Tome f^II. ao
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Charles-Quint , h’ayant aucun égard à cette pro- ' testation, Ferdinand fut élu roi des Romains et sacré dans Aix-la-Chapelle.
Une seconde fois les princes protestans se réunissent dans Snialkalde. Renouvelant leur confédération , ils font signifier à Ferdinand qu’il ait à s’abstenir de prendre le titre de roi des Romains , son élection étant frappée de nullité , comme contraire aux dispositions de la bulle d’or. Un député, envoyé auprès de François 1.", lui parla ainsi : « A travers le voile dont la maison d’Autrice couvre ses démarches , on aperçoit aisément son projet de transformer l’empire germanique en monarchie héréditaire et absolue ; elle emploie la ‘haine des catholiques à écraser les protestans , dans l’intention d’employer ensuite le ressentiment des protestans à opprimer à leur tour les catholiques. Si nous succombo’ns sous les coups de Charles-Quint, vous regretterez un jour d’avoir pci du des alliés naturels contre l’ambition démesurée des princes autrichiens
François I." approuva le refus, fait parles princes de la ligue de Smalkalde de reconnaître Ferdinand en qualité de roi des Romains j il déclara quïl continuerait de lui donner le seul titre de roi ‘de Flongrie et de Bohême. A l’égard des secours ‘demandés , il promit de se concerter avec le roi d’Angleterre, et défaire connaître la ré- ' solution des doux cours par un ambassadeur envoyé à Smalkalde avec de pleins pouvoirs.
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Hem-i VIII exhortait François I." de profi- i55i. ter de ce ferment de discorde et de porter ses armes en Italie contre Charles-Quint. «Ce monarque , lui disait-il , attaqué en même temps par les Turcs en Hongrie, par les protestans dans la Germanie et par les forces réunies de la France et de l’Angleterre dons les Pays-Bas , dans les Pyrénées et en Italie , ne pourra long-temps résister à ces nombreux assauts; vous noyerezdans le sang de vos ennemis le souvenir de la bataille de Pavie ».
Les circonstances favorisèrent les conseils du roi d’Angleterre ; la duchesse d’Angoulême venait de mourir , elle laissait au roi l’argent nécessaire pour payer une nombreuse armée.
17. Louise de Savoie, duchesse d’Angoulêrae, après une longue maladie , mourut dans un village du Gâtinois ; les médecins lui avaient conseillé d’aller respirer l’air du château de Romorentin ; elle n’eut pas le temps d’achever ce voyage.
On trouva dans son épargne 1 ,5oo,ooo écus d’or : cet héritage subvenait aux frais de la guerre.
Avant de l’entreprendre , François envoie en Allemagne un habile négociateur ; il visita les cours des princes protestans et conclut un traité avec eux ; tenu d’abord .secret , il servit de base à d’autres traités. ‘
Pendant ces négociations , François I." portait i532. ses regards sur l’administration intérieure. La faiblesse du-gouve: nement durant sa prison , la rigueur des impôts , la misère pirblique et quel-
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i55a. méccmtentemcns occasionnaient beaucoup de ilësordres ; une partie des barons du Poitou , de la Saintonge , de l’Anjou et du Maine , cantonnés dans leurs châteaux, pillaient les labou* reurs et les marchands ; les huissiers, cpii sehasar- . daient à leur porter des sommations ou des sentences , étaient assommés ou ‘noyés dans les fossés des maisons seigneuriales ; les juges des lieux n’osaient procéder contre eux : le parlement trop éloigné ne protégeait pas eificacement ceux qui réclamaient la justice. Un président et douze conseillers au parlement nommés par François I.*' allèrent tenir les grands jours à Poitiers , accompagnés du prévôt des maréchaux de France et de quatre cents archers. Les séances de cette cour durèrent deux mois , elle jugea cinq cents procès ; douze des hommes les plus coupables par leurs brigandages eurent la tête tranchée. La sûreté et la tranquillité se rétablirent dans le Poitou -, la même opération produisit les mêmes avantages dans l’Auvergne et dans les autres provinces où ces abus s’étaient étendus.
