Tome VIL
i5i6. vres comme ils en étaient sortis, ils traitaieiU de lâche et d’inlame la paix signée avec François 1.'' Le farouche cardinal de Sion méditait sa retraite. Yojanl survenir une brillante armée , il rentre au quartier-général, et déclame contre les Français avec moins d’art peut-être, mais avec la véhémence qu’on trouve dans sa harangue rapportée par Paul Jove et par Guichardin. La caisse militaire venait d’arriver au camp français, à Sainf-Donat , près de Marignan. -C’était pour les Suisses une occasion de s’enrichir tout-à-conp. Cette raison les détermine.
l3. Le cardinal de Sion, abusant de la- qualité de légat de Rome , publie des indulgences et une absolution générale ; faisant ouvrir les barrières du camp , il sort le premier , revêtu de ses habits pontificaux et précédé de la croix. Les Suisses s’avancent, dans un profond silence, au nombre de quarante mille , avec l’impétuosité qui leur avait réussi à la bataille de Novarrej ils se flattaient de prendre François I."au dépourvu. La Trémouille et Fleulange se trouvaient aux avant-postes français; ils dépêchent une ordonnance au couuétable. Fleurange court â la tente du roi. 111e trouva essayant une nouvelle armure. Le roi , voyant entrer brusquement Fleurange , lui saute au coup. — Eh quoi ! mon ami , comme vous êtes échaufle ! Ne saveznvous pas ■7 que la paix est signée ? Point de paix , s’écrie Fieu range , armez-vous , Sire; et vous, trompettes , sonnez l’alarme dans tous les quartiers : on se prépare lapidement à recevoir les Suisses.
Ce fut , de tous les combats livrés en Italie , dans 1 5 1 le seizième siècle , le plus long et un des plus meurtriers : François 1.", une pique à la main, combattit une heure entière à la tète de l’infanterie.
Les Français et les Suisses, mêlés ensemble dans l’obscurité de la nuit, attendirent Jie jour pour recommencer le combat. Le roi prit quelques momens de repos sur l’affût d’un canon , à cent pas d’un bataillon suisse. Les Helvétiens attaquèrent toujours dans cette bataille. Les Français se tinrent constamment sur la défensive : preuve assez forte que ks Français, bien conduits, sont susceptibles, comme les Allemands, de ce courage patient non moins nécessaire dans les batailles que la bouillante iqipétuosité. Le vieux maréchal de Trivulce appelait cette action une bataille de géans. Les Suisses se retirèrent sans être entièrement rompus, ils laissaient sur la place plus de quatorze raille de leurs compagnons. Le .cardinal de Sion , n’osant suivre l’armée suisse , se retua en Allemagne à la cour de l’empereur.
A , peine rentrés dans leur pays , les Suisses tenaient une diète générale à Zurich •, on y décida la levée d’une armée supérieure en nombre à la précédente. Les cantons de Berne, de Fribourg et de Soleure refusaient d’adhérer à cette décision ; ils proposaient de demander au roi s’il . voulait tenir les promesses dont le cardinal de Sion avait si maladroitement arrêté l’effet. Fran- ' çois 1.*' prévenu de cette scission , promit aux
i5i5. trois cantons de tenir religieusement sa parole si les Suisses posaient les armes de bonne foi.
Pendant cette négociation, le connétable et Pierre de Navarre pressaient les attaques du château de Milan. Maximilien Sforza le rendit par « capitulation , et céda au roi tous ses droits sur le Milanais; conduit en France , il y jouit de 3o,ooo ducats de rente , plus heureux que sur le trône si la philosophie avait pris dans son.ame la place de l’ambition.
Après cette conquête', les armées françaises répandaient l’épouvante dans toute la Péninsule , Léon X employait la médiation du duc de Savoie pour négocier avec le roi ; il offrait de se réconcilier avec les Vénitiens , de restituer Bologne aux Bentivoglio , Modène et R^io au duc de Modène , Parme et Plaisance au duché de Milan*.
