‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 17 sur 27 · LIVRE VINGT- CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT- CINQUIÈME

François I/'

1. Entrevue de François I.»' et de Cldment VII. — L’autorild du pape est abolie en Angleterre. — 2. Mort de Clament VII. — Paul III parvient à la papauté. — Institution des légions provinciales en France. — Nouveau traité d’alliance entre François l." et la cour Ottomane. — 1 3. Supplice de plusieurs protcstans, à Paris. — 4- Guerre de Charlcs-Quint en Afrique. — 5. Les Français entrent en Italie. — 6. Ils s’emparent du Piémont. — Révolution de Genève. — 7. Mort du duc de Milan. — Négociations entre François I." et Charles V. — - 8. Discours prononcé par l’empereur en présence du pape. — 9. Les Impériaux entrent en Provence et en sortent j leurs eflorls en Picardie ne sont

pas plus heureux. — lo. Mort du dauphin. — Lit de justice. — 11. Traité de Nice. — Entrevue du roi et de l’empereur au port d’Âigues-Mortes. — Charles promet à François l’investiture du Milanais.— 1 2. Mort de Catherine d’Aragon et de Anne de Boulen. — Divers mariages de Henri VIIL — i5. Administration intérieure en France. — Supplice de la roue. — Institution des registres dans les paroisses. — Suppression de la langue latine dans les actes judiciaires. — Maladie du roi. — 14. L’empereur traverse la France. — i5. Il refuse l’investiture promise au roi. — Assassinat de deux ambassadeurs de France.— Procès du chancelier Poyet.

1. François I.", prévoyant les conséquences de la bulle lancée par le pape contre le roi d’Angleterre , employait ses efforts à la faire révoquer ; ses projets sur l’Italie pouvaient difficilement se réaliser, s’il ne parvenait à rompre le traité d’alliance conclu entre l’empereur, le pape et les principales puissances dltalie ; ce fut le sujet d’une négociation. François vit bientôt avec plaisir des germes de mé- • contentement se développer dans l’ame du pontife soupçonneux et avare , il sut avec combien d’amer* tume Clément avait reçu la proposition d’un concile général. François , non seulement créait des obstacles qui éloignaient la convocation de cette assemblée , niais il ne lui fut pas difficile de convaincre plusieurs princes protestans qu’ils ne devaient pas insister sur cette convocation ; éloignant la réunion de cette assemblée , ils j ouissaient desbiens d’églises : les années , en s’écoulant , augmentaient

la force de leur possession , et ils pouvaient tout perdre dans un concile dont les décisions leur seraient probablement contraires.

On eut bientôt gagné le pape ; il dit confidemmentà l’ambassadeur d^ France, que la ligue dont on avait amusé l’empereur , n’ayant aucun fondement solide , se dissoudrait avant l’arrivée de ce prince dans le port de Barcelonne. 11 ajouta que, délivré de toute contrainte , il allait donner un libre cours aux sentimens de préférence qu’il avait toujours donnés au fond de son cœur à François 1.”' sur son rival.

En contribuant à l’élévation de la maison deMédicis , Qiarles-Quint avait pris un grand ascendant sur la cour romaine; Alexandre de Médicis tenait dc4ui le diplôme de duc de Florence. François , présentant au pape le même appât , lui offre de marier Henri , duc d’Orléans , avec Catherine , fille de Laurent de Médicis.

Cliarles-Quint , apprenant les premières propositions de ce mariage , ne pouvait se persuader que le roi de France s’exposât sérieusement à s’avilir par une alliance avec Catherine , dont les ancêtres étaient peu de temps auparavant de simples négoclans de Florence; voulantbalancer l’impressionfaite sur l’ame de Clément par une offre si éblouissante, U offrait de rompre le mariage projeté entre sa nièce et le duc de Milan , et de substituer Catherine à sa place. Son ambassadeur jetait habileinent des soupçons sur la sincérité des promesses faites par la

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1 5 i à. cour de France : le ministre français, ayant présenté;, contre toute attente , ses instructions dans lesquelles se trouvait un plein pouvoir de convenir des articles de mariage entre la jjrincesse Catherine et le duc d’Orléans, Clément, flatté d’un honneur dont l’éclat rejaillissait sur lui , offrait en dot à la nouvelle duchesse d’Orléans le duché d’Lrbin , les villes de Parme , de Plaisance , de Pise et de Livourne; il se montrait disposé à favoriser les prétentions de François sur le royaume de ÎSaples, et à fournir la moitié de l’argent nécessaire au paiement de l’armée destinée à cette conquête.

On convint de célébrer le mariage dans Marseille, où le pape conduirait la princesse. Charlcs-Quint mit tout en oeuvre pour éloigner ce voyage ; ce prince avait eu deux fols la complaisance d’aller auprès du pape dans les états pontificaux ; il se croyait humilié par la marque singulière de distinction donnée par ce pontife , en entreprenant une navigation dans une saison défavorable, pour aller faire sa cour à François I." dans son empire.

Toutes les sollicitations de Charles furent infructueuses. Le pape arriva à Marseille , sur les galères de France et de Florence , le 4 octobre i535 , avec Catherine de Médicis , âgée de treize ans ; le duc d’Orléans en avait quinze. Le roi était venu à Marseille avec une brillante cour , il y reçut le pape et la prélature romaine. Le pape fit la cérdmonie du mariage ; et , après un séjour de plusieurs semaines en Provence , il se rembarqua pour Rome.

Dans les conférences entre François I.®* et Clé- i553. ment VII , le roi promit d’engager le dauphin à céder au duc d’Orléans , son frère j ses droits sur le Milanais. Guichardin ajoute que, pour éviter toutes les indiscrétions , le roi et le pape se contentèrent de convenir verbalement de tout ce qui concernait la guerre d’Italie.

Aux présens de noces faits par le pape à sa nièce, il joignit plusieurs faveurs peu dispendieuses. On comptait en France six cardinaux , quatre nouveau* furent créés : Odet de Collgni , fds aîné du maréchal de Châtlllon , neveu du maréchal de Montraorencl,- de Givry, parent de l’amiral Chabot, successeur de 1 amiral Ronnivct j Jean le Veneur, grand aumônier de France, et Philippe de la Chambre, neveu du duc d’Albanie.

