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i5i6. les Arabes ! Eux et les Jui& , répandus dans l’Andalousie , devaient conserver leurs lois , leurs usàges , leurs biens , leur religion. A peine les drapeaux de Ferdinand et d’Isabelle flottaient sur les Tours de Grenade, que, sous prétexte d’une chimérique rébellion , on laissa aux Arabes et aux Juifs la seule alternative d’embrasser la religion chrétienne , ou d’abandonner leurs héritages et l’Espagne. La plupart de ces infortunés se réfugièrent en Afrique. L’Espagne fut dépeuplée par cette immense émigration. Plusieurs, plus attachés au pays où se trouvaient les tombeaux de leurs ancêtres , feignirent de se conformer aux rites du christianisme. On voulut couvrir du voile de la religion les violences exercées contre eux ; alors l’inquisition fut reçue en Espagne.
D’après le rap^rt de quelques historiens , le moine Torquemada, confesseur d’Isabelle de Castille , avait fait jurer à cette princesse , encore fille, que si jamais elle parvenait au trône , les Juifs et les Maures seraient exterminés. Ce monstre, devenu grand inquiriteur , porta l’épouvante dans les £tmilles maures et juives , et même chez les chrétiens , 'sous prétexte, des alliances contractées par eux àvec des Juifs ou avec des Arabes. Plus de cent mille citoyens paisibles et industrieux furent poursuivis par ses ordres sanguinaires; des bûchers s’allumèrent ; six mille victimes des deux sexes y furent jetées vivantes pendant l’espace de quatre années.
Depuis cette époque , cette redoutable jurisdic- >5i6. tion dbposait de 1a fortune , de la vie et de l’honneur des Espagnols. Aucun pouvoir humain n’était en mesure jusqu’à nos jours , de soustraire à la vengeance des inquisiteurs les victimes dévouées par eux à la mort la plus affreuse. Combien de &is n’a-t-on pas reproché aux ministres du St.-Offico de j>erdre des citoyais vertueux pour contenter de secrètes inimitiés , ou pour s’emparer de leur' fortune.
Providence étemelle ! dont la puissance adorable conduit le monde pour le bien de tous , quel nom m’ordonnes-tu de donner à un tribunal de sang , dont les pirocédures sont contraires à celles de tous les tribunaux de l’univers , dont les juges , se contentantd’one seule dénonciation, et souvent sur des indices les plus légers , jettent des hommes et des femmes dans des cachots, reçoivent comme < authentiques le témoignage des individus les plus in&mes , où l’accusé n’est pas confronté aux accusateurs , où les biens des condamnés sont confisqués au profit des juges , enfin , où les accusés reconmis innocens ne -reçoivent aucun dédommagement des supplices qu’on leur a fait endurer , emportent même de leur injuste captivité une marque d’ignominie.
Mais comment peindre les sacrifices abominables offerts par un &natisme barbare à l’auteur immortel de la nature. Ces spectacles horribles furent donnés aux peuples avec la pompe des plus augustes
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iûi6. fêtes. Us répandirent sur le sol de ITl: tristesse profonde et générale ; chaqu s’observa dans ses paroles , dans ses act ses moindres gestes. Environné de bûc par les moines , ce peuple perdit la fran^ antiques moeurs, la gaîté de son carac berté et la vivacité de ses sentimens j i] Icncieux , défiant et paresseux.
Espagnols! vous ne dormirez pas t< sommeil de la mort ; vos valeureux an ont transmis avec leur sang des sentim< nimes , source de tous les biens ; vous r jour en frémissant les chaînes dont v< vos âmes sont enlacés ; votre réveil étoi rope attentive; vos campagnes, favori»
he demandent que des bras cultivateurs prodiguer toutes lés richesses d’utilité ment, elles offriront aux étrangers les consommation et de luxe qu’ik transpc paravant chez vous. <
La puissance d’un empire ne se mesi la vaste étendue des contrées de sa d( V quand même ces contrées produiraient
diamans ; ces richesses d’opinion , arrac rieusement au sein d’une terre maudite dent où l’agriculture et l’industrie les ap| richesses nutritives et les manufactures ! des contrées les plus éloignées , cornu attire le fer. Le nombre des hommes ou diminué dans un pays , en proportioi
FaANÇOlS 1."
tui-e et de ses moyens d’existence. Possesseurs des i5i6. matières premières du commerce les plus parfaites, vous les mettrez vous-mêmes en valeur j le comm#ce vivifiera, dans vos villes et dans vos campagnes , l’industrie nationale ; vous étonnerez l’univers par votre opulence et votre prospérité.