Dans le dessein de réunir la Toscane aux états de l’Eglise, Léon X, s’.était flatté de procurer à son frère JuUen , à titre de duché ■, les villes de Parme, de Plaisance, de Bologne, de Modène et de Reggio ; il lui fallait le ccmsentement de l’em- ' pereur; cette considération formait le véritable motif de son alliance avec Maximilien. Julien de Médicis venait de tomber dans une maladie de langueur qui l’emporta ; il laissait un fils , Laurent de Médicis , d’une santé chancelante. Le pontife crut devoir se rapprocher du roi de France ; ils eurent une conférence dans Bologne , les articles d’un traité furent bientôt réglés. Le roi se
contentait de la restitution des places apparie- i5 nantes à la Lombardie ou à ses alliés : malgré la douceur de ces conditions , Léon les modifia encore; au lieu de rendre à François 1.*' Parme et Plaisance , il ordonna aux comman'dans d’en sortir avec leur garnison et d’en laisser les portes ouvertes aux Français.
De cette manière le pontife paraissait céder à la nécessite et conserver -sur ces villes de préten-» dus droits dont il se réservait tacitement de sc prévaloir dans une occasion favorable. Par un autre article du traité, Léon se soumettait à rappeler les troupes par lui entretenues au service de l’empereur ; il se contenta de les licencier , ordonnant aux officiers de revenir à Rome ; par ce subterfuge ses soldats restaient au service de l’empereur avec lequel il conservait son ancienne alliance , et il se ménageait la liberté , si la guerre éclatait entre la France et l’Allemagne , de se déclarer en Êtveur de la pmssance dont la fortune couroimerait les drapeaux.
Dans cette entrevue de Bologna furent jetés les fondemens du concordat , en vertu duquel les rois de France ont nommé dans la suite aux prélatures de l’empire français ; cet acte , ré* digépar le chancelier Duprat, fut terminé au mois d’août de l’année suivante. Le roi réclamait l’investiture du royaume de Naples ; le pape éluda cette demande avec adresse : Ferdinand le Cathobque , disait-il au roi , accablé 4’années^ et d’in-
70 ■ fflST.’ DE FR. I.* PART. LIV. XXII.
i5i5. Armitës, traîne à -peine un reste de vie ; à sa mort devenant le maître d’accorder une nouvelle investiture , je vous rendrai avec plaisir une entière justice. • .
François 1.'^ revint en France ; il chargea le connétable de Bourbon du gouvernement général de la Lombardie avec le litre de vice-roi.
Les différentes éditions faites du concordat ne s’accordent pas dans la manière d’en diviser les articles. On partage ordimdrement cet acte en douze titres : le premier abolit les élections des évêques et des abbés faites auparavant par les chapitres des cathédrales et les moines des abbayes ; accorde au pape le droit d’y pourvoir sur la nomination du roi ; il était intitulé : de re^ia ad, prælaturas nominatione : le second abrogeait les réserve» des papes ; de reserifationibwt subiatis ; le troisième fixait les droits des gradués comme ils subsistèrent jusqu’à la révolution de 178g : de graduatis nominatis et simplicibus ,• le quatrième accordait au pape la faculté de disposer d’un bénéfice , si le collateur ordinaire en avait dix à sa dispo»tion de mandatis apostolicis ; les 5 , 6 , 7 , 8 , g , 10 et 11* articles restaient conformes à la pragmatique ; le la” assurait l’irrévocabilité du concordat : de perpétua \ stabilitate eoncordatorum.
I J 1 6. Un exemplaire du concordat , approuvé dans la
onzième session du concile de Latran , et une bulle dans laquelle la pragmatique sanction était
abolie , furent envoyés par le pape au roi ; ce pou- 1 5 1 o. tifc exigeait renregistrement de ces deux actes au parlement de Paris. Les magistrats refusèrent constam oient d’inscrire sur leurs registres le rescrit pontifical dont le concordat était accompagné ; d’après ce refus, les canonistes r^ardaient les pragmatiques comme tou)ours subsistantes daus les articles auxquels le concordat n’avait pas dérogé. .
