Une arniée fràncaise , aux ordres de l’amiral
de Brion-Chabot , eut ordre de pénétrer en Savoie.
Les pays de Bresse et de Bugei disaient alors partie de ce duché : ils furentenvahis. Le duc , avantla fin de l’année, se vit dépouillé de la moitié de scs domaines. 11 ne lui restait que le comté de Nice et le Piémont.
Dans cette circonstance , les Génevois , dont on n'avait jamais entendu parler auparavant , conquirent leur liberté.
Les Génevois , voulant procurer de la célébrité à leur ville , appelèrent Calvin dans leurs murs. Ce réformateur, dont je tracerai dans la suite le carac-
i555. tère et les travaux, jouisssdt d’une grande réputation. 11 dressa, de concert avec les magistrats, un recueil de lois civiles et ecclésiastiques , revêtu de l’approbation du peuple en i545. il devint le code fondamental de cette république. Les guerres soutenues par les Génevois durant près de soixante ans , contre les ducs de Savoie , en éloignaient les arts et le commerce. Le mauvais succès d’une escalade , tentée par les Piémontais en i6oa , assura la tranquillité de Genève. Ces républicains , attaqués par surprise , se crurent en droit de traiter les assaillans comme des voleurs de grand cbemin. Le duc de Savoie renonça à ses projets de rétablir son autorité dans Genève. Cette ville , depuis cette époque , ne cessa de se peupler, de s’enrichir , de s’embellir.
Les catholiques peu instrmts pensent généralement que Luther , Zuingle , Calvin , engagèrent les peuples dans leur réforme en les délivrant du joup pesant des maximes évangéhques. Ce sentiment parait se fonder sur quelques faits particuliers. Ces réformateurs , engagés dans les ordres sacrés, ou dans les liens monastiques, contractèrent des mariages. Luther fut obligé de permettre deux femmes au landgrave de Hesse. On conclurait mal à propos qu’ils prêchaient une morale relâdiée. Leur caractère etleurs discours respiraient la sévérité. S’ils condamnaient le célibat des prêtres, s’ils ouvraient la porte des couvens , c’était pour changer en couvent la société humaine. Les jeux , les spectacles furent
Dlgilizcc GuO^Ie
FRANÇOIS I." 34g
défendus chez les réformés. Genève , durant plus de 1 535. cent ans , ne souflFrit chez elle un seul instrument de musique. Les réformés proscrivaient la confession auriculaire, mais ils la remplaçaient par la confession publique. On ne réussit guère chez les hom-, mes , en fait de religion , en leur proposant des choses faciles et simples : le maître le plus dur est le plus écouté. Luther et Calvin enlevaient aux hommes le libre arbitre , et on courait à eux. Ni Luther , ni Calvin ne s’entendirent probablement sur l’euchanstle. Calvin voulait communier comme les catholiques latins, avec du pain azyme. U se brouilla d’abord avec ceux de Genève, qui voulaient du pain levé comme les catholiques grecs. U se réfugia dans Strasbourg , ne pouvant venir en France. Ce réformateur , s’étant marié à Strasbourg avec la veuve d’un anabaptiste , retourna à Genève, où , communiant avec du pain levé comme les autres , il acquit le crédit dont Luther jouissait en Saxe.
On distinguait à Genève quatre ordres de personnes ; les citoyens , fils de bourgeois , nés dans la ville ; eux seuls pouvaient parvenir aux premières magistratures : les bourgeois , fils de bourgeois ou de citoyens , mais nés en pays étranger , ou qui , étant étrangers, avaient acquis le droit de bourgeoisie; ils faisaient partie du conseil-général de la république, et pouvaient entrer dans le conseil des deux cents ; mais ils étaient exclus du petit conseil et du syndicat : les deux autres ordres étaient les
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35o mST. DE FR. I.' PAHT. LIV. XXV.
i5^5. habitans et les natifs. On appelait liabitans de Genève les étrangers auxquels les magistrats avaient permis de former un établissement dans la ville. Les natifs, fils d’habitans, jouissaient de quelques privilèges; mais, comme leurs pères, ils n’obtenaient aucune part dans l’administration publique.
En considérant le gouvernement de Genève comme démocratique , la puissance législative résidait dans l’assemblée générale des citoyens et des bourgeois. L’exécution des lois était confiée à deux collèges de magistrats. L’un s’appelait petit conseil, ou conseil des vingt-cinq. L’autre portait le nom de grand conseil , ou de conseil des deux cents. A la tête de la magistrature se trouvaient quatre syndics nommés par l’assemblée générale. Leurs fonctions duraient une année. Us devaient être choisis parmi les membres du conseil des vingt-cinq. Le petit conseil réunissait l’administration des affaires d’état à l’cxcrcice de la justice. Le grand conseil était juge d’appel ; il jouissait du droit de faire grâce, dirigeait la fabrication de monnaies , et délibérait sur les objets qui devaient être portés à la discussion de l’assemblée générale.
U serait inutile de parler des avantages et des inconvéniens de ce mode d’administration. Après la critique de Jean-Jacques Rousseau dans sa septième lettre écrite de la Montagne, ce philosophe nous assure que le petit conseü , ayant attiré insensiblement à lui toutes IcSi branches de l’autorité publique , avait rompu l’équilibre social . et détruit la
liberté dans Genève. Les fréquentes dissensions iïl- i555. testines manifestées dans cette république , et qui plusieurs fois furent sur le point de la détruire, justiüent pleinement les réflexions de l’immortel Rousseau. Cependant ce gouvernement a subsisté jusqu’à la révolution de France. Je reviens à François 1.“'
Son armée , maîtresse de la Savoie , pénétra en • Piémont. Les troupes savoisiennes avaient vainement défendu le Pas de Suze. Le duc Charles sollicitait avec importunité la protection de l’empereur. Charles-Quint ne se trouvait pas en situation d’envoyer au pied des Alpes des secours eflRcaces avec la promptitude exigée par les besoins pressans du duc. Une partie des troupes employées à l’expédition d’Afrique avait été congédiée , ou s’était retirée pour jouir du butin fait dans Tunis.
Les vieux corps, commandés par Antoine de Lève, suflisaient à peine à la défense du royaume de Naples et du Milanais. Le trésor impérial avait été épuisé. Le duc ne se croyant plus en sûreté dans Turin , malgré la bonté des fortifications de cette place , embarquant ses efièts les plus précieux sur • le Pô , se retira dans Verseil , dernière place de ses états du côté du Milanais. Turm reçut les Français dans ses murs.
7. François-Marie Sforza mourut presque su- Ifitcment. Les historiens espagnols attribuent sa mort à la terreur que lui causa -le voisinage des Français. 11 ne laissait point d’enfàns. Son frère
552 IHST. Dli FR. 1.'. PART. LIV. XX Vv
1 555. naturel , Jean Paul , marquis de Saravaggio , s’était rendu promptement à Naples auprès de l’empereur. Ce prince réclamait avec d’autant plus de confiance la souveraineté du duché de Milan , qu’au rapport de Muratori, les bâtards, au défaut d’enfans légitimes, étaient appelés à la succession • dans l’acte d’investiture du dernier duc. Il mourut subitement à Florence , empoisonné par les ordres d’Antoine de Cève. Ce général voulut épargner à Charles - Quint l’embarras de refuser à Jean-Paul Sforza une principauté qu’il avait résolu d’ajouter à ses couronnes. De Lève se mit sur-le-champ en possession des forteresses de la Lombardie.
, Cet événement semblait devoir terminer la guerre. François I.'”’ avait prb les armes sous prétexte de punir Sforza de l’insulte faite à la couronne de France en la personne d’un de ses minbtres. Ce prétexte se trouvait éteint par la mort du duc; mais un autre prétexte succédait au premier. Le roi prétendait que la mort du duc Fran-
• cois-Marie annulait les articles des traités de Madrid et de Cambrai, dans lesquels le MiLnais avait été cédé à ce prince et à sa postérité. L’armée française eût probablement envahi ce pays presque sans résbtance, si , après avoir défait le duc de &voie , elle avait attaqué l’armée impériale campée auprès de Verseil. L’amiral Chabot-Brion demanda à ce sujet les ordres du roi. lU furent de
fortifier
fortifier son camp , de se tenir sur la défensive, en i555. attendant le résultat des négociations entamées avec Charles-Quint.
François 1.®'^, avançanten âge, devenait moins entreprenant ; le souvenir de la bataille de Pavie s’effaçait difficilement de son anie: aulieu d’employer ses forces , il négociait. Sa timidité et sa maladresse donnèrent le temps à son rival de se fortifier dans la Lombardie. Le roi d’Angleterre , occupé de soins économiques , refusait de prendre une part active à la guerre contre l’empereur , à moins qu’à son exemple François I.®' ne renonçât à l’obéissance du pape : les princes protestans d’Allemagne lui faisaient la même proposition.
François!.®* J témoignant un jour au nonce du pape , qu’il pourrait bien se voir forcé à prendre ce parti : cc Franchement, Sire , répondit le prélat italien , vous en seriez puni le premier. Une nouvelle religion introduite par le peuple ne demande après que le changeraentdu prince » . L’exemple de l’Angleterre prouvait la fausseté de cette maxime ; mais la position de François!.'* ne lui permettait pas de suivre l’exemple de Henri V!!!/
Le monarque français expliquait et défendait ses droits sur la Lombardie par des argumens et par des manifestes , dans un temps où Charles- Quint prenait en silence les mesures propres à renverser le^ projets de son rival. Cachant ses intentions secrètes , il affectait de reconnaître, la justice des réclamations du roi de France , paraissant seu- Tame f^ll. a3
i5i5. lement inquiet des moyens de le mettre en possession de cette contrée , sans rompre la paix d’Italie. Cette conduite astucieuse trompa complètement le roi J embarrassant cette négociation dans une foule d’incidens , les difficultés sans cesse renaissantes se trouvaient à son gré prolongées. On proposait de sa' part l’investiture du Milanais, tantôt en faveur duducd’Orléaris, tantôt en laveur du duc d’Angouléme , second et troisième fils du roi. Les vues de la cour de France se balançaient entre ces deux princes : l’empereur , paraissant se prêter à cette incertitude , transportait son choix alternativement de l’un à l’autre, avec une dissimulation profonde. François 1.*' et scs ministi'es ne pénétrèrent pas ses desseins ; les opérations de la guerre demeurèrent suspendues ; on eût dit que le roi était assuré de prendre possession à sa volonté du duché réclamé par lui.