Alors, non conteus de trouver chez vous les objets de nécessité ou d’agrément , tirés au{)aravant de France, d’Angleterre, de Hollande, vous, enverrez votre superflu chez les nations les plus.éloignées ; l’Espagne redeviendra ce qu’elle fut dans les temps anciens, une pépinière d’hommes laborieux, libres et fortunés ; vos déserts sc changeront en cités populeuses et en campagnes fertiles ; vos chemins égaleront en beauté ceux d’Angleterre et de Francé 5 des canaux de navigation favoriseront , comme en Hollande et dans les Pays-Bas , les transports des marchandises et des denrées; alors sur vos grandes routes s^établiront des hôtelleries , où les voyageurs trouveront, comme en France, les rafraichissemens convenables à un prix modéré ; alors vos pêcheries seront remises en honneur , elles vous procureront une classe précieuse de. nombreux matelots prêts à transporter vos richesses durant la paix , et à rendre respectable en temps de guerre le pavillon espagnol ; mais vous ne jouirez pas de ces avantages , lorsque la crainte , répandue parmi vous par un moine inquisiteur , arrêtera les élans du génie.
Dans le temps où Ferdinand le CaÜiolique jetait
i5i6. les fondemens de la puissance colossale dé Char>les-Quint , le roi de Portugal , Emmanuel I.*’’, s’occupait de fructueuses navigations à l’exemple de ses ancêtres. Le Portugal est la Lusitanie des ancicils. Les Phéniciens , ayant abordé autrefois dans cette contrée , se fortifièrent dans l’AO de Cadix ; ils passèrent ensuite sur le continent , y firent des conquêtes environ six siècles avant l’ère vulgaire. Ce pays fut subjugué dans les temps postérieurs par les Romain-, et successivement par les Alains, les Goths et les Arabes.
Alphonse VI , roi de Castille , conquit sur les Maures une partie de la Lusitanie en 1094. Ce prince maria sa fille naturelle, Thérèse , à Henri de Bourgogne , lui donnant en dot la ville de Porto avec le titre de comte de Portugal. Henri , * ayant enlevé plusieurs cantons aux Maures , se fit couronner en il 5g. Les rois de Portugal s’emparèrent dans la suite de la province connue sous le nom des Algarves, deux mots arabes qui signifient :ji7ayr« fertile j depuis lors ce royaume fut borné par la Castille et l’ Aragon. Cette situation ne lui promettant pas de s’agrandir sur le continent , les rois de Portugal tournèrent leurs regards vers la mer.
Parmi les nations modernes , les Portugais naviguèrent les premiers sur l’Océan Atlantique. Ces voyages hardis et lucratife absorbant toute leur énergie , pendant les événemens dont l’Europe fut alarmée sous le règne de Charles-Quint et de Fran- ^ cois 1.*', ils restreignirent leurs efforts dans leurs
t FRANÇOIS I."
établissemens au Brésil , en Afrique et en Asie. La i5 >.6. famille royale s’éteignit en i58o dans la personne du cardinal Henri. Le roi d’Espagne , Philippe II , réunit ce royaume à la monarchie espagnole , et le premier , depuis les rois Goths , gouverna toute la péninsule espagnole.
17. Ferdinand le Githplique avait témoignéi quelque désir d’appelej à sa succession le prince Ferdinand d’Autriche. Le traité conclu entre François I.” et Qiarles put le contraindre à changer d’opinion , par la crainte d’attirer sur l’Espagne les malheurs d’une guerre civile et 'étrangère. Son testament ne déclara pas Ferdinand roi de Castille et d’Aragon ; mais U lui confia la régence de l’Espagne pendant l’ahsence de Charles , et lui conféra la grande maîtrise des trois or4res militaires établis dans les deux royaumes (1). Ces tlispositions ne furent point exécutées.
