Tome Vil
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258 HIST. DE Ffi. I.* PART. LIV. XXIV. hostilités n’arrétaient pas les négociatioos de François I.*' avec Charles-Quint. U fallait se procurer, deux millions d’écus offerts par hü , en échange de ses deux enfans et du duché de Bourgogne. Ce fut le sujet d’une assemblée des notables, tenue dans la grand’chambre du parlement de Paris , le i6 décembre et les jours suivans.
Cette assemblée se composa des princes , des pairs , des grands officiers de la couronne , des cardinaux de Bourbon , de Lorraine et Duprat , de vingt archevêques ou évêques , de tous les magistrats du parlement de Paris , de six maîtres des requêtes , de deux ou trois présidons ou conseillers de chacun des parlemens du royaume , d’un grand nombre de baillis et de sénéchaux , du corps municipal dePam , accompagné de quelques bourgeois, et des officiers municipaux des principales vUles du royaume.
Françms 1.” exposa les objets sur lesquels l’assemblée devait délibérer. Le cardinal de Bourbon paria au iK>m du clergé , le comte de Bourbons Vendôme au nom des princes et de la noblesse , et ,1e premier président au parlement de Paris , Jean de Selves , au nom des communes.
Sur cria , le dit de Selves , premier jirésident , demanda au dit seigneur roi si son bon plaisir était que les cardinaux , archevêques , évêques , et les autres gens d’église, les princes, les nobles, ceux de la justice et des villes, advisassent ensemble oA
séparément, le suppliant d’en ordonner; A quoi le i5a7. dit seigneur roi a fait réponse : cc que les gens d’église s’assembleraient à part , les princes et les nobles à part , et ceuï de la justice et des villes à part , et qu’ils viendraient faire réponse à part ».
Ces réponses étant prêtes (1) , le roi présida à une seconde séance de l’assemblée. Le cardinal de Bourbon, au nom du cleqjéjOffrittrelze cent mille francs.
Le comte de Vendôme ne fit aucune offre précise ; il promit, au nom delà noblesse, jusqu’à la moitié de son revenu, par une taxe établie dans chaque pro-' vince. Les magistrats detoandèrebt à être taxés dans une proportion conforme à celle des autres citoyens. Enfin le prévôt des marchands de Paris exprima l’intention de cette capitale de contribuer à la rançon des enfans de France, dans une
proportion plus forte que les autres villes du
royaume, laisssant au roi' le soin dë tégler cet ,528. impôt à sa liberté; il procura à François l,*’’ l’argent dont il avait besoin.
8. Charles-Quint ne paraissait pas éloigné d’ac- ' cepter deux millions d’écus ; mais il exigeait que François I.** retirât ses armées d’Italie, et leilëissât la liberté de traiter Sfbrza comme il le jugerait convenable. Ces demandes ne pouvant être aècordées , les ambassadeurs de France et d’Angleterre demandaient des passeports.
Au moment d’en profiter pour sortir de Madrid, deux hérauts d’armes français et anglais , cachés parmi les gens des deux rainbtres , paraissent
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i5a8. tout-à-coup à la cour, revêtus des attributs de leur ofbce ; le premier au titre de Guienne , le second à celui de Clarence. Les deux hérauts réclament une audience publique.
Dans les siècles de chevalerie, les hérauts d’armes jouissaieût des privilèges les plus étendus ; leur personne était sacrée et inviolable. On ne les recevait plus alors avec les mêmes cérémonies. Cependant leur apparition soudaine frappa d’étonnement la cour de l’empereur. Ce prince les reçut avec appareil , assis sur son trône, entouré des granils d’Ëspagne , d’évêques , de ses minbtres , .et des principaux membres de la magistrature. Les dames de la cour, attirées par la nouveauté de ce spectacle , l’embellissaient , remplissant des tribunes placées dans la salle d’audience. Clarence, prenant la parole , dit; (( Sire, Votre Majesté veut-elle nous permettre de rester sur ’ ses terres , et d’exercer nos fonctions avec cette liberté accordée à notre ministère par tous les princes et toutes les nations civilisées? — Oui, répondit l’empereur, remplissez votre office ».
