‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 22 sur 27 · Le concile de Prehte fut indiqué par deuxbnl · texte numérisé non relu

Le concile de Prehte fut indiqué par deuxbnl

les de Paul III , la première du 22 mai i542 , la seconde donnée en 1 544 ; elles fixaient l’ouverture du synode au 1 5 mars i545 , elle eut lieu le 1 3 décembre. A peine comptait-on quarante évêques à Trente; un si petit nombre de prélats, la plupart italiens , ponvaient-ils représenter l’église universelle? Cette observation frappait le concile luimême ; il procédait d’une manière lente et embarrassée. Le pape et l’empereur montraient peu’ d’empressement d’en hâter les opérations , d’autres soins les occupaient. v

Depuis Alexandre VI , le système de domination suivi par les anciens papes changeait de nature; leur volonté de régner sur les rois faisait place à celle d’élever leurs enfans ou leurs neveux à des principautés héréditaires. Le duc de Valentinois , fils d’Alexandre , avait échoué dans le dessein de se Élire duc de Romagne ; plus heureux , Jules II mit son neveu en possession du duché d’ürbin ; Léon X et Clément VU employèrent leur influence à placer leurs frères , leurs neveux , leurs enfans sur le trône de Florence. Paul UI, à leur exemple , s’était long-temps flatté d’investir son fils , Pierre - Louis , ou son petit-fils , Octave Farnèse , du duché de Milan , après l’extinction de la maison Sforza. Dans son opinion , Cliarles- Quint , troublé dans la possession de ce duché par François I." , ne devait pas se montrer éloigné d’approuver cet arrangement. La mort du duc d’Orléans , auquel la Lombardie était destinée par un

1546. <les articles du traité de Crespi , lui promettait l’assentiment du roi de France ; ses esjiérances s’évanouirent en observant que François I." se fortifiait dans le Piémont etCharles-Quint, dans le Milanais, ce qui annonçait une nouvelle guerre entre les deux rivaux.

Marguerite , fille naturelle de Charles-Quint , étant devenue veuve par le meurtre du duc deFlo* rence , Alexandre , Paul lll obtint celte princesse pour Octave Farnèse. S’il feut en croire Segni , elle se jeta aux genoux de son père , et le supplia d’assurer la paix de l’Europe , en cédant le Milanais à Octave. L’insatiable César vit couler les larmes de Marguerite sans en être attendri ; Paul 111 résolut alors de démembrer, en faveur d’Octave, une partie du domaine ecclésiastique.

Ses créatures dominaient dans le consistoire des cardinaux. U investit, par un décret, Pierre-Louis Farnèse et ses descendans des duchés de Parme et de Plaisance. Ces pays faisaient partie de la Lombardie ; mais dans les secousses éprouvées par ce grand duché , ils passèrent sous la domination du pape, avec le consentement de François - Marie Sforza. Cbarles-Quint désapprouvait, ce morcellement, et refusait le titre de duc à Pierre -Louis Farnèse.

Charles-Quint étendait son autorité immédiate en Italie, sur les Deux-Sic’Jes et sur la Lombardie; on pouvait même compter l’état de Gènes parmi ses provinces. Les ports de Gènes, de Savone, de

la Spezzia , étaient remplis de vaisseaill de guerre 1 546. espagnols. On regardait à Madrid ces ports comme des lieux d’étape en laveur des troupes castillanes , allant en Allemagne ou dans la Belgique par lltalie. L’empereur se considérait comme suzerain de la Toscane , dont il avait investi les Médicis. Les ducs de Mantoue et de Modène manquaient de puissance , et par conséquent de volonté. La seule république de Venise ne subissait pas le joug de la maison d’Autriche.