Un ambassadeur de Henri VIII avait accompagne François a Marseille j ce prince le présenta au pape : non seulement il n’avait aucun pouvoir d’arranger l’affaire du divorce j mais , au lieu des soumissions auxquelles le pontife s’attendait , le fier Anglais hu notifia en termes assez durs, de la part du roi d’Angleterre et de l’archevêque de Cantorbery , un appel au futur concile général des procédures faites ou-d faire par la cour de Rome au sujet du nouveau mariage contracté par Henri VIII.

Pour la réussite des projets de François sur l’Italie , il était Indispensable que le pape ne le soupçonnât pas d’avoir contribué avec la cour de Londres a lui faire cet affront : peut-être même n’avait-il

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pas bien à cœnr de' réconcilier Henri VIH avec l’église romaine. U ne fut plus parlé de cette affaire, dément, de retour à Rome , publia une seconde bulle ; ü excommuniait le roi d’Angleterre , l’archevéque de Gmtorbéri , l’évêque de Conventri , et lançait l’interdit sur la Grande-Bretagne.

L’intention de Henri VUI , envoyant un ambassadeur à Marseille , n’avait pas été de reconnaître la jurisdiction du pa{>e , mais d’apaiser par une feinte marque de déférence lès murmures des dévots : il recueillait le fruit de sa politique. La grande majorité des Anglais ne faisait aucune attention aux censures romaines. Le parlement , annulant par un bill le mariage du roi avec Gtherine d’Aragon , confirmait celui de Anne de Boulen. La princesse Marie, née du premier lit , était déclarée incapable de succéder à la couronne 5 cette hérédité était transportée aux enfàns à naître du second hymen du roi. On abolit le pouvoir du pape en Angleterre ; il fut défendu de donner désormais au pontife romain d’autre titre que celui d’archevêque de Rome. Par un second bill, le roi obtint le titre de chef suprême de l’église anglicane , et fut revêtu d’une partie de l’autorité dont on dépouillait le pape. Trente-deux commissaires , choisis dans le parlement et dans le clergé , reçurent le pouvoir d’examiner les constitutions ecclésiastiques , en conserver celles dont les dispositions s’accordaient avec les usages, les lois et les moeurs britanniques, et de rejeter toutes les autres.

L’Europe

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L’Europe contempla cette révolution avec indif- > 554» férence. Charles-Quint , piqué au vif, n’osait déclarer la guerre à Henri Vlll , dans la crainte de fournir à François I.*^ une occasion de se venger de sa prison de Madrid.

Ceux qui regardaient l’introduction d’un nouveau système religieux dans un empire , comme l’infaillible annonce du renversement prochain de son organisation politique, furent convaincus par l’expérience de la fausseté de cette assertion. Le vaste édifice de la domination pajiale , élevé avec tant d’art , et dont les fondemens paraissaient si solides , s’écroula sans secousses , et presque sans réclamation , au moment où la vénération des peuples ne le soutint plus. Les droits , en vertu desquels les pontifes romains avaient vexé les Anglais durant tant de siècles , se fondaient sur des préjugés. Un &ible coup renversa ce colosse à tête d’or et aux pieds d’argile.

Les annates payées au pape entrèrent dans les Coffres du roi. Une loi supprima les monastères de l’un et de l’autre sexe. Les Anglais conservent à la tour de Londres des procès-verbaux constatant les débauches auxquelles les moines se livraient dans les couvens d’hommes et de filles, voisins les uns des autres, et entre lesquels se trouvaient des communications par des galeries souterraines. On brûla dans les marchés de Londres des statues que leà moines faisaient mouvoir par des ressorts. Des pensions viagères furent assurées aux moines rendus Tome P^II. ^ 21

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1534. à la vie civile. Leurs richesses amoncelées furent employées en partie à la fondation de nouveaux évêchés et de nouveaux collèges. Le roi convertit le reste à son usage.

Tous les citoyens furent tenus de prêter un nouveau serment , appelé dans la suite le serment du Test; il était conçu en ces termes pour les laïques : « Je déclare , et suis convaincu en mon ame et conscience , que le roi est le seul souverain de ce royaume , dans les choses spirituelles comme dans les choses temporelles , et qu’aucun prince étranger, prélat, état ou puissance, n’a , ni ne peut avoir la moindre juiisdiction sur les affaires ecclésiastiques de ce royaume ».

Henri séparé , et se séparant lui-même de la communion romaine , par ime bizarrerie singulière persécutait en même temps les catholiques et les réformés; les premiers, parce qu’ils reconnaissaient l’autorité du pape en matière ecclésiàstique ; les seconds , parce qu’ils condamnaient plusieurs dogmes de l’église catholique. Il semblait vouloir établir à Londres une relifpon catholique , apostolique et non romaine. Ses sujets, autorisés à suivre des routes nouvelles , franchirent bientôt les bornes placées par le roi. Autorisés par son exemple , ils se montraient impatiens d’abandonner la plupart des usages condamnés {«r les nouvaux réformateurs. Cette révolution arriva sous le règne suivant. Il se fit une séparation totale de l’Angleterre et de l’église romaine dans plusieurs points de doctrine ,

comme dans les matières de discipline et de juris- »534. diction.

Les sermens prêtés sous le règne de Henri VIII varièrent, quant à la forme, jusqu’au règne de Jacque II. Ce prince les révoqua dans l’intention de rétablir l’exercice de la religion romaine. Us furent remis en vigueur après l’expulsion de Jacques II.

On ajouta cette formule : « Je crois formellement que , dans le sacrement de la cène , il n’existe aucune transubstantiation du pain et du vin après la consécration faite par quebjue personne que ce soit. L’invocation de la Vierge et des saints, de même que la messe dans laquelle cette invocation est en usage , doivent être considérées comme superstition et idolâtrie ».

A la première séance de diaqne parlement d’Angleterre, les membres dont il se compose prêtent ce serment d’allégeance cl de suprématie.