François 1.°' vint au parlement pour faire enregistrer le concordat et la bulle du pape. Pluûeurs évêques, lés députés du chapitre delà cathédrale et de l’université de Paris , furent invités à se trouver à cette séance : le cardinal de Boissi à la tête des évêques remontra l’impossibilité de revêtir ces deux actes du, caractère de loi puldique, sans le consentexpent du clei^é de -Franco. Les bbraires dépendaient alors de l’université, elle leur défendit d’imprimerie concordat et la bulle' du pape; la \ majorité .des docteurs en appela au futur concilegénéral et notiûa cet appel au parlement.
François !."■ cherchait à plaire au pape 'dont ^ il vpulait obtenir l’investiture du rôyaume de Na- , pies ; un édit publié dans Paris d^nd à l’université de se mêler des afiaires d’état sous peine de perdre ses privil^es : le parlement refuse d’enregistrer cet édit. Une confusion régnait dans la collation des bénéfices : le roi nomràait un évêque ou un abbé , d’après le texte du concordat; le diapih'e cdthédral en nommait un autre d’après
7a BIST. DE FR. I.* PART. LIV. XXH.
le texte de la pragmatique ; le pape accordait l’institutioD canonique au prélat nommé par le roi ; le prélat élu par le chapitre appelait comme d’abus des bulles concédées par le pape , il &1- ' lait plaider j le nommé par le chapitre était 'en- .voyé en po^ession , il recevait l’institution canonique de l’évêque consécrateur suivant l’ancien usage. '
Les guerres entreprises parFrançois I." offraient un merveilleux aliment à ce loyer de discorde. Duprat , auteur du concordat , voulant obtenir la pourpre romaine , était entré dans la cléricature ; il se fit nommer archevêque de Sens par la mère du roi , régente du royaume pendant la captivité de François I.*', à la suite de la bataille de Pavie ; le chapitre refusa de le recevoir , et le-- parlement autorisa par un arrêt le refus du chapitre ; Duprat fut contraint d’attendre le retoâr du roi. Dans cette circonstance , François P' attribua an grand conseil la connaissance des contestations relatives à la nomination des bénéfice^ consistoriaux.
i4. Maximilien attendit à peine le retour de François I." en France, pour descendre en Italie. Le cardinal de Sion, revenu en Suisse avec un am- 'bassadeur de ce pHnee , faisait prêcher tous ks dimanches contre la déloyauté et l’ambition du roi de France. Cés véhémentes déclamations , soutenues par l’argent de Ferdinand le Catholique, ras- ^semblaient quatorze mille Suisses sous les drapeaux
de Maximilien. Malgré la négociation alors existante entre les cantons et la cour de France, le roi avait ramené une partie des compagnies d’ordonnance. On venait de congédier l’infanterie allemande , dont la solde excitait les clameurs des habitans de la Lombardie. Il ne restait au connétable que huit cents lances, et huit à neuf mille fantassins. Léon X , à la nouvelle de l’arrivée des troupes impériales, oubliant ses nouvelles liaisons avec François I.", se déclarait ouvertement en faveur des Allemands. •
Au moment (i) où Maximilien se préparait à commencer le siège de Milan , deux événemens dont il fut instruit presque en même temps changeaient ses dispositions. Un de ces événemens était la mort de Ferdinand leCatholique(a), l’autre un traité d’al- ILnnce conclu à Fribourg entre François l." et les cantons suisses. Les cantons conservaient en Lombardie la ville de Bellinzona. Le roi leur laissait une année pour décider s’ils garderaient les autres places dont ib s’étaient rendus maîtres vers le lac Major , ou s’ils les restitueraient moyennant une somme de 100,000 écus.
Cet arrangement n’était pas encore signé jiar les plénipotentiaires respectifs , çt déjà dix raille Suisses, ■ enrôlés par le maréchal de Lautrec, s’enfermaient dans Milan avec les troupes françaises. Des confé-
(1) Mdm. de Dubellay. — Rapin de Toyras , liv. i5.
(2) Il moarut au village de Madrigaleio.
