LIVRE VINGT-TROISIÈME
François 1.*^
1. Mort de l’empereur Maximilien. — François 1.°^ et Cnarles , roi d’Espagne , briguent la couronne impériale. — Charles est élu empereur. — 2. Tableau politique de l’Europe sous le règne de Cbarles-Quiut et de François I,« — - 5. Turquie , Hongrie « Bohême , Pologne. — Naissance de la religion protestante eu Allemagne. — 4* Luther prêche contre les indulgentes J doctrine de ce réformateur. — 5. Suède, Danemarck. — 6. Entrevue de François I." et de Henri VIII. 7. Couronnement de Charles-Quint. — Guerre entre' ce prince et François 1." — Expédition en Navarre et dans les Pays-Bas. — 8. Congrès de Calais. — Traité d’alliance entre Charles et Henri. — Guerre '^d’Italici
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g. Sforza rentre dans le duché de Milan. — lo. Vénalité des charges judiciaires établie par Duprat. — Portrait de François I.” — 1 1. Mort de Léon X. — Election d’Adrien. — Combat de la Bicoque. — 1 2. Ligue contre François I.*' — Voyage de Cbarles-Quint en Angleterre et en Espagne. — i5. Nouveaux impdts. — Fermentation dans les provinces. — Lit de justice. —
Départ du roi pour l’Italie: — i4- Le connétable de Bourbon passe au service de l’empereur. — Causes de celte défection. — 1 5. lÿie armée anglaise entre eu France par Calais. — 16. Mort du pape Adrien. — Pontificat de Clément VIL— > 17. Déroute de Biagraflh.
Mort du chevalier Bayard. — Procès fait au connétable de Bourbon. — 18. Les Espagnols pénètrent en Provence et en sont chassés. — 19. François I.« entre en Italie à la tête de son armée. — Siège de Pavie. —
^o. Bataille de Pavie. — 21. Suites de cette bataille.— aa. Disposition des principales puissances de l’Europe après la bataille de Pavie. — 25. Charles-Quint offre la liberté & François I." — Conspiration de Naples. —
Voyage de François I.*» à Madrid.
1 . Depuis que François I.*' gouvernait la France, triode nouvelles liaisons , formées entre Henri VIII et Maximilien , laissaient douter si la paix subsisterait entre la France et l’Angléterre. C’était une occasion de recouvrer Tournai. Le nouveau roi d’Espagne ne se trouvait pas en situation de rompre avec la France , et on craignait peu Maximilien. François I.*' , ayant reconstruit et fortifié Terouane , placée entre Calais et Tournai , dont elle interceptait la communication , armait une flotte
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i5i8. nombreuse. Son ambassadeur à Londres reçut ordre de réclamer la restitution de Touriiai à des conditions raisonnables. Il fallait gagner le cardinal Wolsey, administrateur de l’évêché de cette ville. On lui ofirait en dédommagement 12,000 francs de pension, et le crédit du roi pour lui procurer la dignité de légat apostolique en Angleterre. Tournai fut rendu à la France. Le traité déterminait le mariage du dauphin avec la ^le unique de Henri YIII, lorsque ces deux enfrns parviendraient à l’âge de puberté.
i5ig. Pendant cette négociation, Maximilien mourutà Lints. François et Charles briguèrent la couronne dé Germanie. Jamais de si puissans rivaux ne s’étaient mis sur les rangs.
Dans un autre temps leur puissance redoutable aux électeurs eût contribué à les exclure. Le voisinage des Ottomans mettait alors le corps électoral dans la nécessité dangereuse de placer la couronne sur la tête d’un prince respectable pat l’étendue de ses états. On balançait entre les rois de France et d’Espagne. Léon X , (^s l’une ou l’autre hypo-. thèse , craignant de couronner son maître , traversait de son mieux les deux concurrens. ’
Après un interrègne de six mois, les électeurs s’étalent assemblés à Francfort. Maximilien avait fiancé une de ses filles au roi de Bohême, lui promettant de le nommer son vicaire-général en Aile-, magne , et d’engager les Allemands à l’élire roi des Romains. La sœur unique de ce prince fut fiancée
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én'méme temps aux deux petits-fils de l’empereur, Charles et Ferdinand, sans déterminer lequel des deux épouserait la princesse : le sort tomba sur Ferdinand. U acquit par ce mariage des droits sur les royaumes de Hongiie et de Bohémq.
Louis II, roi de Bohême, parcourait sa quinzième année, à la mort de MaximiKenj non seulement sa jeunesse l’éloignait du trône impérial , mais François et Cb»'les, versant l’or sans mesure, achetaient les voix. Le trône impérial était ôccupé depuis long-temps par des princes autrichiens. Charles, l’envisageant comme son héritage , ne croyait aucune considération capable de déterminer les Allemands à couronner le chef d’une nation dont le çaractère et les moeurs différaient de ceux de Germanie. D’ailleurs les états héréditaires d’Autriche formaient une barrière contre le sultan Selim I."^, dont les entreprises donnaient alors à l’Europe des inquiétudes bien fondées.