Charles , pendant ces délais , enrôlait des troupes , contractait des alliances. Guillaume du Bellay-Langei , envoyé une seconde fois par le • roi auprès des princes de la ligue de Smalkalde , parvint enfin à. connaître les véritables intentions de l’empereur. Il prévint le roi que le monarque négociait avec le [lape , qu’il avait envoyé à Venise un. ambassadeur chargé de solliciter le sénat d’entrer dans une nouvelle ligue contre les Français. Un autre de ses agens, ajoutait Langei, traversait le Milanais , il devait faire de nouvelles proposilionsaux princes protestons. Charles offrait ,moyen-
nantim million d’écus d’or, l’investiture de la Lora- i555. hardie au frère du roi de Portugal , Don Louis , son compagnon dans l’expédition d’Afrique. Le roi des Romains s’approchait de Trente avec un corps nombreux d’inlànterie. Qenri de Nassau levait en faveur de Charles-Quint des hommes dans la Germanie , et Doria pressait l’armement le plus redoutable dans le port de Gènes , on ne tint aucun compte des avis deLangèi. François se montraitpassionné pour les négociations dont son rival connaissait mieux que lui les arlificçs 5 il se contenta de proposer de nouveaux arrangemens : ses offres furent éludées par Charles 5 il mettait en avant le nouveau prétexte de vouloir terminer cette affaire, de concert avec le pape.
8. L’empereur vint à Rome le 4 avril, c’était le ,55b. moment où ce prince devait jeter le masque dont il se couvrait. Les ambassadeurs de François I.*'', introduits à son audience , réclamaient une réponse dëGnitive.. Charles promit de la donner le jour suivant , en présence du pape et des cardinaux. Les ' ambassadeurs résidant à Rome furent invités à cette cérémonie. Charles arrive au Vatican , accompgné d’une cour pombreuse; prenant la parole et s’adressant âu pape, il s’étend d’abord sur la sincérité de ses vœux en faveur de la paix ; il déclare que ses efforts pacifiques ont été constamment traversés par l’insatiable ambition du roi de France; passant aux mouvemens de l’un et de l’autre pour parvenir à la couronne impériale, il attribua à la
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356 IlIST. DE FR. I.' PART. LIV. XXV.
i536. jalousie de François la guerre terminée par la bataille de Pavie; il ajouta: «Après avoir vainement tenté de me ravir la couronne de l’Empire , il a envahi mon royaume de Navarre , mes états d’Italie , mes provinces des Pays-Bas ; s’il n’eût pas été fait prisonnier , l’Europe eût fléchi sous son joug. Au défaut de la force , François a invoqué la fraude; il a violé la paix de Cambrai , comme il avait violé la paix de Madrid. Formant des liaisons avec les princes hérétiques , ses perfides conseils les entraînaient à troubler la paix de l’Empire. Me voyant avec étonnement , sans doute , tourner mes armes contre les infidèles, il a cherché un sujet de querelle dans un acte de justice exercé par le duc de Milan coiitre nu individu sans aveu , convaincu d’un assassinat , et' décoré après son supplice du titre d’ambassadeur de France.
)) Cependant, sous prétexte de ne pa^paettre d’obstacle à mon expédition , dont le succès intéressait tous les chrétiens , mais en efiet espérant, de trouver plus de &ciHté à me combattre , si une tempête avait dissipé ma flotte , il promit de ne pas pren- ' dre les armes. La reine Eléonore., ma sœur , m’écrivit eu Sicile que le duc de Milan étant mort , le roi son mari serait content d’abandonner tout sujet, .de contestation entre nous , si je donnais l’investiture du duché à un des fils de France; j’y aurais consenti si on m’avait donné une caution suffisante que le duc d’Orléans , devenâ duc de Milan , n’aurait point troublé l’Italie , sous prétexte des préten-
FRANÇOIS I." 55f
lions de Catherine de Médicis , son épouse , sur les duchés de Florence et d’Urbin ; mais dans le moment où l’on m’étourdissait de négociations , le roi dépouillait le duc de Savoie , mon beau-frère.
Je propose deux partis au roi : je remplirai ma parole en accordant l’investiture de Milan à l’un des fils de France; ce don doit être un gage de la paix et non un germe de guerre. 11 ne peut re« garder le duc d’Orléans , mari de l’héritière de la maison de Médicis ; je choisis le duc d’Angoulême.' Le roi doit renoncer auparavant à toute prétention ultérieure sur l’Italie ; déclarer comment il entend contriljiierà-l’extirpation de l’hérésie , et à la guerre contre les Turcs. Avant que cela soit exécuté de sa part , mon honneur me défend de me prêter a aucun arrangement.
. » Si ce parti ne convient pas au roi , en voici un second : Né prodiguant plus le sang de nos sujets , décidons notre querelle d’hl&mrae à homme à nos risques et périls; si François refuse de terminer nos diSerens j>ar une de ces deux voiéS , rien ne pourra m’empêcher de pousser la guerre contre lui à la dernière extrémité ».
Après imo harangue aussi véhémente , il fallait vaincre François 1.'' Ce prince publia un manifeste, dans lequel , relevant sans aigreur les réticences dont le discours de l’empereur était rempli , il ajoutait : « Nos épées sont trop courtes pour nous atteindre de si loin ; mais si nous parvenons à nous
i55(k joindre, je donnerai à l’empereur la satisfaction qu’il me demande (i) ».
L’Europe parut surprise que Chaiies eût oublié dans celte occasion les bienséances dont le voile cachait ordinairement ses passions secrètes. Celte conduite romanesque . pouvait être expliquée par ' le httal effet des louanges exagérées. Après avoir forcé Soliman d’abandonner la Hongrie , après avoir enlevé à Barberousse le royaume de Tunis , Cliarles-Quint se croyait invincible ; il ne put retenir ce vain élan de vanité j mais dès le lendemain, les ambassadeurs de France lui demandant une explication plus précise de ses intentions , il leur parla de Framwis 1.*'^ en termes pleins d’estime : cette réparation tardive ne réparait pas scs paroles • injurieuses.
Depuis plusieursannées f’rançoisl.*' donnait toute son application aux finances; elles étaient en bon état. IjC roi, sans nouveaux impôts, pouvait couvrir les dépenses de la guerre. On envoya de l’argent à l’ambassadeur de France en Suisse , et à plusieurs ' capitaines italiens , en leur recommandant d’enrôler des troupes, et de se préparer à commencer la campagne au premier signal. Les fortications de Turin et des principales ’plac^ du Piémont furent
(i) Cette ann^e un excès de chaleur dessécha la plu-' part des rivières } elles n’dtaicDt plus que des ruisseaux. *
Mezekxi.
l’RANÇOIS I."
augmentées. Les Français se rassemblaient en Pié- i536. niônt, en Dauphiné , en Bourgogne.
g. L’armée impériale , composée de quarante mille homrae.s et de dix mille chevaux, occupait ' les frontières du Milanais j celle de France , non encore complète , se retirait , laissant des garnisons dans les meilleures places du Piémont. L’empereur parut à la tête de ses troupes , ayant sous ses ordres Antoine de Lève , le marquis dcl Vasto ,
.le duc d’Albe et Ferdinand de Gonzague. Le projet du monarque était d’envahir la France. La gouvernante des Pays-Bas et le roi des Romains formaient deux armées; l’ùlie devait entrer en France par la Picardie , l’autre par la Champagne. Luimême , avec cinquante mille hommes , prenait sa route par la Pi*ovence , abandonnant le Piémont à son sort. ’
Les principaux efforts des Impéiiaux menaçaient les bords du Rhône et de la Durance. Le maréchal' de Montmorenci traçait un camp retranché au confluent des ces deux rivières. Le roi , avec une armée d’observation , se plaça auprès de Valence, On mit des garnisons dans IVlarseille , dans Arles et dans les autres places capables de résistance. Les habilans des can>pagnes et des bourgs furent contraints d’abandonùer leurs maisons , ils conduisirent leur famille , leurs bestiaux et leurs grains dans les villes. On détruisit les fours et les moulins {lans les campagnes ; la dévastation s’étendit des Alpes et du Var à Marseille , du rivage de la mer
36o HIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXV.
1 536. au bord de la Durance. L’histoire ne fournit aucun exemple d’un expédient aussi terrible pour arrêter une invasion. >
Une division de l'armée impériale , traversant Je Var , entrait en France le jour de la fête de Saint-Jacques, patron de l’Espagne. Charles, attribuant à une disposition particulière de la Providence une circonstance dirigée par lui , et connaissant l’empire de la superstition sur la multitude , assemble son armée , et la harangue en ces termes : « Compagnons , l’année dernière , à pareil jour, nous prîmes terre en Afrique , conduits par le glorieux apôtre Saint Jacques. Nous brisâmes les fers des Chrétiens , arborant sur les tours des infidèles nos enseignes triomphantes. Le même guide nous promet les mêmes succès contre mi prince déserteur de la foi chrétienne, allié des Turcs. Dieul’a frappé <l’un esprit de vertige. Opposera-t-il de timides bourgeois à l’élite des troupes des plus belliqueuses nations de l’Europe ?Notre plus grande peine ne sera pas de le vaincre , mais de le joindre. Votre entreprise est également prompte , facile, glorieuse. Un prix inestimable attend le vainqueur.' U ne s’agit pas, comme en Afrique, du pillage d’une seule ville ; vous allez partager les dépouilles d’un royaume, rempli de villes opulentes. Chaque soldat est assuré de la fortune la plus brillante
Les généraux , ajoutant foi à ces promesses , pour enflammer l’ardeur des troupes, entouraient l’empereur. U leur distribuait les seigneuries et. les
dignités du royaume de France; cependant la vaste dévastation , qui s’offrait à ses yeui , assombrissait ses pensées. Sa flotte , dont il attendait les principales ressources , retenue par les vents contraires , ne paraissait pas sur les côtes de Provence. 11 entra dans Aix sans résistance. Le parlement avait abandonné cette ville. L’empereur érigea un sénat , et citait devant ce tribunal les propriétaires des grandes terres , dont aucun ne comparaissait. Des arrêts par défaut étalent lancés contre eux , et confisquaient vainement leurs biens. Charles érigea quatre duchés , quatre principautés , quatre marquisats et un grand nombre de baronnies en faveur de ses principaux capitaines. ,
Au milieu de cette pompe théâtrale , la famine dévorait son armée. Confiné dans un desert , il découvrait de toutes parts des barrières insurmon-. tables. La disette engendrait des maladies ; elles venaient de lui enlever Antoine de Lève , le promoteur et l’ame de son .expédition en Provence..^ Les seules plaines du Languedoc offraient des subsistances. 11 fallait franchir la Durance et le Rhône , , et forcer le camp français sous Avignon. La Durance le couvrait. Cette rivière prend sa source au mont, Genèvreà peu de distance deBriançon. Impétueuse et profonde aussi longrtemps qu’elle roule.ses caux^ torrentueuses dans les montagnes , son lit s’élargit dans la plaine d’Avignon ; cependant son fond de^ cailloux mobiles la rend difiicilemcnt guéable.. Montmorcnci , sans se reposer sur cette défense
36a fflST. DE FR. I.« PART. LIV. XXV.
i536. naturelle , avait flanqué la rive droite de bastions garnis d’artillerie. Les ingénieurs impériaux regardiiient cette position comme inexpugnable.
