‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 14 sur 27 · Tome P^II · texte numérisé non relu

Tome P^II

iSag. terrible de la gaerre. De Lève, exposé sans

cesse aux mutineries de ses soldats, et toujours à la veille d’étre égorgé par eux , leur abandonnait la fortune , la ' vie et l’honneur des vaincus. En récompense de leur courage et de leur résolution , les cruautés les plus atroces restaient impunies. Les peuples regardaient de Lève comme un chef de brigands ; il l’était ^ns doute. Ces brigands repoussèrent des attaques vives, mais mal concertées. Enfin , par une marche imprévue , de Lève surprit, battit, fit prisonnier le comte de Saint-Pol, détruisit l’armée française dans le Milanais, comme le prince d’Orange avait détruit celle qui assiégeait Naples. Les brigands, conduits par de liève, couvrirent leurs déportemens des brillans trophées de la victoire.

Au milieu des fureurs de la guerre, l’empereur, en faveur duquel se déclarait la fortune , sentait le besoin de la paix. Soliman , après avoir ravagé ' la Hongrie , s’avançait vers Vienne , à la tête de toutes les forces ottomanes. La religion protestante prenait faveur en Allemagne 5 les princes , protecteurs de ce nouveau culte , avaient formé une confédération dont la maison d’Autriche pouvait ’ redouter les effets. Les Espagnols se récriaient contre 1a longueur et les dépenses d’une guerre dont ils faisaient les frais. Charles devait scs succès aux talens de ses généraux J mais ses armées ,• manquant de tout , vivant de rapines , s’accoutumaient à une indiscipline dont les chefs devaient redouter les

Di„ '-dbyCoo^e

suites. L’empereur cachait sa faiblesse , eiigeant de 1 539. dures conditions du ton d’un vainqueur. Le pape, craignant de perdre une seconde fois sa liberté , comblait scs aUiés de ses protestations d’attachement , et négociait en secret avec Charles-Quint : François lui - même , prévoyant la défection du pape et de ses autres alliés d’Italie , détournait de son mieux leur attention par des mesures dont l’issue pouvait lui procurer un repos dont il avait besoin.

Tandis que toutes les puissances belligérantes désiraient la paix , et n’osaient faire les avances nécessaires pour y parvenir , deux femmes entreprirent de remplir le vœu de l’Europe. Marguerite d’Autriche , gouvernante des Pays-Bas , et la duchesse d’Angoulêmé convinrent d’tme entrevue à Gimbrai : logées dans deux maisons contiguës , entre lesquelles fut ouverte une communication , elles tinrent sans cérémonial des conférences où personne ne fut admis. Versées l’une et l’autre dans les affaires , et par&itement instruites du secret des cours respectives , leur bonne volonté aplanit une partie des dilBcultés. Les ambassadeurs des diverses nations attendaient avec inquiétude l’issue de ces conférences.

Malgré la diligence avec bquelle les deux princesses accéléraient la conclusion de la paix , Clément VU eut l’adresse de prévenir ses associés j ce pontife , voyant la force des armes françaises décliner en Italie , avait ordonné à son nonce en

1529. Espagne de presser les négociations avec l’empe* reur. Ce prince ne se montra pas difficile sur les conditions de son raccommodement avec la cour de Rome ; se proposant de faire un voyage en Allemagne , il voulait se montrer en Italie dans l’éclat de sa gloire , et recevoir de la main du pape la couronne impériale.

Clément VU fut traité favorablement. L’empereur , par les articles'du traité signé à Barcelonne , s’engageait à restituer à l’église romaine les territoires qui lui appartenaient au commencement de la guerre : il promettait d’établir dans Florence la . • domination de la maison de Médicis , en mariant Marguerite , sa fille naturelle , avec le cardinal Alexandre, auquel le pape destinait la souveraineté de Florence , et de régler, de concert avec le pape le sort de Sforza.