Charles , à qui la mort de son aïeul laissait un si bel héritage , entrait dans sa seizième année. lÀ grande jeimesse de Ferdinand ne lui permettait pas de gérer les affaires pubbques. Elles furent confiées au cardinal Ximenès , archevêque de Tolède, pour le royaume de Castille, et à l’archevêque de Saragosse, Alphonse, -pour le royaume d’Aragon.
(1) Robertson , Hist. de Charles-Quint , tom. 3. — Mariana , liv. 3i. — Zurita , Ann. d’Aragon. — Gomelius , de rebus gestis. — Ximenès. — Marsollier , Vie de Xienenès,
BIST. DE FR. l: PART. LIV^:^II. ''
i5i6. Charles inconnu aux Espagnols, et séparé d’eux par toute la profondeur de l’empire Français, eût peut-être trouvé des difficultés à se faire reconnaître roi d’Espagne , sans le traité de Noyon. Ferdinand , élevé parmi les Espagnols , pouvait devenir un rival redoutable. Les grands , dépouillés d’une partie do leurs prérogatives sous ledernier règne, s’occupaient des moyens d’atténuer la puissance royale. Un grand nombre de JXavarrais, attachés au sang de leurs anciens souverains , attendaient le moment de se soulever. Le traité de Noyon avait été conclu avec une précipitation extrême, on n’y discuta ni les droits du Roi de France sur le Roussillon , ni ceux dont il devait jouir en qualité de suzerain des comtés de Flandre et d’Artois. Ces questions épineuses furent renvoyées à une conférence entre les deux princes indiquée à Cambrai. Charles et François 1.“^ ne se proposaient pas de tenir cette conférence ; l’un formait le dessein d’envahir le royaume de Naples , l’autre craignait dans cette entrevue d’être contraint de prêter personnellement hommage, en qualité de comte de Flandre, au roi son souverain.
Chacun prévoyait la prompte rupture des liaisons entre François et Charles. Le nouveau roi d’Espagne annonçait déjà les talens supérieurs qui le distinguèrent. 11 parlait les piincipales langues de l’Europe. Son caractère naissant paraissait tenir du flegme allemand et de la gravité espagnole'. La clause concernant la maison d’Albret , susceptible d’une interprétation incertaine , devait brouiller les
deux monarques. Par cet article, suivant les négo- i5i6. dateurs français, Charles s’était obligé de mettre Henri d’Albret en possession de la Navarre. Le conseil de Charles réduisait toute l’obligation de ce prince, à cet égard , à faire examiner les droits de la maison d’Albret , et à l’indemniser , si ces droits étaient jugés inattaquables. Comment pouvait-on penser qu’un roi d’Espagne abandonnerait, sans y être forcé par les armes, une province sans la possession de laquelle il lui était impossible de fermer aux Français l’entrée de la péninsule espagnole.
Dans ces sortes d’occasions , où la voix de la politique impose silence à celle de la justice, les alliances , contractées entre les maisons souveraines , suffisaient pour fournir aux diplomates des motifs d’exclusion à opposer à la maison d’Albret. Mais sans recourir à ces substilités , la reine d’Espagne douairière, Germaine de Foix, réclamait la Navarre comme lui appartenant aux' droits de Jean de Foix, son père, comte de Narbonne. Ce prince avait disputé cette couronne à Catherine de Foix , mère de Henri d’Albret, et avait succombé par le crédit de la cour de France. Cette princesse transporta ses droits par son testament au roi Charles.
Au moment où le cardinal Ximenès prenait les i5j6— i5i8. rênes de l’état, Adrien d’ütrecht , ancien précepteur de Charles , envoyé en Espagne avant la mort du roi , produisait des pleins pouvoirs , en vertu desquels il devait gotivemer la monarchie. Les grands montraient leur aversion pour la domina-
iâi6— 15»8, tion d’un étranger, les prétentions d’Adiien allaient être rejetées. Ximenès propose de partager avec Adrien l’administration publique. 11 existait une grande inégalité de talens entre les deux co-regens. Adrien obtint un vain titre , Ximenès , traitant son collègue avec beaucoup d’égards, conserva l’antorité.