Charles eyrilrepril le siège d’Arles et de Marseille , se flattant que , pour secourir ces deux villes , Montmorenci abandonnerait son camp retranché. Ce général resta immobile. Les Impériaux , reçils avec vigueur, furent contraints d’abandônner ces deux sièges non sans perte et sans honte. Haçcelés par les troupes légères , ils périssaient par milliers. Leur retraite précipitée délivra la France des dangers auxquels une résolution téméraire aurait pu l’exposer. L’empereur, après avoir passé deux' mois en Provence , repassait le Var. Des nuées de paysans , se vengeant de la dévastation de leurs campagnes , s’attachaient à l’arrière^rde. Saisissant’ les momens favorables dans les sinuosités des montagnes, ils la rompirent plusieure fois.Cette retraite ou plutôt cette fuite s’exécutait sans précaution. La route était jonchée d’armes , de bagages , de morts et de mourans. Du Bellay-Langei , témoin oculaire, compare la détresse de l’armée impériale à celle des Juifs accablés par les armes victoricüses de Titus.
De cinquante mille corabattans, à peine Qiarles- Quint en ratnënait-il defuze mille dans la Ligurie. Le marquis del Vasto remplaça de Lève dans le gouvernement du Milanais. Charles , après ce revers , voulant éviter les railleries des Italiens , , a’emhatqua (fans Gènes pour l’Espagne.
Ses armées n’étaient guère pins heureuses sur i556. les frontières de Picardie. Langei , à force d’adresse , avait déterminé une partie des princes allemands à rappeler les contingens fournis au roi des Romains.
Ce prince fut contraint de renoncer à son projet d’irruption en Champagne. L’armée autrichienne , forte de trente mille hoipmes , était entrée en Picardie. Péronne et les autres villes attaquées , n’ayant presque d’autre garnison que leurs habitans , se défendirent avec un courage indomptable. Les Autrichiens se retirèrent sans avoir fait aucune conquête importante.
lo. Un événement imprévu vint empoisonner la joie donnée à François I." par le succès de cette campagne. U perdit presque subitement son fils aîné. Sa mort fut attribuée au poison , non seulement par le vulgaire , enclin à regarder la mort des grands personnages , dans les circonstances épineuses , commel’effet de causes extraordinaires, mais encore par le roi et par ses ministres. Le comte de Montéeuculli, échanson de ce prince , arrêté sur des soupçons, fut appliqué à la torture. Il accusa Antoine de Lève et Gonzague, marquis de Mantoue, et jeta même sur l’empereur des imputations indirectes.
' Dans un temps où la France montrait envers Charles-Quint une haine implacable , il ne fallait pas d’autres indices pour convaincre lesFrançals de la réalitédu forfait. On n’eut égard ni à l’assurance avec bquelle Charles et ses ministres protesttient de leur
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HIST. de FK. I.« part. LIV. XXV.
i5j6. innocence, ni à Jeur indignation d’être supposés coupables d’une action aussi exécrable. L’empereur, suivant l’observation de Voltaire , n’avait aucun motif de commettre ce crime. François I." avait deux autres cnfans en état de lui succéder. D’ailleurs quel poids , ajoute ce philosophe , pouvait-on donner à un témoignage arraché par les tourmens de la question ?
Ces raisons sont bonnes : elles ne prouvent cependant pas que Charles n’eut aucun motif de /désirer la mort du dauphin j mais , sans accuser ce prince d’un crime aussi noir, j’observerai seulement que son motif de souhaiter la mort du dauphin pouvait etre le désir de conserver le Milanais , ou du moins de n etre pas forcé d’en donner, l’investiture au duc d Orléans , ayant des prétentions au chef desa femme sur plusieurs provinces d’Italie. Le duc d’Orléans devenant héritier présomptif de la couronne de b rance, l’empereur devait présumer ^el Europe ne verrait pas sans appréhension, réunis à cette vaste monarchie ,* le Piémont , la Lombardie et la Toscane.
^ La mort du dauphin fut généralement attribuée verre d eau froide bu imprudemment après s etre échauSe à jouer à la paume. Cette cause , a plus naturelle , est aussi la plus vraisemblable. Les historiens espagnols ajoutent que , si ce prince fut empoisonné, on devait soupçonner du crime Catherine de Medicis , dans la vue de procurer la
couronne à son époux ;vaiae récrimination à laquelle on ne doit pas s’arrêter.
Montécuculli fut écartelé. Le roi tint une séance . solennelle au parlement, le i5 janvier. Chacun '^^7* étant placé , le premier huissier dit : « Plaise au roi donner audience à son procureur-général , et d’écoùter sa plainte contre Charles , comte de Flandre et d’Artois ». Cappel, premier avocat du roi, ayant remontré que les comtés de Flandre et d’Artois avaient toujours Lit partie de l’empire français , ajouta : « Charles-Quint est vassal de la couronne.
Le traité de Cambrtii le dispense de l’hommage ; mais ila été plusieurs fois enfreint par lui. Je requiers qu’il soit ajoOrné devant la cour des pairs , pour répondre à l’accusation du crime de lèse-majesté , . . dont il s’est rendu coupable en portant les armes contre son souverain. Cette requête admise , un héraut d’armes , se transportant sur la frontière de Picardie , somma Charles à comparaître dans les délais ordinaires. Ces délais expirés, et personne n’ayant comparu , la cour des pairs déclara par un arrêt Charles rebelle , et réunit à la couronne l’Artois et la Flandre.
Une armée française mettait l’arrêt à exécution ; la reine de Hongrie , à laquelle l’empereur avait confié le gouvernement des Pays-Bas, ne s’attendait pas à cette invasion. Les Français , au nombre de douze cents lances , de quinze cents chevau-légers, de neuf mille fantassins allemands ou suisses, et de quatorze mille légiouaires , s’emparèrent d’abord
1 557. de plusieurs villes importantes. Le roi voulant diri^ ger d’autres operations guerrières , les Flamands devinrent supérieurs. Le duc d’Orléans , nouveau dauphin , et Montmorenci , à qui le roi venait de confier l’épée de connétable de France , en récompense de ses campagnes de' Provence, accouraient. Ils allaient livrer bataille aux Flamands , lorsqu’un héraut d’armes , envoyé par la gouvernante des , Pays-Bas , les instruisit de la conclusion d’une suspension d’armes.
La guerre des Pays-Bas ravageait des provinces fertiles. Les Picards et les Flamands regrettaient également l’interruption de leur commerce, gage de la prospérité de ces deux belles provincesi Charles et François ne pouvaient entretenir des armées nombreuses dans la Bel^que , sans afiaiblir leurs opérations en Lombardie , où l’un et l'autre voulaient porter des coups décisif : ces vues très-sages de la part de Charles-Quint , et trèsmal entendues de la part de François I.'^ , dictèrent la. trêve. Elle devait durer un mois. François 1.*”^ , courant après des conquêtes incertaines et éloignées, perdait l’occasion de dominer sur l’Escaut et sur la Meuse, dans les provinces voiles de sa capitale , et d’une valeur supérieure à celle du Milanais.
De Provence, la guerre se trouvait portée dans le Piémont. Les forces des deux monarques étaient à peu près égales ; on versait beaucoup de sang ^ on prenait et reprenait les mêmes villes 5 on dé-
vastait les campagnes de la manière la plus dcplo- iSS;. rable , et aucun des deux rivaux n’cfbtenait une véritable supériorité. Enfin, les reines de France et de Hongrie déterminèrent , par leurs sollicitations , une trêve dans le Piémont. Cliaque monarque gardait les pays dont il était en possession , ,
des plénipotentiaires étaient cliargés de terminer toutes les contestations par un traité définitif.
11. Pendant ces hostilités et ces négociations , i558. . les progrès faits par' les opinions de Luther , de Zuiugle et de Calvin avaient décidé Paul lU à convoquer le concile de Trente. On ne }X)uvait rassembler les évêques sans avoir rétabli la paix de l’Europe. Dans cet espoir , le pape avait décidé l’empereur et le roi à se rendre dans Nice , où lui-même devait se trouver pour concilier leurs diSerends.
Cliarles-Quint proposait le mariage de sa nièce, fiUc du roi des Romains , avec le duc d’Angoulême devenu duc d’Orléans ; il lui offrait en dot le duché de Milan , à condition que le jeune prince viendrait résider à la cour impériale , et que les troupes impériales garderaient le Milanais jusqu’à . '
la consommation du mariage projeté. L’empereur voulait encore obliger le foi à rendre au duc de ' Savoie ses états , à promettre de ne contracter aucune alliance en Allemagne préjudicialde à la maison d’Autriche, à envoyer les évêques de France au concile convoqué par le pape , et à fournir
368 HIST. DE FR. I.* PART. UV. XXy.
i558. son contingent dans toutes les guerres offensives et défensives des chrétiens contre les Turcs.
F rançois répondit : « J-accepte pour mon second fils le duché de Milan à titre de dot , malgré mon droit de le réclamer à titre d’héritage. L’empereur peut garder les places fortes de cfe duché j mais alors je garderai les places fortes du Piémont et de la Savoie. Je n’entretiendrai en Allemagne aucune confédération préjudiciable à la maison d’Autriche. Si les princes de cette maison n’abandonnent pas mon alliance , je n’en ferai cependant jamais un article de traité , ni de la demande de l’empereur ; au sujet d’un concile ou de la guerre des Turcs ,
* je connais mes devoirs en qualité de roi trèschrétien , je veux les remplir ; mais personne ne me donnera des ordres ».
Charles refusant d’admettre ces modifications , le roi proposa de proroger la . trêve pour deux , pour quatre et même pour dix ans , et de s’en rapporter à l’arbitrage du pape. Les plénipotentiaires, nommés de part et d’autre après de longues et inutiles discussions , se séparèrent après avoir signé cette prolongation de trêve. > •
Paulin se flattait d’un succès plus heureux. Les puissances d’Italie désiraient ardemment la paix , surtout le duc de Savoie dont presque toutes les provinces se trouvaient occupées par les armées espgnoles ou par les armées françaises. Paul III , travaillant à la réconciliation de deux monarques
rivaux ,
rivaux , jetait un grand éclat sur son pontificat ; il pouvait même espérer quelque avantage en faveur de sa famille dont il ne négligeait pas l’agrandis^ senieot.
Un pontife , vénérable par son caractère et par son grand âge , offrant d’entreprendre un long et pénible voyage , dans la vue de rendre à l’Europe les inappréciables avantages de la paix , Charles et François ne pouvaient décemment se refuser à ce moyen de rapprochement entre eux.
D’après une convention entre le roi et l’empereur, le pape devaitprendre son logement dans le château de Nice , et pendant son séjour les troupes du Saint-Siège étaient autorisées à remplacer la garnison piémontaise. Le duo de Savoie , incertain de l’issue des conférences, refusait de livrer cette place à l’empereur, au pape et au roi de France. Charles» Quint parla d’un ton menaçant ; le duc fut contraint de céder, il vint auprès du pontife à Monaco , et se montra disposé à lui donner satisfaction.
