‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 19 sur 27 · LIVRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIÈME

' ■ ‘ ’ 'François J." — Henri II.

1. Guerre 3e Charles-Quint à Alger. — 2. Les hoslilités recommencent entre François et 'Charles. — Traité d’alliance entre l’empereur et; l’Angleterre. — S. Impâtsur Je sel. — Révolte. — 4- i545. — 5. Bauillc de Cerisoles. — 6. Invasion des Impériaux et des Anglais en France. — Paix de Crcspi. — Projet de paix avee la^cour de Londres!— 7. Mort de Luther. Etablissement de la religion réformée en iFrancé! — Supplice des habitans de Cabrières et de Merindol.- — 8. Concile de Trente. — Mort de Paul III. — Diète'de Ratisboniie.^ — 9. cIc François I.^'et de Henri VllI.

— Arts , sciences , commerce , usages de la société sous le règne de François I.*' — 10. Avènement de Henri II

4o8 mST. DE FR. I.' PART. LIV. XXVI.

à la couronne. — Composition du ministère. — 1 1 . Recette et dépense en 1547* — '*• Edouard VI parvient è la couronne britannique. — i5. Bataille de Murberç. 14. Le concile de Trente est transféré à Bologne. — Intérim. — i5. La reine d’Ecosse vient en France. — Vojage de Henri II en Piémont. — Insurrection à Bordeaux. — Extension de la jurisdiction prévâtale. — Barbaries exercées envers les réformés. — 16. Agrandissement de Paris. — Changement dans les droits de gabelle. — Paix entre la France et l’Angleterre. — 17. Le concile de Trente reprend ses séances. — Affaires d’Allemagne. — 18. Affaires d’Italie. Edit de Chàteaubriant. — Henri II, maître de Metz , Toul et Verdun.

’* 1. Gharles-Quint , comblé de gloire par son expédition de Tunis, se proposait de la renouveler devant Alger. Les idées religieuses 'ne permettaient pas à François 1.*' de lui Êdre la guerre durant cette nouvelle croisade ; cependant pour lui en ôter tout prétexte ) il feignait de vouloir lui donner satisfaction sur le meurtre de ses deux ambassadeurs. Le marquis del Yasto avait reçu publiquement les ordres de rechercher et de punir les assassins. Del Ya^to, après des recherches simulées , assurait Guillaume du Bellay , gouverneur de Turin , qu’il ne trouvait aucun indice de cet assassinat. François 1.*' n’ayant fait aucune nouvelle instance , Charles - Quint se persuada ai^ment qu’un prince si souvent trompé par lui le serait encore dans cette occasion.

Il eut dans Lucques une entrevue avec le pape, •

on y parb des moyens de ramener les protestans au > 54 > • culte catholique. L’empereur , occupé de sa vaste entreprise , disait peu d’attention aùx propositions du pontife. Il se hâta de joindre sa flotte et son armée , se flattant de traiter Alger comme il avait traité Tunis. En vain Doria montrait le danger d’une complète destruction auquel on expo- ’ sait la flotte sur des côtes dangereuses , dans une saison où les vents d’automne soufflaient ordinairement avec une violence extrême.

Charles s’embarqua à Porto -Venere, dans le golfe de la Spezzia , et ne tarda pas à reconnaître la justesse des observations de son amiral. Scs vaisseaux , battus par un coup de vent , arrivèrent avec beaucoup de peine dans les ports de Sardaigne, où le rendez-vous général était fixé. L’armée consistait en vingt mille hommes d’infanterie , cinq raille cavaliers et quinze cents hommes envoyés par le grand-maître de Malte. La navigation , de l’île de Sardaigne aux côtes d’Afrique,- continuait d’être périlleuse. La violence des •v'enls s’opposa long-temps au débarquement des troupes. Enfin l’empereur, profitant d’un moment de calme , prit terre assez près d’Alger , et fit surle-champ les dispositions du siège de cette ville.

Le dey opposait à peine aux Espagimls huit cents Turcs et cinq mille Maures. Ces troupes auraient snccombé sous les coups de l’empereur, si les élémens ne s’étaient déclarés en leur faveur.