Dans cette disposition des choses , le ppe ne pouvait se dissimuler le danger imminent où se ti'ouvait l’état ecclésiastique de passer sous la domination de l’empereur. Les princes protestans d’Allemagpe réunissaient à leurs domaines les biens des évêchés enclavés dans leurs états ; ils offraient à Charles- Quint l’exemple et les moyens de réunir les provinces ecclésiastiques à la couronne impé- * riale, il lui suffisait de se déclarer protestant. Ce prince fut soupçonné d’être mort en adhérant à plus d’un dogme de luthéranisme. Son testament fut déféré à l’inquisition. Caronza, archevêque de Tolède , son directeur, et Constantin Ponce , son confesseur, se virent flétris par ce tribunal, L’ambition l’emportait dans l’ame de Chaiies-Quint sur d’autres considérations; il eut peut-être pris le parti de se séparer de l’église romaine , sans la crainte de causer une dangereuse commotion chez les Espagnols attachés par les liens de l’inquisition

] 54G. aux plus luinatieuses pratiques de la communion catholique.

Ce n’était plus le temps où par des anatlièmes la cour pontificale déversait sur ses ennemis les maux dont Us la menaçaient. Les armes de l’intrigue s’offraient seules à' Paul 111. Si Charles eût consenti à investir les Farnèse du duché de Milan , le pape eût probablement fermé les yeux sur les tentatives formées par ce prince pour s’emparer de Rome; mais l’empereur ne voulant pas échanger un superbe pays dont il était en possession , contre des espérances incertaines , Paul tourna ses vues d’un autre côté. Pierre-Louis Farnèse fut le moteur de la coujurarioD de Gènes, dans laquelle les Fies- «jue tentèrent vainement de ramener cette ville sous la domination de la France.

Cette conjuration ayant échoué , Paul III par scs • efforts multipliés ne vint pas à bout de persuader à Charles qu’elle lui était étrangère : Pierre-Louis Farnèse fut assassiné dans Plaisance. Si Charles n’ordonna pas ce meurtre , il se conduisit comme si c’était son ouvrage. Le duc ayant été égorgé et pendu aux fenêtres de son palais, les troupes impériales s'emparèrent de Plaisance. Le chagrin jeta Paul III dans une maladie de langueur; elle le conduisit au tombeau. 11 eut pour successeur Jules lU. Ces événemens décidaient les cours de Rome et de Madrid à prendre, en 1 545 , peu d’intérêt aux opérations du concile de Trente.

Pendant les premières séances , Charles conti- 1546. nnant à dissimuler ses sentimens , employait son j adresse à calmer les défiances des réformés ; il conféra amicalement avec le landgrave de Hesse , le plus actif des confédérés de Smalkalde; il lui parla vivement de son aversion pou ries moyens violons j il SC défendit avec art d’être entré dans aucune ligue contre les proteslans , et laissa ce prince convaincu de ses intentions pacifiques. Ses yeux se dessillèrent bientôt. Les princes confédérés sortirent de leur fausse sécurité avec celte fureur dont la honte de s’être laissé tromper est ordinairement accompagnée.

Charles tenait dans Ratisbonne la diète indiquée l’année précédente; les princes catholiques y assistèrent ; les réformés se contentèrent d’y envoyer des représenlans. L’empereur ouvrit l’asssemblec par un discours artificieux ; il se plaignit de l’oubli des lois , du.mépris fait des rescrits impériaux ; il attribuait ce désordre à la cupidité des princes protcslans : « Danscet esprit, ajoutaitl’empereur, ils ont contracté des alliances avec les ennemis de la patrie; ils refusent d’assister aux assemblées dans lesquelles il doit être question du rétablissement de la paix publique , revêtu de la majesté impériale : je serais indigne de ce haut rang , si je tolérais le renversement de la constitution germanique ». H finit son discours en demandant à la diète les moyens les plus efficaces de rétablir cet heureux accord si cher aux anciens Allemands , et non moins utile

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1546. aux intérêts temporels de l’Empire qu’au maintien de la religion chrétienne.

Deux réponses furent faites à Cliarles. Les catholiques , regardant le coneile assemblé à Trente comme devant déciderions les points controversés, suppliaient l’empereur d’employer son autorité à protéger ce concile , et à forcer les protestans de sousciire à ses décisions. Les protestans , répétant leurs objections contre le concile de Trente, proposaient comme l’unique vole de terminer les querelles ecelésiastiques 3 l’assemblée d’un concile en Allemagne , dans lequel un certain nombre de théologiens des deux communions examineraient et décideraient les articles de fol en présence de l’empereur et des princes de l’Empire ; ils conjuraient le prince de ne pas violer ses promesses , dans la crainte de faire jaillir en Allemagne une source de calamités capables de bouleverser cet empire.