2. Clément VU ne fut pas témoin de ce changement. Le chagnn des fausses démarches auxqueUes il s’était livré dans cette affaire minait ses jours. Tombé dans une maladie de langueur, il mourut le 23 septembre. Avec lui s’évanouirent les espérances trop légèrement conçues par là cour de France. Il ne resta au roi de l’alliance Inégale contractée avec ce pontife , qu’une princesse dont les funestes talenS pour l’intrigue concoururent aux malheurs de la France sous les règnes suivans.

François , redoutant l’influence de l’empereur dans le conclave , se hâta d’y env03'ct* dix cardinaux

J 554. français. Le chancelier cardinal Duprat , persuadé qu’avec de l’argent la cour-de France dirigerait l’élection à son gré , vint prier le roi de jeter les yeux sur lui : « Ce choix, lui disait-il, avantageux à la France , neluisera pas onéreux, dépossédé 4oo,ooo écus d’or avec lesquels ilestfacile d’acheter la majorité des voix. Le roi , étonné d’un pareil aveu de la part d’un administrateur-général des linances , qui laissait fréquemment manquer les troupes de solde, lui tourna le dos , lui demandant où il avait trouvé une somme aussi immense? Ce fi»it me paraît peu vraisemblable. Paul 111 obtint la tiare vingt jours après la mort de son prédécesseur. Un intervalle si court ne laisait pas le temps de former des intri-r gués. Duprat se fit un grand nombre d’ennemis. On ne doit pas légèrement adoptér tout ce que les contemporains écrivirent contre lui.

Paul 111 était doyen du sacré collège , sous le nom de cardinal Farnèse. Le peuple romain fit éclater ses transports de joie à la nouvelle de cette élection. Il paraissait ravi de voir, après un intervalle de plus d’im siècle , la mitre pontificale sur la tête d’un citoyen romain. Les hommes les plus éclairés auguraient favorablement de son administration. Ils fondaient leurs espérances sur la grande expérience acquise parce prélat sous quatre pontificats, . et sur le caractère de prudence et de modération constamment montré dans des temps de troubles,

. durant lesquels les emplois dont il fut revêtu demandaient beaucoup de vertus et beaucoup do

FRANÇOIS I." 5a5

talens. Son avis avait été constamment de donner i554* satisfaction au roi d’Angleterre, d’écouter les réclamations des protestans, et d’assembler un concile général dans Icqiiel, la valeur de ces réclamations étant équitablement pesée , on terminât toutes les disputes de rebgion ; mais , comme je l’ai observé , les cardinaux , pai^enant à la couronne papale , perdaient , au moment de leur exaltation , les sentiraens qu’il avaient manifestés auparavant , et en prenaient de conformes â leur nouvel état. Luther, devenu pape se fût probablement montré le plus îélé défenseur des abus contre les lesquels il s’éleva. I

Paul III, assis sur la chaire dé saint Pierre, partagea la haine dé ses prédécesseurs contre les innovations propagées en Allemagne, il «nvisageait un concile général comme une assemblée qui pouvait nuire également aux papes . et aux protestans. L’obstination de Clément VU contre la convocation d’un concile ayant.été gi^ér^ement blâmée, il se flattait d’échapper au même reproche, en affectant de proposer la tedüe: d’un synode général, convaincu qu’il s’élèverait dés difficultés sur le temps et le lieu de celte J assemblée , sur les per- Mnnes dont elle serait composée , et même sur la forfno dans laquelle on dévaiLy procéder à la décision des questions controverses ,' et que la nature incondiliable' de ces difficultés: ne permettrait. pas la féumoivide l’assembléé synodale. . > i ,

! Plein dé cette QQiiâaDcè j ^ .cliargealaes nonces

1554. d’annoncer aux monarques le choix qu’il avait fait de Mantoue , pour y tenir un concile général. Les obstacles prévus par Paul III se présentèrent en fou> le. François 1.'’^ redoutait l’influence du pape et de l’empereur dans une;viUe d’Italie; le roi d’Angleterre faisait la même objection. Les protestans d’Allemagne déclaraient ne vouloir pas reconnaître l’autorité d’un synode tenu hors de la Germanie.

Cette divergence de sentimens et d’intérêts out vrait un vaste champ aûx négociations et aux intrigues ; il fut aisé à Paul 111 de se faire un mérite de son empressement prétendu à tenir une assemblée ecclesiastique dont il mettait secrètement tous scs soins à éloigner la. convocation. ' : ' .'m

Les rois deFranceetd’ Angleterre, laissant de côté les aflàires ecclésiastiques , songeaient à combattre ' l’empereur. La principale force de l’infanterie fran* çaise consistait dans les bandes noires , presque entièrement détruites à <la bataille de Pavie. François !."■ les remplaçait par des milices natiobales , sur lesquelles il pût compter dans tous le» temps.

Une ordonnance établissait sept légions d’infanterie , composées chaètrâe de six mille liommcs j une de ces légions devait .être enrôlée' en Uformancfic; la.seoondc en Bretagne; 'lar troisième en:Pi+ cardie' étidhnsd’îlje /dê F^aace; la tqaatnèihe dans les provîiiocp de Boiu'gogoe.'pChampàgDÇ et Niververnais^ 'la cinquicnididfmèiüe' Dauphiné,' la Provence , le Lim<»nÆrst[PAyvcrgne; la sixième dans le LanguadoD^'etla éeptièmé dsms la Guicnne et la

Gascogne. Chaque légion devait obéir à six capitai- 1 534lies , dont le premier portait le litre de capitainecolonel : les appointemens de chaque capitaine s’élevaient à cinquante francs par mois en temps de paix , et au double en temps de guerre. Une compagnie sq composait de deux lieutenans , deux enseignes , dix dizeniers , quarante che& d’escouade nommés caporaux dans la suite, quatre fourriers, six sergens de bataille, quatre tambours, deux fifres et cinq mille neuf cent trente maîtres. Le roi nommait •

les capitaines; ils devaient choisir leurs lieutenans et tous les officiers inférieurs dans la province où la légion était levée et recrutée. Tous les légionnaircs étaient tenus de promettre , en s’enrôlant, d’obéir ponctuellement au roi et à leurs officiers, et de ne piller les églises dans aucune occasion. ,

•Tout soldat distingué par une action d’éclat devait.recevoir de son capitaine un anneau d’or. Les liomraeS ainsi décorés parvenaient de préférence à tous les grades de la légion.