. ^ux jours après le débarquement, les lni[)é-

• 54'* riaux commençaient à former leurs retranchemens , lorscpie des nuages s’amoncèlent j l’horizon se couvre d’une obscurité effrayante; une pluie, chassée par les vents impétueux , tombe au coucher du soleil. La tempête augmente durant la nuit. Les soldats n’avaient apporté que leurs armes , ils se trouvaient sans tentes et sans abri , exposés à la fureur de l’orage. En peu de temps la terre est couverte d’eau. Le camp espagnol fut inondé ; les jambes des soldats s’enfoncaient dans la boue. Le vent soufflait avec tant de violence, que , pour se soutenir , ils étalent obligés de se procurer un point d’appui avec leurs lances plantées dans la- terre. Barberousse ne manqua pas d’attaquer ses ennemis déjà vaincus par. la tempête.

Au point du jour il exécute une sortie avec la plus grande partie de sa garnison et des habitans d’Alger. Les avant-postes prirent la fuite à la vue des Maures. D’autres corps déployèrent plus de fermeté. La pluie avait moulUé leurs arcs et leur poudre , ils ne pouvaient s’en servir. Les Algériens 5 après avoir Êût un grand carnage des Impériaux , se retirèrent dans leurs murs, j

Un spectacle affreux rendait pluS( insupportable le sentiment j de cette défaite. L’ouragan n’avait pas dlscontinpé durant la nqit ; la mer s’agitait encore avec fureur. Les vaisseaux, exposés sur une plage ouveçtQ , arrachés de leurs ancres, se brisaient les uns contre les autres , ou contre les rochers : plusieurs furent jetés sur la grève , plu-

4ii

sieurs autres s’abîmèrent dans les flots. En peu i54i. d’heures quinze vaisseaux de guerre et soixante bàtimens de transport périrent. Le petit nombre de marins , échappés à la rage des flots , cherchant un refuge sur le rivage , étaient massacrés par les Arabes. Charles-Qiiint , absorbé par l’étonnement et la douleur, voyait s’anéantir scs munitions de guerre et les immenses provisions rassemblées à grands frais pour nourrir ses troupes. Plusieurs détachemens de cavalerie eurent ordre de sc porter sur les bords de la mer j de chasser les Arabes et de recueillir les naufragés respectés par la mer.

La tempête diminua sur le soir , après avoir duré vingt-quatre heures. On espéra de conserver assez de vaisseaux pour préserver les débris de l’armée des horreurs de la famine ; mais cet espoir pouvait être trompé. '

Après le coucher du soleil, la mer se couvrit dé nouveau d’épais nuages. Les commandans des vaisiseaux se trouvaient dans l’impossibilité de faire paiTcnir des renscignemens à l’armée ; elle passa la nuit'dans les tourméns de l’inquiétude la plus (Tésolante.Une barque envoyée parDoria parvint enfin au rivage. L’empereur apprit que Doria avait échappé au plus furieux coup de vent dont il eut éprouvé les atteintes depuis cinquante ans de navigation.

Refilé sur le cap Métafus , avec ses vaisseaux désemparés , il conseillait à l’empereur de marcher en diligence vers cette plage j favorable au rembarquement des troupes. ‘ ' '

4 1 a fflST. DE FR. L* PART. LIV. XXVI.

1541. Ce cap Métafus était à quatre journées du camp impérial. Les circonstances ne permettaient pas de déliliérer; Charles ordonna de se mettre en route , les blessés et les malades furent placés au centre de l’armée , les hommes les plus vigoureux, formèrent l’avant-garde et l’arrièregarde ; à peine la plupart des soldats exténués par la fatigue pouvaient supporter le poids de leurs armes , ils périssaient en grand nombre dans les torrens enflés par les pluies. La chair des chevaux laisait la seule noüçriture de l’armée. On parvint au cap Méta>fus. Le temps devenu assez calme favorisait la communication avéc la flotte , on ne manqua plus de vivres.

