CHAPITRE XXVI
Mort du chancelier de l’Hôpital.
L’Hôpital , retiré dans sa maison de campagne de Vignai , achevait sa vie dans an doux repos , lorsque le bruit de cet épouvantable événement vint frapper ses oreilles. Ses amis lui conseillaient de fuir; il rejeta ce conseil pusillanime. On vint lui dire qu’une troupe de gens armés s’avançait vers sa mais.on, et lui demander s’il fallait en fermer les portes et repousser la force par la force. Non, répondit le chancelier (1) , je ne fais pas assez de cas de la vie pour la défendre contre ceux qui voudraient me la ravir. C’étaient en effet des furieux qui venaient pour le tuer ; mais au moment de commettre leur crime , ils furent joints par d’autres cavaliers chargés d’ordonner aux premiers de revenir sur leurs pas.
Si l’Hôpital fut préservé du massacre par les ordres précis de Catherine de Médicis, elle n’empêcha ni le pillage de ses fermes», ni la dévastation de son domaine. Il mourut
(1) De Thou, liv. 5 a, Mathieu, liv. 6,
gz HîST. DE E.R., II e . P., L. IV.
""" l'année suivante , dans un état voisin de l’indigence.
La cour (i) avait d'abord écrit dans plusieurs provinces, que les massacres de Paris devaient cire considérés comme un tumulte passager, excité par la conspiration de l’amiral; mais par un second courier , on envoya des ordres exprès de traiter les réformés comme ils l’avaient été dans la capitale. Cet ordre ne pouvait être exécuté dans les endroits où le nombre des réformés l’emportait sut^ celui des catholiques. Ils se mirent snr-le-cbamp en défense. J’ai déjà observé que plusieurs commandans refusèrent d’exécuter les ordres sanguinaires delà cour; mais dans d’uutres villes, surtout dans Lyon «t dans bordeaux, la bar- 1 barie exercée à Paris fut imitée avec la dernière fureur. Un jésuite , nommé Edmond ügier, excitait la populace de Bordeaux au
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(i) Le 8 novembre on observa un nouvel ostre la eoustellatioê Cassiopée. 1! parvint à égaler en grandeur ln planète de Jupiter; il diminua ensuite peu à peu, et disparut au bout de dix - huit jours. Dans le même temgs , parut en France une étrange maladie*, dont l’elTet disloquait toutes les jointures de ceux qui en étaient attaqués. Cette maladie cessa peu à peu en 160 6. Ou la nomma le. mal bilieux et la colique de Poitou *,-■ parce qu’elle régnait principalement dans ce pays-là. Mêlerai. , ' . ' - ’ r,
CHARLES MAXIMILIEN. ÿo carnage , un crucifix eu main ; il mena lui- Uiéme les assassins çhez deux conseillers au parlement dont il croyait avoir à se plaindre, et qu’il fît égorger sous ses yeux.
Le cardinal de Lorraine se trouvait alors à Rome 3 la cour, pour lui annoncer cette nouvelle , dépêcha un Courier auquel ce prélat fil présent de mille ducats. On alluma des feux de joie dans les principales rues de Rome.
On prétend qu’il existe encore une médaille frappée dans cette occasion par les ordres de Grégoire XIII , ayant d’un côté l’efiigie de ce pontife avec celte légende : Greg. Xlllpontif. Maxim, anno i°. , et de l’autre un ange exterminateur, armé d’une croix etd’uu glaive, avec lequel il massacre les réformés , et ces mots: Eugenotorum strages i5r2.
Un autre courier fut envoyé à Madrid. Philippe 11, le fléau de ses peuples et de l’Europe , embrassa affectueusement le courier.
Son front, ordinairement impénétrable , devint pour la première fois le miroir de son ame barbare. Le zèle dont il brûlait pour la religion catholique ressemblait à un feu destructeur 3 il se flatta d’ériger bientôt au milieu de ses provinces belgiques le tribunal de l’inquisition , et que la destruction des protestans en France annonçait qu’ils n’existeraient plus bientôt dans les Pays-Bas.
Daniel rapporte sérieusement (i), que dans cette occasion Charles joua bien la comédie, qu’il fit parfaitement son personnage. Quelle horrible comédie ! une moitié de la nation française égorgeait l'autre, un crucifix sur la tête, un poignard dans les mains et le mas- , que de la religion sur le visage.
Si on en croit le duc de Sully et rhistorieu Mathieu , Henri IV leur avait raconté que jouant aux dés avec le duc d’Alençon et le »
duc de Guise , quelques jours avant la Saint- Barthelemi , ils virent deux fois des taches de sang sur les dés , et qu’ils abandonnèrent le jeu , saisis d’épouvante. Daniel qui a recueilli ■ , ce fait , devait savoir assez de physique pour ne pas ignorer que les points noirs , quand iis font un angle , donné avec les rayons du soleil , ’ paraissent rouges ; c’est ce que chacun peut*! avoir éprouvé eu jouant au trictrac. Voilà où se réduisent les prodiges. 11 n’y eut certes, dans?'*''* toute cette action, d’autre prodige que celte^ fureur religieuse , transmuant en bête féroce S? une nation insouciante et légère. Daniel ré- . pète encore , que le cadavre de Coligny ayant été pendu , Charles alla repaître ses yeux de cptte vue, et dit que le corps d’un ennemi " mort sentait toujours bon.
(î)Hist. de France, tom. 6.
C’est un ancien mot de Vilellius, cité par , \ Suctone , et qu’on s’est avisé d’attribuer à Charles ; mais ce qu’on doit le plus remarquer , c ; esi que Daniel veut faire croire que les massacres ne furent pas prémédités. 11 se peut eu effet que le temps , le lieu , la manière , le nombre des victimes, n’eussent pas été concertés du- ' rant deux années , mais le dessein d’exterminer les protcstans était formé depuis longtemps , c’est un fait hors d’atteinte. Méserai historien très - supérieur à Daniel , surtout dans les derniers siècles de la monarchie , ne permet pas d’en douter ; et Daniel se contredit lui-même eu louant Charles d’avoir bien joué la comédie , d’avoir parfaitement rempli son personnage.
Les mœurs des historiens et l’esprit de parti qui les dirigeait , se reconnaissent aisément à leur manière de narrer les mêmes objets.
Daniel se contente de dire qu’on loua à Rome ^ le zèle du roi et la terrible punition par lui faite des hérétiques } Baronius ajoute que cette
punition était nécessaire.
gô HIST. DE FR. , II e . P., L. IV-