Quand on voulut changer la gai'nison , les soldats piémontais , agissant par les ordres secrets du duc ou par l’impulsion de leurs ofliciei'S , refusèrent de sortir de la place. Les habitans de Nice , offraient de servir eux-méraes de gardes au Saint Père ; mais ils réclamaient leurs anciens privilèges d’admettre- dans leurs murs la seule milice du duo de Savoie. On sut dans la suite que l’empereur voulait s’emparer du château de Nice et du port de Villefranche,
Tçme f^II. a i
5;o BIST. DE FR. L* PART. UV. XXV.
i5jI3. Repoussés par la garnison et par les habitaus de INice ,1a milice pontificale campa hors de la vUlo , auprès' du couvent des franciscains, où Paul 111 avait choisi son logement , se portant de là tantôt auprès de l’empereur dans Villefranche , tantôt pi-ès du monarque français campé à quatre lieues de ]Nicc. Les affreux ravages exercés par SoUman dans la Hongrie, et la crainte de les voir se renouveler, devaient déterminer l’empereur à se réconcilier avec ï'rançois 1." : la première condition d’une paix sincère devait être la restitution de la Lombardie : 1-empereur voulait garder ce beau pays; le roi ne voulait pas le lui céder. Cette disposition secrète fut le principe de la conduite tenue dans la suite par les deux monarques ; elle paraît impolitique quand on perd de vue le motif qui les dirigeait.
La réunion de la Lombardie aux domaines de la maison d’Autriche menaçait l’Italie (P un asservissement irrévocable ; les princes d’Italie n’étaient pas en état de s’y opposer. Charles , maître du port de Gènes, communiquait librement avec l’ Allemagne par la Lombardie : comment le déterminer à se priver d’un si précieux avantage ? Eu vain le duc de Savoie insistait sur la cession de cette province au roi de France , seul moyen de lui rendre la Savoie et le Piémont , il n’était pas écouté.
On est effrayé par la peinture, laite par Ludovico délia Chiesa , des calamités dont le Piémont de- >int le théâtre : la population entière de ce pays fut
sur le point de disparaître. Gosselini , historien de i558. Ferdinand de Gonzague , rapporte que ce général insistait auprès de l’empereur sur la nécessité de convertir le Piémont en désert , afin d’enlever aui Français tout moyen de pénétrer en Lombardie. Charles-Quint rejeta cette mesure atroce , il ne voulut pas ruiner un pays qu’il se proposait d’ajouter à scs possessions ; peut-être aussi affamant les Français , craignit-il d’affamer en même temps les Allemands et les Espagnols.
Les deux monarques ne voulant rien relâcher de leurs prétentions , Paul 111 proposa une trêve de dix ans, durant laquelle chaque monarque conserverait ses conquêtes, et des ministres plénipotentiaires discuteraient à loisir dans Rome leurs prétentions respectives et les concilieraient , s’ils le pouvaient. Ce parti plut aux deux rivaux : à l’empereur , parce qu’en sacrifiant un allié dont il ne pou^ vait attendre aucune assistance , il retenait pour dix ans l’Italie sous sa dépendance: au roi, parce que, sans porter atteinte à ses droits sbr la Lombardie , il gardait la Savoie et lé Piémont. L’infortuné duc ,de Savoie se plaignait vainement d’un traité si fatal pour lui ; hors d’état de se faire écouter , il fallut se soumettre à son sort.
De tous ses états , Nice et quelques cantons voisins de ce comté restèrent seuls sous sa domination , le reste fut partagé entre ün puissant agresseur , et un puissant allié dont il avait vairiemcnt imploré la protection : triste exemple pour
5; 2 HIST. DE FR. L* PART. LlV. XXV.
i55d. princes faibles engagés dans les querelles entre les grands empires ; ils sont ordinairement écrasés par le choc.
Peu de jours après la signature de la trêve , Charles - Quint s’embarqua pour Barcelonne , les vents contraires le poussèrent vers les îles de Sainte-Marguerite: François 1." visitait cette province , il proposa à l’empereur de prendre terre dans scs états ; les deux monarques convinrent d’une entrevue à Aigues-Mortes.
A peine l’escadre espagnole jetait l’ancre dans la rade , que François 1.“' laissant de côté tout cérémonial , mit à la voile sur une galère , accomcompagné du duc et du cardinal de Lorraine , et monta sur le vaisseau de l’empereur , où se trouvaient rassemblés les généraux les jdus distingués : le roi leur donna soutes sortes de marques d’estime , même à l’amiral André Doria , dont il devait amèrement regretter la perte. L’empereur débarqua à Aigues - Mortes , le i6 juillet ; les deux monarques passèrent la nuit sur le rivage sous des tentes magnifiques ; iis semblèrent dans leurs visites réciproques se disputer à qui témoignerait à l’autre le plus d’égards et plus de confiance.
Après dix-huit ans de guerre déclarée ou d’inimitiés secrètes; après tant d’injures réciproques, une telle entrevue ne parut à - personne la preuve d’une sincère réconciliation entre les deux rivaux ; leur conduite antérieure et subséquente dément
assez ces prétendues démonstrations de confiance , dont Ith &UX abandon ravissait de joie les spectateurs, quand ils virent les deux monarques et la reine Eléonore , femme de l’un , sœur de l’autre, confondre leurs embrassemens ; la politique dictait ces sentimens mensongers -, jamais la moindre affection n’exista entre François et Charles , ils eberebaient à se tromper dans cette occasion comme dans toutes les circonstances de leur vie.
Cette entrevue fut pernicieuse à François I.*'; elle détruisit la confiance.établie depuis long-temps entre ce prince et le roi d’Angleterre. Henri soupçonna le roi de France d’avoir formé avec l’emperenr des liaisons à son préjudice. >
François avait donné en mariage, an roi d’Ecosse, Jacques V , Marie de Guise ; quoique Henri l’eût fortement sollicité de refuser son consentement à cet hymen , cet événement n’avait pas rompu la bonne harmonie entre les deux cours, mais il l’atténuait. Charles -Quint’ connaissait à fond le caractère de Henri YllI ; , observant avec attention le changement et les caprices de ses idées ^ il crut .pouvoir renouer avec lui ses anciennes alliances, La mort de Catherine d’Aragon, arrivée à cette époque , éteignait le prinripal foyer de leurs divisions. Sans toucher à la question d^icate du divorce , Charles sut employer auprès de’ Henri les moyens les plus- propres à regagner ses bonnes grâces. ..
11 lui proposa plusieurs mariages j il demanda
374; HIST. DE FB. I.* PART. LIV. jCXV.
1 558. la priiicesse Marie , fille de Catherine , pour un des princes de Portugal. Aucune de ces alliances ne s’accomplit 3 peut-être même aucune ne fut proposée sincèrement , mais elles donnaient lien à une correspondance très -active entre les deux cours , et même à des protestations réciproques d’intérêt. Leurs suites amenèrent cette union si fatale à François . > - '
Le conseil de France était alors dirigé par Ic connétable Anne de Montmorenci , homme infatigable dans le travail , austère dans ses > mœurs, partisan zélé de l’ordre ét de la justice, mais trop confiant dans ses propres lumières ; opiniâtre dans ses résolutions , dur et hautain dans Ses manières et dans ses propos , ami impérieux , implacable ennemi , insatiable d’honneur , de biens , de titrés ,• et plus jaloux d’inspirer du respect quedel’intérét>
' Montmorenci avait présidé aux conférences de Nice, en qualité de ministre plénipotentiaire. Admis à 'celles d’ Aigues-Mortes , U regardait comme son ouvrage les sentiraens de^ bienveillance dontl’em-*' pereur et le roi paraissaient l’accabler , et faisait ses efforts pour en serrer les nœuds. La; destinée de la Lombardie fut le' principal objet des conférences d’Aigues- Mortes. Charles avait promis formellement d’accorder l’investiture au diic'd’Orléans. L’âge t«idre des deiix époux était le seul prétexte rais en avant par hii; pour retardér cette cérémonie. Il observait qu’avant l’expiration de la trêve, on 'pouvait, avec des dispenses du pape.
hâter l’hymen proposé et changer l’ariuistioe en un j«cte de &mille. François , moins acccmtumé que son rival aux détours de la diplomatie se livrait à des espérances frivoles. L’empereur remit a la voile , content des dispositions dans lesquelles il laissait la cour de France.
Une réconciliation vraie ou présumée entre François 1.'* et Charles-Quint n’alarmait pas moins • les princes d’Allemagne que la cour de Londres.
U était très important de les rassurer pour conserver en même temps l’amitié de l’empereur , des princes protestans et du roi d’Angleterre. Montmorenci eût eu besoin d’une grande souplesse d’esprit , la nature la lui avait refusée.
- François 1." devait chaque année au roi d’Angleterre 100,000 écus d’or , en conséquence desprécédens traités. Ce paiement était suspendu depuis le commencement de la guerre , le roi d’Angleterre ne > paraissait , pas y faire attention.. L’ambassadeur d’Espagne , s’étant insinué dans les bonnes grâces du connétable de Montmorenci présentant cette dette comme un triljut odieux, lui proposait un moyen de l’éteindre ; c’était de sommer Henri de rentrer dans le giron de l’EgUse , et , en cas de refus , de rompre tout commerce avec lui, et de fermer les portes de France aux marchandises anglaises. L’ambassadeur espagnol assurait que l’empereur tiendrait la même conduite. Ces malignes et détestables observations pioduisircut leur effet. Cependant François I.*'
376 HIST. DE FR. I.* PARt. LlV. XXV.
i538. eut honte de passer brusquement du langage de’ la plus tendre amitié aux menaces et aux injures. Il se contenta de £311*6 naître des doutes sur la légitimité des créances réclamées par le roi d’Angleterre. Ce prince, étrangement surpris, répondit avec beaucoup de modération : a Ma conduite du- ' rant la prison du roi etdesenfans deFranceaété si franche et si loyale , disait ce prince , que les difficultés apportées au paiement d’une dette sacrée , annonçant un projet formé de détruire l’alliancé existante entre l’Angleterre et la France , ce projet est l’ouvrage des ennemis de l’une et de l’autre monarchie. On vous trompe cruellement en vou"= lant vous persuader que l’empereur vous rendra de son plein gré la Lombardie. Jé ne saurais concevoir comment , après avoir été si souvent trompé par Charles-Quint , vous pouveX ajouter foi à ses vaines promesses et à ses fausses insinuations. Reportez-vous au temps et aux circonstances del’entrevue de Boulogne; alors le cœur ulcéré des traitemens par vous éprouvés dans Madrid , et plaçant à vos côtés le dauphin et le duc d’Orléans , vbus menaciez hautement de les désavouer pour vos enfans s’ils oubliaient Un jour le soin de votre vengeance ».