En échange de ces importantes concesâons , Clément accordait à l’empereur l’investiture du royaume de Naples ; une absolution générale était accordée aux coupables de la prise et du pillage de Rome. /Charles et Ferdinand son frère obtenaient la permission d’établir dans leurs états un impôt s’élevant au quart des revenus ecclésiastiques ; le pape accordait le passage sur les terres de l’Eglise aux troupes destinées à occuper le royaume de Naples , s’engageait à couronner- Charles-Quint empereur dans Rome , et par un article secret donnait sa parole de ne point consentir au divorce de Jienri A/III avec Catherine d’Aragon.

La conclusion de ce traité fut sur le point de 1525. rompre les conférences de Cambrai ÿ les ministres impériaux s’en aidaient pour rendre plus dures les conditions imposées au roi de France. La duchesse d’Angoulême se disposait à revenir à Paris ; elle fut retenue par le nonce du pape , ou plutôt par de nouvelles instructions deFr^çois Le traité de paix entre la France et l’Espagne fut publié dans l’église cathédrale de Cambrai , le 5 août ; les articles principaux furent la confirmation du traité de Madrid , à la réserve des articles sur lesquels l’empereur consentait à se relâcher. Charles , n’exigeant pas formellement la restitution du duché de Bourgogne , se réservait ses anciens droits pour les faire valoir dans d’autres circonstances. François . 1.®' payait a, 000, 000 écus d’or ; il cédait à l’empereur la ville d’Hesdin ; il renonçait à toute suze- . raineté sur la Flandre et l’Artois; il abandonnait ses prétentions sur Naples , Milan , Gènes , Asti , et promettait de retirer ses troupes d’Italie quinze jours avant la délivrance de ses énfans et son mariage avec la reine Eléonore.

Ces rigoureuses conditions ne furent pas ce qu’il y eut de plus humiliant pour François 1.'® ; dans le traité de Cambrai , il perdit sa réputation ; sacrifiant ses alliés à son rival , les intérêts de tous également furent abandonnés , même ceux du roi de Navarre , Henri d’Albret , devenu son beau-frère par son mariage avec Marguerite , duchesse d’Aieoçon. On abandonna à la merci de l’empereur les

i5ag. Vénitiens, les Florentins, le duc de Modène, dont le fils aîné venait d’épouser Renée de France , et tous les barons napolitains attachés à ta maison de France.

Toute l’Europe éleva sa voix Contre la perfidie ou du moins contre l’impardonnable faiblesse de ce procédé; François I.®* en parut cdnfus lui-même: ne pouvant se résoudre à entendre dé la bouche de plusieurs ambassadeurs des reproches mérités , il laissa s’écouler plusieurs mois sans donner audience au corps diplomatique. Charles , au contraire , avait stipulé avec la plus scrupuleuse attention les intérêts de tous les princes et de tous les particuliers attachés à son parti ; il contraignit , par une clause spéciale , François I.®’’, non seulement à réhabilite^’ la mémoire du connétable de Bourbon , condamnée par un arrêt du parlement , mais d’indemniser de leurs pertes tous les individus compagnons du connétable dans son exil. Philibert de Châlons devait jouir sans empêchemens de sa principauté d’Orange. Cette conduite louable en elle - même , et relevée par le contraste de celle de Françoisl."^, procurait à Charles autant d’estime que le succès de ses armes lui avait acquis de gloire.

Les ministres de François 1.*' présentîûent confidentiellement à l’ambassadeur de Venise le traité de Cambrai'^ comme une ruse pour ramener en France les cnfans du roi ; on les écoutait sans accorder la moindre confiance à leurs paroles. Ce-

pendant la conduite secréte du roi confirmait cette assertion. Le chanchelier cardinal Duprat ,