Guienne , revêtu de sa cotte d’srmes de velours violet, chargée de fleurs de lys d’or , tenant d’une main sou caducée , et de l’autre un papier , parla ainsi : a Sire , le roi mon maître vous a fait les oflres qui pouvaient se concilier avec les lois françaises , elles ont été rejetées. Vos capitaines ont chargé de fers le père commun des fidèles. Le roi mon maître vous tient pour son ennemi ; il annule tous.
. , . FRANÇOIS I." a6i
les traités faits avec vous , il vous poursuivra 'de concert avec ses alliés dans toutes les provinces de votre domination. Le sang répandu dans cette querelle ne saurait lui être imputé , il le proteste hautement. Les Français poseront les armes dès que vous écouterez la voâ de la justice ».
L’empereur rép<j||P|t : « Héraut, les mêmes lois qui assurent votre entière liberté sur mes terres vous obligent de remplir fidèlement la commission dont je vous charge. Vous direzà votre maître qu’il n’a pas été instruit de mes observations , fuites à son ambassadeur dans Grenade , elles touchent de très-près à son honneur ; je le crois si gentil chevalier, que, s’il les avait sues , il m’en aurait fàit réponse. 11 fera bien de s’en informer ; il conviendra que je tiens mes promesses mieux qu’U ne tient les siennes .
L’ambassadeur britannique et les hérauts d’armes de France et d’Angleterre eurent la liberté de se retirer ; mais Charles fit arrêter les ambassadeurs de France , de Venise et de Florence ; le roi , par représailles , fit arrêter le comte He Granvelle , ambassadeur de l’empereur. ’
On ne concevait rien en France aux propos énigmatiques de Charles. La cour consulta Cal- , vimont, président au parlement de Bordeaux , ambassadeur de France en Espagne à l’époque dont parlait ce prince : Calvimont vint à Madrid, il supplia Charles-Quint de s’expliquer plus clairement. « Monsieur l’ambassadeiu* , répondit le prince ,
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1528. je TOUS, dis à Grenade que le roi s’était conduit lâchement en ne gardant pas la foi que j’ai de lui , et que je le lui maintiendrai de ma personne à la sienne ».
En faisant connaître au roi la réponse de l’empereur , Galvimont mandait au roi qu’il était arrêté à Fontarabie avec Fai||kssadeur de France jusqu’à l’arrivée de Granvelle : on conduisit ce ministre à Bayonne ; les ambassadeurs des deux nations et ceux de Venise et de Florence furent échangés à bord de la Bidassoa. François, recevant la lettre de Gtlvimont , tient un lit de justice au parlement de Paris. Ayant mandé Granvelle , il lui dit : « M. l’ambassadeur , dans la réponse &ite par l’empereur à mes ambassadeurs et à Guienne, mon héraut d’armes , se. trouvent des expressions qui blessent mon honneur : voilà un écrit ; je vous chaîne de le remetlïe à votre maître ». Granvelle , ayant reçu ses lettres de rappel et se croyant dépouillé de tout caractère public, s’excusa de recevoir la lettre du roi. ce Vous en entendrez du moins la lecture , reprit François ; je vous prie de demander un sauf-cènduit pour un héraut , il vous accompagnera' en Espagne et remettra mon écrit à l’empereur. « Robertet , secrétaired’état , lot cet écrit-;
«François, roi de France et seigneur Gènes,
^ à Charles, empereur des Romains et roi d’Espagne. Nous faisons entendre que , si vous voulez nous chaîner que jamais ayons &it chose qu’un
gentilhomme aimant son honneur ne doive faire , nous disons que vous avez menti , et qu’autant de fois vous le direz vous mentirez j étant délibéré de défendre notre honneur jusqu’au bout de notre vie : pourquoi , puisque contre vérité vous nous avez voulu charger , ne nous écrivez aucune chose désormais ; mais assurez le camp et nous vous porterons les armes , protestant que si après ^ette déclaration en d’autres lieux vous écrivez 'OU dites paroles contre notre honneur , que la honte du délai du combat en sera votre , ou que venant audit combat : c’est la lin de toutes les écritures. Fait en notre bonne ville de Paris , le 38 mars ihsS , avant Pâques ».
