Tome y II
s’étaicut déclarés contre l’alliance avec les Ffanca^j ils revinrentà l’opinion de l’ambassadeur de France. Barberousse reçut ordre de combiner ses forces navales avec celles de François I." Des tentatives faites par ce monarque , pour armer en sa faveur les protestans d’Allemagne , n’avaient pas été heureuses. En vain , dans la diète de Spire , le président Olivier entreprit de prouver aux princes de la ligue de Smalkalde , que leur intérêt devait unir leurs resseiilimens à ceux de François I.'^, la barbarië avec laquelle un grand nombre de réformés avaient été traités en France devenait ime barrière inattaquable. L’ambassadeur de France fut congédié durement.
François était réduit à sessevdes forces j la contiguïté de ses états lui donnait un avantage inappréciable sur l’empereur; la toute-puissance royale en France le garantissait des délais et des contretemps ordinaires dans les pays, où le peuple pourvoit aux frais de la guerre par des subsides précaires et souvent trop modiques ; ses armemens se Lisaient avec vigueur et célérité. Cependant François avait été contrarié par une sédition , il voulut luimême l’apaiser pendant que l’hiver suspendait les attaques réciproques.
3. L’impôt sur le sel était très-inégalement réparti dans les provinces auxquelles on donnait le le nom de pays de gabelle. On comprenait sous cette dénomination la plupart des provinces intérieures de France. Le roi percevait quarante-cinq
francs par rauid de sel. Une compgnie jouissait 1 du privilège exclusif de cette marchandise. Dans l’Aunis , la Saintonge, la Guienne , la Bretagne, les îles de Ré et d’Oleroii , le commerce du sel se faisait librement , en payant au roi le quart de l’achat j droit très-inexactement acquitté , parce qu’il était impossible d’arrêter la collusion entre les acheteurs et les vendeurs. D’ailleurs , il s’était établi un commerce de contrebande entre les provinces maritimes privilégiées et les pays de gabelle.
Les receveurs de greniers à sel se transportaient fréquemment chez les habitans de leur district.
Ils les obligeaient à leur représenter les certificats du grénetier , constatant la quantité de sel levée par eux ; on les condamnait à des amendes sur des soupçons de contrebande. Ces vexations devenaient d’autant plus odieuses qu’elles ne tournaientpasau profit du trésor royal. Les frais de perception de ces amendes arbitraires en absorbaient à-peu-près le produit. Il fut question dans le conseil du roi de simplifier la perception de cet impôt , en le réduisant à la moitié , et en l’étendant également dans toutes les provinces. Par l’effet de cet arragement , la contrebande se trouvait abolie.
Les habitans des campagnes évitaient les vexations des employés aux gabelles.
On proposait d’établir des bureaux de perception près des marais salans , de réduire le droit du roi à vingt-deux francs dix sous , payés par les pro-
1643. priëtaires des marais salans , et de permettre ensuite le libre commerce du sel. Ce projet, spécieux au premier coup-d’œil , cachait des inconvéniens auxquels on ne fit pas attention. Les provinces maritimes , exemptes du droit de gabelle , étaient proportionnellement plus chargées de tailles que celles sur lesquelles pesait cet impôt. D’ailleurs , une partie de la population des provinces exemptes se composait de matelots et de pêcheizrs; ils faisaient le commerce de sel quand cette denrée ne payait aucun droit aux marais salans ; mais n’avant pas les fonds nécessaires pour acquitter le droit de vingt-deux francs dix sous , ils allaient se trouver sans emploi et réduits à la misère. Enfin ,les propriétaires des marais salans, indépendamment de la contrainte k laquelle on les assu- ; jettissait , voyaient clairement que l’augmentation du prix du sel, à son extraction des marais salans, allait écarter les marchands étrangers, accoutumés à venir de la plus grande partie de l’Europe charger du sel dans les ports de France. Le nouvel édit excita une fermentation subite dans les provinces exemptes de gabelle.