François , formant une infanterie redoutable , négociait avec le pape , avec les protestans d’Allemagne et avec l’empereur des Turcs.

Depuis les premières liaisons de ce prince avec la Porte Ottomane , la correspondance entre les deux cours paraissait suspendue. François , arrêté pat les idées religieuses de son siècle , n’osait conclure un traité de commerce avec les Turcs , dans la crainte dé passer à Rome et à Madrid pour ennemi de la religion chrétienne dont Charlcs-

J 554. Quint se montrait extérieurement l’ardent défenseur. Les invasions de Soliman dans la Hongrie pouvaient avoir eu pour objet, en partie, de donner à François I.®' l’occasion de se venger de Charles-Quint ; mais , comme les peuples orientaux ignorent les effets de cette balance politique , dont les oscillations commençaient à diriger les opérations des cours européennes , Soliman ne fut pas à portée de connaître les raisons qui ne permirent • pas au roi de F rance de profiter de cette diversion ;

il attribua cette inaction à un défaut de forces , elle ne nuisait pas à la bienveillance témoignée aux

Français.

Les négociations de François avec les protéstans d’Allemagne et avec le roi d’Angleterre , ouvertement brouillé avec la cour romaine , accoutumaient peu à peu les Français à séparer les idées religieuses des idées politiques; cette disposition des esprits permit enfin à la cour de conclure publiquement avec le padiskha de Constantinople une ligue offensive et commerciale. François 1." reçutavec magnificence un ministre ottoman chargé de signer ce traité , et depuis lors il entretint un ambassadeur à Constantinople.

Ce traité , qui influa sur les affreux traitemens éprouvés ]>ar les protéstans en France sous son règne , ne lui fut d’aucune utilité contre Charles- Quint ; mais on ne saurait douter de scs avantages pour la France. Le» négocians français , protégés pr Soliman à Constantinople , dans les ports aux-

quels on donna le nom d’Echelles du Levant, à i554. Tripoli , à Fez, à Maroc , tiraient de France.leurs marchandises payées avec' des sequins turcs. Des Arabes chassés d’Espagne , réfugiés en Languedoc , avaient montré aux Français la route des côtes d’Afrique. Les Provençaux imitèrent les Languedociens Marseille surpassa bientôt par son opulence toutes les villes de F rance. '

Cette prospérité excitait la jalousie de Charles- Quint; de là ses clameurs contre la conduite de François !.*"■ On accusait d’irréligion , d’athéisme, . un monarque dont un ministre résidait chez les Turcs J ces accusations insensées , ré|iétée8 par les prêtres , le poussant hors de ses mesures , il fut entraîné par l’importunité des évêques et par le fanatisme de quelques magistrats à publier contre les réformés des lois de sangj ces lois jetèrent sur sa personne une teinte de barbarie , qui n’était ni dans ses moeurs, ni dans son caractère.

- 5. Ces réformés proscrits par François ne professaient pas la doctrine de Luther , renièrmée dans la confession d’Àugsbourg.

Parmi les réformateurs dont la doctrine ne s’accordait pas avec celle ' de Luther , on comp- V tait Zuingle , curé de Zurick ; son système religieux fut adopté par les réformés de France. On les nomma d’abord sacramentaires , et ensuite calvinistes. Je parlerai de l’institution du calvinisme.

U me suffit d’observer ici que Calvin lui donna son nom , comme Améric Yespuce donna le sien au

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1S54. Noavejiu Monde découvert par Christophe Coloqib. En peu d’années , trois nouvelles églises s’étaiçnt, formées ; celle de Luther et de Melancton, celle deZuingle et de Calvin, et celle d’An-. gleterre. ; ;

L’église de France, sans rompre avec le siège de Rome, était cependant regardée par les^théolo- ^ens d’Italie comme une quatrième église y sé> par'ée. du centre de l’union clu’élienne à l’occasion de plusieurs principes adoptés sur l’infaillibilité du pape , qu’on niait , sur la supériorité attribncè aux .conciles généraux au dessus de l’évêque de Rome, et sur quelques droits réservés aux évêques

français. ü; ;i , :

La coutume horrible dé condamner des hoorr mes à mort pour des opinions religieuses s’introduisit chex lés chrétiens aii quatrièraé siècle. Cé nouveau fléau fut apporté d’Espagne par deux évêques. Priscilien avait institué une société :de dévots contemplatifs, semblable là celle dés anriens thérapeutes J elle fit dés péogrès. Ithacius , évêque de Solubre , eut avec les priscilianistcs de violens démêlés. , I : i. . • • ; ?• ! i. :

(. Maxime , qui disputait l’etnpirô. à; ’Héodosé, résidait dans Trêves ; Priscilien. fut .dénoncé par deux évêques qui demiandaient sainiorLSt.tMartin^ évêque !<le Tours , obtint la liberté de, Priscilien ; maisêé prélat'étant sorti de Trêves, il fut conduit sur l’écliafaud. ’ .r

. Le roi Robert , mal affermi sur le trône de Fran-c

lllANÇOIS I." . ■ 33 1

ce , TOulant complaire au pape , fit brûler dans 1554. Orléans plusieurs chanoines accusés de conserver d’aticiens dogmes de l’église primitive , et de rejeter des institutions imaginées dans la suite ; on les appelait manichéens, lisse jetèrent dans les flammes chantant des |)saumes , et croyant obtenir la couronne du martyre.

Ceux qu’on appela Vaudois vinrent ensuite ; ils prêchaient surtout la pauvreté évangélique , à laquelle ils voulaient réduire les prélats et les moines ; les archevêques de Lyon et de Narbonne en firent brûler plusieurs. Les papes ordonnèrent contre ces novateurs une croisade ; on les extermina par le fer et les flammes.