, possédant noieux les ressources de la chicane que les maximes de l’honneur et de la saine politique, persuada à François l.*'" de protester contre ce traité ; il fit de même protester les procureursgénéraux des cours souveraines oh le traité devait être enregistré , comme si des actes furtifs pouvaient annuler des engagemens pris à la &ce du ciel sous le sceau de la foi publique. Les confédérés d’Italie prirent le parti de satisfaire l’empereur; les Vénitiens lui donnèrent beaucoup d’argent, rendirent au pape quelques places réclamées par lui , et s’en firent ainsi un appui pour obtenir la grâce de Sforza ; il vint , muni d’un sauf-conduit, se jeter aux pieds de Charles : n’ayant aucun contradicteur depuis la mort de Pescara , il se justifia ' sans peine des accusations intentées contre lui. Charles , le voyant vieux et sans enfans , le mit en possession du IVfilanais ; mais le prix le plus excessif fut mis à cette générosité ; il exigea 900,000 ducats. Sforza ne pouvait les payer sans achever de ruiner les habitans de ce duché ; le monarque, sous pré- ■ texte d’assurer le paiement de cette somjme , se réserva le château de Milan et la ville de Côme.

L’indifférence montrée par François L*' pour ses alliés ne s’étendait pas au roi d’AngleteVre. U n’avait pas fait un pas dans la 1 négociation sans son aveu. Les circonstances forçaient Henri VIII à donner son approbation à, toutes les démiarçhes

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1529. du roi de France. 11 avait besoin de lui dans son projet de répudier Catherine d’Aragon , et d’épouser Anne de Boulen. La première proposition de ce divorce avait été faite à Clément VII durant sa prison. Le pontife , attendant sa liberté des démarches faites par les rois de France et d’Angleterre , paraissait Êivoriser Henri VIII : devenu libre , et les Français ne dominant plus en Italie , ses nouvelles liaisons avec l’empereur lui dictaient des sentimens contraires.

Charles-Quint embrassait les intérêts de Catherine d’Aragon , sa tante , avec un zèle animé par le ressentiment. Faisant valoir les impoiians services qu’il pourrait rendre à la maison de Médicis y il avait obtenu la parole du pape de refuser à Henri la bulle de divorce.

Durant sa prison , Clément avait autorisé le cardinal Wolsey à s’associer le nombre d’évêques anglais convenables, et à prononcer sur cette affaire. La bulle fut apportée à Londres ; on y trouva des clauses captieuses , lè conseil du roi' en sollicita une autre dont le modèle fut envoyé d’Angleterre. Le cardinal Wolsey pouvait être récusé par la reine. L0 roi pria le pontife de lui adjoindre un autre légat. C’était le temps où Lautrec bloquait étroitement la ville de Naples. Clément accorda la demande de Henri. Le cardinal Campège fut associé au cardinal Wolsey; il vint à Londres avec un ordre secret de traîner la procédure en longueur. Clément avait ainsi le temps de voir qui

FRANÇOIS 1." 2ÜI

resterait le maître en Italie. Campège remplit sa commission avec beaucoup d’adresse.

Clément , réconcilié avec l’empereur et voulant l’engager à placer la maison de Médicis sur le trône de Florence, oubliait sa timidité ordinaire. Son zèle en faveur de Charles-Quint alla jusqu’à compromettre les intérêts de la religion romaine.

Henri, trompé dans son attente, regardait le cardinal Wolsey comme un traître; plus il le savait habile , plus il le jugea coupable. L’ayant dépouillé de la dignité de chancelier d’Angleterre , il fut d’abord banni de la cour. Ses nombreux ennemis, craignant de voir un nouveau sentiment succéder dans l’ame du roi au courroux qu’il montrait envers son ministre , l’engagèrent à le livrer à la sévérité des lois.

Malgré la pourpre romaine dont il était couvert, on le conduisait à Londres pour répondre devant le parlement aux chefs d’accusation intentés contre lui. Sa mort l’enleva si à propos aux poursuites parlementaires , que ses accusateurs l’attribuèrent à un suicide.

Henri voyait avec amertume le concert existant entre le pape et l’empereur. Son aveugle passion ne loi permettait d’écouter ni la voix de la raison , ni celle des convenances. Le crédit de François I."

à la cour pontificale pouvait un peu balancer celui de la cour de Madrid. Il se garda bien de lui faire des reproches de la manière déloyale dont il avait abandonné les alliés des deux couronnes.

HIST. de FR. I.“ PART. LIV. XXIV.