Chabot-Jarnac , gouverneur du pays d’Aunis , se montrait trés-alarmé de cette disposition des esprits. Des circonstances particulières l’avaient rendu odieux aux habitans de la Rochelle. Prétextant une descente des Anglais, il venait d’intro- • duire dans cette ville quatre cents aventuriers. Les Rochelois jouissaient du privilège de se garder
eux-mêmes , ils considéraient cette innovation i545. comme une atteinte portée à leurs droits municipaux : il s’éleva de fréquentes querelles entre ces soldats et les bourgeois. Les soldats battus prirent la fuite; le gouverneur prit la fuite avec eux.
Dans cette circonstance , les commissaires chargés d’établir le nouvel impôt furent mal reçus.
Tout le pays se préparait à défendre par les armes les anciens usages. Cette sédition conduisit François !.*'■ dans l’Aunis. Arrivé à Cognac , il mande vingt-cinq des principaux habitans de la Rochelle et les syndics des communes voisines. Ces députés furent mis en prison , on les rendit responsables du traitement que Jarnac éprouverait de la part des Rochelois. Cet (Æcier , à la tête d’un corps peu nombreux , s’étant présenté aux portes de b Rochelle , les trouva ouvertes. Il entra sans ré^stance.
Ayant pbeé des corps-de-garde sur les places publiques, tine proebmation enjoignit aux Rochelois d’apporter à l’hôtel de ville toutes leurs armes.
Un tribunal , établi dans Cognac , déebrait criminels de lèse - majesté les opposans aux opérations des commissaires du roi , et confisquait les marais salans.
Sous ces sinistres auspices, François I.*' vint à la Rochelle. Des lettres-patentes , publiées par son ordre, portaient sui-séance aux arrêts rendus à Cognac , et promesse de donner audience aux individus condamnés par ces arrêts.
On élevait sous les fenêtres de b maison occu-
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1545. pée par le roi une estrade décorée de tentures et sur laqvielle un trône était préparé. Ce prince vint s’y asseoir, accompagné des ducs d’Orléans, de Vendôme et d’Estoutevillc , des cardinaux de Lorraine, de Ferrare et de Tournon, du chancelier de Montholon, de Raimond, premier président au parlement de Normandie, et de quelques magistrats. Au pied de l’estrade , on voyait les députés de la Rochelle et les syndics des communes voisines assistés de deux avocats. Cet appareil répandait l’épouvante dans la ville. Montholon ordonna aux deux avocats d’expliquer la défense de leurs cliens. Ce n’était pas le moment de discuter un point de droit. Les deux jurisconsultes s’attachèrent à implorer la clémence du prince.
« Avec beaucoup de raison, répondit le roi ^ vous ne cherchez pas à justifier la conduite des Rochelois, elle est inexcusable. Dans un moment où je veillais nuit et jour à la défense de l’empire y où mes enfans exposaient comme moi leur existence , non contens de se refuser aux dépenses entraînées par l’entretien de cinq armées, ils ont commencé une rebeUion , dont les suites pouvaient ouvrir les portes de nos provinces aux Anglais et aux Espagnols. L’exemple des Gantois vous apprend quelle réparation je pourrais exiger ; mai» je suis votre roi et votre pèi-e : en&ns coupables et Imprudens , ne craignez rien pour vos biens et pour votre existence. J’impose silence à mon procureur-général, j’abolis tous les actes de la procé-
dure de C6gnac ; je vous rends vos armes, vos i545. privilèges , les clefs de votre ville ; servez - moi comme vos pères ont servi mes prédécesseurs. J’ordoDuc à Jarnae de se conduire chez vous avec modération , et pour vous montrer combien je me fie à votre loyauté, toutes les troupes, sans excepter ma garde , 'sortiront de la Rochelle avant la fin du jour. Vous formerez vous-mêmes ma garde dans votre ville ».