François.
Guienne ayant reçu le sauf conduit partit avec Granvelle , il remit à l’empereur dans une nombreuse assemblée de grands d’Espagne le cartel , avec une lettre du roi , où l’empereur était prié d’assigner le champ et le jour du combat , Charles- Quint voulait entrer en explication avec le héraut sur les circonstances particulières de cette singulière aSaire.
François, brave jusqu’à la témérité, voulait bien se battre avec l’empereur; mais ayant déclaré qu’il n’avait pas donné sa foi à ce prince , il craignait des explications capables de laisser des doutes sur sa probité. L’empereur au contraire, trop pru-dent pour vouloir se battre en combat singulier , mais ayant surpris la foi de son prisontiier , pro-
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i 528. fîtant de cët âvantage sé flattait d’enlever à sOd rival la réputation de chevalier sans reproches;
U insistait donc sur des éclaircissemens. Guienne d’après ses instructions gardàit le silence. L’empereur n’en tirant auCüne parole , au lieu de ter^ miner les écritures en assurant le champ de taille, dit : Je ferai porter ma réponse au roi par lin héraut.
Bourgogne , c’est le nom de ce héraut , vint à Fontarabie et demanda de§ passeports. Conduit honorablement à la cour , le roi le reçut dans la grand’salle dti parlement , le 10 septembre. François était placé sur tin trône élevé de quinze marches , devant Ce qn^on appelait alors la table de marbre , brisée durant la révolution de 1789; A sa droite siégeaient le roi delNavarre, le cOmte de Vendôme , Hercule d’Este , devenu dùc de Chartres par soti mariage avec Renée de France , les ducs d’Albanie et de Longueville et le comté* de Foix. A sa gauche le légat du pape Salviati , les cardinaux de Bourbon , Duprat et de Lorraine ^ ' l’arèhevêque de Narbonne, plusieurs autres évéqueS et les ambassadeurs de presque tous les princes de l’Europe.
Les présidons et conseillers Su parlement occupaient des baiM^uettes au dessous dés princes et des pairs laïques ; les maîtres des requêtes et les membres du grand conseil furent placés du côté des prébts. La chambre des comptes n’eut pas séance dans cette assemblée.
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Avant l’introduction du liéraut espagnol, le roi iSaBt expliqua l’origine et leâ progrès de sa querelle avec Charles-Quint 5 il distingua le traité de Madrid extorqué par violence , du prétendu manque de foi dont l’ettipereur l’accusait ; il observa que n’ayant jamais été prisonnier en Espagne sur sa foi, il ne l’avait ni donnée, ni pü donner à l’empereUr ; il fit lire la lettre écrite par Calvi-^ mont. « Si j’étais capable de dissimuler un pareil affront , je serais indigne de la couronne : cctté affaire doit être vuidée par les armes ; mon héraut a présenté le cartel sans explication et sans harangue ; celui de l’empereur doit se conduire de la même manière ; s’il apporte la sûreté du camp , qu’il soit le bien venu , j’aurai le choik des armes ; s’il vient pour haranguer , je ne veux pas l’entendre ». '
Bourgogne est introduit , il fait trois révérences. Le roi lui dit : Apportes-tu la sûreté du camp?
