‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 3 sur 27 · Tome yil · texte numérisé non relu

Tome yil

IlIST. DE FR. I.« PART. LIV. XXII.

1 ^ 1 3. jets ambitieux. Cependant Louis , étant duc d’Orléans , s’était opposé à une seconde entreprise de Clurles l’ASàhle sur le royauraedeNaples.il pensa difieremment parvenu sur le trône j tant les idées d’une trompeuse gloire sont capaldes de fasciner les yeux des rois.

En assemblant périodiquement les états-géné-^ raux, et en leur demandant une augmentation de subsides, à l’exemple des rois d’Angleterre, Louis XII eût conservé ses magnifiques posse.ssions en Italie , réprimé les Suisses , empêché la Navarre de devenir une province espagnole , repoussé les Anglais et les Allemands.

Redoutant l’influenee des assemblées nationales sur l’opinion publique, Louis XII donna le mauvais exemple de la vénalité des charges. Elle ne s’étendit cependant pas à celles de judicature. Cette vénalité produisit, àins dix-sept ans de règne, la somme de 130,000 livres daits le seul arrondissement de Paris.

La justice, sous ce régné (1), ne coûtait presque rien. Chaque assignation ÿtait payée trois sous. Les ' arrêts se délivraient gratuitement par les greffiers , auxquels l’état donnait des appointeraens. Un commis, ayant emporté les fonà destinés au paiement des procedures, et la guerre ne permettant pas

(i) Mercier , Portrait des rois de France , tom. 3. — Hist. manusc. de Humbert VelUy dans les Méni. de Béthune.

d’en assigner de noureaux , les plaideurs furent as- 1 5 1 ô. sujettis à payer les frais de leurs procès. Les épices , étant auparavant une rétribution légère et volontaire, devinrent uii abus qui épouvanta tout homme contraint de défendre ses droits dans le temple de la pistice.

Louis XII (i) maintii^ l’usage de nommer les juges parmi trois canchdats présentés par les cours de justice. Les dignités de la robe n’étaient accordées ({u’aux jurisconsultes ; elles devenaient la récompense du naérite ou de la réputation qui suppose le mérite. Son édit de i4g9, éternellement mémorable y et que nos historiens n’auraient pas dû oublier , a rendu sa mémoire chère à tous ceux qui rendent la justice , et à ceux qui l’aiment. Le roi ordonna par cet édit qu’on suivit toujours la loi , malgré les ordres contraires que l’importunité pourrait arracher au monarque.

Les courtisans accusèrent ce prince d’avaricé , parce que le sang et les sueurs du peuple n’étaient pas prodigués à les enrichir. Les comédiens , à l’exemple des premiers acteurs de la Gu'èce , se permettaient la licence des emblèmes. Les grands seigneurs les excitèrent à représenter un monarque portant à sa bouche une coupe remplie de pièces d’or. Le roi se reconnut. Il dit froidement; « J’almé mieux voir mes courtisans rire de ma parcimonie , que si mon peuple pleurait de mes dépenses ».

(i) Voltaire , Essais sur les mœurs , tom. 5.

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1 5i{>. Ses ministres voulaient qull punit cette insolence des comédiens, a Non, répondit-il, ils peuvent nous apprendre des vérités utiles; laissons- les s’amuser et amuser les autres , pourvu qu’ils respectent l’honneur des dames.

Les laboureurs (i) furent mis à couvert des violences du soldat. Oii fit un exemple sur quelques gendarmes ; les autres restèrent dans le devoir. Si Louis Xll ne fut ni un conquérant , ni un politique , il eut la gloire plus précieuse d’étre un bon roi. Sa mémoire vénérée se conservera d’àge en âge pour l’instruction des princes.

En tout genre , les récompenses du gouvernement allaient chercher le mérite. Louis XII conservait deux listes exactes ; l’une , des grâces à sa disposition ; l’autre , des individus les plus recommaudables dans chaque province. S’il vaquait une place , c’était pour le plus digne. François I." employa avec plus d’art ce moyen d’affermir la puissance royale. On trouve dans les Mémoires de G>ndé(3)un long avis donné par Catherine de Médicis à Charles Maximilien pour la police de sa cour et le gouvernement de l’état. On y lit : (C François I." ., connaissant les individus distingués dans les provinces par leur crédit ou leurs talens , les attachait à sa personne , en leur confiant les principaux emplois à la guerre , dans l’église

(i) Millot , Elémens de l’Hist. de France , tom. x.

