Tome'Cj^II. jg
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290 HLST. DE FR. I.. PART. UV. XXIV.
1629. magne les mesures les plus énergiques pour en arrêter les effets.
' Les Florentins avaient chargé -quatre députés de présenter dans Gènes leurs hommages à l’empereur. Lié par les promesses faites au pape , il les exhortait à rendre aux Médicis les dignités dont leurs ancêtres avaient été honorés; la même négociation fut continuée dans Bologne. Les Florentins se préparaient à maintenir leur liberté par les armes.
i53o. " Tous les traités qui rendaient la tranquillité à l’Italie avaient été publiés dans Bologne, le’x.” janvier 1 53o.
An milieu des applaudissemens unanimes des peuples , les Florentins seuls né partageaient pas la joie' commune ; l’armée impériale était entrée sur leur territoire et cDmmençaitle siège de Florence ; Charles-Quint , pressé d’aller en Allemagne , se prêtait avec répugnance à cette expédition ; le désir de contenter Clément VU l’empoi-ta'sur toutes les autres considérations.
Dans cette occasion , comme dans plusieurs autres , la disproportion entre les revenus de Charles- Quint, et les affaires colossales dont il était sirrchargé , l’obligeaient à resserrer les plans trop vastes tracés par son ambition ; ilse voyait souvent obligé de sacrifier des avantages certains , pour prévenir des dangers inévitables. Ces moti& devaient concourir à la détermination de ce prince de se montrer désintéressé en Italie , et il avait joué ce rôle
avec assez de naturel ; mais les dépenses faites à i55o. l’occasion de son couronnement le laissaient sans argent. Clément VU fut obligé de payer l’armée impériale pendant le siège de Florence.
‘ Benoît Varchi nous a transmis les détails de de ce siège. Le caractère de tous les gouvernemeiis populaires, au sein des grandes commotions , est peint dans son ouvrage avec des couleurs très-vives j on y voit toutes les manœuvres employées par les intrigans à conduire vers sa perte un peuple crédule. Florence , au lieu de renfermer dans ses murs des hommes de guerre, abondait en moines imbécillcs ou séditieux , en poètes , en orateurs , en diseurs d’épigrammes. Le gonfelonier Sodérini assemble le grand conseil , prononce un long discours , et conclut à proclamer Jésus-Christ roi dfe Florence.
Tous adlièrent à la proposition ; on grave en lettres d’or cette inscription sur la porte de la maison commune : Jésus Cfirislus , rex Florentini po~ puli^ sendius et populi décréta electus. Après ce' chef-d’œuvre religieux, chacun se croit invincible^ Le pape comptait dans Fforence de nombreux' partisans. Son nonce monte en chaire dans la cathédrale , et prétend qu’au pontife romain , en cpja- ^ lité de vicaire de Jésus-Christ , appartient désormais le soin de gouverner la république; les citoyens se partagent sur cet incident. Cependant une armée composée d’Espagnols, d’Allemands et d’italiens ,’ commandée par le duc d’ürbin , le marquis deGon-
1 55o. zague et Antoine de Lève, environnait les remparl» de Florence et ruinait son territoire.
Ce siège dura douze mois^ le pape négociait en combattant , et craignait sur toutes choses la destruction de cette belle cité , si elle était prise d’as- * saut. Toutes les défenses de la place se trouvant à la fin ruinées , les Florentins se déterminèrent à traiter avec les ministres de l’empereur. La capitulation laissait à la ville l’espoir de conserver un simulacre de liberté ; cet espoir s’évanouit , les confédérés , maîtres de Florence , abolirent le gouvernement démocratique. Alexandre deMédicis devint chef de l’état.