A ces mots , la place publique retentissait d’acclamations , chacun voulait voir le roi, chacun voulait lui servir de garde. François , procurant une satisfaction complète aux Rochelois , envoya demander à souper aux officiers municipaux. Le banquet fut suivi d’un bal auquel les Rocheloises furent invitées. Le roi se mêla parmi les danseurs. ^ Il quitta la ville le lendemain. La sédition était entièremebt apaisée, chacun s’empressait à contenter le roi. Ce prince, de son côté, prenant en considération les observations du maire et des échevins de la Rochelle , modifia Pédit des gabelles, se contentant d’une contribution payable par les propriétaires des marais salans.
4. Dès que la saison le permit , François I."entra en campagne, l^es opérations commencèrent par le siège de Landrecy. Cette entreprise , regardée dans le conseil commé l’ouvrage de quelques semaines, éprouva des obstacles inattendus-: des pluies longues et abondantes retardèrent les travaux. L’empereur était entré avec une armée de
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1 543. quarante-cinq mille hommes sur les terres du due de Clèves , allié de François I.*' Le duc se retira aux approches des Impériaux. Maîtres de la campagne, ils investirent Duren ; cette ville fut enlevée d’assaut. Les Impériaux la pillèrent , la brûlèrent et en exterminèrent les habitans : cet exemple répandait une consternation effrayante ; toutes les villes du duché envoyaient leurs clefs à l’empereur sans entreprendre une fatale résistance. Le duc luimérae , ayant vainement attendu une armée française , fut contraint de recourir à la clémence de
Charles-Quint.
Admis en sa présence, ce prince lui rendit les duchés de Clèves et de Juliers, le forçant de re- , noncer à toute liaison avec la cour de France. Charles s’avança ensuite dans la Belgique. Landrecy venait d’ouvrir scs portes aux Français. L’empereur voulait reprendre cette place. Son armée fut alors renforcée par dix mille Anglais.
La garnison de Landrecy se défendit avec une valeur invincible. François marchait avec toutes scs forces au secom's de la place. François et Charles sc proposaient également de hasarder un combat décisif. L’Europe entière attendait cet événement dont l’issue pouvait terminer les longs et sanglans démêlés des deux monarques.
L’attente générale fut trompée. L’armée impériale s’était retranchée de manière à pouvoir être difficilement attaquée. Au milieu des mouvemens faits par les deux monarques pour se surprendre
. mutuellement, François parvint à introduire dans la ville assiégée un renfort de troupes et des provisions en abondance. Cliarles-Quint leva le siège et mit ses troupes en quartier d’hiver.
Soliman , fidèle à ses engagemens avec la cour de France , entrait en Hongrie. Les princes protestans , voyant Charles employer toutes ses troupes contre la France et leur laisser le poids entier de la guerre de Hongrie , abandonnaient les uns après les autres les bords du Danube. Soliman s’empara de Gran , d’Albe et de Cinq-Eglises. La plus grande partie du pays se soumit au fils de Jean Zapoli. Barberousse, avec une flotte de cent galères , côtoyait la Calabre , brûlait Reggio et se combinait sur la mer de Provence avec l’escadre française commandée par le comte d’Enghien. Pour la première fois , on voyait ensemble l’étendard des fleurs de lys et celui du croissant. L’armée combinée dirigea ses voiles vers Nice, dernier asile de l’infortuné duc de Savoie. La ville capitula après deux jours de siège. U n’y restait que les murailles. Les habitans s’étaient retirés dans la citadelle avec. leurs provisions et leurs effets. La citadelle , bâtie sur la pointe d’un rocher , passait pour inexpugnable. Les Français et les Turcs après des efforts inutiles , apprenant la prochaine arrivée d’André Doiia , mirent le, feu à la ville de Nice , et rentrèrent dans le port de Marseille. Barberousse y passa l’hiver.