74 HIST. DE FR. I.» PART. UV. XXU. '
1 5 16. rences s’élablireat entre les Suisses attachés au service de France, et ceux dont l’empereur avait pris le commandement. Une députation suisse se présente devant la tente de iVlaximihen. Elle réclame le paiement de la solde due à l’armée. L’empereur manquait d’argent. Une sourde fermeutation paraissait s’étendre aux corps venus d’Allemagne. Ce prince, craignant d’étre conduit prisonnier dans les montagnes d’Hclvctie en nantissement de la solde due aux Helvétiens , prend brusquement le chemin de ses états , et offre pour une somme modique de céder au roi d’Angleterre les droits des empereurs teutoniques sur l’Italie; démarche incroyaJde , si elle n’était attestée par une lettre de Henri VUl, citée par Bapin de Thoyras.
Les généraux allemands , ne s’obstinant plus à poursuivre ‘ uoé entreprise désespérée , lèvent le si^e ÿ dévastent , en retournant sur leurs pas | la ville de Lodi, et repassent l’Adda , poursuivis par la gendarmerie française. /
i5. Le connétable de Bourbon , ayant mis les places de la Lombardie en état de défense, se démit de sa charge de vice-roi, et obtint la permission de revenir en France. Je parlerai bientôt des causes de ce voyage. Le maréchal de Lautrec fut charge du commandement général. Voulant proû- . ter de la confusion causée par la fuite de Maximilien , ses troupes furent conduites devant Brescia. Cette ville ne lit aucune résbtance. Maximilien possédait encore en Italie Vérone. Elle se rendit
aux Français. Le roi sc hâta de mettre le sénat de Venise en possession du Véronais et du Bressan. Cette république fut alors rétablie dans presque tous ses anciens domaines. Cependant elle avait perdu la vaste influence dont elle jouissait en Europe. La découverte de l’Amérique et du Cap de Bonne-Espérance*, détournant les sources de son commerce , opérait cette révolution fatale à sa grandeur.
’ Le sénat de Venise tomba dans la àrcompection la plus pusillanime. L’inquiétude pobtiqne du Prégadi se manifestait par les principes sévères de son gouvernement , |>ar un horreur extrême de tout ce qui montrait quelque élévation, par les précautions ' constamment prises de confier, le commandement de ses troupes à des généraux étrangers , et d’envi- ^ ronner ces généraux de survéülans; par l’espionnage, le raffinement d’une' politique irndiense, et mille autres moyens dont le développement obscur déce lait des alarmes continuellés. Trois inquisiteurs d’état rôdaient peiyrél'uollement entre les individus, la hache levée sur le cou de tout homme dont les discours pouvaient être suspects. Ces trois magistrats exerçaient luxempire absolu sur la vie de tous les sujets de l’état , et même sur celle du doge. Leur jurisprudence plaça au nombre des crimes capi- ‘ taux les nioindres propos indimrets contre le gouvernement. Une bouche de pl^e , placée dans les places publiques, s’ouvrait perpétuellement aux délations. Sur ce douteux indice, ils faisaient noyer
j5i6. un infortuné, souvent innocent des propos dont un ennemi l’accusait.
Cette forme d’administration ne déplaisait cependant pas aux habitans de Venise. Les patriciens étaient les descendans de ceux auxquels leurs ancêtres avaient confié le soin des affaires publiques , en qualité de leurs représentant. Us respectaient , dans les noblés de leurs jours, le choix fait autrefois par leurs aïeux.
A l’exception des magistrats, perpétuellement revêtus de leur robe de cérémonie, les nobles ne se distinguaient pas des citadins par la moindre décoration extérieure. La justice était rendue avec une impartiale équité. Les nobles ne possédaient ni chù- * .teaux, ni justice seigneuriale, ni droits seigneuriaux. Personne parmi eux ne prenait le titre de duc, de comte ou de baron. L’impôt, également réparti sur tous les citoyens , "sans distinction de naissance , n’éprouvait aucune augmentation , sans une nécessité évidente. Les citadins pouvaiênt parvenir à des places moins importantes, mais honorables. Celle de grand-chancelier , regardée pomme une des premières de l’état , leur était affectée. Une excellente, police maintenait dans Venise une perpétuelle abondance. Tout se combinait pour dérober au citadin l’idée de son assujettissement. Le culte de l’Etre-Sujùême se tournait vers les cérémonies d’éclat. PoluPde fêtes sans spectacles et sans musique. Il ne fallait parler en public à Venise , ni de politique, ni <de religion^ mais d’ailleurs, char-
cun pouvait se conduire à sa manière , sans crainte i5i6. d’être censuré , s’il ne faisait tort à personne.