> Le malheur qui devait signaler cette fatale expédition n’était pas près de finir. L’armée embarquée fut tourmentée par une nouvelle tempête et dispersée. Plusieurs vaiss^ux abordèrent en Espagne , d’autres en Italie. Le vaisseau monté par l’empereur fut poussé sur les cotes orientales d’ Afrique. Les veiAs contraires l’y retinrent durant plusieurs semaines. U arriva enfin en Espagne , dans un temps où la nouvelle de la mort de l’empereuT se répandait généralement.

-^2 Ce retour ressemblait peu à la pompe triom-

phale de la première expédition de Charles contre les Africains. François I.*', sans attaquer ce prince pendant sa navigation, se préparait à venger l’affront fait à sa couronne par l’assassinat de Rinçon et de Frégose. Du Bellay-Laogei eut ordre de publier

les écla'ircissemens recueillis sur le meurtre de ces 1543. deux ambassadeurs. U dénonça à l’Europe le mâr> qnis del Vasto comme l’auteur de ce forfait. Ce manifeste fut suivi d’une délaration de guerre publiée au moment où Charles sortait de son vaisseau. François, après avoir exposé ses démarches infructueuses pour obtenir une juste satisfaction , les réponses ambiguës de l’empereur , qui semblait par cet entortillage se déclarer complice de cet assassinat, annonçait sa volonté de se faire justice par les armes.

Cinq armées avaient été assemblées ; la première, sous les ordres du duc d’Orléans et du duc de Lorraine , devait agir' dans le Luxembourg ; la se* conde , commandée par le dauphin ayant sous ses ordres les maréchaux d’AnnebaudetdeMontpesat, marchait vers les frontières d’Espagne. Le Brabant devint le champ de bataille de la troisième armée ■ conduite par le maréchal de Gueldre; Antoine, duc , de Bourbon-Vendôme , entrait en Flandre avec la quatrième 3 enfin la cinquième , destinée contre la Lombardie , se formait dans le Piémont.

l’armée du dauphiq. Chacun voyait avec surprise le principal effort des armées de François 1."^ ne pas se porter sur le Milanais, si long-temps l’objet des désirs de ce monarque; le souvenir des revers éprouvés par lui danscette contrée, et la difficulté d’entretenir une forte armée à une si grande distance du centre de de ses états , avaient ralenti sa passion de faire des

4i4 HIST. DE FR. I.' PART. LIV. XXVI.

1542. conquêtes en Italie ; il crut devoir essayer ailleurs la fortune de ses armes ; on pouvait se flatter de reprendre le Roussillon et peut-être la Navarre; à l’égard de ses expéditions dans la Belgique , c’était ’ «ne diversion dont les suites auraient pu devenir plus avantageuses à la France que la conquête de la moitié de l’Italie.

Le dauphin et le duc d’Orléans ouvrirent la campagne à peu près dans le même temps; le preniier mit le siège devant Perpignan ; le second pénétra dans le duché de Luxembourg ; ce vaste duché tomba au pouvoir du roi. Le duc d’Orléans, en réunissant ses forces à celles du duc de Vendôme et du maréchal de Gueldre , aurait probablement con(juis la plus grande partie de la Belgique ; son imprudence arrêta ces succès. Le bruit s’étant répandu que Charles-Quint voulait risquer une bataille pour sauver Perpignan , ce jeune prince plaça des garnisons dans les villes conquises , congédia le reste de son infanterie et courut dans le Roussillon à la tête des compagnies d’ordonnance , dans l’espoir de partager avec son frère l’honneur de la victoire. Cette conduite était d’autant plus inconsidérée qu’unearmée allemande, arrivant alors sur les bords de la Moselle , reconquit facilement, avant la fin de l’été , toutes les places perdues au commencement de la campagne.

De plus grands coups devaient être frappés dans le Roussillon , mais l’armée se mit trop tard en campagne. L’empereur avait eu le temps de jeter dans

•Il J

Pei'pignan des niumtions de guerre et de bouche ; le duc d’Albe , enfermé diins cette ville avec un corps nombreux d’infanterie , présentait un front redodtablc. Les Français, repoussés dans plusieurs assauts , affaiblis par les maladies , abandonnèrent la siège après six mois de fatigues inutiles. L’armée rentra dans le Languedoc.

