CHAPITRE XVIII
Bataille de Lépante.
J HAN d’Autriche, fils naturel de Charles-Quint, commandait cette flotte; l’avant-garde était sous les ordres de Marc-Antoine Colonna ; l’arrièregarde sous ceux du vénitien Sébastien Veniero. Ce fut pour la première fois qu’on vil l’étendard des deux clefs déployé contre le croissant, et que les galères de Rome affrontèrent les galères ottomanes. La bataille de Lépante se donna le sept octobre 1671, non loin des rivagescélèbres où Marc- Antoine et Auguste combattirent autrefois pour l’empire du monde (1). Les Turcs, entièrement défaits , perdirent ccut soixante galères , prises ou coulées à fond : la consternation se répandit dans le sérail de Cons-, tantinople.
Si on eût (3) suivi le conseil de Juan d’Au-
( 1 ) Giann., Hist. de Naples, liv. 34 .
( 2 ) Jean d’Autriche mourut en l5y8, âgé de 3* ans. Philippe IL , son frère, le soupçonnait de vouloir se faire souverain de la Flandre dont il était gouverneur; ses liaisons avec la reine Elisabeth augmentaient les soupçons du roi d’Espagne. On ne crut pas sa mort na-
triche qui voulait profiter de l’effroi des Turcs pour s’emparer des Dardanelles , la ville de Constantinople échappait aux Osmanlis. La division se mit entre les chefs de la flotte chrétienne ; cette mésintelligence fatale rendit de plus grands services aux Ottomans , que la perte de la bataille ne leur avait été préjudiciable. Les Vénitiens , moins attachés à la possession d’une île éloignée qu’au profit par eux tiré de leur commerce oriental , écoutaient les propositions de paix faites par la Porte. L'île de Chypre fut abandonnée aux Turcs; à cette condition, les citadins de Venise conservèrent la permission de commercer, comme auparavant, dans les faubourgs de Bizance.
Sélim, après cette paix, abandonnant les rênes du gouvernement à son grand visir , s'ensevelit au fond de son sérail avec ses femmes et ses eunuques. Les padishas de Constantinople ne firent plus depuis lors de grandes conquêtes; l’empire ottoman sembla circonscrit dans ses limites : ainsi tout dégénère. Les deseendans des Amurat, des Mahomet, des Soliman, amollis par les jouissances les plus délicieuses , parurent raren enlà la tête de leurs armées ; ces fiers janissaires qui faisaient trem-
turelle s presque tou* le» historiens espagnols, excepté Cabréra , ont cru qu’il avait été empoisonne’.
hier l’Europe , ne devinrent redoutables qu’à l5?I leurs souverains.