Les in(juisiteurs d’état restaient en fonction dix- Luit nmis. On les choisissait parmi les personnages connus par leur modération. ^ moindre injustice était suivie de leur prompte destitution. Ils tutoyaient tout le monde. Cité devant eux , il fallait Comparaître sur-le-champ. Un secrétaire d’état ne fut pas excusé par la nécessité de terminer ses dépêches. Cet épouvantail des étrangers , loin d’écraser le peuple , le protégeait au contraire dans j)lusicurs rencontres contre les entreprises des familles patriciennes. On mit en délibération , durant le dix huitième siècle , s’il ne serait pas convenable de supprimer ce tribunal. Les citadins, les plus opulens méditèrent à l’instant leur retraite, et mi roi voisin annonçait que Venise n’aurait pas dix ans d’existence après cette suppression.
En effet , sans la terreur Inspirée par ses exécutions secrètes , non seulement les plébéiens auraient été sans cesse exposés aux vexations d’une foule de patriciens intrigans ; mais cette pssion , qui conduit les hommes vers les innovations, agitant perpétuellement certaines têtes mal organisées , le gouvernement n’aurait pu compter sur Aucune stabUité. Après de' violons débats , la jurisdiction des inquisiteurs d’état fut conservée.
On eût difficilement cherché en France, avant la révolution de 1789, un huissier pour porter une assignation à un magbtirat d’un ordre supé-
78 mST. DE FR. 1.0 PART. LIV. XXET.
1 5 16. rieur» On procédait juridiquement à Venise contre un patricien et même contre un inquisiteur d’état avec autant de facilité que contre le moindre plébéien. On vendait leurs biens pour dettes ; on les conduisait en prison. Les patriciens n’étaient pas redoutés des plébéiens. Les citadins , jouissant des principaux avantages d’une société bien administrée , regardaient les nobles , non comme leurs souverains , quoiqu’ils le fussent en effet , mais comme des hommes auxquels étaient confiés les intérêts politiques de la république , et dont la surveillance déchargeait leurs concitoyens des soins de l’administration. ,
16. François l.“, allié des Suisses et des Véûitiens , maître de la Lombardie et de l’état de Gènes , semblait destiné à tenir long-temps la balance de l’Italie. La mort de Ferdinand le Cathohque , en l5i6, et celle de l’empereur Maximilien , en 1619, donnant un nouveau cours à la politique européenne , changea cette disposition. L’Europe fut plongée dans un demi-siècle de dissensions. Les rivalités de François I."etde Charles-Quint bouleversèrent cette partie du globe.
Sous Cliarles l’Afiable et sous Louis XII , les seules 'puissances du sud et de l’ouest de l’Europe s’étaient intéressées aux guerres d’Italie. François I.*' et Charles-Quint attachèrent à leur sort les destinées de l’Occident. Toutes les puissances se partagèrent entre ceS deux monarques rivaux. L’histoire générale de l’Europe &e trouve étroite-
ment liée avec l’iiistoire particulière de Charles et i5b6.‘ de François. '
Ferdinand le Caholique mourut le a5 janvier. Depuis le règne de ce prince , la nation espagnole commença à jouer un rôle dans les af&ires générales de l’Europe. Cette vaste région, partagée auparavant en un grand nombre de souverainetés,
TIC jouissait d’aucun crédit hors de l’enceinte des Py rénées. Les historiens espagnols , frappés des conquêtes de Ferdinand , et des vastes découvertes faites sous son règne , le comblent de concert des éloges les plus pom|)eux.
