CHAPITRE XXVII
Quatrième guerre civile de France. Sidgçs de Santerre et de la Rochelle.
E massacre, au lieu d’éleindre en France k religion réformée produisit une nouvelle guerre civile. Les protestons , menacés de toîne part, songeaient à vendre chèrement leur vie. * On avait égoi’gé soixante mille de Içurs frères en pleine paix ; il en restait plus de deux mil-, lions pour venger cet attentat. Charles youlut en vain se mettre en possession des places de sûreté cédées par Je traité de Saint-Germainen-Laye; les réformcs'répondaient qu’^près l'infâme trahison dont ils venaient d’étreles . victimes, il ne leur restait (1) d’autre partit prendre que de mourir les armes à la main. .
Les chefs des réformés , échappés aux mas^ sacres , avaient choisi différens asiles , suivant les provinces où ils se trouvaient. Ceux^de Picardie , de Bretague , de Norpi^ndie s’étaient réfugiés en Angleterre j ils se rassemblaient sous
. ()) La Popelioière, Hist. , liv. 3t.
CHARLES MAXIMILIEN. Q7 les ordres du comte de Monlgonnnei'i ; prêts à passer la mer , pour rentier aimés dans leur patrie ; les réformés du Dauphiné, du, Lyonnais, de la Provence, entouraient dans les montagnes helvétiques les fils de Coligny ) le nom de leur père , leur jeunesse , leurs malheurs, réveillaient dans tous le* cœurs les sentimens de compassion. Les Suisses, protestans se présentaient en foule sous les ' drapeaux de ces jeunes guerriers. Les réformés de Champagne, de Bourgogne, cherchaient en 1 Allemagne un asile et des vengeurs.
Ceux de l’intérieur s’étaient ‘retirés avec leur fortune dans les places fortes dont ils étaient les maîtres ; ceux de la Beauce , du Nivernais et de rile-dc- France dans Santerre. Les Languedociens et les Gascons dans«Nimes et dans Montauban. Ceux d’Anjou et de la Sainlonge dans la Rochelle. Cette place , regardée comme imprenable , devenait le boulevard du parti. Les plus habiles ministres protesians s’étaient rassemblés dans cette ville. Us Savaient pas de peine à ‘démontrer dans leurs discours et dans leurs écrits, que les réformés , ne pouvant prendre aucune confiance désormais aux promesses des catholiques, leur seule ressource était de se créer , au sein de la France, une patrie dont ils fussent les maîtres et d’y transporter leur industrie et
leurs propriétés.
Tom. Il , 3 e . part.
Tous les habitans de la Rochelle , sous les ordres de Jacques Henri leur maire, partagés en compagnies de deux cents hommes s’exercaient au maniehient des armes. L’Angleterre leur fournissait abondamment les munitions de guerre dont ils avaient besoin. Le commerce conduisait dans leur port les richesses du monde , et les réformés réfugiés dans leurs murs , augmentaient leurs moyens de défense»
Trois armées royales marchèrent vainement * contre les réformés sans pou voir les soumettre. Le siège de Santerre est devenu fameux dans nos annales, par la résistance opiniâtre des habitans ( 1 ). Deux mille périrent de faim plutôl que de se rendre. Le sort des habitans de Santerre fut semblable à celui des juifs assiégé» dans Jérusalem par Titds. 11% succombèrent après avoir éprouvé les mêmes extrémités.
On rapporte qu’un père et une mère y tnaii- i gèrent leur propre fille. On en a dit autant depuis lors du siège de Paris par Henri IV ( 2 ). Le marquis de la Châtre , général de l’armée catholique , ne fut maître que d’un vaste tombeau.
Le siège de la Rochelle fut encore plus mémorable ; le duc d’Anjou parut devant cette place au commencement de février avec une
(1) La Popelinière, Hisl„ liv. 35.
(a) De Thou , liv. 40.
•armée nombreuse (i); elle traînait à Sa Suite une artillerie redoutable. On voyait dans celte armée le comte de Montpensier (2) et son fils auquel on donnait le nom de dauphin d’Auvergne , les ducs d’Alençon , de Nevers j d’Aumale, de Guise, de Mayenne, de Longueville , le maréchal de Cossé , Crussôl en faveur duquel la terre d’Uzès venait d’être érigée en duché pairie. Les comtes de Bouillon , de Gondi , de Strozzi , de Maulevrier , les barons de Biron , de Monluc et tous les généraux qui avaient acquis quelque célébritér
Au milieu d’eux se trouvaient le roi de Navarre et le prince de Condé , envoyés à l’ar- <mée , nomseulement pour ôter à la Rochelle l’espoir de leur protection, mais pour employer leur nom à déterminer les Rochellois à' ouvrir leurs portes.
Résolus de se défendre jusqu’à la dernière extrémité, ils avaient confié l’autorité civile h Jacques Henri, leur maire, avec un conseil des principaux bourgeois , et le pouvoir militaire au capitaine Lanoue. La Rochelle essuya durant cinq mois , trente-cinq mille coups do canons , neuf grands assauts , vingt autres moindres j et les fatigues n’épuisaient ni le courage
( 1 ) La Popelitiière , liv. 3i . Mathieu , liv. 6.
( 2 ) Brantôme, Eloge du maréchal de Xavannés.
ni les forces des assiégés. Les femmes rivali- * saientavec les hommes, de fermeté , de constance et de valeur (i). Dès que le canon menaçait de faire crouler une partie du rempart, un fossé rempli d’eau se trouvait creusé et une terrasse élevée , avant même que la brèche fut faite. Les dissensions et les maladies régnaient dans l’armée royale. On était au momeut d’abandonner honteusement le siège , si le plus imprévu des événemens n’eût fourni un prétexte de conclure une nouvelle paix avec les réformés.