En considérant le peu de progrès de cette cam-
1545. pagne, on devait s’attendre que la guerre traînerait • en longueur entre deux monarques donfleS ressources étaient presque inépuisables. L’animosité personnelle devenait chez l’un et chez l’autre une passion violente. Le désir de la satisfaire l’emportait sur les conseils de là prudence et même sur ceux de leurs intérêts. La saison rij^ourcuse les força de suspendre les hostilités : c’était pour préparer les opérations de la campagne suivante. Charles s’attacha à gagner les princes de l’Empire, et à soulever contre François I.'*^ la masse pesante du corps
germanique.
1544. E’ne diète était convoquée dans Spire au i®'' janvier ; elle fut extrêmement nombreuse. Charles prononça un long discours dans une des séances de cette assemblée. D’abord fut vanté le zèle avec lequel il avait voulu terminer, à la satisfaction commune , les troubles religieux d’Allemagne , et repousser l’ennemi du nom chrétien. « Mes efforts , ajouta-t-il , Ont été renversés par l’ambition du roi de France. Ce prince, osant mêler scs enseignes avec celles des Turcs, a démontré son projet de nous tromper par de perfides négociations ,'ct de nous" livrer sans défense à ses infâmes alliés avec lesquels il partageait nos provinces. Quel parti avons-nous à prendre ? Vainement nous marcherions contre les Turcs.
Si nous souffrons à nos côtés l’instigateur de leurs attaques, dirigeons nos coups contre cet ennemi. Après en avoir triomphé, les Turcs ne résisteront pas à notre courage ».
Le roi des Romains , voulant justiHcr lesassertions 1 54 . de son frère , et faisant le récit des conquêtes de Soliman en Hongidc, les attribuait à la malheureuse nécessité dans laquelle il s’était trouvé d’envoyer une armée contre la France.
François 1."' avait envoyé des ambassadeurs à Spire. Leurs discours ne firent aucune impression sur des esprits prévenus. Cliarles avait calmé, les inquiétudes des protestans en leur accordant toutes leurs demandes. On convint d’assembler en Allemagne un concile national chargé de rétablir la concorde religieuse. Les magistrats de la chambre impériale furent choisis sans distinction d’opinions religieuses. Toutes les voix se prononçant alors en faveur de l’empereur , les Français furent déclarés ennemis de l’Empire. On enjoignit aux magistrats de punir de mort tout individu convaincu d’enrôler des soldats pour le seivice de François 1.*' Une taxe de guerre fut imposée dans toute l’étendue de la Germanie. La confédération de Smalkaldc promit vingt-quatre mille hommes de pied et quatre mille chevaux payés pour six mois. >
'Charles engageait Henri Vlll à faire les plus vigoureux efforts en faveur de la cause commune.
Un vif ressentiment animait alors le roi d’Angleterre contre F rançois I." Les ministres britanniques avaient déterminéle parlement d’Ecosse à conclure * lo mariage du prince de Galles avec la jeune reine Marie. Cet hymen unissait à jamais le royaume
1 544. d’Ecosse et celui d’Angleterre. La reine-mère , Marie de Guise, vint à bout de rompre cette alliance , et de décider le mariage de la princesse avec le petit-fds de François I.®'' Le monarque anglais regardait une campagne heureuse en France comme un moyen infaillible de forcer les Ecossais à remplir ses vues. 11 promit à l’empereur de pénétrer en Picardie. On convint d’éviter les sièges et de réunir les armées anglaise , espagnole et allemande sous les murs de Paris.
François I." , menacé par les forces les plus redoutables , n’osait assembler les états-généraux et leur demander un nouvel impôt. Les tailles avaient été arbitrairement augmentées. Un autre impôt , établi sur les villes , payait les légions. U portait le nom de Paye des cinquante mille hommes. Les traites foraines rendaient cent mille ëcus. Les décimes sur le clergé se percevaient régulièrement. Ces subsides ne suffisaient pas. U fallait chercher des ressources extraordinaires. Une partie considérable des domaines de la couronne «e trouvait aliénée. Le roi les retira tous , à la réserve des apanages des princes du sang. U les aliéna de nouveau. On obtint peu de profit de cette reveute. Quatre nouvelles charges de maîtres des requêtes furent créées. On ajouta une chambre dans le parlement de Paris sous le nom de chambre
, du conseil , et une chambre des requêtes dans tous les parlemens des provinces. Plusieurs nouvelles sénéchaussées s’établirent dans des villes du
second ordre. Le roi vendit toutes ces charges ; il publia ensuite la convocation du ban et de l’arrière-ban.