Henri achevait sa lettre en exhortant lé roi de peser mûrement si la somme modique dont il prétendait s’affranchir pouvait être balancée par les avantages dont son alliance avec l’Angleterre était un gage assuré, et le prévenant que sou honneur
étant ‘intéressé à exiger le paiement d’une dette iSïë. légitime , il ne consentirail jamais à s’en départir.
la. J’ai déjà observé combien le mariage- du roi d’Ecosse avec la fille aînée du duc de Guise excitait le mécontentement de Henri VIII. Cathe- ' ri ne d’Aragon et Anne de Boulen, dont les rivalités avaient occasionné le schisme d’Angleterre , étaient mortes presque en même temps, en i556j la première , au château de Cimbalton , d’une maladie de langueur ; la seconde , à Londres , sur fin échafaud. Henri VIII, amoureux de. Jeanne Seimour , fit couper la tête à son épouse , accusée d’adultère, sur des indices si légers, qu’un particulier , brouillé avec sa femme pour si peu de chose , passerait pour un homme injuste. Jeanne Seimour monta sur le trône vingt-quatre heures après ce sanglant spectacle. Elle mourut en couches l’année suivante , après avoir mis au monde un (Ils. I
Henri, voulant {>asser à de quatrièmes noces, s’était déclaré le rival du roi d’Ecosse. Il offrait d’épouser la princesse de Guise, et à cette condition-,' on offrait de sa part de transiger stir la dette contestée. François promit ses bons offices auprès du duo de Guise, et du cardinal de Lorraine , l’un, père, l'autre, onde de la ' princesse. C’était le temps où l’ambassadeur d’Espagne engageait 'le connétable' de Montrnorenci à remplacer l’allianceide l’Angleterre par celle d’Espagne. La maison de Lorraine prclcra le roi d’Ecosse. Henri considérait cette .{uc'
378 IllST. DE FR. 1.' PART. LIV. XXV.
férence comme un aSroot. François voulait le réparer en offrant au roi d’Angleterre la princesse de Vendôme. Henri rejeta rudement cette proposition.
11 épousa Anne de Qèves , et la répudia après trois mois de mariage pour s’unir par un cinquième hymen à Catherine, fille du duc de Nordfolk, à laquelle il fit couper la tête , sous le ridicule prétexte (pi’il ne l’avait pas trouvée vierge. Il semblait qu’après cette expérience Henri aurait dû renoncer aux douceurs de riiyménée,ou que, s’il offrait de nouveau sa couronne et sa main, toutes les femmes rejetteraient ce dangereux présent. Catherine Parr osa moptér sur ce trône glissant. Les flambeaux de l’hymen s’allumèrent une sixième fois pour Henri. Lai vertu de Catherine Parr était au dessus de tout soupçon. Son esprit et ses grâces devaient fixer le cœur du. roi : cela n’arriva pas cependant. Si la mort de Henri ne fut survenue assez promptement , Catlienne eût partagé le sort d’Anne de Boulen et; de Catlierine de Nordfôlk, non pour cause de galanterie, mais au sujet de quelques opinions en matière de culte, dans lesquelles elle différait de
son époux.,
I J *9. Montmerenei , avant de se décider entre l’alliance
de Henri VIH iet édile de Charles-Quint , attendait la confirmation par écrit deplusieursarticlesdonton était ooûventt verbalement à Aigues-Mortes. L’empereur chvoya cet écrit. 11 promettait , sur sa foi et son honneur ; d’accoipplir le mariage du second fils
rflÂNçois i " 579
dn roi avpç sa fille aînée , qu avec sa nièce , fille du 1 5^9roi des ^omdims , dont il sç faisait fort, et de disposer du duché de Milan en &yeur des deux époux.
11 promettait aussi de marier le prince des Asturies avec Marguerite de France. Quant au projet de changer la trêve de Nice en une paix perpétuelle , l’empereqr déclarait s’eu rapporter à la volonté dli roi , et tenir cette trêve pour une jiaix inaltérable.
Ainsi le promettons et jurons , ajoutait Charles , sur nçtre foi et noire honneur pùr le présent écrit signé de notre main.
L’alternative", et même une sorte d’ambiguité dans cette promesse, devaient instruire François avec Qo.mbien de raison le roi d’Angleterre accusait l’empereur de ne vouloir passe dessaisir duduché de Milan. Aucun doute nes’élèvadans l’esprit de François I." Le conseil de France,^ après la réception de la promesse dç Charles , fut entièrement livré a ce prince. Les anciens ministres se prêtaient avec répugnance au nouveau plan adopté par la cour. Le roi les cohgédia. Les nouveaux ministres reçurent ovdrç de concerter leurs relations étrangères avec les ambassadeurs de la maison d’Autriche. En vain le gouveineur du Piémont venait de .donner avis d’une conjuration tramée par le .marquis del Vasto pour surprendre Turin. Hri vain les ministres du roi, dans les cours d’Italie etd’Allemagpe , ijendaient compte d’un grand nombre de folts dont la série devait ouvrir les yeux de François I."*
38o HIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXV.
>539. sur la mauvaise foi de l’empereur. Riea ne put le tirer de sa Ëitale sécurité.
i3. Le chancelier Antoine de Bourg , successeur de Duprat, venait de mourir. Cette dignité fut confiée à Guillaume Poyet, fils d’un avocat d’Angers. Ce magistrat devait son élévation au connétable. 11 le considéra comme son premier commis.
Entre autres ordonnances rédigées par Antoine du Bourg , une surtout fait époque dans la justice criminelle. Les brigands s’étaient excessivement multipliés à la suite de longues guerres. Les uns infestaient les grands chemins; les autres se répandaient dans les hameaux et dans les fermes isolées, levaient des contiibutions , * et massacraient ceux qui osaient leur ræister. La potence ne paraissant plus les effrayer , lé chancelier remit en vigueur le supplice de la roue , dont on trouve des vestiges sous la première dynastie des rois de France , et qui s’était conservé dans plusieurs cantons d’Allemagne. i
Par les articles de celte loi , les malfaiteurs convancus de vol sur les grands chemins } ou dans les maisons avec effraction , devaient avoir les cuisses rompues en deux endroits, et, placés sur une roue, attendre la mort, sans qu’il fût permis de leur donner aucun secours.
Les mdnumens historiques ne nous instruisent pas si l’invention du nouveau supplice diminua promptement le nombre des crimes à punir. Ce
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supplice paraît même contraire aux premières règles de la justice. Une législation éclairée doit incontestablement mettre une grande difTérence entre la punition du simple toI , soit sur les grands chemins, soit avec efiFraction dans les maisons par- , ticulières, et celle du vol joint à l’assassinat. Ce dernier crime est infiniment plus préjudiciable à la société. Une punition égale , infligée au voleur et à l’assassin , devait exciter les coupables du premier crime à commettre le second. C’était le moyen de détruire les preuves contre eux.
. Guillaume Poyet , nourri dans l’étude des lois et des formes judiciaires , remédia à ce défaut par l’ordonnance de VUlers-Coterets , dans laquellele supplice de la roue était infligé pour le seul crime d’as* sassinat. Les voleurs furent punis par la potence. Cette loi renfermait cent quatre-vingt-douze articles.
Les premiers réglaient la compétence entre les tribunaux ecclésiastiques et séculiers. Dans toutes les causes personnelles, à la réserve des matières de sacremens ou autres purement spirituelles , il était défendu , sous peine d’amende arbitraire , de citer aucun laïque devant les juges d’église , et à ces mêmes juges de provoquer , ou d’admettre la connaissance de ces sortes d’afiàires.
Dans les temps antérieurs, l’âge des hommes n’était constaté que par des registres domestiques très -inexacts. Il fut ordonné à tous les curés do tenir des registres publics, en bonne forme, des baptêmes , mariages et sépultures , et de déposer le
ijüg. double de ces registres au -greffe du bailliage le plus voisin , pour être consultés au besoin et Êiire foi en Justice.
Un jargon , moitié latin , moitié français , déslionorait, non seulement les plaidoyers des avocats et les remontrances des magistrats, mais les arrêts des cours souveraines , et presque tous les actes judi^ ciaires. Cet abus fut abrogé.
La procédure criminelle, déjà très -rigoureuse parmi nous , le devint davantage par le changement suivant : L’accusé contre lequel on produisait des témoins entendait leurs dépositions avant de dé-, clarer s’il avait des raisons de les récuser. Par là , l’accusé évitait d’aigrir ceux qui pouvaient le servir ou lui nuire, La nouvelle loi ordonna au juge de présenter les témoins à l’accusé avaht de lui donner connaissance de leur déposition , le sommant de déclarer s’il avait des l eproches à leur faire , et de procéder ensuite à la lecture des dépositions, après laquelle l’accusé n’était pas reçu à infirmer leur té-^ moignage.
Dans le nombre des réformes et des innovations insérées dans cette ordonnance , plusieurs déplurent aux magistrats du parlement de Paris. On dressa des remontrances , mais on n’eut pas le temps de les présenter au roi ; il ordonna de procéder à l’enregistrement sans aucun délai. La lettre du roi était accompagnée d’une autre lettre du chancelier à l’avocat-général qui l’avait informé des dispositions du parlement : « M. l’avocat , j’ai reçu vos lettres ,
el pour réponse , ce n’est autre chose que cette iSSy. forme antique si mal reçue de ceux qui ont puissance de commander , qu’il n’est possible de plus.
C’est assez qu’en votre présence les choses avaient été lues , et ne se y devait prendre le temps jà employé. V ous y penserez , et en ferez votre devoir.
A Villei-s-CoteretSjle a4 août: votre bon ami Guillaume POYET ».
Le parlement fit transcrire sur ses registres l’ordre du roi et la lettre du chancelier ; il enregistra ensuite l’ordonnance avec la clause de V ordre et de l’exprès commandement du roi , insérés pour constater la violence faite à la compagnie. Le roi s’en ofi'ensa ; par de nouvelles lettres de jussion , il ordonna un enregistrement pur et simple. Deux conseillers furent envoyés par le parlement à Villers- Coterets avec les remontrances qu’on avait refusé
entendre. Les députés ne purent obtenir audience ; le chancelier leur réitéra l’ordre èiobtempérer.
Le* parlement s’y détermina en se réservant de lire ses remontrances dans la première séance solennelle tenue par le roi à la grand’chambre. Cette précaution ne fut pas nécessaire , l’expérience ayant justifié les observations du parlement , l’ordonnance de Villers-Coterets reçut des modifications i par plusieurs déclarations subséquentes.