^ Enfin les débauches , les assassinats , les empoisonfnemens d’Alexandre VI , l’ambition guerrière 'de Jules 11 , la vie vouluptueuse de Léon X , et la la vente publique des indulgences , ordonnée par ce pontife , frappèrent d’indignation une partie de l’Europe ^ les abus étaient extrêmes , il fiiliait une réforme , elle s’exécuta d’abord en Allemagne.

François I.", protégeant les lettres, avait Êiit «àître le crépuscule! à la clarté duquel on voyait ert France les abus introduits dans le christianisme.

*Iia' réforme était embrassée par un grand nombre d’indi\idus. La reine de* Navarre , Marguerite , sœur du roi , montrait un penchant décidé vers les nouvelles opinions religieuses. Le rbi , prêt û déclarer la -guerre à Charles-Quinl , redoutait les • sarcasmes des prêtres. Ils voyaient dans la

,1554. propagation de la religion réformée la perte in&illiblc de leurs vastes domaines et de leur vaste puissance. Cette nouvelle religion prenait de la consistance à la faveur des lumières qui se répandaient. Ils firent la guerre aux lumières. Tout philosophe fut à leurs yeux un athée , un ennemi de Dieu. Cette accusation , fondée sur des raisonnemens captieux , fit trembler , non seulement les particuliers , mais les rois eux-mêmes sur leur trône. François I.®'", lié par des traités avec les protestans d’Allemagne et avec le divan de Constantinople , craignit que le clergé , l’accusant d’irréhgion , soulevât contre lui les dévots et les Ëmatiques alors très-lgnorans. 11 se crut obligé de donner une preuve de catholicisme, en condamnant aux flammes par un édit , malgré les sollicitations de sa sœur;, les sacramentaires confondus par le clergé avec les barbares anabaptistes qui avaient rempli l’Allemagne de sang et de larmes.

On lui arracha cette affreuse loi. par une de ces manoeuvres au moyen desquelles deshommes puissans, sans morale et sans entrailles , savent pei*dré ceux. qui leur déplaisent. La' nuit du 18 octobt-e., furent trouvés, affichés aux portes de l’église; de Paris des placards injurieux contre la messe et con^ tre la présence réelle dans l’eucharistie. Les mêmes placards trouvèrent collés! lar même nuit aux portes du château de B|ois .ph résidait la cour. Pierre Lizet^ protégé du cardinal Duprat , venait de succéder au savant de Selves , premier président

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au parlement. Il convoqua toutes les chambres. i554. Un grand nombre de réformés sont conduits dans les prisons de la Conciergerie. On les aceusait , pour les rendre plus odieux , d’avoir résolu de surprendre les catholiques pendant la célébration de l’office divin ^ et de les égorger , hommes, femmes et en&ns. ^

Si on faisait attention au nombre médiocre des réformés dans Paris , cette imputation ne pouvait séduire des hommes raisonnables ; elle faisait sur la multitude cette impression momentanée , dont les méchans savent profiter dans les momens de tumulte. Un cri sinistre , poussé dans Paris contre les hérétiques , retentissant au château de Blois , portait l’effroi dans l’ame de l’efféminé François 1.'* et de sa cour voluptueuse. . .

Ce prince vient à Paris au milieu de l’hiver. i535. Une procession solennelle était ordonnée par Jean du Bellay , évêque de Paris. Tous les ordres religieux ouvraient la marche , suivis par le clerçé séculier. Les châsses de Sainte Geneviève et de Saint Marcel, toutes les reliques de la Sainte-Cliapelle et des autres églises de Paris furent portées comme dans lescalamitéspubliques , par des hommes nu-pieds. L’évêque de Paris tenait dans ses mains l’hostie consacrée , entouré des enfans de France , qui portaient les cordons du dais. Le roi et la reine, une torche à la main , suivaient l’évêquc de Paris , accompagnés des cardinaux de Bourbon et de

55. Lorraine , des ducs et pairs , des grands officiers de la couronne et des ambassadeurs étrangers. Le parle-^ ment et la chambre des com ptes fermaient la marche-

Au retour de cette cérémonie, le roi n’eut pas honte de souiller ses regards d’un spectacle effroyable. Parmi les accusés d’hérésie , six avaient été réservés pour cette fête expiatoire. Comme si le supf)fîcc du feu, infligé à plusieurs de leurs infortunés compgnons , eût été trop doux à leur égard , on avait imaginé de les attacher à une longue perche posée sur une poulie au dessus d’un poteau de vingt pieds de haut. Cette pièce de bois, s’abaissant , les approchait du bûcher, puis , s’élevant en bascule, les ent retirait. Le supplice dura deux heures. 11 finit après avoir lassé les bourreaux , lorscpie le feu , gagnant les mains où la corde était attachée , entraîna ces malheureux dans le brasier. Daniel , rapportant ce fait , écrit en marge : Exemple de piété. C’était l’exemple d’une barbarie raffinée. Elle inspire une égale horreur contre les historieûs qui la louent ^ et contre les juges qui l’ordonnèrent.

Après cette exécution , François l."", assis sur un trône élevé dans la salle de l’évêché, déclara dans un discours pathétique, que, si ses enfims tombaient dans l’hérésie sacramentaire , il les traiterait comme venaient d’être traités les hérétiques. « Ce discours, ajoutent Mczeray, Maimbourg et Daniel, attendi'it tous les spectateurs jusqu’aux larmes ». Je ne sais si François I.''' prononça cette harangue. A cette

époque, il entretenait une correspondance avec i555. Melancton, et l’engageait à venir fixer son séjour en France.

Tandis que l’évêque Jean du Bellay faisait valoir à Rome l’horrible supplice de plusieurs réformés comme une preuve éclatante de l’attachement de François I.'' aux dogmes de l’église catholique, son frère Guillaume du Bellay-Langei , envoyé par le roi auprès de la ligue de Smalkalde , présentait aux princes protestans les hommes suppliciés en France comme des testes de ces fougueux et sanguinaires sectaires que les Allemands avaient été obligés d’exterminer en Souabe , en Misnic , en Timringe. On joignait le mensonge à la cruauté.