Une partie des fiefs appartenait à des nobles hors d’état d’entrer en campagne, à des non nobles auxquels leurs occupations ne permettaient pas de porter les armes, ou à des gens d’église exempts du service militaire. Le? uns et les autres obtinrent la permission de suppléer à leurs obligations féodales par ime prestation pécuniaire.
Avec ces divers secours , on vint à bout de rassembler des armées d’une force égale à celles des ennemis. 11 était impossible de se procurer la supériorité sur tous les points d’attaque. U fut convenu dans le conseil de se tenir sur la défensive vers les frontières d’Allemagne , de l’Océan et dés Pyrénées , et d’agir oOensivement sur les confins de la Lombardie.
François , comte d’Enghien , frère d’Antoine de Bourbon , roi de Navarre dans la suite , commandait les Français en Hemont , et s’était attaché à bloquer étroitement la ville de Carignan. 11 n’y entrait aucune espèce de munitions. C’était la seule place conservée par Charles-Quint dans le Piémont. Le marquis del Vasto l’avait fortifiée à grands frais. La garnison , réduite aux dernières extrémités de la fiimine , allait ouvrir ses portes. Le marquis del Vasto retarda cet événement en marchant vers cette place avec son armée dans l’iutention de livrer une bataille.
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i544. 5. D’Enghien avait reçu l’ordre précis d’éviter
toute action générale. Se trouvant dans une situation très-délicate , il dépêcha à la cour Biaise de Moulue. Ce général devait représenter au roi l’avantage du combat et l’espoir de la victoire. François remit cette affaire à la discussion de son conseil. Monluc y fut introduit. Tous les ministres opinaient contre la bataille , appuyant leur avis de raisons plausibles.
•Monluc montrait son désir de iàire entendre sa voix. Le roi , frappé de ses gestes et de son attitude animée , lui demande ce qu’il pouvait opposer à une opinion aussi unanime. Monluc fit valoir avec une éloquence militaire le bon état des troupes , leur désir d’aller à l’ennemi ; il présenta uti détail exact des compagnies d’ordonnance ; il nomma lés capitaines presque tous distingués par leur éclatante bravoure ; il parla avec enthousiasme de la discipline et de la résolution des soldats , de leur confiance aux généraux , de la honte dont le refus d’une bataille couvrirait l’armée française. Ces raisons entraînèrent le roi et une partie du conseil. François répondit à Monluc : « Retournez en Piémont , et combattez , puisque mon cousiu . le comte d’Enghien le juge convenable ».
Cette décision étant connue , l’ardeur militaire ' saisissait toute la jeunesse de la cour. Chacun prenait la poste, courait en Piémont, et voulait partager la gloire d’une bataille. Parmi ces militaires SC trouvait le fils unique du grand écuyer Galliot
de Genouillac. Ce vieux guerrier avait affronté cent i544. fois la mort dans les combats. La crainte entra pour la première fois dans son cœur, lorsque le soutien de sa vieillesse sortit de Paris avec cinq cents jeunes guerriers. Un secret pressentiment l’avertissait qu’il ne verrait plus son fils. « Je ne t’aiTete pa>,lui dit-il en l’arrosant de ses larmesj tu vas te couvrir de gloire; mais mon ame s’envole avec la tienne. Pars! je mourrai de plaisir ou de douleur».