Dans les écrits pubUcs par François I.®' , les princes allemands étaient iiivités à prouver que la couronne germanique n’était pas héréditaire. Un jeune prince sans expérience , disaient les émissaires français, entrerait-il en lice avec avantage contre Selim, vieilli dans l’art de la guerre? Mais on peut opposer au conquérant .de l’Asie et de l’Afrique un monarque dont la valeur a triomphé de la discipline des Suisses. L’ardeur et l’impétuosité de la gendarmerie française, secondée par la discipline et la fermeté de l’in&nterie allemande,
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iSig. formera une armée si redoutable, qu’au lieu d’ât* tendre les troupes ottomanes , on pourra porter la' guerre sous les murs de Constantinople, et ressusciter les républiques de la Grèce.
François I.'% réunissant sur sa tête la plus grande partie des éta.ts de Charlemagne , se serait trouvé en mesuré de protéger , mais en même temps de soumettre l’Allemagne au joug du pouvoir arbitraire. Cette perspective alarmait les électeurs . Cependant les trésors de la France inclinaient la balance en feveur de François I.*', plusieurs fausses démarches lui donnèrent une autre impulsion.
Parmi les agens du roi de France, on comptait Evrard de la March., évêque de Li^e , et le duc de Bouillon, son frère (i). Le chapeau de cardinal manquait à l’ambition du prélat. François 1.*' le lui avait promis. 4oo,ooo écus comptés à la duchesse d’Angoulême par Boyer , trésorier de l’éprgne, placèrent ce chapeau sur la tête de l’archevêque de Bourges. Le . duC de Bouillon fiit dépouillé dans le métne temps de sa compagnie de cent hommes d’armes. La mère du roi l’avait fait licencier par une économie inopportune. Ces deux hommes se jetèrent dans le parti du roi d’Espagne.
Connaissant les desseins de François 1.", il leur fut aisé de les déconcerter.
(i) Robert de la Marck, duc de Bouillon, connu long, temps eu France sous le nom de maréchal de Fleurange.
Les électeurs , témoins de l’ardeur aVed laquelle i5iy. François I.**’ sollicitait la couronne germanique, craignaient, en choisissant son rival, d’être attaqués par les Français dans leurs frontières occidentales, dans un moment où les Turcs menaçaient leurs frontières orientales. Ils jetèrent les yeux sur Fré* délie , électeur de Saxe; ce prince refusa d’accepter le trône. « Dans les occasions ordinaires, disait -il à ses collègues , il no us faut un empereur hors d’état d’empiéter sur nos droits; mais les momens dangereux appellent un prince puissant ; les armées turques se rassemblent sous» les ordres d’un conquérant redoutable , comment pourrais-je lui résister ? Nous sommes forcés de recourir à un des monarques rivaux ; chacun d’eux peut conduire en campagne les forces nécessaires à notre défense : les domaines du roi d’Espagne bordent la frontière la plus voisine des Turcs ; la prudence parle donc en sa faveur , je lui donné ma voix. « Cette détermination venant à l’appui des négociations des agens de Charles , il fut élu le 28 juin.
Avant l’élection , les rois de France et d’Espagne paraissaient décidés à ne pas troubU r la paix de l’Europe, a I^a concurrence de Qiarlcs ne m’offense pas , disait François à ses courtisans ; #)us adressons nos vœux à la même maîtresse , le plus heureux, l’épousera ; il faudra bien que l’autre se console. CeS sentimens n’étaient pas sincères-; François fut profondément blessé de la
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i5ig. préférence donnée à son rival ; la jalousie engendra la haine entre les deux rois , elle coucha dans la tombe plus de deux millions d’Européens.
Pendant deux ans ils ne se heurtèrent que par leurs négociations ; il leur importait surtout de gagner le roi d’Angleterre.
Léon Xet les autres princes d’Italie témoignaient de vives inquiétudes si l’empereur et le roi de ^ France , au lieu de tourner les armes l’un contre l’autre , avaient cimenté l’alliance ‘existante entre eux : c’^en était fait de la liberté italique ; les deux monarques pouvaient en exécuter le partage ; les papes , réduits aux fonctions pastorales , auraient conservé dans Rome la seule autorité dont jouis- • saient à Constantinople les patriarches d’Orient , sôus les empereurs G recs.