13. Les détails les plus minutieux, discutés à Cambrai , semblaient annoncer chez les monarques qui posaient les armes un ferme dessein de rendre a 1 Europe les avantages inappréciables d’une solide paix. Ces vues philantropiques dirigèrent 1 trop rarement les arrangemens de circonstance signés par les rois suivant leurs versatiles intérêts ; le lecteur doit faire à chaque page cette observation, bsant l’histoire. Aucun des potentats, dont les prétentions se discutaient dans Cambrai , ne songeait a se reconcilier sincèrement avec ses ennemis.

Tous cherchaient a se tromper , leur paix partageait la perfidie de leurs guerres précédentes. L’empereur désarmait sur les frontières de France, forcé à celte mesure par les afiaircs d’Allemagne. Les révolutions sanglantes , qui remplissaient alors cet empire , exigeaient sa présence ; le développement d’une profonde politique sur les bords de l’Elbe et du Véser aurait été contrarié par la continuation de la guerre avec la France. Les princes de la communion luthérienne prenaient alors le nom de protestans ; ayant établi dans leurs états une nouvelle forme de culte , ils réunissaient à leurs domaines les biens ecclésiastiques , en se chargeant de l’entretien des églises et des ministres de la religion. Plusieurs villes impériales suivaient cet exemple. Près de la moitié du corps germanique , renonçait à la communion du Saint-Siège.

Ces événemens n’avaient pas déplu à Charles- Quint dans le temps de sa rupture avec Clément

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VII J fl commençait alors à craindre que les trou- i blés religieux d’Allemagne ne devinssent funestes à la puissance impériale. La Liblesse des Césars germaniques avait autorisé les grands vassaux de cette contrée à étendre leurs prérogatives aux dépends du droit du chef de l’Empire. Charles , du- 'rant les dernières guerres, n’avait reçu presque aucun secours d’Allemagne. Il trouvait , dans sa ■ dignité d’empereur romain, des titres Êistueux et vains , et peu de solides avantages. Il était donc pour loi de la dernière importance de terminer ses querelles avec la Fiance, et d’employer ses efforts à consolider l’autorité impériale en Allemagne.

François I." entrevoyait, dans la cessation des hostilités, les moyens de favpriser les proteslans d’Allemagne , et de trouver , dans les embarras qu’ils pouvaient donner à la maison d’Autriche , une occasion de rentrer en Italie après avoir rendù la liberté à ses enfans. Enfin , l’affaire du divorce de Henri VIII avec Catherine d’Aragon déterminait la conduite de la cour de Londres.

Clément VII , pressé entre l’empereur qui lui offrait les plus précieux avantages s’il refusait la sentence de divorce , et les rois de France et d’Angleterre qui sollicitaient vivement cette sentence , menaçant , en cas de refus , de favoriser dans leurs états l’introduction' de la religion protestante , disait à ses courtisans : « Comment éviterais-je d’être écrasé? je suis entre l’enclume et le marteau ». L’irrésolution dirigeait ses démarches.

1529.- Charles s’applaudissait à juste titre du traité de Cambrai. Ayant laissé la régence d’Espagne à son épouse , il abordait alors en Italie , publiant qu’il allait recevoir la couronne impériale , remplir les promesses laites au pape, et régler avec équité les afiàires de la Péninsule.

Ce monarque marchait avec l’appareil d’un con- • .quérant et d’un triomphateur. Sa flotte, comman* , dée par l’amiral Doria , le porta dans Gènes , où les ambassadeurs de tous les princes et de toutes les républiques d’Italie vinrent grossir sa cour. Charles fit quelque séjour dans la superbe Gènes. Ayant honoré Doria de plusieurs marques de cUstinction ,

. et la république de nouveaux privilèges , il s’avança vers Bologne , lieu fixé pour son entrevue avec le pape.

, Lors de son entrée publique dans cette ville (1) , ■ ce prince affecta de joindre la magnificence du premier monarque de l’Europe avec l’humilité d’un fils soumis à l’église.