Depuis long-temps l’empereur avait quitté la Péninsule •, le pape avait placé dans Bologne , sur la tête de ce prince , la couronne impériale et celle de Lombardie , lorsqu’une partie de son armée prenait la route de Florence : cérémonie mémorable pour avoir été la dernière de ce genre. Le pape donnant le sceptre à Charles lui dit ; <( Empereur notre fils , prenez ce sceptre, et régnez sur les peuples de l’Empire, auxquels nous et les électeurs vous avons jugé digne de commander ». 11 ajouta en lui dormant Je globe : « Ce globe représente le monde sur lequel vous régnez ». Cette présentation du globe se rapportait à l’empire romain, maître de la plus grande partie du monde connu. Le congrès de Bologne ressemblait aussi à ces cours plénières , dans lesquelles les empereurs français et allemands pesèrent souvent les intérêts de l’ita-
lie. Après le couronnement , l’empereur prit le chemin d’Allemagne.
l4. Depuis la diète de Worms , dans laquelle Luther avait rendu compte de sa doctrine, les princes allemands s’empressaient d’embrasser la réforme et de se mettre en possession dés propriétés ecclésiastiques J cependant cette diète prononça contre Luther le Ijan de l’empire : l’électeur de Saxe, l’ayant fait enlever secrètement, l’enferma au château de Wursbourg. Il y vécut assez long-temps inconnu à ses gardes memes.
Dans cette retraite , ce réformateur écrivit la plupart de ses livres polémiques , et fixa la discipli ne de l’église réformée delà confession d’Augsbourg; Use maria en i525. Son système religieux dominait alors dans la Saxe , dans les duchés de Lunebourg, de Brunswick , de Meklembourg et de Poméranie; dans les archevêchés de Magdebourg et de Bremen, dans la plupart des villes Impériales, dans les pays situés sur la mer Baltique, dans la Livonie et dans la Prusse ducale. ■
Plusieurs princes catholiques confédérés , dans Ratisbonne , cherchaient les moyens d’exécuter le décret de proscription porté dans la diète de Worms contre Luther. Ce n’était pas chose aisée ; non seulement les sectateurs du nouveau système de religion réclamaient la tolérance ; mais ils exigeaient une formelle autorisation. Dans la diète de Nuremberg en i534 , des commissaires furent cliargés d’extraire des éents de Luther les pro^
1 55o. positions regardées coiüme les plus condamnable^; un décret livrait à la rigueur des lois les fauteurs des opinions flétries par ces commissaires. Les partisans du réformateur , considérant cette inquisition comme une atteinte portée aux libertés de la Germanie , formèrent à ce décret une opposition juridique. Bientôt les électeurs de Saxe et de Brandebourg,le landgravede Hesse, les ducsde Meklembourg , de Lunebourg et de Prusse , le prince de Anhalt , les villes de Ulm , de Strasbourg et de Nuremberg , se liguèrent pour leur défense mutuelle.
La religion protestante fût probablement devenue dominante en Allemagne, si l’esprit de concorde avait dirigé les principaux disciples de Luther ; plnsieurs^d’entr’eux , ne s’en tenant pas à la réforme de leur patriarche , professaient la plupart des dogmes religieux embrassés dans la suite par les quakers d’Amérique.
D’après l’opinion de Muncer et de Storck , la religion prêchée par Luther ne valait guère mieux que celle des papes; entre autres nouveaux dogmes, ils rejetaient le baptême administré aux enfàns hors d’état d’apprécier leurs engagemens ; on les nomma anabaptistes. J’ai parlé des horreurs commises par plusieurs d’entre eux dans le nord de la Germanie.
Dans une diète tenue à Spire en i5a6 , l’exercice public de la religion protestante fut proscrit dans tous les pays où le gouvernement et le plus
grand nombre des citoyens professaient la religion t55o. catboli(pie ; il fut défendu dans ceux où le nouveau système de religion dominait, d’invectiver contre les catholiques ou de les empêcher d’aller à la messe. Les princes et les villes de la communion réformée protestèrent de nouveau contre ce décret de la diète. Si on en croit plusieurs contemporains , de ces fréquentes protestations leur vint le nom de protestans. Trois députés eurent le courage de venir en Italie notifier à l’empereur la détermination des princes protestans et des villes protestantes , en le prévenant qu’ils appelaient aufutur concUe général de toutes résolutions prises par lui de concert avec le pape , en matière de reh^on , qui leur seraient préjudiciables.