(3) Edit. ia-4‘* imprim. en 17471 3.

LOUIS XU.

et dans la magistrature. Des agens secrets, répandus 1 5i 5. dans les villes et dans les ca mpagnes, étaient chargés, non seulement de contenir par leur exemple et leurs (üscours les espiits inquiets et remuans -, mais d’avertir le conseil de la disposition de leur province à l’égard de chaque événement remarquable , des murmures , des plaintes et- de tout ce qui pouvait troubler la tranquillité publique.

Tout est poison pour un tempérament vicié , suivant l’expression de Mal)ly. Le règne paternel de Louis XII contribua plus que toute autre cause à éteindre ehez nos pères le souvenir de leurs . antiques ' libertés. La confiance dans l’économie et les vertus de ce prince apaisa la fermentation excitée parle gouvernement arbitraire de Louis XI.

On ne songeait pas à lui disputer le droit d’imposer des taxe^ dont il n’abusa jamais, qu’il proportionnait exactement aux besoins publics , et qu’il supprimait, dès qu’elles cessaient d’être nécessaires..

Ainsi se perdit insensiblement l’habitude d’invoquer les états-généraux. L’administration de Louis XII en tenait lieu. Cette administration arbitraire devint funeste après la mort de ce prince.

Son • successeur , invésti du même pouvoir, ne partagea pas sa passion pour le bien public. Les droits éternels des nations reposent sous l’égide des règles fixés et invariables. Si ces règles ne sont i>as souvent invoquées, l’intérêt des ministres les anéantit proniptement. Les abus en prennent la place.

A force de se répéter, Us forment un nouveau droit

Digitiz-

Si HIST. DE FR. 1/ PART. UV. XXü.

i5i5. public. Les anciennes maximes sont combattues par de nouveaux exemples. Le temps fuit, emportant sur ses ailes les traces des anciens usages. Cette rersatilité distingue l’histoire de France depuis la chute du système féodal. Après un silence de plusieurs siècles, elle présente un chaos 'où tous les droits, devenus problématiques, changent à mesure que les princes ou leurs ministres , bien ou mal intentionnés on seulement conduits i par lès événemens , montrent de la force ou de la fablesse.

Louis Xn , comme Louis XI ét Cliarles PAfiàble , ne fit pas dans Paris sa résidence ordinaire. François I.*' suivit leur exemple.' Louis XI et Charles l’ Affable habitaient otdûiaücniént aux châtêanx du Plesris- les -Tours et d’Amboise. Loub XII et François 1.*' préférèrent fceùx de Blois et de Chambor. Cet osage transfëi^ft ‘insensiblement le siège de la monarchie Suf lès rives de la Loire , si Catherine de Médicis n?eùf riimené ■la cour vers la Seine , et bâti le parais deS 'INiilerics achevé par Louis XIV ; dépendant Henri il , François If, Charles Maximilien et Henri* W firent souvent leur séjour dans le château dè Btdîi:- Loû» XII (i) avait été marié trois foisi^ pre-

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(») Furent frappés spus ce règne d’pr , des

gros testons d’argent , et en billon des grands bupes, des doubles tQurnois , des deini-tourribîs j des coroiiats ,'des liards^ dés tardîs des paiàrs'j le malx d’ar^iinl valut Il franics, le marc d’or i5o;l -;j. ^

mière épouse, Jeanne de France, ne lai donna i5i5. point d’enfàns. Sa seconde épouse , Arme de Bre* tagne , lui laissa deux filles , Clamdine , mariée à François 1.®', et Renée , duchesse de Ferrâre.

11 n’eut point rfenfens de Marie d’Angleterre^ sa troisième épouse. Cette princesse Se remaria au duc de Suffolc. Elle ruocfrut eh l554.

