsistantes entre les cours de France et d’Angleterre , Hen- ’ ri VllI avait pris peu de part anx hostilités d’Italie. Il attendait l’issue des négociations entre François 1.*' et Charles-Quint. L’empereur entretenait le monarque britannique dans un état d’irrésolution , feignant de se désister de ses prétentions sur la Bourgogne, et de se contenter d’une somme d’argent.

Ces dispositions cliangeaient depuis la prise de Rome et du pape. Charles^uint, ébloui par ses su» cès en Italie, se Battait d’en obtenir de plus grands. Une flotte castillane et batave , composée de trentedeux vaisseaux montés par une armée de débarquement , arrivait Sur les côtes de Naples. Charles se croyait en état de donner des lois à tous les monarques de l’Europe.

Henri se détermina à joindre ses forces k celles de François I.". Ce dessein fut moins la suite de son traité avec la cour de France, que de la disposition de son amc.J’ai déjà parlé de son projet de répudier Catherine d’Aragon , et d’épouser Anne de Boulen , sa maîtresse. Le cardinal Wolsey favorisait par ses conseils la passion du roi. Le divof%e royal, d’après les idées religieuses de ce siècle , ne pouvait être consommé sans l’autorisation de la cour de

Rome. Wolsey, voulant attacher la pape aux iuté- i5a7. ;

rets de son maître, se montrait le principal instrument de sa liberté. /

Le nouvelles négociations eurent lieu entre les rois de France et d’Angleterre. Wolsey ayant reçu des pouvoirs illimités, François 1." traita avec lui ••

en personne dans Amiens. Le mariage dudued’Orléansavec la princesse Mariefut l’article fondamental de cette nouvelle alliance. L’Italie devait devenir le théâtre de la guerre. 11 fut convenu de faire à l’empereur de nouvelles propositions d’arrangement, et de commencer sur-le-champ les hostilités , si ces propositions n’étaient pas admises. Henri , voulant donner à François 1.*' des preuves d’une sincère amitié , renonçait à toutes les anciennes prétentions des rois d’Angleterre sur des provinces de France. Il exigea par forme d’indemnité une pension de 5o,ooo 'Sens , payée à lui et à ses successeurs à perpétuité.

Dans le temps même où les ministres de Charles-Quint discutaient les propositions faites par les cours de France et d’Angleterre , neuf mille hommes de cavalerie et trente mille d’infanterie , aux ordres du maréchal de Lautrec , entraient dans la Ligurie. Le roi d’Angleterre soudoyait une partie de cette armée. Une escadre redoutable sortait des |K)rts de Provence. L’armée et la flotte rétablirent

la domination française dans Gènes. On fut reçu

dans Alexandrie après une faible résistance. Le pays en deçà duTésiu se soumit. La ville de Pavie, prise

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a56 HIST. DE FR, I.* PART. LIV. XXIV.

1^27. d’assaut, fut traitée avec toute la cruauté inspirée aux troupes françaises par le souvenir de la &tale défaite éprouvée par François I." sous ses murs. • Si Lautrec avait continué la guerre en Lombardie , Antoine de Lève aurait été forcé de l’abandonner. Lautrec n’ignorait ps combien il lui était facile de réduire Milan ; mais il connaissait aussi les dispositions des Vénitiens. Us voulaient s’affranchir de la domination de l’empereur , et ne se souciaient ps de contribuer à l’agrandissementdeFrançoisI.*'; et auraient cessé de seconder l’armée française, si Sforza eût possédé tranquillement le Milanais. D’ailleurs le ppe sollicitait les Français de marcher à son secours. Ses importunités offraient à Lautrec un prétexte de s’avancer vers le royaume de Naples. Le cardinal Cibo , venu au camp français en qualité de nonce de la cour romaine , faisait les plus lugubres peintures des violences exercées sur les ministres des autels, et même sur la personne du père commun des fidèles. U suppliait Lautrec de mettre un terme à ce scandale. L’ambassadeur britannique à Rome joignait ses sollicitations à celles dii cardinal Cibo.

En vain les Vénitiens et le duc de Milan voulaient l’engager à terminer la réduction du Milanais avant de marcher vers le Tibre , Lautrec avait pris son parti. L’armée allemande , maîtresse de Rome , . diminuait rapidement par les suites d’une maladie contaÿeuse , pr des excès de tout genre auxquels se livraient les soldats , et par la désertion d’un

grand

grand nombfe d’entre eux , empressés de transporter dans le sein de leur famille les richesses pillées à Rome.

Charles , craignant l’évasion du pape, avait témoigné le désir de le faire transporter en Espagne ; c’était le meilleur moyen de s’assurer de sa rançon. Le voile religieux dont ce prince couvrait ses actions s’opposait à cette démarche ; il y renonça , dans la crainte de se rendre odieux aux Espagnols. L’approche des Français augmentait sa perplexité.

Les circonstances . le forçaient à rendre la liberté au pontife ou à l’envoyer en Sicile.

Clément obtint sa liberté en payant cent mille écus , en promettant d’en payer autant dans quinze jours, et cent cinquante mille dans l’esp>ace de trois mois. Le pape s’étant procuré avec beaucoup de peine la première somme , on fixa le jour au-< quel il lui serait permis de reparaître en pontife sur le théâtre du Vatican. Clément, impatient de se voir libre , agité par la défiance naturelle aux malheureux , se d^uise en marchand ; profitant du relâchement mis par d’Alarçon à sa vigilance ordinaire depuis la conclusion du traité , il s’évade sans être reconnu , arrive dans Orviète avec un ||^ seul domestique , écrit une lettre de remercîment à Lautrec , comn^e à l’heureux instrument de sa liberté.

Ce général, n’étant plus nécessaire â Rome, continuait sa marche vers le royaume de Naples; ces

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