CHAPITRE XX
Intrigues pour attirer à Paris les chefs des réformés.
I\Æalgré la conclusion de la paix , les princes et l’amiral , au lieu de venir à la cour sur l’invitation de Catherine de Médicis , s’étaient retirés daus la Rochelle, tant pour conférer avec la reine de Navarre sur leurs communs intérêts, que pour veiller à leur sûreté. J’ai déjà observé que , dans les vues de la reine mère , le dernier traité était un piège fatal, et qu’elle voulait exterminer par la perfidie ceux qu’elle avait vainement tenté d’exterminer par la voie' des armes (i). L’affreuse journée de la Saint-Barthelemi fut méditée et préparée durant plusieurs années.
Il est presqu’impossible de concevoir comment une femme telle que Catherine de Médi-»
cis , élevée dans les plaisirs , put former une
(l) Millot, Élcm. de l’hist. de France , tom. 3. Davila , guer. civ. de France , liv. 5. Mezerai , abr. chron, tom. 3.
résolution aussi atroce (i) : cette abomination étonne encore davantage dans un roi de vingt ans. René de Birague , devenu garde des sceaux en lô'jo , après la retraite de Morvilliers , et Albert de Gondi , depuis cardinal , préparèrent cette conspiration contre tout un peuple : ils étaient italiens l’un et l’autre. On se faisait un grand honneur alors des maximes de Machiavel , et surtout de celles qu’t/ ne faut jamais commettre le crime à demi.
D’ailleurs les guerres civiles augmentaient la férocité des moèurs , malgré les fêtes et les plaisirs entretenus à la cour par Catherine de Médicis. Ces plaisirs étaient mêlés de superstitions absurdes ; l’amant ne marchait point sans devises enchantées , la dame sans figures emblématiques, Cardan et Gauric (2) , astrologues
(t) Jamais on n’avait recherché avec plus d’ardeur les doux passe-temps de la galanterie , de la chasse , des festins. Catherine -conduisait partout avec elle l’attirail des voluptés. Deux céhts belles femmes menaient en lesse un plus grand nombre de courtisans. Il fallait , dit Monluc , que mime dans les opérations guerrières le bal marchât toujours. Le son des violons n’était pas étouffé par celui des trompettes ; le mâtne équipage traînait les ballets et les machines de guerre. Meserai.
(a) Gardan fut si jaloux de ses prédictions, qu’ayant annoncé le jour de sa mort , il refusa de prendra la
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du temps , étaient devenus des personnages célèbres à la cour. Les chevaliers les plus braves , les plus belles dames croyaient à toutes leurs prédictions hasardées. Le peuple voyant auprès des grands des magiciens et des devineresses, regardaient les sorciers comme des êtres dangereux. Un mélangede frénésie et de crédulité, de galanterie et de k fureur, forme le plus bizarre tableau où les contradictions de l’espèce humaine soient peintes.
Charles était d’un tempérament sanguinaire , et quoiqu’il eût des maîtresses , les doux sentimens de la volupté n’avaient pas adouci ses noires idées. Le plus inconcevable projet fut conçu et préparé avec une subtilité qui ne semblait pas de ce siècle.
Tous les magistrats , tous les gouverneurs des provinces reçurent ordre de veiller à l’exacte observation des articles de la pacification favorable aux réformés. On envoya à la Rochelle le maréchal de Cossé , digne par ses sentimens philosophiques, d’être le médiateur entre les deux religions rivales. On le chargea d’assurer les princes et l’amiral de l’affection du roi et de sa ferme résolution d’accom-
moindre nourriture , pour ne pas blesser sa gloire par une erreur de calcul.
plir ses promesses (i). La cour se conduisant d’une manière conforme h ces apparentes dispositions, fit punir sévèrement plusieurs catholiques , coupables d'avoir insulté les ministres protestans dans plusieurs endroits de Dauphiné, de Provence et de Normandie. S’il survenait quelques difficultés sur l’exécution de l'édit de Saint-Germain-en-Laye , Charles décidait ordinairement en faveur des réformés, affectant même quelquefois à l’égard des catholiques une sévérité Remarquable.
Les chefs des réformés, si souvent trompés par des mensongères paroles , suivaient ces mouvemens avec une inquiète attention. Ils commençaient à espérer que Catherine de Médicis , fatiguée des maux et des dangers de la guerre civile , voulant désormais couler ses jours dans un doux repos , déciderait son fils à régner par lui-même , sans suivre aveuglément les conseils des Guise , et à rouvrir en France les canaux de l’industrie et du commerce, en conservant à l’intérieur une paix inaltérable. Le seul Coligny n’était pas aussi aisé à tromper , il fallut faire jouer les ressorts les plus subtils. Charles, instruit par sa mère,
(i) Charles appelait le traité de St.-Germain sa paisc , donnant à entendre qu’il l’avait signée malgré l’opposition do son conseil , de la reine mère et de la maison de Guise. Mém. de Sully , tom. i ,chap. 3.
CHARLES MAXIMILIEN'. 63 était devenu Je plus caressant et le plus dissimulé des hommes. 11 fit confidence à ce guerrier qu’il se proposait de déclarer la guerre aux Espagnols.