Sire , répond Boui^ogne, daignez me permettre de feire mon office. Commence, répond le roi , par remettre la sûreté du camp , je te permettrai ensuite de parler tout à ton aise. Bourgogne , sans se déconcerter, Commençait ainsi son discours : « Sire, la sacrée majesté... mLç roi loi coupa la parole, (f Je l’ai déjà ordonné de. me remettre l’assurance <lu Camp , te promettant toute liberté de harangue ; ensuite donne-la moi , car à cette condition tu as obtenu un sauf-conduit ». Bourgogne répliqua : « Je ne saurais, Sire , m’écarter de lu route
1 qui m’est tracée. « Qu’ai-je besoin de tes paroles , reprit le roi? m’apportes-tu, ou ne m’apportestu pas la sûreté du camp ? Sire , ajouta le héraut , je UC puis remplir mon office sans votre permission , écoutez-moi , ou fàitcs-moi donner acte de votre refus de m’entendre , et je me retire. Je le veux bien, dit le roi; en ajoutant qu’ayant plusieurs fois demandé au héraut s’il apportait lu sûreté du camp , il s’est obstiné à ne pas répondre. Ainsi finit la séance ».
A près diverses messages de part et d’autres sous prétexte de régler les circonstances du combat , le projet de ce duel, peu convenable aux deux plus grands monarques de l’Europe , tomba dans l’oubli. '
Lautrec s’avancait vers les frontières de Naples avec son armée dans laquelle ou comptait plus de trente-cinq mille combattans ; la terreur inspirée par ce général avait déterminé le prince d’Orange à sortir de Rome avec les débris de la florissante armée conduite par le connétable de Bourbon ; ces débris se dispersaient à l’approche des Français; on recevait Lautrec comme un hbératcur. De toutes les villes , il ne resta bientôt aqx Espagnols que Naples et Gaëte. Les Français assiégèrent en même-temps ces deux places par mer et par terre ; une misérable intngue de cour , semblable par sa fatalité à celle dont la défection du connétable de Bourbon avait été lu suite , arrêta les succès de l’armée française.
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L'escadre , aux ordres de Philippmo Doria , venait i5a3. de détruire les forces navales de Cbarles^uint près du golfe de Salerne : Naples et Gaëte, ne pouvant recevoir aucun secours , allaient ouvrir leurs portes. La fortune change tout à coup , les Impériaux sont vainqueurs et les Français dispersés.
9. André Doria , le meilleur marin de son siècle , se voyait en butte depuis long-temps aux attaques des favoris de François 1.^^. Mécontens de la franchise de ce républicain , ils avaient réussi par leurs manèges à le perdre daus l’esprit du roi.
Doria s^en apercevait et se tenait sur ses gardes.
François 1."^, se défiant d^ Génois , faisait fortifier! Savone oh -coiamandait le maréchal de (1) Mootmorenci ; le port de Savone passait pour meilleur que celui de Gènes. En ' augmentant son importance , on. menaçait la snperbe Gènes d’une dôcadeuoe inévitable. Doria , chargé par ses coneitoiyens de soDiciter auprès de François 1.” la suspension des travaux ordonnés à. Savone , s’acquitta de cette commission avec un courage contre lequel vinrent échouer les insinuations réitérées des ministres. Ses réclamations furent infructueuse ; Montmorenci jouissait dans le conseil de France d’une fotale influence. Les droits d’entrée et de sortie établis au port 4^ Savone £iisaient partie de ses émolumensj la crainte de per-
(1) Anne de Montmorenci , conofftable de France en i558.
5a8. dre ses revenus l’emportant dans l’ame de ce guer-* lier sur la justice et sur l’intérêt de l’état , il obtint lui ordre d’arrêter Doiia.
11 était propriétaire d’un grand nombre de vaisseaux armés ; son fils Philippino les commandait et bloquait le port de Naples. L’empereur, instruit des mécontentemens de l’amiral génois , le solUcitait depuis long-temps de passer à son service. Doria , contraint par la nécessité , acceptant les propositions de Cbarles-Quint , ordonne à son fils de laisser entrer des vivres dans Naples et de se combiner avec l’escadre espagnole. En vainFrançoisI.*', reconnaissant trop tard la grandeur de sa &ute , multipliait les avances pour gagner Doria ; les plus magnifiques promesses et la sollicitation . du pape ne purent ébranler sa résolution. Lautrec , désespéré de ce revers inattendu, mourut en détestant les basses manoeuvres des courtisans avares et lâches, qui sacrifiaient la gloire nationale à un sordide intérêt.