Guillaume du Bellay-Langei ajoutait : (( Le traite d’amitié et de commerce , conclu par François avec Soliman , dont l’empereur lui fait un crime dans l’ordre de la religion , est une opération politique favorable aux protestans , et nuisible à l’empereur seul , en le menaçant de l’attaque simultanée des Français et des Ottomans, s’il tentait de rompre la pix de l’Allemagne. Le roi , disait-il encore , a lu la confession d’Ausbourg. S’il ne Fadopte pas en tous ses points , il n’est ps éloigné de s’entendre avec Luther sur les principaux articles controversés, les excès de la puissance papale , le purgatoire , la communion sous les deux espèces , l’abus des vœux monastiques et du célibat cléiical. On peut attendre une réunion fraternelle entre l’église de France et les nouvelles églises d’Angleterre et d’AI-.

i555. lemagne, si les protestans veulent indiquer une conférence avec des tliéologiens français et anglais. Melancton , acceptant cette commission , serait venu en France avec un certain nombre de ses collègues. L’électeur de Saxe soupçonnait avec beaucoup de fondement que ces vaines promesses entraîneraient les protestans dans une rupture inopportune avec la maison d’Autriche. U refroidit le zèle des théologiens.

Un article de l’édit , publié par François I.®' contre les réformés , ordonnait de dénoncer les hérétiques sous peine d’être traité comme leur complice. On accordait aux dénonciateurs la quatrième partie des biens de ceux qui , sur leurs indications , seraient convaincus d’hérésie. Le roi avait attiré d’AUemagne un grand nombre de manufacturiers et d’artistes. Presque tous professaient la religion protestante; craignant des recherches et des vexations , ils sortaient précipitamment de France , effrayant l’Allemagne par le récit des persécutions dont ils avaient été témoins.

Des écrits circulaient en Allemagne et en France , dans lesquels François était traité sans ménagement. a Malgré l’artifice , disait-on , avec lequel ce prince a déguisé ses sentimens , ils ne sauraient désormais tromper personne. Ennemi irréconciliable des Allemands auxquels il attribue sa défaite devant Pavie , et n’ayant pas le courage de se venger à découvert , il feint de les caresser pour les étouffer plus sûrement. Travaillant à les aigrir les uns contre les

autres ,

autres , il éloigne la convocation d’un concile i555. général sollicité pr l’empereur ; il attire les Turcs dans le sein de la Germanie , et il torture , pr des genres de supplices inconnus aux nations les plus barbares, des malheureux Allemands attirés à Paris sous le sceau de la foi publique.

)) Généreux Germains , jugez si l’amour de la religion anime François. Dans le même temp où des Musulmans sont accneillis et honorés à Paris, des chrétiens pbibles et laborieux ont été suspendus en l’air , et dévorés lentement pr les flammes.

On doit juger les hommes pr leurs actions et non par leurs paroles. Les édits sanguinaires, lancés pr le roi de France contre les protestans, et les bûchers encore allumés, démontrent ses dispositions à leur égard ».

Toute l’éloquence employée par Guillaume du BcUay-Langei ne fît aucune impression sur les associés de la ligue de Smalkalde. L’empereur n’avait usé jusqu’alors d’aucune violence envérs les réformés. 11 s’était même engagé dans la diète de Ratisbonne à ne prmettre aucune poursuitè contre eux ; ils ne demandaient rien de plus. En vain Langei osait leur dire : Un temps viendra , et ce temps n’est pas bien éloigné , où voùs auriez voulu acheter bien cher l’alliance du roi de France dédaignée dans ce moment ; l’injuste et afireux supplice de plusieurs protestans déter^ minait les princes à rejeter des offres sur la sin- Tome y II. 32

3'3 IIIST. DE FR. i.“ PART. I IV. XXV.

ccrité desquelles ils n’osaient compter. Ils refusèrent de renouveler leurs traités avec le roi.

Jean du Bellay , envoyé à Rome , sollicitait le pape à tenir les engageraens de son prédécesseur. Il échoua comme son frère avait échoué dans Smalkalde : le pape offrait sa médiation , mais il adoptait une exacte neutralité convenable à sa place et à sa position. Voulant consoler l’évêque de Palis , il posa sur sa tête le chapeau de cardinal. Ce prélat était cependant soupçonné d’un penchant secret pour les nouvelles opinions.

4. Charles-Quint entreprenait alors ime expédition contre les pirates d’Afrique.

Au commencement du seizième siècle, ces peuples obéissaient à Chairadin fils d’un potier de terre de l’île de Lesbos ; il fut plus connu sous le nom de Barberousse. Soliman le considérait comme le seul homme dont les talens nautiques méritassent d’être opposés à ceux d’André Doria : il l’avait revêtu de la dignité de capitan-pacha.

Charles-Quint recevait fréquemment de ses sujets d’Italie des plaintes sur les outrages continuels commis par les vaisseaux de Barberousse. D’ailleurs Muley - Assan , chassé par Barberousse du trône de Tunis , implorait sa protection.

Depuis l’essai fait par Charles-Quint de ses talens militaires en Hongrie , il était devenu avide de la gloire des armes. Ayant conclu une alliance avec Muley- Assan , il résolut de commander l’ar-

rué« desllnée à lui rendre ses états. Cette guerre i535. présentait Charles -Quint à l’Europe comme le héros de la chrétienté. Le pape lui accordait des décimes sur le clergé d’Espagne , et le produit d’une croisade prêchée à son profit dans l’étendue de ses vastes états. Toutes les puissances de l’Europe, à l’exception des rois de France et d’Angleterre , et de la république de V enise , coiitri huèrent à cet armement. Une flotte flamande portait une division allemande embarquée dans les Pays- Bas. Les galères de Naples et de Scile prenaient sur leurs bords les bandes espagnoles. L’empereur s’embarqua à Barcelonne avec l’élite de ses troupes, auxquelles se joignit un corps nombreux d’armée venu de Portugal sous les ordres de l’infànt Don Louis. André Doria faisait voile du port de Gènes avec les vaisseaux les mieux équipés de l’Europe.