Charles ne voulait pas mécontenter des princes dont il pouvait avoir besoin contre les attaques des Turcs ; il sollicitait le pape à convoquer un concile général en Allemagne. Les papes depuis long- temps éloignaient de tout leur pouvoir la réunion de ces grandesassembléesdanslesquellcs la puissance pontificale pouvait être diminuée. Qément Yll craignait de n’être pas le maître des délibérations d’un synode tenu en Allemagne sous la protection de l’empereur. Plusieurs papes avaient été déposés dans ces assemblées. L’incertitude de sa naissance et l’immoralité de sa conduite lui faisaient redouter une semblable catastrophe. 11 n’est point de raisons qu’il n’employât pour dissuader Gharles-Quint de ce projet : les conciles généraux étaient par lui
J 55o. représentés à ce prince sous l’aspect d’assemblée» tumultueuses et désordonnées , lentes dans leurs délibérations , et trop passionnées pour n’être pas redoutables à toutes les puissances. « D’ailleurs , ajoutait-il , un concile général ne saurait être assemblé sans le concours des rois de France et d’Angleterre 5 êtes-vous assuré que les évêques de ces deux royaumes ne prendront pas des résolutions dont vous ne serez pas satisfait ? Vous ne connaîtriez pas les hommes , si vous espériez de ramener les princes pj^testans au catholicisme par la voie de la douceur ; l’intérêt et non la conscience les range du parti de Luther ; ils en veulent aux biens ecclésiastiques , et non aux dogmes de la religion romaine ; tout du moins de ces deux effets , l’un sert de prétexte à l’autre. Employez les voles de la rigueur exigées par le danger pressant de la religion , et même de la puissance impériale , vous serez puissamment secondé par les princes catholiques d’Allemagne : tout autre moyen tournera à votre honte. Les princes protestans, enrichis par les biens ecclé'siasüques, finiront par s’affranchir de toute dépendance envers le chef de l’Empire.
Charles voyait les changemens survenus en Allemagne sous un autre point de vue. Sachant combien étaient puissans les princes attachés aux nouvelles opinions, et craignant d’allumer un incendie dont les effets incalculables pouvaient favoriser les projets hostiles, non seulement des Turcs, mais de François 1.", il aurait voulu attacher ces princes
à'sa personne par toutes les concessions compa- i55o. tibles avec le maintien de son autorité. On verra les choses tourner différemment. Charles-Quint ne pouvait lire dans l’avenir.
Unediète étaitindiquéedans Augsbourg. Charles venant en AUeraagiiè eut occasion d’observer les sentimens publics sur les points contestés entre les catholiques et les protestans. Trouvant partout les esprits échauffés , aigris , exaspérés , il dut se convaincre combien serait difficile la conciliation des deux systèmes religieux.
Son entrée dans Augsbourg ressemblait à une pompe triomphale (1). Presque tous les électeurs et les princes l’attendaient dans cette ville. Des corps nombreux de troupes venus d’Espagne et d’Italie remplissaient les villages des environs. Cet appareil , et quelques menaces indirectes dont l’empereur assaisonna le discours prononcé par lui en ouvrant l’assemblée , ne parurent faire la moindre impression sur l’esprit des princes protestons. L’électeur de Saxe j voulant montrer son inclination pacifique, ne permit pas à Luther de l’accompagner , dans la crainte d’offenser l’empereur; Tous les princes protestons défendirent aux théologiens de leur parti de prêcher en public durant leur séjour dans Augsbourg. Melancton , celui des réformateurs dont la science réunie au caractère doux et pacifique devait inspirer le plus de con-
(1) Le i5 juin.