A la tête d’une brillante armée, et- en état de dicter des lois à lltalie , il baisa à genoux les pieds du même pontife , enfermé par lui dans une prison, quelque temps auparavant. Les Italiens , accoutumés à la licence et à la férocité des soldats de Charles-Quint , se formaient de ce prince une idée assez semblable à celle qu’ils avaient des Huns et des Vandales. Ils témoignaient leur extrême sur-

(i) Le 5 décembre.

^)rise à la vue d’un monarque prévenant dans ses >529. manières , régulier dans ses mœurs , modéré dans ses démarches , et donnant l’exemple d’une attention scrupuleuse à remplir les devoirs de la religion.

Ils furent témoins, avec encore plus d’étonnement^ de l’impartiale équité avec laquelle il concilia les intérêts des princes dont il avait à se plaindre , et qu’il pouvait alors opprimer.

i5. Dans un congrès tenu à Bologne furent écoutés les Vénitiens, les Florentins, les ducs de Milan et de Modène. On y pesa les intérêts de ces quatres puissances. Les Vénitiens rendirent à l’empereur les places dont ils étalent encore en possession dans le royaume de Naples. Us sortirent, sinon avec gloire, du moins sans honte, d’une guerre continuée depuis plus de vingt ans contre les ennemis les plus formidables. Alphonse d’Este , duc de Modène et de Ferrare, fut rétabli dans la possession des villes de Modène et de Reg^o , enlevées par les papes à ses aïeux. Le duc François-Marie Sforza n’eut pas moins à se louer de la justice de l’empereur. Il lui remit une partie des 900,000 ducats exigés de lui , et lui rencht la ville de Corne . et le château de Milan.

U parait que ce prince n’était pas sorti d’Espagne avec l’intention de donner en Itahe des preuves si éminentes de désintéressement. Diverses circonstances contrariaient ses volontés. Forcé de passer brusquement en Allemagne , il craignait l’explosion d’une nouvelle guerre dont l’effet aurait gêné s^

1529. correspondances en Espagne, par Milan et par Gènes.

Une alliance s’était formée entre François I." et la Porte Ottoitoane. On trouve à la bibliothèque de Paris plusieurs pièces de cette correspondance. Ce sont de simples lettres de créance. Elles ne sauraient jeter beaucoup de lumière sur les intérêts respectifs des deux puissances ; mais elles servent à fixer la date d’un 'changement majeur dans le système politique de l’Europe. Je crois devoir en placer ici . la traduction :

« Moi, dont la puissance .est soutenue par l’éternel distributeur des grâces , et par la multitude des bénédictions du chef de ses prophètes; le boucher de la prophétie , sainte étoile resplendissante de la troupe des patriarches , et le modèle de la légion des saints, sur qui soit salut par le concours des quatre favoris du prophètè, Aboubeker, Omar, Osman, et AH : Que Dieu illumine le lieu de leur repos. Ici est le seing du sultan en lettres or et azur.

« Moi, l’empereur des empweurs, le prince des princes, le distributeur des couronnes aux rois assis sur les trônes du monde, l’ombre de Dieu sur les deux terres , le dominateur de la mer Blanche, de la mer Noire, de l’Asie, de l’Europe, de la Caramanie, de la Grèce, et de tout le pays d’Alexandrie, du Diarbékir , du pays des Curdes , del’Aderbijan, de la Perse, de Damas, d’Alep , de l’Egypte , de la Mecque, de Médine, de Jérusalem, de l’Ara-

bie Heureuse etPétrée, et de tant d’autres contrées 1529. conquises par mes glorieux antécesseurs , ou que j’ai subjuguées moi-même avec mon cimeterre accoutumé à la victoire :