F rançois 1.*' était atteintde la funeste maladie dont les suites, malgré toiÜ les secours de la médecine alors insuffisans, le conduisirent au tombeau. Par-
55g. mi scs maîtresses , on comptait la femme d’un marchand de Paris, appelée par les contemporains la belle Péronière. Le mari, dévoré par la jalousie , s’infecta dans un lieu de débauche do ce virus trans» porté en Europe par la découverte de l’Amérique; il le transmit à sa femme , et par elle au roi ; ce prince en mourut après les plus longues et les plus cruelles souffrances ; il se tenait étroitement renfermé , afin de dérober à tous les regards le spectacle de son fâcheux état. Les médecins , ne trou, vant dans leurs livres aucun spécifique contre cette nouvelle maladie , abandonnaient alors ceux. qui en étaient atteints à un entier dénuement , ou à des cruelles expériences dont l’effet augmentait leurs maux salis les guérir.
L’exemple de l’antique maladie de la lèpre devenant contagieuse par la respiration des malades ou par le simple attouchement , les mensonges des malades qui, pour exciter la pitié, ne convenaient pas du désordre de leur conduite; l’odeur infecte qu’ils exhalaient, les ulcères dont ils étaient couverts, tout contribuait à écarter les mains dont ils auraient pu attendre des secours. Les prêtres exhortaient les malades à fléchir la colère divine par des jeûnes et des aumônes. Le parlement avait rendu un arrêt en forme de réglement de police , et y enjoignait , sous peine de la hart, à tout individu, infecté de cette maladie ,. s’iMii’était pas domicilié dans Paris , d’en sortir sous les vingt-quatre heures
avec
avec -défenses d’y rentrer, et s’il était don)ioilié i55t;. dans Paris, de rester enfermé dans sa maison sous les mêmes peines.
Ces régleinens trop sévères servaient^e préservatif contre la vaine appréhension d’une conta^on générale , sans arrêter les progrès de la maladie.
Le remède se trouvait dans les pays d’où les navigateurs avaient apporté dans leurs vaisseaux la maladie , à laquelle fut donné le nom de vénérienne. La nature faisait croître dans les îles , entre les tropiques, plusieurs plantes dont les habitans du pays employaient avec succès les racines à se guérir en peu de temps. Les Espagnols , maîtres de Saint- Domingue, apportèrent ces racines en Europe j mais ce remède avait perdu sa vertu curative en traversant la mer; peut-être aussi la transpiration, plus difficile et moins abondante dans nos climats tempérés que sous les feux de la zone torride , rendait ce remède inutile parmi nous ; ilfàllait chercher d’autres moyens de chasser le poison vénérien.
Des cluirlatans guérissaient les maladies de la peau par des frictions mercurielles; ils essayèrent l’usage de cette substance métallique , et furent étonnés de leurs succès; opérant sans méthode et appliquant indifféremment le mercure à la même • dose , ils hâtaient la mort de beaucoup de malades, mais d’autres se trouvaient guéris. Les médecins perfectionnèrent peu à peu cette découverte ; elle u’existalt pas sous François !."■
On regarda long-temps la maladie de ce prince Tome f^II. 20
lûag. comme incurable ; un abcès, qui s’était formé à l’embranchement des cuisses , creva et laissa épancher au dehors une partie du venin ; mais soit que les médecins de la cour manquassent d’expéridhce , ou qu’ils craignissent d’appliquer des remèdes trop actife , le germe du mal subsista. Se développant quelques années après avec une nouvelle violence , il résista à tous les remèdes.
i4. Dans le temps où le monarque expiait par nn long supplice l’erreur de quelques momens , le connétable de Montmorenci, trop fidèle à suivre Je même plan de politique , ne laissait éehapper aueiine occasion de plaire à l’empereur. Ce prince , à peine de retour à Madrid ,’fut informé d’une révolte dans Gand. Les provinces belgiques conservaient leurs anciens privilèges , autant que le permettaient les circonstances. Jamais les souverains de ces florissantes contrées n’avaient levé sans contradietion des impôts arbitraires. Les provinees et les villes offraient au gouvernement des dons volontaires. La gouvernante des Pays-Bas , recevant ordre d’envahir la Picardie , avait convoqué les états de Flandre en i534. Us acceordèrent 1,200,000 flo^ rins. La ville de Gand fut imposée à 4oo,ooo fr. Cette ville était Intéressée à éviter une guerre contre la France , avec laquelle un commerce très- . étendu et très-lucratif concourait à sa prospérité. Elle prétendait que , d’après les constitutions de Flandre , aucune taxe ne pouvait être imposée sur elle sans son consentement. La reine douairière de
Hongrie , gouvernante des Pays-Bas, repoussa i53c^ cette prétention par un argument sans répliqué.
Les 1,200,000, florins avaient été accordés par les états de Flandre , dont les députés de Gand faisaient partie ; cette ville ne pouvait donc refuser de payer sa part de l’imposition.
La gouvernante essaya d’abord de gagner les Gantois par plusieurs marques de condescendance ; n’ayant pas réussi , et la publication d’une longue trêve , équivalente à une paix , augmentant son pouvoir , elle fit arrêter vingt-quatre des principaux bourgeois. La ville de Gand prend les armes.
C’était une des plus grandes et des plus riçhcs cités de l’Europe. Elle voulait se donner au roi deFran" ce , comme à son seigneur suzerain ; son exemple pouvait entraîner la Flandre entière et même le Brabant.
C’était une aCquisition d’une valeur infiniment supérieure à celle du duché de Milan ; non seulement la cour de France rejeta les propositions des Gantois , mais par un oubli impardonnable des règles de la bonne foi , leurs lettres furent envoyées à Charles-Quint.
Ce prince ose demander à François I.'" le passage dans ses états. C’était à la fin de l’automne , la saison contrariait la promptitude de ce voyage par mer.
Ce projet , ayant été proposé dans son conseil , éprouva une générale contradiction. Les uns regardaient cette demande comme téméraire , incon-
i55g. venante , comme exposant l’empereur à un affront si elle était refusée, et au danger le plus imminent si la cour de France l’adoptait. D’autres, considérant la position actuelle des deux monarques , et les sujets d’outrages dont François avait à se venger, ne trouvaient aucune sorte de sûreté pour l’empereur , s’il se mettait entre les mains d’un ennemi réconcilié qu’il avait si. souvent et si cniellcment offensé. Qiarles n’écouta rien. Le principal but de ce prince était de détacher absolument François 1.*' de l’alliance de l’Angleterre et de la Porte Ottomane , en faisant naître des soupçons dans l’esprit de Soliman et de Henri, par l’apparence d’une confiance sans bornes établie entre les cours de Paris et de Madrid. Charles avait étudié , avec soin le caractère de son rival 5 il se flattait, non seulement de ne courir aucun danger en traversant la France , mais que ce voyage \ie nécessiterait aucun sacrifice préjudiciable à sa couronne.
Un ambassadeur extraordinaire envoyé à Paris , persuadant au connétable que l’affaire du Milanais se terminerait bientôt à la satisfaction du roi, le priait en même temps de ne pas exiger , pendant le séjour de l’empereur en France, d’autre assurance dont l’effet présenterait cette concession comme an-achée par la violence plutôt que dictée par la bonne volonté et la justice. François , au lieu de sentir le piège tendu sous un artifice aussi grossier, se laissa éblouir par l’idée séduisante d’accabler son ennemi par des actes de générosité. Ju-
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géant du cœur de Charles par le sien , et regardant 1559. les sentimens de reconnaissance nés du souvenir des bons offices , comme devant agir avec plus de force sur l’esprit de l’empereur que les stipulations précises d’un traité , il abandonna à leur inlluence le soin de le forcer à remplir des promesses si souvent réitérées et si souvent violées.
Non seulement le roi s’empressa d’accorder la demande de sonrival, mais il envoya à sa rencontre ses deux enfans à Bayonne. Us devaient lui servir en même- temps d’escorte et d’otages. Charles se mit aussitôt en route suivi d’enviroîi cent officiers ou domestiques. il fut reçu aux bords de la Bidassoa par le dauphin , le duc d’Orléans et le connétable de Monlmorenci. Les deux princes offraient d’aller en Espagne pour sûreté de sa personne. L’empereur se fit un mérite de rejeter des offres peu séantes , et qui probablement u’auraient pas été accomplies.
Tous les historiens fout mention de l’extrême magnificence avec laquelle on s’empressait de recevoir ce prince dans les grandes villes. Le roi alla au devant de lui à Châtellerault. Les deux princes s’avancèrent ensemble vêts Paris , offrant à cette cajntale le spectacle de deux monarques rivaux, dont les querelles avaient troublé l’Europe depuis vingt ans , paraissant unis ensemble par une am^ lié sincère, comme si dans un si court interv’alle les injures passées avalent pti s’effacer de leur souvenir. Ils entrèrent solonnclleraent dans Paris , le premier janvier. Les ordres religieux, l’université ,
3go HIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXV.
O. les cours de justice, le chancelier avec les officiers du grand conseil, les maîtres des requêtes, la maison du roi, les cardinaux, les princes, enfin le connétable , l’épée à la main , précédaient l’empereur. Ayant fait sa prière dans la cathédrale , il alla descendre au palais où le roi avait fait préparer un banquet royal. Charles-Quint passa six jours dans Paris. 11 assista aux fêtes données pour lui faire honneur ou pour le distraire ; mais, malgré sa complaisance étudiée , son impatience à achever son voyage perçait dans ses regards et dans son maintien.
Cette Impatience pouvait s’attribuer à l’état alarmant de la Belgique , elle venait aussi de la crainte dont il était tourmenté, considérant de plus près le péril dans lequel il se trouvait. Le sentiment intérieur de la fausseté qu’il mettait dans sa conduite politique le forçait de réfléchir sans cesse à tous les hasards dont dépendait la continuation de son voyage. Il pouvait arriver que les motifs d’intérêt l’emportant dans l’ame du roi sur ceux de l’honneur et de la générosité , il se vengeât de tant de traits de perfidie en le confinant dans une forteresse : ainsi le pensaient hautement plusieurs ministres. Rien ne pouvait déterminer François I.®' à violer sa parole; et tels étaient ses sentimensde loyauté , qu’on ne pouvait pas même le convaincre de la simple possibilité d’une nouvelle tromperie de la part de l’empereur.
Si on eu croit Voltaire, François I.‘® se serait
couvert d’opprobre, retenaut en prison par une i54o. basse perfidie celui dont il avait été le captif par le sort des armes. « Il y a, nous dit cet éerivain, des crimes d’état autorisés jiar l’uÆge , et d’autres que l’usage et surtout la chevalerie de ce siècle n’autorisaient pas ». Mais des princes, après avoir violé cent fois les traités faits entre eux, après s’ètre suscité de nouveaux ennemis au moment même qu’ils se portaient des paroles de paix, auraientils manqué de prétexte pour autoriser une nouvelle fourberie? Un Espagnol avait dit à Charles- Quint : « Si les Français vous laissent sortir de leurs provinces sans vous forcer à restituer les deux millions d’or payés pour la rançon des enfâns de France , Us seraient bien légers ou bien aveugles.
Ils sont l’un et l’autre, répondit l’empereur, et sur cela je me fie ». Cette réponse , si elle est vraie, peint le caractère de Charles-Quint et de François I."