Ce mauvais succès dérangeait les projets de François I."j l’empereur pouvait à son tour attaquer le Languedoc ; il ne fut pas [>ossible d’envoyer des renforts à l’armée du Piémont où Guillaume du Bellay avait fait quelques conquêtes : une révolution de goutte emporta ce général ; le maréchal d’Annebaud lui succéda.

François et Charles, soutenus par leuranimosité, mais épuisés par leurs efforts infructueux , employaient la vigilance et l’industrie à se procui-er la supériorité durant la campagne suivante. L’invasion des Français dans le Roussillon avait effrayé les Espagnols. Charles obtint des subsides extraordinaires ; il put envoyer un corps nombreux dans la Belgique sans dégarnir la frontière des Pyrénées; ayant confié le gouvernement général de l’Espagne à son 01s , il s’embarqua pour l’Allemagne en traversant l’Italie.

En même temps il négociait avec le roi d’Angleterre. Henri VIII, mécontent de François I.'% balançait entre l’alliance de la France et celle de l’Eispagne ; un incident le détermina.

Ce prince , jaloux d’étendre le système religieux

embrasse par lui , formait le projet d’engager le roi d’Ecosse , son neveu , de l’ado[)ter. Ses propositions n’éprouvèrent pas de fortes oppositions de la part de la cour d’Edimbourg ; il fallait le consentement du clergé. Ce corps , regardant la perte d’une partie de ses biens comme -devant suivre de près l’acceptation de la réforme ecclésiastique adoptée à Londres , entourait ce changement d’oppositions presque invincibles. Henri avait proposé une conférence à son neveu •, ce prince l’accepta , se lit long temps attendre, et finit par envoyer ses excuses. Henri attribuait cette espèce d’affront aux artifices de la cour de France autant qu’à ceux du clergé d’Ecosse. Depuis long-temps l’empereur lui faisait des offres séduisantes : il les accepta.

Jacques V, roi d’Ecosse , mourut presque subitement , laissant une fille au berceau sous la tutelle d’une mère peu accréditée chez un peuplé agité par les querelles de religion. Cet événement offrait un autre but aux combinaisons de Henri VIII : renonçant au projet de changer la religion d’Ecosse , il crut plus avantageux de réunir ce royaume à l’Angleterre par le mariage de son fils unique Edouard avec la jeune reine.

U craignait une opposition de la part du parti français dans ce royaume; le désir d’empêcher F’rançois 1." de prêter son assistance à ce parti confirma Henri dans la résolution de lier ses intérêts avec ceux de Charles-Quint.

Un traité d’alliance offensive et défensive fut conclu

FRANÇOIS I." 4i7

du à Londres le ii février i555 ; les deux monar- i545. ques convinrent d’exiger de F rançois I.'"^ une renonciation solennelle à ses liaisons avec la Porte Ottomane 5 la cession de la Bourgogne à l’empereur j le paiement des sommes dues par la cour de France à celle d’Angleterre , et en nantissement de ces sommes, le. comté de Ponthieu, les villes de Boulogne , de Montreuil , d’Ardres et de Tércmane.

Si François n’acquiesçait pas dans quarante jours à ces réquisitions , Charles et Henri promettaient d’entrer en France , chacun à la tête de vingt- . cinq mille hommes d’infanterie et de cinq mille chevaux, et de ne pas quitter les armes sans avoir recouvré , l’un la Bourgogne et les villes de la Somme , jiossédées par Charles le Téméraire, l’autre la Normandie, la Guienne et les autres provinces où les Anglais avaient dominé dans les siècles antérieurs. Des hérauts d’armes furent chargés de ces propositions : ils n’osèrent se présenter en France.

François I.'^ sentait trop tard combien il avait eu tort de ne pas conserver avec soin l’amitié de Henri VIII; il cherchait à le ramener; ses relations politiques avec l’Ecosse contrariant ses négociations à Londres , il fallait songer à se mettre en défense. L’alliance avec Constantinople fut resserrée. Le nouvel ambassadeur , envoyé auprès de Soliman , prouva avec force l’avantage d’une étroite union entre la Porte et la cour de France. Plusieurs pachas, gagnés par les intrigues de Charles-Quint ,

Page 1