Charles reçut ce mémoire avec un sourire dédaigneux J sa résolution était prise , ses moyens d’exécution étaient préparés. Des troupes, levées dans tous les états de la maison d’Autriche , destinées en apprence contre les Ottomans , devaient .combattre les princes de la ligue de Smalkalde. Ces troupes allaient être renforcées par une armée italienne enrôlée par le ppe , en vertu du traité secret dont j’ai parlé. Elles devaient entrer en campagne au moment où le concile de Trente frapperait d’anathème la doctrine des réformateurs. Toutes ces mesures furent déconcertées par la

promptitude avec laquelle les protestans se mirent 1546. en défense. En peu de semaines, ils eurent sur pied soixante et dix mille* hommes d’inhmterie et quinze mille chevaux , avec cent vingt canons et des munitions prodigieuses. Des' circonstances fortuites favorisaient cet armement : la cour de France , faisant la paix avec l’Angleterre , congédiait des corps nombreux d’Allemands ^ ils passèrent sous les drapeaux des protestans.

Cen était fait de Charles-Qulnt , si ses ennemis avaient su* profiter de leurs avantages ; enfermé dans Ratisbonne , place peu fortifiée , et dont les habitans , luthériens pour la plupart , auraient favorisé lesassaillans, il pouvait être fait prisonnier.

On négocia au lieu de combattre. Charles eut le temps de rassembler ses armées autour de lui(i); alors il prononce le ban de l’empire contre l’électeur de Saxe et de landgrave de Hesse, chefs des réformés , écrivant en même temps à toutes les villes impériales, qu’il ne prenait pas les armes dans l’intention de gêner les consciences , mais seulement de punir les contempteurs de l’autoiité des lois. Sa profonde connaissance du cœur humain l’assurait que la tournure de sa lettre sèmerait une fâcheuse division parmi les protestans; c’était alors son seul dessein.

Charles, ayant rassemblé ses forces, n’osait ce-

(i) Le a6 juillet.

1546. pendant agir hostilement dans la crainte de déterminer François !."■ à rompre la paix de Crcspi. li commençait même à* se défier du pape , il fut tire d’inquiétude par la mort du. roi de France et par celle du toi d’Angleterre arrivées presque en même temps.

g. François 1.°' avait vainement sommé l’empereur d’investir un enfant de France du Milanais ou de la Belgique, suivant les clauses du traité de Crespi J Charles, feignant de.se croire déchargé par la mort du duc d’Orléans des engageraens pris à ce sujet , ne donnait aucune satbfaction.- Cette conduite déterminant celle du roi , non seulement il n’exécutait plus les résolutions prises contre les réformés de France et d’Allemagne par une clause secrète du mênie traité , mais il levait des troupes , U négociait à la fois à Londres , à Copenhague , à Constantinople et en Allemagne.

~7. Surveillant avec soin l’administration intérieure de la France , les finances s’amélioraient rapidenient. Le chancelier Olivier développait plusieurs branches d’économie favorables aux desseiqs du roi. On comptait sur les secours d’Angleterre j la mort de Henri VIII , arrivée au mois de janvier , détruisit cette espérance. ,

Malgré les sujets de discorde élevés plusieurs fois entre François et Henri, une sorte de sympathie tendait à les rapprocher. Au milieu des détours de la diplomatie , les noms de frère" et de tendre ami étaient dans leur bouche l’expression

naïve d’une cordialité rare entre les chefs de deux 1547. nations voisines et -rivales.