Il fallait , dit-on , exiger de l’empereur ime assurance par écrit d’investir de la Lombardie François ou ses enfàris. Le roi tenait dans ses mains
cette assurance : d’ailleurs François I.'' n’avalt-il
pas promis par écrit de céder la Bourgogne à Charles-Qulnt , et n’avait-U pas éludé sa parole ? On n’abandonne guère à son ennemi une grande province^ sans y être forcé |)ar les armes. François I." pouvait. terminer toutes les difficultés, en retenant, prisonnier un roi qui s’était mis imprudemment dans scs mains. Le connétable de Montmorenci
i54o. combattait, par les principes de la franchise et de la loyauté , un projet dont les suites auraient changé la face de l’Europe. L’empereur faisait sa cour à ce guerrier at^ec une minutieuse attention.
Cependant il montrait le plus vif empressement de sortir de Franpe. Tantôt représentant au roi combien il était dangereux de laisser à b rébellion de Gand le temps de se propager dans la Belgique , il trouvait dans cette urgence la nécessité d’abréger le temps de son séjour à Paris. D’autres fols il la cherchait dans le désir de satisfaire promptement le roi au sujet de la Lombardie. « Ferdinand , lui disait-il , retenu en Hongrie par les affaires de b plus haute importance , doit venir sur les frontières de France après la pacification de b Belgique, et mettre le sceau à notre union ». François I.*'' accompagna l’empereur jusqu’à Saint- Quentin ; les deux fils du roi et le connétable le suivirent , et prirent congé de lui dans Valenciennes , première ville de sa domination.
Aleuf retour, ils surprirent étrangement le roi. Charles l’avait assuré que les afiàires importantes de Ferdinand, roi des Romains, en Hongrie , ne lui permettant pas de venir dans b Belgique , la nécessité de rétablir b tranquillité dans ces provinces le forçait d’abréger son séjour dans Paris. L's deux princes français furent instruits dans Valenciennes de l’arrivée de Ferdinand aux environs de Luxembourg à la tête d’une armée formidable. Cette disposition annonçait à François I.*'
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combien peu il devait compter sur les paroles données par l’empereur duraift son séjour à Paris.
1 5. Des ambassadeurs auprès de Charles-Quint le somment d’accomplir ses pron>esses. Charles , prétextant que tous scs instans étaient employés à trouver les moyens d’étouffer promptement la révolte des Gantois , demandait de nouveaux délais. Cette tergiversation pouvait faire naître des soupçons dans l’ame de François I.*', il cherchait à les prévenir , en continuant de parler de ses dispositions à satisfaire le roi son frère du même ton dont il en payait à Paris. Il écrivit même une longue lettre à ce sujet en termes vagues et équivoques , qu’il se proposait d’interpréter à son gré dans la suite.
, Les Gantois, abandonnés par le roi de France, leur suzerain , ne pouvaient résister à l’empereur prêt à marcher contre eux avec les armées les plus redoutables. Une de ces armées avait été levée dans le Brabant , le Luxembourg et le pays de Liège ; une seconde venait d’Espagne par mer ;j le roi des Romains amenait la troisième d’Allemagne : envoyant des députés à Charles , ils imploraient sa clémence. Charles fit réponse qu’il venait à eux le sceptre dans une main , le glaive dans l’autre. Il entra sans obstacle dans la ville , le 24 ' février , jour de sa naissance. Cette circonstance n’éveilla dans son ame aucun de ces sentimens de tendresse et d’indulgence , conservés par la plupart des hommes pour le lieu où ils reçurent le
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i54o. jour. Vingt-six des principaux Iiabitans de Gand périrent sur des é(4iafauds. Un plus grand uonabre recurejit ordre de s’éloigner de Gand et de la Belgique. Gand, patrie de l’empereur, perdit ses privilèges , ses revenus municipaux et l’ancienne forme de son administration. Les liabitans furent condamnés à payer 5o,ooo florins. Charles employa cette somme à la construction d’une citadelle , et força les liabitans à fournir un tribut annuel de 6,000 florins pour le paiement de la garnison.
Charles n’avait plus besoin "de cacher sa duplicité sous le masque dont il s’était couvert jusqu’alors. Ayant long- temps éludé la réponse " sollicitée par les ambassadeurs de France, il la donna enfin en ces termes : « Je confesse avec regret qu’il n’est pas en mon pouvoir ,dc remplir mes engagemens avec le roi ; le roi des Romains , malgré mes instances, refuse de donner sa fille au duo d’Orléans , et de renoncer à ses droits sur le Milanais. J’offre ma fille en échange , je lui assignerai en dot les provinces belgiques appartenantes à la maison d’Autriche ».
Cette olTre se présentait sous l’aspect le plus brillant , si elle eût été sincère ; mais lorsqu’il fallait discuter les couditions de cet hymen et de cette cession , elles sc trouvaient absolument inacceptables. Le roi devait renoncer dans le riioment à tous - ses droits sur la Lombardie , restituer au duc Charles m la Savoie et le Piémont, et.
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nu lieu Je recevoir en échange les Pays-Bas , ils devaient continuer à être régis par les officiers de l’empereur , jusqu’au temps où le duc d’Orléans serait en âge de gouverner par lui-même. Non seulement l’emjKîreur refusait d’envoyer sa fille en France pour y être élevée ; mais il voulait que le duc d’Orléans fut envoyé à Madrid auprès de la princesse destinée à devenir son épouse.
On s’apercevait aisément combien cette combinaison pouvait devenir fimeste à la France. L’empereur , tenant en otage le duc d’Orléans , s’assurait de l’inaction du roi de France , soit que les armées espagnoles voulussent exécuter la conquête de l’italie entière , ou que le projet de la maison d’Autriche fût de réduire l’Allemagne en monarchie absolue. Si l’un ou l’autre de ces projets se trouvait rempli, sans opposition de la part de François les moyens ne devaient pas manquer à l’empereur pour anéantir ses engagemenS quand il le jugerait convenable; le duc d’Orléans pouvait être alors dépouillé , méprisé , renvoyé. Le roi ordonna à ses ancd)a.ssadeurs d’insister uniquement sur les premiers engagemens de l’empereur. Ne restant plus à ce prince de subterfuges avec lesquels il pût échapper à leurs vives instances , cessant de feindre , il refusa fornàellement de se dépouiller d’une possession si importante , de diminuer par générosité l’étendue de ses domaines pour augmenter les forces de son ennemi. Il nia
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j^o. même d’avoir fait une promesse dont l’effet fût un sacrifice si contraire à ses intérêts.
De toutes les actions reprocliées à Charles-Quint par l’équitable postérité , ce trait de mauvaise foi fut le plus flétrissant pour sa gloire. Ce prince ne s’était jamais montré scrupuleux sur les moyens de parvenir à son liut , il ne se piquait pas d’observer exactement les principes de l’honneur et de la franchise ; mais dans cette occasion le dessein réfléchi détromper un prince généreux et franc, la bassesse des artifices employés pour y réussir -, l’insensibilité avec laquelle il reçut les marques d’amitié de François !."■ , et la froide ingratitude dont il les paya , tout cela était absolument indigne de son rang.
Au surplus, en blâmant la duplicité de l’empereur qui t^ait beaucoup aux circonstances dans lesquelles il se trouvait , la crédulité du roi ne fut pas moins censurée. Après toutes les occasions dans lesquelles il avait parfaitenrent connu le caractère de son rival, son aveuglé simplicité parut inciiter l’issue dont elle fqt suivie. François I." se récria contre le procédé de Charles- Quint comme s’il n’eût pas dû s’y attendre. L’éclat donné . A son ressentiment fit même tort à la loyauté de son caractère.' On dot attribuer sa conduite bienveillante envers l’empereur, durant son voyage de France, à l’intérêt plutôt qu’à la générosité.
Depuis l’entrevue d’Aigues-Mortes , la cour de
France , continuant d’entretenir un ambassadeur j à Constantinople , perdait cependant une partie de son crédit auprès de la Porte Ottomane. Le séjour de Charles-Quint à Paris annonçait une entière confiancé entre les deux prinecs. Solinian soupçonnait qu’ayant oublié leurs anciens sujets de haine , ils formaient ensemble une confédération contre l’empire du Croissant. Charles-Quint publiait le projet d’une croisade , les Français , à l’entendre, devaient y prendre part ; ce bruit semé insidieusement faisait à Constantinople l’impression la plus fâcheuse. L’envoyé de Frauce, Rinçon, reçut plusieurs insultes graves : il sollicibit son rappel. François I." allait lui ordonner de revenir en France , loisque la conduite de l’empereur changeant les dispositions du roi , ce ministre reçut les ordres les plus précis d’cm[)loyer toute son adresse à resserrer les nœuds de la bonne intelligence entre les gouvememens de Paris et de Stambool. Rinçon se trouvant autorisé détruisit aisément les .insinuations des agens autrichiens. Soliman prit la résolution de porter de nouveau la guerre en Hongrie. Le divan chargea Rinçon d’aller à Paris , de communiquer ce plan de campagne à François I." et de le concerter avec lui. Soliman venait de conclure à la même époque, avec le sénat de Venise, un traité de paix auquel les bons offices de l’ambassadeur de France avaient contribué. Ce ju ince proposait une ligue entre les Turcs , les Français et les Vénitiens contre Charles-Quint. Suivant les
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1540. idées du divan de Constantinople, des offres avantageuses , faites par le roi de F rance au sénat de V enise , devaient l’emporter aisément sur les motifs de retenue et de bienséance qui les empêchaient de déclarer la guerre au premier prince de la chrétienté.
Ce projet entrait dans les vues de François I." 11 dépêche de nouveau Rinçon à Constantinople , en lui ordonnant de passer parVenise, accompagné de F rançoisF régose, nommé ambassadeur deFran.ce auprès de la république. Les deux ministres, munis de pleins pouvoirs nécessaires , devaient terminer dans Venise la négociation commencée par un envoyé de Soliman. Frégose avait ordre en même temps d’observer les dispositions des princes d’Italie , et de former des alliances avec eux.
Charles -Quint , sortant des Pays-Bas , avait investi du duché de Milan son fils Philippe et ses des- . cendans : mais les circonstances le forçaient alors
ht ne pas mécontenter les princes delà confédération de Smalkalde. Une conférence fut ouverte dans iWorms, malgré les réclamations du pape. Melancton, pour les protestons, Eckius , pour les catholiques, commencèrent à se rapprocher. L’empereur , voulant augmenter la solennité de cette controverse , en ordonna la continuation dans la diète de Ratisbonueji laquelle il voulait présider en personne.