Le pape concourut de tout son pouvoir à çette expédition. L’ordre de Malte , étemel ennemi des Musulmans , envoya ses galères. Le rendez-vous général était à Cagliari. Doria fut nommé amiral de la flotte. L’empereur confia le commandement des troupes de débarquement au général Alphonse Avalos , plus connu sous le nom du marquis del Vasto.

Près de cinq cents navires , portant quarante mille hommes de troupes, infanterie ou cavalerie, sortirent de Cagliari le 526 juillet 1 535. On prit terre à la vue de Tunis , après une courte et heureuse navigation. Barberousse , informé de bonne heure

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iS55. de l’armement conduit parl’empereur, en avaitaisément connu l’objet. Il s’ctait préparé à la défense. 11 rappela ses corsaires de toutes les côtes sur lesquelles ils croisaient. Il fit venir d’Alger les corps dont il pouvait disposer sans trop exposer cette ville. Des messagers , envoyés de sa part à tous les^princes d’Afrique , représentaient Muley-Assan coin nie un infâme apostat , devenu bassement le vassal d’un prince chrétien, et ligué avec lui contre L» religion de Mahomet. 11 sut avec tant d’art enflammer le zèle de ces princes ignorans et superstitieux , qu’avec toutes leurs forces ils accouraient vers la ville menacée. Vingt mille chevaux et une redoutable infanterie campaient sous le fort de la Goulète; d’autres troupes s’avancaient. Barberousse avait jeté six mille fantassins dans la Goulète , .seule place capable d’une forte résistance. La ville de Tunis , mal fortifiée et d’une trop vaste .étendue , ne pouvait être défendue. La Goulète fut emportée d’assaut le a5 juillet.

Par la prise de cette forteresse, Charles-Quint djvint maître de la flotte de Barberousse , composée de dix-huit galères et d’un arsenal rempli de munitions. Charles entra dans la Goulète par la brèche, tendant la main à Muley-Assan, et lui disant ; Voici une porte ouverte par où vous rentrerez dans vos états.

L’armée de Barberousse était alors entièrement assemblée , on y comptait cinquante mille combattons; mais la plupart, sans armes et sans con-

naissance de la discipline militaire, ne pouvaient i555. résister à la cavalerie impériale pesamment armée , et aux vieilles bandes espagnoles. Ce général osa présenter la bataille à l’empereur ; elle ne fut pas disputée. Barberousse, abandonné par le plus grand nombre de ses soldats , et entraîné dans leur déroute , se réfugia précipitamment dans son royaume d’Alger. Tunis ouvrit ses portes au vainqueur. Charles eut la gloire de briser les fers de vingt mille esclaves chrétiens. L’empereur leur fit dis- , tribuer des habits et quelque argent pour retourner dans leurs familles. C’étaient autant de trompettes répandues dans toutes les contrées de l’Europe , elles publiaient sa puissance et scs bienfaits.

Les Tunisiens avaient envoyé à l’empereur les clefs de leur ville , implorant sa clémence. La manière dont se faisait alors la guerre leur annonçait le sort le plus affreux, malgré leur soumission volontaire. 11 fut ira{)Ossible à l’empereur et à ses généraux de mettre des bornes à la férocité et à l’avarice des soldats vainqueurs. Tunis éprouva tous les désordres auxquels les troupes peuvent se livrer dans une ville prise d’assaut , surtout quand les passions sont irritées par la haine et le mépris qu’inspirent la différence de la reli^ou et des mœurs : plus de trente mille individus des deux sexes périrent dans ce jour funeste. Muley- Assan rem<Hita sur son trône dans le sang et dans le carnage : en exécration à ses sujets , sur lesquels ' il avait attiré tant de malheurs , il faisait pitié aux Castillans eux-mémes.

34a HIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXV.

i555. Charles”, accomplissant sa promesse de rétablir le roi maure dans ses états , ne négligea aucune des précautions nécessaires pour assurer dans Tunis les intérêts de la couronne d’Espagne ; le roi maure promettait de tenir le royaume de Tunis en fief de la couronne d’Espagne. Tous les esclaves chrétiens, retenus alors dans ses états , devaient obtenir leur bberté sans rançon ; les sujets de l’empereur étaient autorisés à professer publiquement dans Tunis la religion chrétienne, et d’aucune manière leurs opérations commerciales ne devaient être gênées. L’empereur restait en possession du fort de la Goulète ; Muley-Assan se chargeait de fournir chaque année 12,000 écus d’or pour l’entretien de la garnison espagnole laissée dans cette forteresse , il lui était défendu de contracter des alliances avec les ennemis de l’empereur.

Cette expédition, dont les contemporains mesurèrent plutôt le mérite sur la générosité apparente de l’entreprise , sur la magnificence avec laquelle on la conduisit et son brillant succès , que sur l’importance de ses suites, élevait l’empereur an comble de la gloire. Les esclaves arrachés à la captivité , ramenés en triomphe dans les diverses contrées de l’Europe , plaçaient le nom de l’empereur au dessus de tous les autres noms; leurs louanges ne pouvaient être taxées de flatterie. Les autres rois de l’Europe s’occupaient uniquement de leurs intérêts prticuliers.

Charles se montrant digne d’occuper le rang de i535. premier prince de la chrétienté, en défendant l’honneur du nom chrétien et en protégeant la liberté des mers , tous les rois chrétiens semblaient petits devant lui , l’éclat de sa renommée obscurcissait toute .autre gloire.

5, La conduite de François 1." offrait un contraste frappant avec celle de Charles-Qulnt. L’empereur,'tournant ses forces contrôles ennemis du nom chrétien, assurait par ses victoires la tranquillité des contrées maritimes de l’Europe. Le roi, au lieu de respecter cette expédition lolnrtalne et magnanime, en profitait pour déclarer la guerre au vengeur de la chrétienté , faisant valoir des prétentions sur la Lombardie auxquelles il avait renoncé par deux traités. La politique pouvait autoriser cette opération ‘, il fallait de grands succès pour la rendre gloiieuse.