Suivant plusieurs contemporains , l’impression faite par la mort du roi d’Angleterre sur l’esprit de François 1.'* abrégea ses jours ; mais depuis plusieurs années il était atteint d’une maladie mortelle ; les 'médecins trompaient ses maux , on lui conseillait de petits voyages. La fièvre le força de s’arrêter au château de Rambouillet 5 il y mourut le 3i mars dans la cinquante-troisième année de sou âge : son coips fut apporté à Sahit-Qoud dans la maison de l’évêque de Paris , où l’on dressa sa pompe funèbre. Le convoi traversa Paris. Les crieurs disaient à l’entrée de eliaque rue : « Priez Dieu pour l’ame de très-haut , très-grand et très-magrianime François , roi de France très - chrétien , piince clément , père des arts et des lettres ».

Selon le président Henault,il ne manqua à François pour obtenir le premier rang entre les monarques , que d’être heureux ; Millot ajoute : el d’être sage. En efFot , sa témérité et sa négligence concoururent aux revers de son règne avec l’habileté de son rival.

Si François essuya au dehors de fâcheuses disgrâces , il jouit constamment au dedans de la puissance la plus absolue. Tout plia sous sa volonté. Cette réussite constante , durant un règne de plus de trente ans , annonç-a , dans le caractère de ce prince , plus de finesse que les contemporains ne lui en accordent communément.

1547. L’#dministration paternelle de Louis XII avait accoutumé les Français à l’obéissance passive; mais les dépenses excessives de François I.®*’ devaient ouvrir les yeux sur le danger de laisser, dans les mains d’un prince dissipateur , un pouvoir, qui avait reposé utilement sur la tête de l’économe Louis XII. François I.'*^ conserva ce pouvoir par la trempe de ^ son caractère.

Jamais prince ne réunit dans un degré plus éminent les mœurs , les inclinations , les vices et les vertus de la nation gouvernée {%r lui. Ardent, impétueux , libéral , inconstant , brave et populaire ; respirant cet honneur romanesque mis à la mode par l’ancienne chevalerie, on aimait ses défauts mêmes. Les Français étaient ambitieux, téméraires, légers et imprudens , ils regardaient comme sage un prince qui leur ressemblait. La nation s’abandonna aux caprices du roi , croyant s’associer à sa gloire.

Ce prince , profitant avec art de ses avantages , sut diviser les grands , graissant se prêter à leur ambition et à leurs jalousies. Des espions honorés et protégés l’instruisaient de l’esprit qui régnait dans chaque province ; je parlerai dans la suite de ces agens mystérieux : il parvint surtout à maintenir dans la soumission .tous les ordres, de l’état, par son attentiôn constante à confier l’exercice de son autorité à des homq;ies qui lui devaient leur fortune ; U, éloignait de la cour les grands s’ils devenaient dangereux. 11 conseilla à son fils en mourant de se défier de la maison de Guise, dont

l’ambition

rambition ébranla les fondemcns de la monarchie. 1547.

Françoisl.'' accabla la France d’impôts , et montrant à ses successeurs combien il était aisé au chef de la monarchie française d’exercer un pouvoir arbitraire , il prépara l’avilissement on l’administration publique tomba sous ses petits-en&ns. Le despotisme serait le plus heureux des gouvernemens exercé par un Dieu, mais la plupart des monarques sont $iibles et confians. L’expérience de tous les siècles démontre que sous un prince faible le despotisme menace également la tête du monarque et celles des sujets.

Ce règne jeta un grand éclat ; la protection accordée aux beaux arts en fut le principe. François protégea les savans , aima les lettres. Ses instances pour attirer à sa cour ceux qui les protégeaient , ses efforts pour retenir en France les artistes et les littérateurs appelés dans leurs états par le roi d’Angleterre ou par* l’empereur, le rendirent recommandable ; les Français cultivaient les lettres avant le règne de François I.*'^ , mais non avec autant de succès. L’Italie, satisfaite du droit d’aînesse, voyait sans jalousie les brillantes destinées de la France.

Les beaux arts, réfugiés dans la Péninsule, avaient enfin passé les Alpes. Us dissipaient peu-à-peu les fausses lumières qui avaient égaré les siècles précédens.

L’Italie , en possession des fabriques les plus précieuses et des objets d’échange les plus riches , ,

avait formé le piincipl magasin de l’Europe, h»

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