Doria , abandonnant le service de France , forma le dessein de rendre à sa patrie son ancien lustre. La puissance des Génois avait égalé long-temps celle des Vénitiens ; des divisions intestines détruisirent cette prospérité. Les Génois , écrasés par la tyrannie des patriciens, avaient changé plusieurs fois la forme de leur administration. Les rois de France , les rois de Naples , les ducs de Milan , exercèrent successivement dans Gènes la suprême magistrature ; mais depuis long-temps les Génois re-
conaaissaient ordinairement les rois de France pour iSzb. leurs seigneurs.
Ces républicains, par ces variations politiques , espéraient de conserver leur liberté ; ils s’aperçurent qu’ils changeaient de maîtres en changeant da protecteurs. Le gouvernement français leur devint intolérable, en apprenant que le roi, ou plutôt scs ministres , séparant Savone de la jurisdiction de Gènes, préludaient à la dissolution de l’état.-
Par le premier article du traité conclu entre l’empereur et Doria , ce prince reconnaissait l’entière indépendance de la république de Gènes. L’empereur promettait de maintenir cette indépendance de tout son pouvoir , sans exiger de la république aucune espèce de vassalité.
Après la signature du traité , Doria accepta de CharleS'Quint le titre de général de la mer. La révolution la plus subite, 'la plus générale ,' éclatait dans Gènes ; Doria n’eut qu’à se présenter devant le port avec treize galères et environ cinq cents soldats de débarquement. Les Français , dans une seule nuit , et sans répandre une seule goutte de leur sang , évacuèrent la ville •, en vain ils voulaient prendre la route de Savone ; le même esprit se communiquait à toute la côte ligurienne. Barbésieux , nommé par François I."’ général de la Botte du Levant, venait sur la Méditerranée avec ordre de se saisir de La personne de Doria; il donna au roi la première nouvelle que Gènes ne lui obéissait plus.
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j5a8. Dans les premiers transports de leur reconnaissance , les Génois décorèrent Doria du titre de libérateur de sa patrie; on l’environna de l’autorité suffisante pour établir une forme d’administration , capable de &ire respecter la république au dehors , et de fonder la tranquillité intérieure sur des base» solides. Doria pouvait abuser de cette confiance. Les Médicis usurpaient alors dans Florence l’autorité suprême , au milieu des plus sanglantes convulsions. Qiarles-Qûint offrait de favoriser ses vues ambitieuses , si son projet eût été de marcher sur les traces des Médicis ; mais , soit que ce lé^alateur pressentit les difficultés d’asservir ses compatriotes, ou qu’il préférât la gloire de son pays aux avantages particuliers de sa famille , la crainte d’inspirer des inquiétudes le décida k refuser le titre de doge perpétuel , dont les Génois voulaient l’investir. ^ 11 jouit jusqu’à la vieillesse la plus avancée d’une considération personnelle , supérieure à toutes les dignités; aucun homme, dans une condition pri>r vée , ne joua un rôle ri important sur la scène du monde; honoré par ses condtoyens comme le génie tutélaire de sa patrie , tenant au dehors, par les galères dont il était .propriétaire , le rang d’une puissance maritime; deux fois sa perte fut vainement tramée: l’une en , par la conjuration du comte Louis de Fiesque , dirigée principalement contre lui , mais dont le danger disparut par la mort du chef de l’entreprise , au moment de Vexéculion ; la deuxième fois par celle de Jules
Cibo , découverte , et qui coûta la vie à son auteur. i5a8. Ces deux conspirations augmentèrent la réputation et le crédit de ce grand homme , il 'Gn jouit jusqu’à sa mort, à l’âge de quati*e -vingt- treize ans.
Doria établit dans Gènes la forme d’administration existante de nos jours avant la révolution de France.