1541. Celle seconde conférence commença avec appareil. Des deux côtés , on avait laissé à l’empereur
le choix des lliéologiens chargés de discuter les objets en contestation. On convint aussi d’éviter les formes des querelles théologiques. L’empereur nomma pour les catholiques Eckius , Gropper et Phlug; et gour les protestans, Melancton , Bucer .et Pistorius. Le cardinal Contarini , prévoyant que cette conférence finirait comme les conférences antérieures, sans aucune issue favorable, s’applicptait à gagner les bonnes grâces des princes protestans. Il y réussit avec beaucoup d’art. On était sur le point de s’accorder sur les articles principaux ; une bulle de Paul III détruisit cet espoir de concorde et de paix , elle cassait tous les actes des conciliateurs, en affirmant qu’il n’appartenait pas à une • assemblée composée de Laupjes et d’ecclésiastiques
de discuter et encore moins de décider les dos- *■' . . ® mes religieux. Charles maintint alors les protestans,
par une proclamation , dans les privilèges dont ils avalent joui jusqu’alors et dans la possession des biens ecclésiastiques. '
Les armemens de la Porte Ottomane , inspirant à l’empereur une vive appréhension , lui dictaient cette condescendance envers les protestans. Depuis la dernière trêve entre Soliman et la maison d’Autriche, Jean Zapoli , nommé roi de Hongrie par la Porte , avait conclu un traité avec le roi des Romains. Le royaume de Hongrie était abandonné à Zapoli par son concurrent, à condition qu’après sa mort son héritage passerait à la maison d’Autriche. Les Hongrois voulaient annuler cette
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*541. clause. Iis engaf5èrent Zapoli à épouser Isabelle, fille du roi de Pologne. Ce prince mourut un an après sou mariage, laissant un enfant au berceau.
U fut reconnu roi de Hongrie , sans égard au traité conclu avec Ferdinand. La tutoie du jciine monarque fut confiée par les grands , et par les évêques ’ du pays, à la reine-mère et au cardinal Georges Mas- •
tinuzi, évêque de Waradin.
Ferdinand, profitant de cette minorité, pénétrait en Hongrie avec une armée considérable ; Masllnuzl s’était adressé à la Porte Ottomane de concert avec l’ambassadeur de France. Les trou- 0 pes ottomanes entrent sur-le-champ dans le royaume et défont celles du roi des Romains.
Dans cette circonstance , les princes de la ligue de Smalkalde offraient toutes leurs forces à l’empereur, à condition qu’il convoquerait en Allemagne un concile auquel il présiderait lui-même à l’exemple des anciens empereurs , ou une diète générale chargée spécialement de terminer les difficultés ecclésiastiques à la satisfaction commune , et qu’en attendant chacun jouirait d’une entière liberté de conscience. Les protestans s’étant chargés de la défense de la Hongrie autrichienne contre les Ottomans , Charles-Qulnt vint dans le royaume de Naples se livrer à une grande entreprise méditée par lui depuis long-temps.
11 fut alors instruit des nouvelles liaisons formées entre la cour de France et la Porte Ottomane : apprenant lo départ des deux ambassadeurs français
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çals et la route qu’ils devaient tenir : des ordres i54i. furent donnés au marquis del Vasto, gouverneur de Lombardie, de les &ire assassiner , de manière à ne pas laisser de traces de ce crime , et d’envoyer leurs instructions à Naples. Rinçon et F regose, parvenus à Turin , crurent pouvoir en sûreté traverser le Milanais à la faveur de la trêve subsistante entre les cours de Pans et de Madnd. Ils eurent 1 attention de laisser leurs papiers au gouverneur du Piémont chargé de les faire passer par Venise. Ces deux voyageurs s’embarquèrent sur le Pô, et furent assassinés durant leur navigation. Un procès-verbal , dressé par les ordres du gouverneur du Piémont, constata plusieurs circonstances de ce crime.
Le roi en demanda justice à l’empereur . Ce prince, affectant les sentimens de la plus profonde indignation ^ promit cette justice , et ne tint pas parole. François évita toute nouvelle explication il ne voulait pas entrer en campagne sans avoir pris ses dernières mesures avec les Vénitiens et avec Soliman ; mais dès-lors la guerre était entièrement résolue. Le capitaine Polin , connu dans la suite sous le nom de baron de la Garde, fut envoyé-à Constantinople , et en prévint le divan.
Dans l’espoir d’une pix durable , le roi ne ménageait ps l’argent ; il le dépnsait en bâtimens et en fêtes. Le trésor public se trouvait vide au moment où la conduite de Charles-Quint forçait la France à prendre les armes. Le roi ayant besoin de ressources extraordinaires , ses ministres lui Tome f^II. . .26
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i54i* conseillèrent de rechercher la manutention de ceux qui , avant eux , avaient conduit les aSùires publiques. Les premiers coups tombèrent sur les financiers. Plusieurs furent incarcérés et condamnés à des restitutions. Cette inquisition s’étendit ensuite sur les grands seigneurs dont la fortune parabsait excessive ou mal acquise. On fit le procès à l’amiral Brion-Chabot et au chancelier Poyet. Chabot fut condamné à une amende de quinze cent mille francs et à la privation de ses charges j des lettres dé grâce le rétablirent peu de temps après dans ses emplois.
Guillaume Poyet, accusé de malversations , fut arrêté dans sa terre d’Argilly. Le roi lui donna pour juges vingt conseillers au parlement de Paris , cinq du grand conseil , deux des autres parlemens du royaume. Les lettres-patentes attribuaient à. ce tiibunal la même autorité qu’aurait eue le parlement de Paris en qualité de cour des pairs , et dérogeaient à un édit dont les dispositions déclaraient le chancelier de France non justiciable des ' parlemens. Malgré cette disposition, les juges , ne se croyant pas revêtus d’un pouvoir suffisant , SC contentèrent d’instruire le procès. L’arrêt fut rendu dans l’assemblée des chambres du parlement ile Paris. 11 ne s’y trouva aucun pair.
On accusait le chancelier d’avoir accepté d’un négociant de Toulouse des fourrures d’un grand prix pour obtenir le privilège exclusif des traites foraines. Il répondait : cc J’ai envbagé le bien du
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royaume en affermant cent mille ëcus une branche i54i. de revenu public dont le produit n’excédait pas huit mille livres dans les temps antérieurs. N’ayant rien exigé en signant ce marché avantageux , j’ignore si en effet on m’a adressé quelques fourrures ».
D’avoir reçu des officiers municipaux de Rouen une pierre gravée avec un cadre d’or valant six cents francs pour l’expédition de quelques patentes. Il répondait : « Les magistrats de Rouen , connaissant mon goût pour les antiques , m’ont présenté cette pierre : je l’ai acceptée , en les engageant à recevoir le prix du cadre. J’ai ordonné d’envoyer cette somme ; je ne saurais assurer s’ils l’ont reçue ». . <
D’avoir créé dans plusieurs villes- des charges de mesureurs de grains , d’auneurs de toiles , et d’huissiers à la connétablie ; de • les avoir données à ses domestiques au lieu de gages , ou de les avoir fait vendre à son profit. Il répondait : « Toutes ces créations d’offices ont été précédées d’une enquête juridique rapportée au conseil du roi. Etant maitre d’en disposer , j’ai pu à l’exemple de mes prédécesseurs , en gratifier mes domestiques. J’ignore si ' quelqu’un d’eux les a vendues; en i m’a caché cet odieux trafic , s’il existe ». '
D’avoir trompé le roi sur les restes de la succession de Louise de Savoie , duchesse d’Angoulême , mère du roi, en se procurant dix-neuf mille francs d’un don qu’il avait fait envisager au roi comme un objet de peu de valeur, et d’avoir si bien senti
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la culpabilité de cette action , qu’il fondit en larmes apprenant la découverte de sa fraude. 11 répondait .* « Dans le conseil d’état où le chancelier n’entre pas , le i-oi a fait eipédier les lettres du don qu’on me reproche d’avoir surpris. La générosité du monarque ne s’est pas bornée à si peu de chose à mon égard. Bientôt après , il m’a donné huit mille écus pour acheter des meubles. Le roi m’avait pourvu de deux abbayes ; il me promettait l’arche • vêché deMarbonne; il sollicitait mêmeen ma&veur un chapeau de cardinal peu de temps avant le jour où je fus arrêté. Si j’ai négligé de mettre sous les yeux du roi l’exacte quotité du don dont on me fait un crime aujourd’hui , je jugeais ces détails indignes de l’occuper ».
Ces charges minutieuses ne sembbient pas devoir servir de base à ime procédure ciiminelle dirigée contre le premier magistrat du royaume. Son administration lui avait bit un grand nombre d’ennemis ; ils se réunissaient pour le perdre. A la tête de ses ennemis se montrait l’amiral Chabot , contre lequel il avait dirigé la procédure criminelle dont je viens de parler. Les reproches concernant le procès de l’amiral Chabot formaient soixante et douze chefs d’accusation , déférés à b justice par des hommes constitués en dignité. Poyet , consommé dans b connaissance des formes judiciaires , demandait qui pouvait avoir fourni au procureur-général ces soixante et douze articles. c( Les juges , seub témoins de b procédure , n’étant
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pas en jugement ; d’ailleurs , ajoutaitle cliaocelier) i54il’amiral Chabot , rentré en grâce , a obtenu la révision de son procès. Les nouveaux juges ont confirmé la première sentence, puisqu’il a pris des lettres de grâce. Les eût-il sollicitées, s’il eût pu convaincre ses juges de prévarication ? Enfin la sentence prononcée contre lui était signée par un grand nombre de magistrats distingués. Pourquoi ne se trouvent-ils pas impliqués dans l’action intentée contre moi ? Si plusieurs juges prétendent aujourd’hui avoir été contraints de signer , ils avancent un fait absurde en lui-même et déshonorant pour la magistrature. Quelle contrainte pourrait jamais les disculper d’avoir participé à un acte d’iniquité? »
L’instruction du procès s’était &ite dans la salle de Saint-Louis ; mais, comme je l’ai déjà observe , l’arrêt fut prononcé dans la grand’chambre , les enquêtes et les requêtes assemblées. Poyet en entendit la lecture, placé dans le parquet des avocats. L’arrêt était conçu en ces termes : a La cour , pour raison des fautes , malversations , entreprises et autres délits commis par Guillaume Poyet , le prive de son état de chancelier de France , le déclare inhabile à tenir un office royal , le condamne à cent mille francs d’amende , et à tenir prison jusqu’à paiement de cette somme ».
Plusieurs écrivains ont avancé qu’après cet arrêt , Poyet , réduit à l’indigence , fut réduit à reprendre ses anciennes fonctions d’avocat. Cet état
de dénuement ne saurait être supposé. Poyet , dans ses interrogatoires , s’était déclaré titulaire de deux abbayes. Le roi , enclin à l’indulgence , dès qu’U n’était plus entraîné' par des suggestions étrangères , rendit à Poyet sa liberté avant l’acquittement de la somme à laquelle il était condamné. 11 mourut en 1 548 , d’une rétention d’urine. L’avocat-général Montholon avait été pourvu de la dignité de chancelier de France. ‘
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FRANGE