Ils avaient semblé se concerter avec les élémens pour détruire en France la race humaine. Depuis la fin de i5a8 jusqu’aux premiers mois de i55i , un dérangement perpétuel des saisons énerva la végétation eu France j durant ces trois années il ne gela presque pas durant l’hiver , et presqu’aucune chaleur ne se fit sentir durant l’été. Les récoltes en blé , en vin et en hqile furent à-peu-
près nuUes; une famine générale se 6t sentir, i552. elle engendra des maladies épidémiques; ces fléaux emportèrent la quatrième partie des habitans de la France.
Le duché de Bretagne fut réhni à la France ; les états de Bretagne , assemblés dans Vannes , adoptaient cette réunion. 11 s’éleva d’abord des difficultés assez sérieuses sur le mode d’exécution , enfin les trois états présentèrent au roi une requête à ce sujet. Le duché appartenait au dauphin du chef de sa mère , fille unique d’Anne de Bretagne : les états demandaient que ce prince fit son entrée solennelle dans Renqes ; qu’il reçût le serment de fidélité de ses sujets ; que le duché fût réuni irrévocablement à la couronne , après que le roi aurait promis de conserver les libertés elles privilèges des Bretons ; les lettres-patentes furent expédiées dans la forme désirée par les trois ordres de la province. Le dauphin fit son entrée dans Rennes , et ayant été reconnu en qualité de duc , il revint auprès de son père, alors occupé à visiter les ports de mer depuis Nantes jusqu’à Boulogne , où Henri VIII devait se rendre et conférer avec lui sur leurs intérêts communs.
18. L’entrevue de François L'^et de Henri Vlli eut lieu au mois d’octobre en(re Calais et Boulogne. On lui attribuait deux moti& ; l’un , de démentir les propos et les écrits de l’empereur dans lesquels il les accusait de favoriser les Musjilmans, dont les armées ravageaient de nouveau la Hou-
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1 552. grie ; l’autre , de tenir l’Allemagne et l’Italie en suspens dans l’attente d’une nouvelle guerre. Les deux monarques convinrent d’assembler de concert quatre-vingt- raille coinbattans. Des troupes aussi nombreuses devSient en même temps arrêter les efforts des Turcs, et ceux de Charles-Qulnt s’il troublait la paix de l’Europe. Cette ■ détermination fut probablement verbale. Du Tillet en parle dans son recueil des traités entre la France et l’AngleteiTC, sous le nom de lettres d’accord. Il ne s’en trouve aucune trace dans la Collection des actes publics d’Angleterre par Rymer. Les deux rois purent laisser circuler- ce projet dans la seule vue d’alarmer ■ leur ennemi , sans avoir intention de faire la guerre en faveur de la confédération de Smalkalde. L’empereur, redoutant les ^suites de l’association entre F rancois et Henri , et revenant à son premier système de gagner les protestans , se hâta de leur accorder dans Nuremberg , et ensuite dans Ratlsbonne, le libre exercice de leur religion, jusqu’à la décision d’un concile général et libre tenu en Allemagne. Alors les princes de la ligue de Smalkalde n’eurent plus besoin de François 1.“”^ dont la conduite ambiguë leur inspirait peu de confiance.
Ce prince , voulant contenter à la fois les protestans et le pape ( projet d’une exécution imposslljle ) , avait fait prévenir le Saint-Père , qu’en accordant des secours aux protestans d’Allemagne, il voulait seulement empêcher que l’Empire
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devînt héréditaire dans la maison d’Autriche, sans iSâa. entendre favoriser des opinions contraires à la croyance de l’église. Le pape communiqua cette déclaration à l’empereur; ce prince la fit connaître aux protestans. Indignés de cette duplicité , ils renoncèrent sur -le *- champ à l’alliance de François!.", promirent à l’empereur d’employer leurs armes et leur argent à chasser les Musulmans de la Hongrie.