Selon eux , jamais souverain ne posséda à un degré aussi éminent les qualités d’un grand monarque. U joignait à une«ame élevée un génie ’ profond et un coup - d’œil perçant. Il formait ses généraux et ses ministres par son talent de dévoiler les inclinations et l’esprit des hommes. Impénétrable dans ses desseins , une grande teinture des affaires lui enseignait ce qu’allaient faire ses amis et ses ennemis : surpassant tous les' princes ses contemperains dans la science du cabinet , il l’emportait encore sur eux par la supéiiorité des lumières , la grandeur des projets , la célébrité des actions. La prospérité ou l’adversité ne changeaient pas ses résolutions. $évère, prudent, juste , libéral envers les autres , économe envers lui-même , laborieux , luttant avec courage^ contre les obstacles , attendant avec patience la maturité de l’occasion , ne s’étonnant de rien , et ayant ■ tout
8o msT. DE FR. I.* PART. LIV. XXfl.
i%G. prévu , il planait sur les cvéncmcns et forçait la fortune à couronner ses entreprises.
J’ai plusieurs fois observé combien il faut so défier de ces portraits gravés jxir la flatterie. Celui d’un prince doit se trouver tout entier dans le rapprochement des principales actions de son règne j cependant , quand on ‘considère les établissemens immenses créés par les Espagnols sous les auspices de Ferdinand dans les contrées les. plus éloignées de l’Europe , et les inappréciables avantages des colonies trop nombreuses , avant que leurs iiiconvéniens se fissent sentir : quand on réfléchit que ce prince , roi d’Aragon par sa naissance , et roideCastilleparson mariage avec Isabelle, conquit le royaume de Grenade , et chassa d’Espagne les Arabes dont les ancêtres avaient subjugué les Espagnol?; qu’il réunit ensuite à la Castille les royaumes de Navarre et de Naples autant par sou habileté que par la force des armes ; qu’il remporta des victoires en Afrique contre ces mêmes Arabes , leur enleva des provinces , conserva sur leurs côtes des ports pour la sûreté du commerce espagnol , et peupla ces ports de colonies juives, en expulsant les juifs d’Espagne ; quand on ajoute que ce prince sut réprimer la tyrannie des grands , réformer le clergé , maintenir d’une main ferme l’exécution des lois , et diminuer les impôts , il est difficile de lui refuser de grands talens.
Ces talens furent ceux d’un homme étranger à tous les principes de la morale, d’un homme
dont
Coogle
FRANÇOIS I." 8i
dont toutes les vues tendaient uniquement à l’ang- 1 5 16. mentation de sa puissance. Depuis la publication des écrits de Machiavel, les maximes de ce diplomane guidaient les cabinets des princes. Les rois faisaient consister l’art de régner dans celui d’augmenter leurs états par toute voie juste ou injuste.
Ferdinand , de tous les princes de son siècle , fit le plus constant usage du machiavélisme. Les raffinemens de sa politique se confondaient avec la plus noire perfidie. 11 trompa tous ses voisins. Aucune convention ne fut sacrée pour lui. Aussi soupçonneux , aussi ingrat qu’ambitieux et despotique , s’il réprima les entreprises des grands d’Espagne, c’était, non pour l’avantage des peuples, mais par la crainte qu’abusaut de leur puissance , ils ihminuassent la sienne.
Quand ce prince voulut s’emparer du royaume de Naples , jugeant ses forces au dessous de cette conquête ,il fait alliance avec la cour de France, partage avec elle le royaume , et trouve ensuite des prétextes pour s’emparer des deux portions.
Dans une autre occasion , suscitant aux Français des ennemis redoutables , ils le laissèrent subjuguer la Navarre, malgré l’intérêt de la cour dé France de mettre tous les obstacles possibles à la réunion de ce royaume avec la monarchie espagnole.
Les voies ‘obliques , employées par Ferdinand pour se rendre maître de Grenade, sont ensevelies dans l’oubli ; mais quel nom fàut-il donner à l’infraction sanglante de la capitulation faite avec