François abandonnant de bonne foi ses droits sur le ÜVlilanais , source intarissable de difficultés, assuré (d’une heureuse, paix , se hvrant dès-lors aux heureuses occupations qui embellirent les dernières années de son règne , eut pohcé , éclairé , enrîchi son • empire ; sa vraie grandeur consistait dans la. protection accordée par lui aux arts et aux sciences : sa malheureuse |iassion de vouloir être duc de Milan et vassal de l’Empire, malgré l’empereur , ne lui permit pas de tirer de cette protection tout l’avantage dont la France pouvait sc flatter } elle ternit même Sa gloire militaire.

1 555. La mort de François-Marie Sforza était regardée

comme prochaine ; sous ce prétexte , François 1." se crut autorisé à porter ses armées au-delà des Alpes ; ce prince prétendait avoir abandonné ses droits sur la Lombardie en faveur de la maison Sforza dont l’extinction annulait ses promesses. La cour de France avait envoyé un ministre secret dans Milan ; le duc connaissait ce ministre , son caractère public restait cependant problématique à la cour ducale. L’empereur prétendait que Sforza , son vassal, ne pouvait admettre ancnn agent étranger sans sa participation ; Sforza , obligé de ménager l’empereur , n’osait manquer publiquement à sa promesse. ^ <;

Malgré les précautions prises pour cachen aux yeux raalveillans l’arrivée d’un ambassadeur ' de France , ce secret transpira ; Charles en fut informé. Les ministres du duc et le duc lui-même , également intimidés par des menaces de ce monarque , donnèrent à l’Europe la preuve la plus ignomineuse de leur crainte servile d’oflfenser l’empereur ; ils vinrent à bout d’engager le mi- ' nistre français dans une querelle avec , un oficier du palais : cet envoyé ne possédait ni la modéra- , tion , ni la prudence exigées par la commission , il tua soq adversaire ; la justice le lit arrêter surle-champ , on instruirit son procès ; convaincu de meurtre, sa tête tomba sur on échafaud.

François, étonné qu’on eût osé violer un caractère regardé comme ssPeré par toutes les nations ,

FRANÇOIS I.“ 5i5

menace le.dac'de Milan des effets de son indi(>nation ; ses plaintes furent en même temps portées à l’empereur. Ne recevant aucune satisfaction , ses manifestes circulaient dans toutes les cours , il so croyait en droit d’obtenir justice par les armes d’une insulte qu’il regardait comme rejaillissant sur sa couronne.

Une autre cause conduisait les armées françaises en Italie. Depuis la mort de la duchesse d’Angoulême , le duc de Savoie , ayant épousé une sœur de l’impératrice , abandonnait l’alliance de la France. Charles , duc de Savoie , s’attachait à Cbarles- Quinl. Le marquis de Montferrat, Boniface Paléologue, était mort en i55i : deux seuls collatéraux de cette maison impériale prétendaient à sa succès* sion ; Georges , abbé de Lucédia , et Marguerite , femme de Frédéric de Gonzague, marquis de Mantoue. Georges , sortant aussitôt de sa riche abbaye, épousa Julie d’Anjou , fille d’Isabelle, qui avait été assise sur le trône de Naples. Julie, sans fortune , vivait dans Ferrare des libéralités du duc Alphonse. Le nouveau marquis de Montferrat mourut sans postérité ; le marquis de Mantoue , muni d’un diplôme impérial, prit possession du Montferrat. Cette succession lui était disputée par Charles lil, duc de Savoie, et par FrançoisMarie , marquis de Saluces ; la famille du marquis de Saluces était une branche cadette de celle de Montferrat. Paléologue , appelé par conséquent de droit commun à la succession du marquisat , à l’extinc-

5i6 HIS r. DE FR. 1.' PART. LIV. XXV.

i555. tion des mâles dans la branche aînée, François - Marie faisait valoir cette considértttion.

Selon le marquis de Mantoue , le Montferrat était un fief féminin , appartenant à sa femme Marguerite , sœur du dernier marquis , Georges. Charles lll , duc de Savoie , se fondant sur , plusieurs titres , voyait dans le marquisat de Saluées un domaine libre et disponible.

Ces concurrens courtisaient à l’envi l’empereur , juge de cette contestation. Charles , sous prétexte de prévenir les hostilités , fit prendre possession du Montferrat , et cita les prétendans à son tribunal. Le marquis de Saluces abandonna ses prétentions , il ne fut plus question que du duc do . Savoie et du marquis de Mantoue. L’empereur différait de prononcer : enfin, après les plus longues discussions , par une sentence rendue en 1 556 , il adjugea le Montferrat ;au marquis de Mantoue. Cette décision ne termina pas le procès j iï sul> sistait encore en 1627 , lorsque la lignée mâle de Fj-édéric de Gonzague s’éteignit. i.'.v»/

La maison de Savoie continuait à rédamér le Montferrat. Les sollicitations de la cour de France procurèrent dai>s la suite ce marquisat et celui de Mantoue à Charles , duc de Nevers et de Rhetel. ItC duc de Savoie reçut en 1661, au lieu d’un paiement annuel de 1 5, 000 écus que lui devait le marquis de Mantoue, soixante-quinze bourgs ou villages. Ils lui furent assignés dans le Montferrat. L’empereur céda en 1 yoS, au duc de Savoie, la partie du Mont-

ferrât dont )es marquis de Mantoue avaient reçu i555. l’investiture. Depuis lors toute' cette province , située entre le Piémont , la Lombardie et l’état de Gènes , fit partie des états du roi de Sardaigne;

Cette digression m’a éloigné de François I.'". On accusait à sa cour le duc de Savoie d’engager l’empereur à lui adjuger le Montferrat , offrant de lui céder ce marquisat, la Savoie entière, et une partie du Piémont , en échange de la couronne de la , Lombardie, après la mort du dnc François-Marie Sforza. Cet arrangement aurait procuré à Charles- Quint une route aisée de Gènes dans la Franche- Comté , dont il était souverain. François 1." résolut de le rendre impossible ,‘ en revendiquant la souveraineté d’une partie des états du dnc de Savoie auï droits de sa mère, Louise de Savoie, duchesse d’Angoulême , fille de Philippe ," duc de Savoie.

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