Charles , ayant chargé du gouvernement de la Belgique sa tante Marguerite , s’était embarqué pour l’Espagne. U prit terre dans les Asturies. La première opération de son règne fut d’ordonner à Ximenès d’achever dans un absolu repos sa vie laborieuse. Dans cette occasion, le siège du gouvernement d’Espagne fut transporté de Tolède à Madrid; le repos était assurément nécessaire à un prélat âgé de quatre-vingts ans ; mais rarement chez les ministres la philosophie prit la place de l’ambition. Ximenès, atterré par la lettré du roi , mourut presque en la lisant. Charles avait convoqué les cortès dans Valladolid , il fut proclamé roi dans cette assemblée.
Les ambassadeurs de France et ceux du jeune roi de Navarre étaient venus dans Valladolid. IVi Cliarles , ni les cortès , ne paraissaient disposés à satisËiire le roi de France. Les états de Navarre , assemblés dans Pampelune , avaient prêté serment de fidélité au nouveau roi d’Espagne. L’époque à laquelle la Navarre deVait être restituée à Catherine de Foix arriva. Charles répondait à toutes ses instances en termes insignifians. Cette princesse mou-
rat, laissant son titre à son fils, Henri d’Albret, iSi6— iài5. alors âgé de quatorze ans.
i8. Les années 1617 et i5i8 furent remplies à Paris par des contestations judiciaires au sujet du concordat ; Leon X termina alors le concile de Latran. Ce synode ne futcomposé que des créatures du pontife romain , auxquelles il dictait ses volontés ; la formule meme des actes du concile porte l’empreinte du despotisme papal. Le pape commande , le concile approuve seulement : de mandata pontijicis, sacra apprabante concilia. Une pareille assemblée n’était pas propre à guérir les plaies de l’église ; jamais elles ne furent plus profondes. Des abus qu’on ne voulait pas corriger conduisirent bientôt la moitié de l’Europe à se séparer de la communion romaine.
Franco» 1.” mécontent de Léon X , et témoin des réclamations élevées de toutes parts contre le concordat, se fût décidé probablement à le renvoyer a -Rome , si son aveugle confiance pour le chancelier Duprat n’avait dirigé ses résolutions.
Cet ambitieux voulait obtenir le chapeau de cardinal, placé sur sa tête en i5si7. Le rétablissement de la pragmatique l’aurait brouillé avec la cour romaine. Conduit par son intérêt particulier, il ne cessait de représenter au roi combien lui était avantageux ce rescrit, dont les clauses, investis- »ant la couronne de la disposition des bénéfices, lui procurait les moyens les plus multipliés d’aclieter par des bienfaits l’attachement des principales
i5iG— i5i8. fafjjiUes (Jg France. Le roi, déterminé à mettre un terme aux oppositions des cours souveraines et des universités , envoya le chancelier au parlement. 11 s’exprima à-peu-près en ces termes ^
« Personne n’ignore avec combien d’ardeur les souverains pontifes ont poursuivi l’abolition de la pragmatique. Jules II abrogea cette loi , et lança une excommunication contre ceux (jui l’exécuteraient. Louis XII , voulant mettre en repos la conscience de ses sujets , entreprit d’assembler un concile général. Abandonné par la fortune y. les circonstances le forcèrent de céder à l’orage formé par le pape. L’auguste monarque , assis aujourd’hui sur le trône , essaya d’abord la voie des négociations. Toutes les raisons , alléguées par lui , n’obtinrent aucun succès sur l’esprit do jpe pontife ; cependant les Suisses refusaient de traiter avec nous avant la réconciliation du roi avec le siège de Rome. Tout le fruit de la bataille de Marignan pouvait être perdu. Le roi prit le parti de donner satisfaction au pape sur plusieurs points moins importans. Changeant un. nom devenu odieux , et conservant les principales dispositions de la pragmatique ^ il a signé' un concordat favorable aux droits de la couronne et des universités. Le roi ordonne au parlement de lire , publier et enregistrer ce concordat , et la bullo du pape donnée à son occasion ».