11. François , comte d’Angouléirie , parrint à là couronne, le i.®® janvier i6l6. H était né à Cognac , en i4g4 , dè Charles , comte d’Ar»gouléme et de Louise de Savoie. Ayant perdu son père k l’âge de deux an», il resta sous Ht tutéle de sa mère et de Louis Xlï (l).

Louis Xll, voulant se hâter de lui procurer les connaissances nécessaires à un prince destiné à gouverner un vaste empire . et n’espérant plu» d’avoir d’enfàn» mâles , fiança lé comte d’Angoulênie, âgé de qpiatorxe ans, à sa fifle aînée. Prenant dès-lors à son égard tous les sentimens d’un père , il se chargea lui-méihe de son iostruction politique. François puisa dans ses entretiens avec lemonarque, et avec les sages dont il était entouré , un goàt délicat pour les lettres , et une prédilection pour ceux qui les cultivaient. Ce ’goàt et cette prédilection , couvrant en partie les dé&nts de son administration , contribuèrent à lui procurer leséloges delà postérité. Admis dans le conseil d’état,

(i) François I.*' était arrière petit-fils de Loaia, duc d’Orléans , frère de Charles le Bien*Âimé.

i5i5. et chargé plusieurs fois du commandement des armées , il obtint la &veur publique. Elle eût donné de l’ombrage k un prince moins judicieux que Louis XII.

François posséda k un degré si éminent ces lÿ heureux dons de la nature si propres à séduire

la multitude , une taille avantageuse , un regard plein de feu , un visage toujours serein , un abord facile et prévenant , des manières nobles et aisées , et cependant modestes , une éloquence persuasive , une générosité sans bornes. Les guerriers , honteux de leurs dernières déiàites, imputant leur malheur à la .défiance et à la circonspection de Louis Xll, hâtaient par leurs voeux le moment où , rendus à leur ardeur naturelle , ils combattraient sous les auspices d’un prince , compagnon et juste appréciateur de leurs exploits. Les courtisans soupiraient après le couronnement du monarque dont le cœur généreux leur promettait d’immenses bienfaits.

I Ces vœux furent trop tôt exaucés.

Suivant un ancien usage , à chaque mutation de règne , les grandes villes de France demandaient la confirmation de leurs privilèges , payant des sommes plus ou moins fortes. François 1." (i) aban- * donna ce produit à Louue de Savoie , sa mère. Le ch.*' de Savoie obtint le gouvernement de Proven-

(i) Sacré et couronné à Reims , le a5 janvier , par l’archevêque Robert de Lcnoncourt. Hénault , Abrégé chroiiol. tom. 2.

FRANÇOIS l.« o;

ce , et la charge d’amiral du Levant ; Charles , duc de Bourbon , l’épée de connétable de France et le gouvernement du Languedoc. Les comtés de Yen- ' dôme et de Châtelleraut furent érigés en duchépairies ; le premier , en &veur de Charles de Bourbon , chef de la branche de Bourbon -Vendôme ; le second, pour François de Bourbon, frère du connétable. Odel de Fois , comte de Lautrec , et . Jacques de Chabannes , comte de la Palice , furent ciéés maréchaux de France; ce dernier possédait la charge de grand-maître de la maison de fVance, elle passa à Arthus de Goufher. Les sceaux retirés des mains d’Etienne Poncher , archevêque de Sens , furent confiés à Duprat , président au parlement de Paris ; ce prélat était originaire d’issoire. S’étant distingué en qualité d’avocat au parlement de Paris, il posséda successivement les charges de lieutenantgénéral au bailliage de Montferrant, d’avocat-général au parlement de Toulouse , de maître des requêtes , de président à mortier , enfin de premier président au parlement de Paris. Voyant Louis XII sans enfans mâles , il s’était attaché à Louise de Savoie. Devenant cliancelier de France , il procura la place de premier président à Mondot de la Marlonie , premier président au |)arlement de Bordeaux.