i55o. fiance, fut chargé de dresser la confession de foi protestante , dans les termes les moins odieti\ aux catholiques. Cette confession de foi fut lue devant la diète , déposée sur le bureau , et remise à des théologiens catholiques. Ils proposèrent leurs objections. La dispute s’engagea entre eux et Melancton. Ce savant ne sortait jamais des bornes de la modération dans ses écrits polémiques ; il adoucit quelques articles , se relâcha sur d’autres ; mais des barrières insurmontables s’élevaient entre les deux églises; on désespéra de réunir les opinions. Charles-Quint, ne gagnant rien sur les thcolngiens , s’adressa aux princes protecteurs de la réformation , il les trouva encore plus inflexibles.
Son embarras était extrême. Tous les princes catholiques , dont le nombre dans la diète surpassait celui des princes protestans , joignaient leurs instances à celle du pape pour l’engager à substituer des mesures rigoureuses aux argumens .des docteurs. Il se décide lout-à-coup à prendre ce parti extrême. Ses troupes s’approchent de' la ville. A cette nouvelle , la plupart des princes protestans en sortent brusquement et emmènent avec eux leurs théologiens. La diète , composée presque entièrement de catholiques , condamne les principaux articles de la confession de foi présentée par Melancton. Toute innovation, en fait de culte , est prohibée sôus les peines les plus sévères. . Les détenteurs de biens ecclésiastiques sont condamnés à les restituer dans le plus prompt délai ;
enfin elle charge l’empereur de sommer le pape d’assembler dans le délai de six mois un concile , dont les décisions souveraines terminent toutes les contestations religieuses.
Les princes protestans réunis dans Smalkalde signent une ligue défensive pour la conservation de leurs droits , et prennent la résolution de demander des secours aux rois de France et d’Angleterre.
i5. François et Henri resserraient les nœuds de leur alliance. 11 avait été convenu à Cambrai que, sur les 3,000,000 d’or dûs à Charles-Quint, seraient payés au roi d’Angleterre 800,000 écus au nom de l’empereur. Guillaume Dubellai -Langeai fut envoyé à cette occasion à Londres en qualité d’ambassadeur extraordinaire.
Ce choix était fort agréable à Henri VIII. Jean Dubellai, évêque de Paris , frère de Langeai, avait, le premier en France, composé un mémoire en faveur du divorce projeté par le roi d’Angleterre. Il offrait de faire approuver son opinion par la Sorbonne et par les plus célèbres universités de l’Europe. On avait déjà suggéré cet expédient à Henri comme un préservatif contre la mauvaise volonté du pape.
En reconnaissance de ce bon office , au lieu de 800,000 écus, Henri se contenta de 390,000 prêtés à l’empereur en espèces , et sur cette somme il déduisit celle de 5o,ooo écus prêtés par Henri VU à Philippe le Beau. Ce prince avait remis pour
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1 55o. gage iine fleur de lys d’or enrichie de diaraans qu’il fallait rendre à l’cmpereür. Henri en fit don à sou filleul le duc d’Orléans, se croyant, disait-il, obligé en qualité de son parrain de contribuer à lui rendre sa liberté. >
Dès que Langei eut apporté les quittances dont on avait besoin, François ayant fait transporter à Bayonne l’argent de l’empereur, les deux enfans de France et la reine Eléonore furent conduits à Fontarabie par Pierre Fernandez de Velasco, connétable de Castille.
François alla au-devant de sa nouvelle épouse. Ce mariage fut célébré sans pompe dans le couvent de Verrières, à deux lieues du Mont de Marsan. La reine reçut la couronne à Saint-Denis.