Thibaut Baillet présidait le parlement en l’absence de Mondot de la Mortbouie , attaqué d’une
raabdie mortelle., H répondit laconiquement : i5i6— i5i8; (c La cour verra les concordats, et fera sur cette matière ce qu’elle aura à faire par raison », Deux cahiers furent remis aux gens du roi; l’un, couvert de damas bleu, contenait le concordat; l’autre,
(le drap d’or aux armes du roi et du pape , renfermait la révocation de la pragmatique prononcée par le concile de Latran. 11 ne fut pris dans cette séance aucune résolution.
Quelques jours après ,1’avbcat-général le Lièvre , rendant compte de l’opinion des gens du roi au sujet des deux cahiers remis dans leurs mains, faisant sentir tous les inconvéniens de ces deux rescrits , ajôuta : « Au premier avis qu’une assemblée ecclésiastique , prenant le titre de concile de Latran , donnait atteinte aux privilèges de l’église de France, en condamnant une constitution adoptée par les trois ordres de l’état , je me portai appelant de tout ce (pii avait été fait à cet égard. J’ai de nouveau examiné avec mes collègues les deux décrets pontificaux. Les trouvant attentatoires aux libertés de l’église de France et aux lois de la monarchie , je proteste contre leurs dispositions ; cependant je requiers que la cour charge un certain nombre de commissaires de les examineretde lui en rendre compte ».
Douze commissaires furent nommés. Us discutèrent les articles du concordat , et en rendirent compte sans prendre de résolution. On se flattait, en gagnant du temps , de ralentir les démarches du roi. Elles étaient réchauffées par le chancelier.
9 4 HiST. DE FR. I.« PART. LIV. XXII.
iSi6— j5i8. Retié de Savoie , envoyé au parlement avec de» lettres pleines de reproches et de menaces , avait ordre d’être présent aux délibérations de la compagnie. Jean Olivier venait d’être pourvu de la charge de premier président. Ce magistrat demande hèrement à René de Savoie si , sans «voir prêté serment en la cour, il prétendait assister aux délibérations , et gêner la liberté des siiEFrages. René , de Savoie se retira. Le parlement chargea une députation? de faire connaître au roi les lenteurs nécessitées par l’importance de cette affaire , et qu’un homme, n’ayant pas serment à la cour, ne pouvait assister à ses délibérations. Le roi répondit aux députés : cc Dans mon parlement se trouvent des gens de bien , des hommes, mûrs et réOéchis j niaLs on y compte aussi un bon nombre d’étourdis. Ils font l’éloge de mon prédécesseur: ils le proclament le Père do la justice. Comme lui , je veux que la justice soit bien administrée ; mais ce roi , dont les parlementaires disent tant de bien , ne laissa pas de chasser de la cour plusieui^ hommes turbulens. Si on m’y force , je prendrai le même parti. J’ai ordonné à mon oncle d’assister à toutes les délibérations au sujet du concordat, et de m’en rendre compte. Je veux être obéi. »
Le parlement admit dans son sein René de Savoie. Les délibérations remplirent douze s^uaces. L’arrêt intervint en ces termes : a La cour ne peut enregistrer le concordat ; elle maintiendra la pragmatique , et donnera audience à l’université de
Pal is et aux autre* compagnies qui voudront pro- i5i6— i5i8. tester contre la révocation de celte constitution.
Le roi sera supplié d’assembler un concile national, chargé d’examiner et de dédder cette afiàire en " définitive. » Le président Olivier , ayant prononcé cet arrêt , se tournant vers René de Savoie , lui dit ; (C Monsieur , vous avez entendu l’arrêt de la cour; rendez-en compte au roi. S’il désire déplus ^ amples renseignemens , la compagnie sera toujours prête à lui envoyer des députés.