Le connétable , le chancelier , le grand-maître et ceux qui composaient avec eux le consdl d’état, signalèrent le commencement de leur administration par deux déclarations ; l’une réglait la discipline des compagnies d’ordonnance ; l’autre près-

«Jia. crivait pli^urs cliangemens dans la distribution de la justice criminelle. Deux (i) présidens , huit conseillers de grande chambre et quatre conseillers des enquetes , s’assemlilant de temps à autres , interrogeaient les {nisanniers, confrontaient les témoins, instruisaient les procès, et les rapportaient ensuite dans la grande chambre où l’arrêt était prononcé. Cette méthode entraînait une foule d’inconvéniens ; souvent il fallait interrompre Une affaire civile pour entendre le rapport d’une afiàirê criminelle ; plus souvent , les juges, -au lieu d’instraire les afiaires criminelles, s’occupaient d’affaires civiles, dont le rapport leur procurait des épiees. Les prisons regorgeaient tle criminels in jugés. La nouvelle ordonnance , sans augmenter le nombre des juges , les déclara oom^iétens pour juger définitivement les maliàtteurs , sans être tenus d’en référera la grande (^mbre. Ges juges, dursait l’année de leur «xeroice , devaient s’assembler tous les jours, «t ne pouvaient se diarger d’aucun rapport en affaire dvüe. '

François 1.", laissant aüx gens ‘de son conwil les soins économiques de l’administration intérieure, soccu|uit d objets plus analogues à son caractère. 11 avait pris, en montant sur le trône, le titre de due ■ de Âlilan ; profitant des préparatifs faits, par son prédécesseur , il fâisaqses Æspositions pour rentrer en Italie. Le chancelier Dnprat lui

(i) Fol) taiioii , Recueil d’ordonnances.

présentait un moyen <ie se procurer'beaucoup d’ar- 1 5 1 5t gcot, sans assembler les élats^éoéraux. C’était de mettre ed Tente les offices de pidicature.

Cette fatale méthode avilit la magistrature , elle s’ébiblit par le fiiit et non par le droit, comme l’obseve le préadeot Héoaidt. Nous ne connaissons aucune loi rendue sur cette matière. Les juges , long-temps après le règne de François l.", faisaient serment à leur récep^n de ’n’avoir pas acheté leur charge ; tant l’usage nouveau contrariait les anciens principes.

Après avoir diassé les Français de la Lombardie, les Suisses se croyaient los arbitres de l’Europe ; on lisait sur leur principal étendard une devise ridicule , dans laquelle il se donnaient pour les vainqueurs des rois, les pacificatenrsdes royaumes et les protcotenrs de l’élise romaine. Ils venaient de faire une irruption dans le Piémont , sons prétexte des liaisons de la maison de Savoie avec la cour de .

France. Cette heUe provii^ était traitée par eux en pays de conquête. Le cardinal de Sion se donnait le titre de dite de Savoie. Lies Suisses, avenus par le succès, pensaient que François, à peine âgé de vingt ans , oublierait au sein des plaisirs d’une cour brillante le ciel orageux de FltaUe.

Le nouveau r<M de France agitait par ses négociatiohs les principaux cabinets de l’Europe. L’al- {

liance avec les Vénitieps fut renouvelée ; on négo- [

ciait avec la cour de Londres. Le sort de la reine douairière , Marie , pouvait entraîner la guerre

mST. DE FR. I.» PART. LIV. XXII.

J 5 15. entre les deux couronnes. Cette princesse , dans la fleur de son âge, devait être recherchée en mariaga pr Oiarles, duc de Luxembourg, auquel elle avait été promise avant son mariage avec Louis XII On pr&umait que Henri VIU favoriserait ce mariage : • mais lareme, durant ses jeunes années, avait témoigné de l’indination en faveur de Charles Brandon , duc de Suffolc j ce lord était venu en France avec ordre de régler le douaire de la reine. Un marine secret unit les deux amans. François I.« et Henri Vill n’ayant mis aucun obstacle à cet hymen, les traités d’alliance entre la France et l’Angleterre furent confirmés. La reine duchesse s’embarqua pour Londres.