Quoique la nécessité eût seule décidé cette union , la nouvelle reine ne devait pas partager les torts de son frère. Elle ramenait au roi ses enfans auxquels elle avait servi de nière durant leur captivité. Ils s’étaient fait une douce habitude de vivre auprès d’elle. Les peuples , la regardant comme un précieux gage de la tranquillité publique, la comblaient de bénédictions. Elle voulait, de concert avec la duchesse d’Angonlêine , ménager une conférence on les denx monarque^cimentassent leur réconciliation. Charles-Quint goûtait ce projet comme un moyen de retenir son rival dans l’inaction. François s’y prêtait dans l’espoir de recouvrer la Lombardie après la mort de Sforza. La conférence fut indiquée à Metz, ensuite à Cam*
Soi
bral , elle n’eut pas lieu. François, ouwant les yeux , i53o. aperçut le dessein de Charles-Quint de lui enlever la confiance du roi d’Angleterre et des protestans d’Allemagne.
i6. Henri Vlll, à l’insu duquel François I." i55i. ne voulait prendre aucun nouvel arrangement, oubliait les afiaires de l’Europe pour s’occuper exclusivement de celle de son divorce. Ce prince offrait d’embrasser la profession monastique si la reine se décidait à prendre l’habit religieux dans un cloître ; bien assuré d’en sortir lui-mème après l’émission des vœux de son épouse. Il demanda ensuite la permission d’épouser deux femmes , comme en usaient autrefois les rois d’Israël ; il aurait pu ajouter ; les rois de Franee de la première dynastie. On ne pouvait solliciter avec plus d’instances. L’amour excitait Henri, la politique retenait le pape. D’un côté , on le menaçait de voir l’Angleterre et peut-être la France se séparer de la communion romaine; de l’autre, l’empereur , maître de lltalie , laissait entrevoir le dessein de se rendre maître de Rome, si le pape le mécontentait.
L’intérêt prochain du Saint-Siège touchait pins le pape qu’un intérêl éloigné. Le pape fit citer Henri à comparaître devant la cour pontificale sous peine d’excommunication ; démarche imprudente, que le pontife se hâta de réparer par des lettres particulières remplies d’expressions soumises : ces lettres rendues publiques portèrent im
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i55i. coup fatal à l’autorité du Saint-Siège. On méprisa des censures lancées si légèrement et révoquées de même.
Les opinions des réformateurs commencèrent’ à pénétrer dans la Grande-Bretagne. Un député de la chambre des communes avait avancé dans le parlement en 1629 cette opinion anti-catholique romaine : « Ne pouvant rien comprendre aux divers s.entimens des théologiens sur plusieurs dogmes , on ferait sagement de méprisér ces- vains sujets de disputes ; il suBit de croire en Dieu et de se conduire en honnête homme pour obtenir la protection divine ». L’Angleterre était alors le seul pays de l’Europe où l’on osât |»rler ainsi dans, une assemblée publique. Une loi, portée parles: deux chambres du parlement en i63l, défenÆt au pape d’exercer dans la Grande-Bretagne aucun acte de jurisdiction sans être revêtu de l’autorité du roi. Cette loi excitait des murmures parmi la multitude, des écrits rédigés avec soin la ramenèrent peu-à-pcu. Henri regardait le clei^é comme l’instigateur des raécontentemens populaires. Ses coups furent dirigés contre les prêtres. Une loi ,' rendue sous le règne de Richard U , défendait au pape de conférer aux étrangers les bénéfices dû pàys , et prohibait tous les appels en cour de Rome : la faiblesse des monarques avait laissé tomber cette loi en désuétude , Henri la remit en vigueur. Les deux chambres autorisèrent le roi à punir les réfractaires.” Henri rerut dans cette circonstance le,
titre de protecteur de l’église biitanoique. Cette i53i. innovation préludait à d’autres changemcns. On fit un relevé de toutes les sommes sorties d’Angleterre en paiement des annates , des indulgences , des dispenses et des nominations aux bénéfices par le pape. Le parlement ordonna que désormais tous ces rescrits seraient expédiés sans frais par la chancellerie romaine , ou qu’on s’en passerait.