Le i5 août, le parlement reçut la lettre suivante : a Nos amës et f aux , incontinent ces lettres reçues, envoyez devers nous deux ou trois d’entre vous bien informés des causes et raisons pour lesquelles vous n’avez procédé àlapublicationdu concordat. »
Les députés furent admis chez le roi , au mois de novembre i5i8. Ils présentèrent des remontrances. On y lisait : <( Le parlement ne saurait admettre comme loi la bulle de Léon X , sans subordonner la couronne à la tiare. Léon , non content de prononcer des peines canoniques contre les prélats français , qui , après la publication de sa bulle, adliéreraient à la pragmatique, les menace de procéder contre eux par la perte de leur temporel ; cependant les biens d’église relèvent du roi seul. Le pape va plus loin ; il déclare tous les barons laïques réfractaires à ses ordres déchus des fiels relevans de quelque église. Reconnaître dans le pape une pareille autorité serait admettre en France deux monarques. On a eu l’imprudence
9e HIST. DE FR. I.* part. LIV. XXII.
i5i$— 1618. de citer dans la bulle papale la constitution de BoniËice VIII, dans laquelle était énonce le droit que les papes s’arrogeaient de déposer les rois et de disposer des couronnes. Cette constitution est , il est vrai , modifiée par une bulle de Clément V citée également 5 mais le parlementvoit dans cette circonspection le seul objet de ne pas efTaroucher les esprits. Péut-on nous garantir que le pape ne révoquera pas un jour celle Clémentine pour s’en tenir aux. principes de Boniface.
y> Quant au concordat , la seule vue du pape est de tirer des sommes énormes de France sous le nom d’annates , puisqu’il n’a pas eu honte de déclarer nulles les provisions accordées , dans lesquelles la vraie valeur du bénéfice ne se trouverait pas énoncée. Les anciens papes ont toujours traité de simoniaques ces annates , quand les rois ou les empereurs les exigeaient. Par quel art deviendraient-elles saintes et justes en passant dans la main du souverain pontife? Par un autre article , * le pape se réserve la connaissance des causes majeures. N’est-ce pas un moyen de porter à Rome tous les procès en matière ecclésiastique ? Quelle déplorable perte de temps et d’argent ! quel déshonneur même pour la nation française , si on était forcé de s’expatrier et d’aller, plaider à Rome ! » Les remontrances renfermaient encore d’autres observations non moins frappantes.
Duprat fut obligé de convenir que la bulle , portant abrogation de la pragmatique , renfermait
des
des clauses contraires aux droits de la nation et du »5i6— i5i8. roi. Sur ce premier point , le parlement eut gain de cause. Le chancelier ne s’obstinait pas moins à faire enregistrer le concordat*. Les députés furent renvoyés avec des menaces.
Peu de jours après J Louis de la TrémouUle.vint i5x8f au parlement ; ayant présenté ses lettres de créan- . ce , U dit : « Je ne vous exposerai pas , messieurs j les raisons qui .ont déterminé le roi à substituer le concordat à une constitution bonne en ellemême , mais détestée en Italie. Vous les connaissez : le roi persiste dans sa résolution 3 il vous ordonne de nouveau de procéder à l’enregistrement du concordat.
» Vous êtes touchés de la perte de l’argent enlevé à la France par les annates 3 mais considères combien plus dispendieuse serait une guerre contre le Saint-Siège et plusieurs princes de l’Europe. On ne saurait compter sur la paix , si le concordat n’est accepté. J’insiste peu sur ces considérations.
Le concordat est un traité signé et juré par le roi 3 sa parole est sacrée , il désire que l’Europe eu soit convaincue ». Le président répondit ; La cour délibérera 5 j’espère que le roi aura lieu d’être satis&it.
Cette séance du parlement causait de vives inquiétudes aux partisans de la pragmatique. L’université avait ordonné des processions solennelles comme dans les calamités publiques 3 les prédicateurs recevaient injonction d’exhorter les fidèles Tome f^II, 7
9® HiST- FR. I.‘ PART. UV. XJÇil.
1 5 18. à plier Dieu pour la santé du roi , pour la défense de la religion et pour la conservation de la discipline de l’Eglise. Le recteur , suivi de vingt docteurs, vint au parlenjent. Le premier président leur demande s’ils persistaient dans leurs protestations contre le concordat ; et sur leur réponse affirmative, il les assura de la protection de la cour.
Ces docteurs étant sortis , les gens du roi prirent la parole par l’organe de l’avocat général le Lièvre.