» L’empereur Soliman, fils de l’empereur Bajazet, fils de l’empereur Selim, à vous, François, roi de France : Vous avez envoyé à ma Sublime Porte un envoyé nommé Frangipani. 11 était porteur d’une de vos lettres , et chargé d’exposer aux pieds de mon trône impérial des affaires d’une grande importance. J’ai connu , par son récit , qu’un ennemi s’était emparé de vos terres, et vous tenait dans tme rude prison. Ce sont les accidensde la guerre. 11 n’est point rare de voir des rois enchaînés ou esclaves. Usez de votre courage. Ne vous laissez point abattre par le malheur. C’est ainsi que mes glorieux ancêtres sc sont plu à affronter les périls au milieu des combats. Moi-même , marchant sur leurs traces, je tiens mon cheval toujours sellé, et mon cimeterre à mon côté pour Conquérir les royaumes et renverser les forteresses. Que Dieu vous comble de ses dons! Votre envoyé vous rendra de vive voix réponse à vos demandes. Comptez sur ce qu’il vous dira. Ecrit au commencement de la lune de rebiel-ahir , l’an de l’égire g3i , à Stambool, la résidemee de notre Sublime Porte ».

François comprit par les expressions de cette lettre que Soliman , appréciant les usages de l’Europe par ceux de l’Asie , regardait la situation où l’avait réduit la bataille de Pavie comme plus fà-

iSag. cheuse qu’elle ne l’était. Jugeant convenable de le détromper , il lui adressa une seconde lettre aussitôt après son retour à Paris. Les armes de France , la salamandre , dont le monarque avait fait sa devise , et la suscription , sont figurées en or et azur. « François, par la grâce de Dieu, roi Très-Chrétien de France, à notre très-cher frère sultan Soliman trèspuissant empereur. Nous avons reçu les lettres que vous nous avez adressées par Jean Frangipani, et connu par son récit toute la part que vous avez prise au malheur qui nous est arrivé devant Pavie. Nous avons été consolé dans notre infortune par la considération qu’on ne peut l’imputer à un défaut de courage. Nous succombâmes au milieu des bataillons ennemis , lorsque notre cheval percé de coups nous eût entraîné dans sa chute. Cet accident, comme vous l’observez dans votre lettre, est arrivé aux plus belliqueux empereurs avant nous. Car telle est la bizarrerie de la fortune. Elle épargne le plus souvent les lâches , et décoche tous ses traits contre les hommes de courage. Nous vous remercions de l’offre que vous nous avez faite de vos trésors et de vos armées innombrables , et nous souhaitons trèsardemment que Dieu, dont la volonté dispose souverainement des cœurs et des événemens, nous mette à portée de pouvoir vous marquer toute l’étendue de notre reconnaissance. Si les circonstances nous procurent celte satisiàction , vous connaîtrez combien est grande notre puissance en Europe , et combien les Français surpassent toutes les autres

nations

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nations en valeur et en discipline militaire: mais, iSag. puisque la bonté divine nous a ramené dans nos états, nous n’avons désormais besoin d’aucun secours étranger pour les conserver et les défendre , ainsi que vous le dira plus au long cet envoyé auquel nous vous prions d’ajouter foi sur ce qu’il vous dira de notre part ».

François n’avait en effet besoin d’aucun secours étranger en France , à l’époque où le traité de Madrid lui rendit sa liberté ; mais , se proposant d’envoyer des armées en Italie , il luj importait d’empêcher l’archiduc Ferdinand d’y faire passer des troupes. C’est vraisemblablement ce que l’envoyé français devait expliquer de vive voix à Constantinople. Les circonstances de cette négociation ne sont pas connues. Les faits prouvent qu’elle se termina comme ^ souhaitait François 1.°’^ Soliman, maître de Belgrade depuis plusieurs années, entreprit de pénétrer jusqu’à Vienne.

Cette place était défendue par une garnison de vingt mille hommes d’infanterie, et deux mille de cavalerie , abondamment pourvue de subsistances et de munitions. Soliman fut forcé, par des maladies contagieuses , à renoncer à son entreprise ; il ■ jura de revenir en Autriche l’année suivante avec une armée plus, formidable.

Par cette retraite de Soliman , Charles se trouvait délivré de la plus cruelle inquiétude ; mais il sentait vivement la pressante nécessité de prévenir une nouvelle attaque, pU':dc prendre en Alle-

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