François, n’ayant rien à craindre de l’Angle-' terre, sondait la cour de Tolède. Ferdinand n* paraissait pas éloigné de signer la paix avec Iq France; il exigeait l'abandon formel des préten- , étions du roi sur l’Italie. Ce n’était pas le projet de François I.” ; il s adresse a Charles , duc de Luxem— bourg ; ce prince venant d’atteindre sa majorité j gouvernait la Belgique et le comté de Bourgogne,

Charles (i ) , connu dans la suite sous le nom de Charles-Quint, était né à Gand, en 1600 , de Philippe le Beau, archiduc d’Autriche', et de Jeanne, fille de Ferdinand et d’Isabelle. D’après le bruit public» Ferdinand le Catholique, u’ayant point d’en-

(1) Erection de» comit!» d’Angouléme , de Vendém® et de Chatelleraut eu duché-pairies.

FRANÇOIS I." 6i

ûms de Germaine de Foix , voulait porter ses couronnes sur la tête de Ferdinand, frère cadet de Charles. Ferdinand convenait aux Castillans : né en Espagne , on l’avait élevé dans les usages de la nation. Charles , au contraire , nourri chez les Flamands , était regardé à Tolède comme un prince étranger. F rançois 1.“' signe avec Charles d’Autriche une alliance offensive et défensive. Un des principaux articles de ce traité fut la promesse en mariage de Renée deFrance avec Charles. François 1.*' lui donnait en dot ses droits sur la couronne de Naples. Le roi de Fran cepromettait de donner à Charles des troupes , des vaisseaux et de l’argent , pour l’aider à monter sur le trône dTlspagne après la mort de F erdinand le Catholique. Charles promettait de son côté de faire justice k Jean d’Albret sur ses droits au royaume de Navarre.

L’union de François 1." et de Qiarles ne fut pas le seul fruit de cette alliance , connue sous le nom de traité de Noyon. L’empereur ne se sentait pas en état de lutter contre les forces réunies de la France et de Venise. Il fut obligé de terminer par un traité la longue guerre allumée pr la ligue de Cambrai.

Jean de Médicis, Léon X , occupait le siège de Rome. La rentrée des Français dans la Lombardie lui laissait appréhender d’étre forcé de rendre Parme et Plaisance , dont il se proposait de &ire uu état souverain en &veur de Julien de Médicis , son frère : dissimulant ses senrimens , il promettait

6a HIST. DE TR. V PART. LTV. XXU.

iji j, au roi de se déclarer en sa faveur lorsqu’il le pourrait sans se compromettre ; il le priait de renvoyer son expédition au moment où la mort du rôi d’Espagne donnerait une autre face aux intérêts politiques de la Péninsule. Ne pouvant modérer ‘ l’impatience des Français , il venait de renouveler ses traités avec l’Espagne , l’empereur, les Suisses et Maximilien Sforza.

Par sa conduite cauteleuse, Léon X s’était rendu suspect aux Génois. Ces républicains, prêtant l’oreille aux insinuations du cx)nuétable de Bour- . bon, rentrèrent sous la domination française.

13. Les Français se rassemblaient en Dauphiné sous les ordr^ des maréchaux Trivulce et la Palice. Le roi, ayant déclaré la duchesse d’Angoulèrae vice-reine de France, avait établi son quartier-général dans Lyon. On comptait dans l’armée . vingt mille hommes de cavalerie , vingt mille hommes d’in&nterie allemande, (i) sous la conduite du duc de Gueldre, huit mille aventuiiers français, commandés par les capitaines Lorges, Maugiron , Richebourg et Comargue , et six mille Basques ou Gascons enrôlés et disciplinés sur le modèle de l’inËinterie espagnole par le capitaine Pierre Navarro : cet officier fait prisonnier à la bataille de Ravenne , hors d’état de payer sa ran-

(i) Journal de Louise de Savoie. — Mëm. de Dubellay. — Guichardin , liv. i2« — Guichenon , Hist. de la maison de Savoie. ^ Hist. du cfaev. Bayard. — Paul Jov. liv. i5.

« on, avait témoigné son embari-as à Ferdinand le iSi5. Catholique. 11 ne lui donna aucune marque de souvenir. Offensé du peu de cas de ses services, il renvoya ses brevets au conseil de Castille, et s’attacha à François I.*' Huit mille prisonniers et uncfonnidalde artillerie suivaient cette armée commandée par le connétable de Bourbon.