Après plusieurs observations sur l’inconvénient de mécontenter le roi , il ajouta : Les monarques , malgré leur puissance , ne sauraient changer la nature des choses ; un abus d’autorité ne prendra jamais le caractère d’une loi. Le concordat est un acte de violence. Deux puissances se sont mutuellement cédé, ce qui ne leur appartient pas. L’Eglise de France, dépouillée sans la consulter, conserve ses droits : elle les fera valoir dans des conjonctures favorables ; ce n’est pas la première attaque essuyée ‘par la pragmatique. Elle fut abolie sous le règne violent de Louis XI : bientôt ce prince ouvrit les yeux ; il reconnut l’erreur dans laquelle l’avaient induit deux ministres perfides. La pragmatique fut rétablie : ce qui fut feit peut se faire encore j dans cet espoir, nous cessons de nous opposer à l’enregistrement du concordat , à condition que la cour y joindra la clause : « Du très - exprès commandement du roi , plusieurs fois réitéré , qu’on dérogera à l’expression de la vraie valeur des béné-
ftces , et qu’elle n’eiiteod porter aucun préjudice i5i8à la pragmatique ».
Se croyant obligé de céder à la force , le parlement voulut se réserver les moyens de revenir contre un acte involontaire. Les précautions , suggérées pries gens du roi, lui parurent insuffisantes. Après avoir consigné sur ses registres les ordres du roi , il déclara qu’il prâstait dans l’arrêt rendu , le a4 juillet i5i7 , en présence de René de Savoie , mais que , l’enregistrement du concordat étant impéricuscmentexigéduroi,il\)béissaitsansprétendra riuire à la pragmatique , et en insérant sur le repli des lettres ptentes ces mots : « Lu , publié et enregistré par ordre du roi » , plusieurs fois répétés. Le jour fut pris pour cet enregistrement auquel la Trémouille devait assister.
Dans. cet intervalle, l’université vint porter de nouvelles plaintes au prlement. « La cour Ÿous a promis sa protection , lui répondit le premier président : elle rie vous la retirera ps. Si vous persistez dans la résolution de vous opposer à l’enregistrement du concordat, votre opposition sera reçue pour y faire droit en temp et beu. Au reste , quand le concordat serait enregistré , la cour, veut bien vous confier sous le sceau du secret , qu’elle persistera à juger dans les principes de la pragmatique ». Le chapitre de Paris vint protester de même. Enfin , le parlement protesta en ces tèrmes contre l’enregistrement : « La cour , toutes les chambres assemblées , considérant les menaces dont ou
i5i8. use à son égard, et ayant à appréhender sa dissolution, craignant aussi que, si des guerres étaient suscitées à l’occasion de la non-publication du concordat, on ne lui en imputât les malheurs, après avoir fait tout ce qui lui est possible de faire pour éviter cette publication , proteste en présence de Pierre Blondel , évêque de Langres , pair de France, quesil’enre^trementet la publication a lieu, c’est par l’exprès commandement du roi, sans approuver le concordat, dont elle appèlle au pape mieux informé, et au futur concile général ».
Muni de cet acte conservatoire, le parlement procéda à l’enregistrement de la manière dont on était convenu.
A la nouvelle de cet enregistrement, l’université somme l’archevêque de Lyon , en qualité de primat de France, de convoquer un concile national; défend aux libraires , sous peine de privation de leur état , d’imprimer ou vendre aucun exemplaire du concordat et de la bulle papale portant suppression de la pragmatique. Les prédicateurs étaient soumis , comme les libraires , à l’inspection de l’université, lis se permettaient les accusations les plus graves , non seulement contre la cour de Rome , mais contre le roi et ses-ministres. Le parlement, craignant de compromettre son autorité dans un moment d’effervescence., ou peut-être désireux de laisser connaître au roi la disposition des esprits, fermait les yeux sur ces opérations de l’université et des prédicateurs. Leroi menaça le parlement de 'le pri-
loi
ver de la haute police dans la capitale , et de le ren- i S i U. dre responsable des désordres qui pouvaient arriver. Alors ce corps fut obligé d’agir. On arracha les placards de l’université. Le concordat fut imprimé, publié et affiché ; mais toutes les affiir^ contentieuses continuaient à £tre jugées d’après les principes de la pragmatique. •
DE
FRANCE