Ces actes de vigueur soufferts par la cour de<
Rome , parce qu’elle ne savait pas comment s’y opposer , éteignirent insensiblement en Angleterre la cpnsi^ration religieuse dont le pape jouissait dans cette île. Des libelles contre plusieurs pontifes romains , .devenus plus communs et plus sanglans, accoutumaient les Anglais à juger la conduite du Saint-Siège dans différentes conjonctures.
Les papes perdaient prodigieusement à cet examen. C’était un spectacle curieux de voir le roi d’Angleterre solliciter les universités de l’Europe d’étre favorables à soninconstance envers sa femme et l’empereur, presser leurs décisions en faveur de sa tante délaissée : le roi de France , au milieu d’eux, se mêler delà querelle pour rendre Charles- Quint et Henri YIU ennemis irréconciliables.
Dans les universités de France , le mariage de Henri et de Catherine était regardé comme illégitime , les dispenses du pape ne pouvaient l’autoriser. Les universités des pays autrichiens prononçaient d’une manière contraire. Les pro-
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»55». testans-, prenant avantage de cette contrariété, assuraient que les prêtres catholiques mettaient leur conscience à l’encan, que chez eux l’argent était la mesure du juste et de l’injuste. Les Anglais , sans abandonner la communion romaine , tenaient à peu près le même langage que les protestans.
Au sein de ces ridicules querelles , Charles-Quinl s’occupait des moyens de chasser les Turcs de la Hongrie où régnait son frère. Les habilans des campagnes , opprimés tour à tour par les nobles attachés à Ferdinand d’Autriche et par les Turcs , s’insurgeaient de toutes parts sans savoir quel gouvernement ils voulaient introduire dans leur patrie. Ils furent défaits. On frissonne d’horreur au récit des vengeances dont ils devinrent les victimes. Leur chef tomba entre les mains de ses ennemis avec plusieurs de ses principaux officiers. Le vainqueur le fit asseoir sur un trône de fer rouge, une couronne sur la tête et un sceptre à la main , l’une et l’autre de fer ardent. On lui ouvrit les veines brûlantes , on fil boire devant lui un verre de soit sang à son frère , il fut -enfin écartelé. Ce chef, nommé Georges Doza, souffrit sans jeter un cri . ces eSrayans supplices. Il demandait pour toute grâce qu’on épargnât son frère. Les autres prisonniers faits avec lui avaient été laissés trois jours sans nourriture. On fit cuire les membres de Dozu, on les leur servit pour apaiser leur faim. Plusieurs d’entre eux furent empalés ou écorchés vifs , les
autres
autres mourureat de faim. Un évêque allemand fit périr dans le même temps le chef des anabaptistes, Jean de Leiden , lequel , maître de Munster durant quelques mois , s’était déclaré roi de cette ville.
La &cilité d’exterminer des colons désarmés ne s’étendait pas à chasser les Musulmans de la Hongrie , des circonstances particulières vinrent au secours de la maison d’Autriche. Une guerre , entreprise par Soliman en Perse , transférait loin du Danube les efforts de ses armes. Charles- Quint , sans inquiétude pour Vienne et pour Bude , songeait à consolider sa puissance en Allemagne , en faisant élire roi des Romains son frère Ferdinand : la majorité des électeurs n’osait contredire ses volontés -, d’ailleurs les raisons ne manquaient pas à l’appui de sa demande.. Les affaires de ses autres royaumes le forçaient de s’é- ' loigner souvent de la Germanie : les désordres , excités par les disputes religieuses et le voisinage des Turcs , exigeaient la présence habituelle d’un prince sage et puissant. Ces raisons ne devaient pas entraîner le vœu des protestans j ils redou> taient la continuelle surveillance du chef de l’Empire attaché à la religion romaine. L’électeur de Saxe chargea son fils de le représenter à l’assemblée électorale , convoquée par l’empereur dans Cologne , et d’y protester contre l’élection de Ferdinand, comme destructive de la liberté de l’Empire. La majorité des électeurs, gagnés par