Seize mille Suisses gardaient le Pas de Sxue, où se réunissent les deux routes alors regardées comme les seules qui pussent conduire de la ca- . Valérie et de l’arüUerie de Dauphiné en Piémont.

Les généraux français , guidés par un Piémontais auquel le duc de Savoie avait donné cette commission, tentent le passage par Barcelonnette. Toute l’artillerie fut conduite à bras d’hommes sur le col de l’Argcntièrc, regardé comme impraticable. La surprise des Suisses fut extrême à l’apparition subite des Français. Prosper Colonna, un des généraux des troupes du duc de IVIilan, sortant de . Carmagnola , suivi d’environ mille chevaux , allait conférer dans Pignerolo avec les principaux chefs des Suisses. Sa sécurité était entière : se voyant vers l’heure du dîner auprès de Yilla Fnmca sur le Pô, il fit halte , se mit à table tranquillement , et fiit enlevé par la Palice et Bayard.

Les soldats français doivent lire le quinzième livre de Paul Jove, où cette marche dé troupes se trouve décrite avec exactitude. Ce fut probablement la roule prise per Anuibel. Quand on considère que du sommet de la montagne d’E-

I Si 5. parvière , on découvre Conl et les plaines dltalie , il est difficile de ne pas reconnaître dans ce site le local d’où ce général câèbre montrait à ses compagnons accablés de fatigues le théâtre de leur gloire et le terme de leui's travaux.

Ce passage n’a pas été tenté par un corps d’armée depuis Françob I." Les difficultés sont devenues plus grandes. Les souverains du Piémont firent élever dans cette route difficile le château de Démont, dont les fortifications, augmentées depuis la prise de cette place par le prince de Conti en 1 744, viennent d’être démolies. Ce défilé est défendu, du côté du Dauphiné, par le camp de Tournons ; position militaire devenue sans importance depuis la réunion du Piémont à la France , mais ^i exigerait d’être fortifiée régulièrement , si le Piémont devenait un état séparé.

Cette route, tenue par François L'^dans les Alpes, offre une deS preuves multipliées et dont l’empereur Napoléon a donné plusieurs exemples sous nos yeux , que tous les obstacles cèdent aux efforts de l’industiie humaine , et que la célérité est infiniinent précieuse dans les opérations de la guerre. Prosper Colonna , regardé comme un des plus grands capitaines de son siècle , mais dont la vivacité n’égalait pas le courage, ne soupçonna pas la promptitude avec laquelle les Français franchirent en peu de jours les rochers , les torrens , les précipices dont cette route épineuse était fermée ; il lui en coûta sa liberté et une partiedesa renommée.

' François. I.**^

François I." (i) fait la revue de son armée dans i5 la plaine de Turin. Les Suisses , abandonnant le Pas dé Suze, se portaient rapidement à la défense du Milanais. C’était trop tard : les Français entraient dans Pavie. La plupart des places ouvraient leurs portes au roi de France. Ce prince, voulant ménager le sang de ses soldats, négociait avec les Suisses. Ces républicains , amollis par un long séjour dans la délicieuse Ausonie , convenaient d’abandonner le duché de Milan. Le roi leur accordait les sommes exigées par eux dans le traité de Dijon, SoOjOOO écus en échange des châteaux de Locarne -çt de Lugano , rendus }>ar eux au duché de Milan.

11 doublait les pensions accordées par scs prédé- cesseurs aux cantons helvétiques , et s’obligeait de tenir à sa solde , en temps de paix , quatre mille Helvétiens. Enfin , par une générosité sans exem- ' pie, il concédait trois mois de paie à tous les Suisses actuellement en armes dans la Lombardie. Une partie de cet argent devait être payée sur-le-champ, le reste à des termes convenus. Un duché, en France, était promis à Maximilien Sforza, avec mie forte pension. Le même jour vit conclure et rompre ce traité.

Vingt-cinq mille Helvétiens , attirés par les promesses de Maximilien Sforza , arrivaient à la hâte. Désespérés de retourner dans leurs montagnes pau-

(i) Guichardin, liv. 12. — Paul Jov. liv. i5. — Brantôme.— De Nina , Hist. d’Italie.

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