2. Dans cette' délicate occurrence , Léon X , célèbre par son goût pour les arts et pour les plaisirs, étonnait toute l’Europe par sa magnificence, il posédait, avec l’état ecclésiastique , la Toscane" gouvernée sous ses ordres par son frère. Ayant privé du duché d’ürbin un neveu de Jules II , il le donna à son neveu Laurent , fils de son frère aîné , Pierre de Médicis. Cette violence fut sur le point de le-conduire au tombeau ; ce pontife était attaqué d’une fistule à l’anus ; les cardinaux , Pétrucci , Bendinello et Riarip , corronjpirent le chirurgien du pape. Le complot fut découvert, les trois cardinaux furent appliqués à la question et condamnés à mort ; ou pendit le
cardmal Pclrucci dans sa prison , les deux autres i5i rachetèrent leur existence au prix de leurs trésors. Cette tragique aventure n’avait pas altéré la gaîté de la cour pontificale ; les comédies de l’Arioste et celles de Machiavel , quoiqu’elles respectent peu la pudeur , étaient jouées en présence du pape par les jeunés gens les plus qualifiés de Rome ; le mérite seid de ces ouvrages faisait impression. A peine dans une cour intrigante et licencieuse apercevait-on ce qui offensait la religion.
Le pontife ne pensait pas que la religion fût blessée par ces libertés ; en effet comme il ne s’agissait ni du dogme ni du pouvoir des papes , ils n’en étalent pas plus effrajés queues Grecs et lés anciens Romains ne le furent des railleries d’Aristophane et de Plaute.
Le couronnement de Léon X avait coûté aoojooo^ écus H’or; les revenus de l’état ecclésiastique ne suffisaient pas au luxe et à la jirodigallté de ce pontife ; la Toscane était la seule province de ses états où le commerce conduisît des métaux précieux. Cependant le temps n’était pas encore venu où les Médicis devaient trouver dans Florence les ressources pour égaler le faste des plus grands rois. Le pape jouissait plutôt dans cette >tille d’un grand crédit que d’une autorité légale. Son frère Julien mourut peu de temps après l’élection de Léon X. Laurent, duc d’Urliin , devenu chef de sa fiimille, fut élu capltaiiie-géncir ral de Florence,
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5 19; Léon X ne pouvant se procurer les sommes immenses semées par sa profusion , ne se contentait pas, à l’exemple de ses prédécesseurs, de vendre les absolutions , les dispenses;, les bénéliçes ; il prétexta une guerre contre les Musulmans , et' mit en vente des indulgences plénières. Les acquéreurs so les procuraient pour euxr-mêmes , pour leurs parens ou pour leurs amis morts ou vivons. La publicité et l’étendue de ce singulier négoce font connaître l’esprit du temps; personne ne s’en scandalisa. Des bureaux d’indulgences furent établis dans toutes les grandes villes de l’Europe ; la plupart de ces comptoirs* se tenaient dans les cabarets. Le prédicateur , le fermier , le distributeur , chacun gagnait sa vie. Le pape donna à sa sœur upe partie de cet argent; personne encore ne murmura; mais quand on eut confié aux dominicains en Allemagne cette ferme sacrée , les augustins se montrèrent jaloux. Ce petit intérêt de moines porta on coup fatal à la religion romaine.
Les trésors , conduits à Rome par la vente des indulgences , étaient prodigieux ; Léon X se flatta de les employer avec succès à porter* sur le trône de Germanie son neveu Laurent. Ayant échoué dans cette négociation , il voulait ériger la Toscane en royaume. Laurent de Médicis mourut en i5ig. Sa fille unique, Catherine , épousa Henri II, fils de François!." La dignité de capitaine général de Florence passa à Jean, issu d’une bram chc collatérale db la maison de Médicis, Léon X ,
ayant survécu à sa famille, avait légitimé Jules de iSiQ. Médicis, son cousin; il le revêtit de la pourpre,et' le rendit dispensateur de toutes les grâces.
Léon X , dont la santé dépérissait , prépafait l’élévation de Jules ; il publia une bulle en vertu de laquelle les bénéfices , possédés par les prélats qui parviendraient désormais au pontificat , seraient partagés entre les cardinaux. L’objet de ce rescrit était d’aplanir devant Jules le chemin de la papauté. Ce cardinal était comblé de bénéfices ; ces richesses devenaient un appât présenté par Léon X aux cardinaux ambitieux ou avares.
Au mUieu de ces arrangemens économiques , ce pontife ne perdait pas de vue les intérêts du Saint- Siège ; il redouta^ l’ambition d’un empereur , roi d’Espagne et de Naples , souverain des Pays-Bas et maître des trésors du Nouveau Monde ; caciiapt dans sou ame ses sujets d’appréhensions , il cherchait à gagner en même temps Charles-Quint et François l.*’’ Ses agens offraient au . second l’investiture de Naples en faveur de Charles , duc d’Orléans , second fils du roi , à la condition de réunir au domaine*de l’Eglise les pays entre le Garigliano et la Campagne de Rome ; d’autres agens promettaient cette investiture à Charles - Quint , s’il voulait démembrer du royaume une province dont serait mis en possession Alexandre , ôls naturel de Laurent de Médicis , et s’il chassait les Français de la Lombardie , en faveur de Franço'is-Marie bforza , frère cadet de Maûmilien Sforza.