François n’ignora pas long-temps la conduite du pape. Décidé à se venger de lui , il pressait Henri VIII de se passer d’imc sentence pontificale et d’épouser sa maîtresse. Elle se trouvait alors en France auprès de Henri, sous le nom de marquise de Pembrok. Henri suivit ce conseil.^ Ayant fait casser son mariage par Thomas Kramn^cr , archevêque de Cantorbéry , il relégua Catherine au château de Kingbalton , et se maria avec Anne de Boulen. La bénédiction nuptiale lui fut donnée par Roland Lée, nommé à l’évêché deConvenlri, le l4 novembre, en présence d’un petit nombre de témoins. Le pape crut devoir alors accorder à Chaiies-Quint méprisé , et aux prérogatives de la cour de Rome violées, une bulle contre Henri A/llI. Elle cassait son nouveau mariage, et ordonnait au rpi de reprendre Catherine d’Aragon dans l’espace de deux mois, sous peine d’excommuni- CatioD.
Charles-Quint , ay^t réuni sous ses drapeaux toutes le$ forces des protestans, commandait, non
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i55x loin des murs de Vienne, une armée des plus florissantes. L’Europe , en suspens , attendait l’issue d’une bataille entre ce monarque et Soliman. L’un et l’autre se conduisaient avec une extrême circonspection. La bataille ne fut pas donnée. Soliman , après avoir dévasté l’Autriche inférieure , voyant Fimpossibilité d’obtenir un avantage sur un ennemi continuellement sur scs gardes , revint . à Constantinople vers la fin de l’automne.
Dans ce siècle belliqueux , oii tout citoyen était soldat et tout prince général , ce fut la première fois que Qiarles-Quint parut à la tête de ses armées.
Après la retraite des Turcs , ce monarque revint en Espagne en traversant l’Italie. Il désirait une nouvelle entrevue avec le pape ; elle se tint comme la premièrè dans Bologne. Il n’existait plus aucune confiance entre l’empereur et le poiitifè. Clément cachait à peine son indignation de la condescendance de Charles envers les prniCes de la ligue de Smalkalde. L’empereur , ayant prônais de faire terminer les querelles religieuses néës en Allemagne par un concile général assemblé sur le territoire de cet enfipîrè ,- et trouvant le pape éloigné de cette mesure concillatoire , proposait en vain d’autres expédions; l’astuce savait les écarter. La conférence se passa en trompeuses démonstrations' d’intérêt.
Un autre objet avait déterminé l’empereur à se concerter avec le pape. Ce prince n’ignorait pas que François I.", ayant renoncéà la Lombar-
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(lie par k force des circonstances , saisirait le premier prétexte de la recouvrer. Les liaisons entre les rois de France et d’Angleterre annonçaient assez ce projet. Charles, maître du port de Gènes et de la Ligurie , avait besoin de k Lombardie pour assurer ses communications entre FEspagne et l’Allemagne. Le trésor impérial ne pouvait sufi&re au payement d’une grande àrtnée dans le Milanais. Charles, cachant k volonté de maintenir son autorité sous le prétexte d’assurer k tranquillité publique , voulait s’entendre avec le pape sur les moyens de pourvoir aux dépenses des princes d’Italie, à k défense de ses propres domaines , et se décharger de ce fardeau sur ses alliés.
baisant sentir k nécessité d’avoir toujours une armée en état de préserver le Miknais d’une invasion de k part des Français , il proposait une ligue offensive entre tontes les puissances de l’Italie, contre tout agresseur , et de lever à k première apparence du danger une armée entretenue à frais communs. Antoine de Liève devait k commander en qualité de capitaine-général.
Clément goûta ce projet par des vues différentes. Il voukit éloigner de k Péninsule les vieux corps de troupes allemandes et espagnoles employées au siège de Florence. Ces troupes avaient long-temps dévasté l’Italie , et inspiraient une épouvante générale. La ligue proposée par l’emperenr fut conclue le a4 févriér. Tous les gouvernenions
i533. d’Italie, à l’exception des Vénitiens , y accédèrent. On détermina le subside à la charge de chacun des alliés. Charle,s-Quint , hors d’état de soudoyer plus long-temps ses troupes italiennes , en congédia alors la grande partie. Il distribua le reste daifi le royaume de Naples. Montant ensuite sur les vaisseaux d’André Doria , il arriva à Barcelonne au mois d’avril.
DE
FRANCE
PREIVIIÈRE PARTIE.