D’Enghien s’ctait retranché avec soin , afin d’attendre le retour de A^onluc. Encourage par l’arrivée du plus honorable renfort , il se préparait au combat. La cavalerie était à peu près égale dans les deux armees ; mais l infanterie des Impériaux l’emportait en nombre sur celle des Français.
On se rencontra , le 1 1 avril , dans la plaine de Cé-
nsoles. Le comte d’Enghien commandait le centre ■
de son armée. L’avant-garde était conduite par le comte de Routières , et l’aile gauche par le comte de Clermont-Tonnerre. Le marquis del Vasto combattait dans le corps de bataille de l’armée espagnole. 11 avait confié sa droite à Raimond de Cardonne , et sa gauche au prince de Salerne.
Le premier choc fut tel qu’on devait l’attendre de deux armées dont l’acharnement seul égaLit la bravoure. La cavalerie française chargea avec son impétuosité ordinaire , rompant tous les obstacles ; mais la discipline et la valeur de l’infanterie espagnole ayant fait plier le corps contre lequel elle commandait, la victoire balançait, prête à sedéclarer
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1644. en faveur de celui des deux généraux dont la conduite offrirait le plus d’habileté dans ce moment décisif.
Del Vasto se trouvait parmi les troupes rompues par la cavalerie française. Craignant de tomber dans les mains des Français qui auraient pu venger sur lui le meurtre de Rinçon et de Frégqse , il perdit son sang-froid , et oublia de faire avancer sa réserve. D’Enghien , avec un courage et une patience admirables, soutenait l’effort de l’infanterie espagnole , et donnait le temps à son infanterie de se rallier. En même temps il ordonnait aux Suisses de prendre en flanc les bandes espagnoles. Ce mouvement enchaîna la victoire. Ces bandes , menacées d’être coupées , se replièrent en ordre de bataille. Une extrême confusion rognait danS tout le reste de l’armée espagnole. Del Vasto blessé dut son salut à la bonté de son cheval. On évalua la perte des Impériaux à quinze mille hommes. Us abandonnèrent leurs tentes , leurs bagages , leur artillerie , et le convoi qu’ils se proposaient d’introduire dans Carignan. Les Français ne perdirent pas deux cents hommes , entre lesquels ou regretta le fib du grand-écuyer Galliot de Genouillac.
Parmi les bagages *, .on fut étonné de trouver plusieurs chariots chargés de çhaînes pesantes. Del Vasto les avait fait fabriquer à Milan , et , les montrant aux dames , il leur promettait de les employer à eachaîaer ces joüs Françab destinés
bientôt
bientôt à servir dans cet équijtoge sur les galères i544. de l’empereur.
Carignan ( i ) capitula peu de jours après laba taille.
Ce fut tout le fruit de cette brillante journée. Les circonstances ne permettaient pas au comte d’Enghien de faire des conquêtes. Les villes de la Lombardie , écrasées d’impôts , se disposaient à ouvrir leurs portes aux Français. On fut contraint de sacrifier ces avantages lointains à la sûreté de la F rance attaquée par l’empereur et par le roi d’Angleterre.
F rançois 1." rappela une partie de l’armée du comte d’Enghien. Ce prince victorieux se réduisit à la défensive,
6. Charles-Quint était entré en Champagne assez tard j mais il commandait l’armée la plus brillante : on y comptait cinquante raille combattans. Le dauphin , chargé de la défense de cette province , ne pouvait se mesurer avec ces forces redoutables. L’issue de la campagne de Provence , en i635 , avait instruit les Français des moyens assurés d’arrêter les progrès d’une invasion. La Champagne produit plus de vin que de blé ; elle ne pouvait nourrir long-temps une grande armée. On avait eu la précaution d’enfermer toutes les provisions dans les villes avant l’arrivée de l’empereur. Ces villes furent fortifiées à la hâte. La seule ressource de
(i) Grand hiver. Le froid fut si extrême, que le vin gelait dans les tonneaux (Mezes. ). Il y eut cette année deux éclipses totales de soleil. (^Ibid. )