10. Dans le temps où les Génois montaient ait rang des peuples libres , les Florentins perdaient leur liberté. Depuis long-temps la maison de Médicis jouissait dans çette république d’une influence principale. La promotion de Léon X an ponti-^ ficat acheva la fortune de cette Lmille. Cette innovation mécontentait un grand nombre de citoyens.
Ils gardaient le silence sous le règne d’un pontife dont l’extrême magnificence excitait l’admiration générale.
Les deux frères Pierre et Julien gouvernaient Florence sons les ordres de Léon X. Us moururent à la fleur de leur âge. Le premier laissa une fille ; le second eut un fils, Laurent, duc d’Urbiii, dont la fille unique , Catherine , épousa Henri IL
Malgré le pouvoir de Léon X , les formes républicaines subsistaient dans la belle Florence. La mort de Laurent de Médicis , sans postérité masculine , semblait devoir affermir la démocratie. L’éclat jeté par le règne de Léon X subjuguait les Florentins. Ils exécutaient sans examen les lois de ce pontife. Cette bienveillance ne s’étendit pas sur le cardinal Jules de Médicis , devenu pape sous
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»5:i8. le nom de Qément VII. Le déréglement de§ mœur$ de la làmille de IVJédlcis répandait sur elle une-tache infamante , malgré ses immenses richeses et sa prodigalité sans bornes : le pape Clément VII , bâtard lui-même , avait revçtu de la pourpre Hipolyte ,T)âtard de Julien de JVJédicis , et Alexan^ dre, réputé bâtard du duc d’Urbin , mais en effet hls du papê Clément VU, Les cardinaux Hipolyte et Alexandre , l’un et l’autre en minorité , gouvernaient Florence sous la tutelle du cardinal de Çortonne.
Le plus grand nombre des citoyens de Florence voyaient avec un sentiment d’angoisse l’autorité suprême tombée, comme ils disaient, de bâtardise en bâtardise j cependant leur mécontement se bornait à quelque placards injurieux , aussi long-temps que Qément VU jouit paisiblement de la chaire
f)ontificale : à l’époque de la prison de ce pontife , * es Florentins, comptant sur sa prochaine déposirtion, se livraient à tout ce que la haine peut con^cevoir de plus outrageant. Qarissa , femme de Philippe Strozsi , prétendait que le gouvernement de la république devait appartenir à son mari en qualité de tuteur de Catherine de Médicis. Regardant comme le comble de l’in&mie l’élévation dn fils de Clément VU aux magistratures possédées par ses ancêtres , elle se chargea , dans une émeute populaire , du rôle glissant de chef de parti. Des décrets flétrissans sont rendus contre les Médicis,
- . Médicis furent déclarés tyrans de leur patrie,
Les individus , attachés à cette maison , partagé- i5a&. rent la proscription de leurs patrons. L’acharnement des Florentins dans cette occasion put excuser l’animosité déployée dans la suite par Clément VII contre Florence , et ses efforts pour lui ravir
sa liberté.
11. Après la mort du maréchal de Lautrec, 1529, son armée, commandée par le marquis de Saluces, à moitié détruite par les maladies et les défections , avait été défaite par le prince d’Orange. Les restes dispersés gagnèrent comme ils purent les frontières de Lombardie, où le comte de Saint-Pol venait d’amenec au secours des Vénitiens et de Sforzaun petit corps de troupes; ce général n’était pas un émule à opposer à Antoine de Lève profondément instruit dans l’art de la guerre. De Lève, à la tête d’un petit nombre de soldats , sans argent , sans subsistances , sans munitions , soutenait , depuis plusieurs années , une guerre opiniâtre’ contre des ennemis dont la supériorité semblait devoir à chaque instant l’écraser. Rongé ’ par la goutte , la présence du danger lui rendait ses forces : on le voyait dans tous les endroits les plus périlleux. A la moindre négligence commise par ses ennemis, tombant sur. eux, il enlevait dans une journée les avantages obtenus par eux durant ' une année.
On lui reprocha d’avoir opéré de grandes choses par des moyens dont l’humanité frémit et la raison s’indigne. Tels sont les malheureux effets de l’art