‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 28 sur 101 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Jl s'élève à la cour un nouveau parti qui fut nommé Parti des Politiques.

Depuis le départ du roi de Pologne, le duc d’Alençon , deuxième frère du roi , tenait le premier rang à la cour. Charles, dévoré de remords , dépérissait de jour en jour. Devenu sombre et mélancolique , le fardeau de la vie semblait lui être insupportable. On se flatta d’abord que la force.de son âge et la dissipation, écarteraient les noires vapeurs dont il paraissait affecté. Mais bientôt sa langueur (1) habituelle dégénéra en une maladie à laquelle les médecins ne connaissaient aucun remède.

Presque le corps entier de la nation , s’abanbandonnant aux prestiges du fanatisme , servait, sans le vouloir, les chefs de deux factions acharnées à la destruction de la France. Cette disposition, connue de tous ceux qui jugeaient des événemens sans préjugé , avait insensible-

(1) Mcm. de Brantôme, tom- 4.

lo8 HIST. DE FR., II*. F., L. IV.

nient formé un tiers parti; Ce parti, composé de catholiques et de protestans* (i) , assez sages pour fermer les yeux sur la différence t^es deux religions , voyait dans le .gouvernement , les vices auxquels il fallait attribuer les maux publics. Ces hommes, amis de leur pays, voulaient profiter de la mort prochaine du roi, pour fonder la paix intérieure sur les ba*>cs j es pl us solides. Henri , ’roi de Pologne , Un des principaux instigateurs de la St.‘Bartheleîni , annonçait un règne sanguinaire , également fatal «ix catholiques et aux protestans. Il -fut question de -lui fermer le retour en P" rance et de placer sur le trône le 1 duc d’Afençon , *d’une humeur plus modérée et plus •paisible. *.

(i)a a vu précédemment , que le dessein des réformés était diriger en république les provinces les plüs voisines -de la Rochelle. En conséquence , un grand nombre d’entre eux désapprouvaient la pacification signée devant cette place. Malgré celle pacification, la Ro- •cheflle et les autres villes dont ils étaient les maîtres se remplissaient de soldats ; les principaux propriétaires , pour s’y réfugier avec sûreté , vendaient les domaines possédés par eux dans les -provinces éloignées de la uou-

(i) Mém. de la Tour d'Auvergne, p«g. 70. t

CHARLES MAXIMILIEN. 109 yelle république , ot venaient avec leur fortune , leurs femmes et leurs eufans. Réunis en plus grand nombre , ils réclamaient la cession d’un plus grand nombre de villes. L’horrible trahison par eux éprouvée , malgré la foi des traités , autorisait leurs réclamations audacieuses. Elles épouvantaient un roi au bord de . sa tombe (i)* On attribuait aux réformés des ressources inconnues ; on leur supposait des forces qu’ils n’avaient peut-être pas. De tout coté ils tenaient des assemblées pour délibérer sur les intérêts politiques. On n’osait les troubler, tant ils inspiraient d’elï’roi à leurs adversaires. Quel fruit revint-il donc à l’auto - 1 rilé royale de tant de sang versé à grands flots ?

Le duc d’Alençon avait plusieurs fois blâmé publiquement la conduite du roi et du duc d’Anjou envers les protestans. L’atlacheineut . de ce prince pour l’amiral de Coli^ny était connu de tout le monde ; on savait qu’un très- ' grand nombre de proscrits lui devaient la «onservalion de leur existence. Les hommes dont ce parti était composé, espéranl que le duc d’Alençon jur le trône , tiendrai t«me conduite différente de celle de son prédécesseur, se proposaient de procurer aux réformés toutes

(1) Mercier, tableau des rois de Erance , tom. 3 .

les sûretés désirables par èux , en leur faisant abandonner le projet d’une scission auquel ils pouvaient être secrètement poussés par la cour de Londres.

On devait (i) composer au nouveau roi un conseil , dans lequel entreraient indifféremment des catholiques et des protestans -, Médicis était éloignée des affaires, et ponr achever de tranquilliser les réformés , le nouveau monarque eût consenti que dans les villes dont ils étaient les maîtres , fussent adoptées et reconnues certaines formes républicaines , subordonnées cependant à la législation générale de l’empire. Les magistrats et les habitans de ces villes auraient établi les règlemens , jugés par eux convenables pour la religion , le gouver- ' nement civil , la distribution.de la iustice, la £ liberté du commerce et l’assiette (Us impôts convenus entre eux et la cour.

Ce parti fut nommé celui des politiques. If f avait à sa tête le duc d’Alencon , le roi de Na-

(l) Érection, en titre d’oifice, de Iq charge de colonel général des Suisses, en faveur d’un des fils du connétable Anne de Montmorency. Sancy, maître des requêtes, l’eut après lui ; ses successeurs furent le duc de Rohan , qui se démit en 1614 , Bassompierre , Coaslin , Schom-r berg, le comte de Soissons , le duc du jdainc, le comte d’Eu , le duc de Choiseul et le comte d’Artois,

CHARLES MAXIMILIEN. lit varre , le prince de Condé , les enfans du connétable de Montmorency , les ducs de Cossé, d’Epernon , de Nevers et le maréchal de Matignon. Parmi ceux qui le composaient , les üns étaient des hommes passionnés uniquement de la prospérité publique ; leurs exhortations auraient réussi <Jans des temps où l’esprit de factiou se trouvant en quelque sorte usé par l’excès des longs malheurs , les hommes sont capables d’entendre la voix de la justice et de la raison ; mais ils devaient échouer au milieu des agitations corrosives. Les autres étaient des ambitieux ; n’ayant pas trouvé à sc placer convenablement parmi les catholiques ou parmi les réformés , ils se jetaient dans le tiers parti , prêts à le trahir si leur intérêt l’exigeait. Ce parti , avec beaucoup de variation , subsista jusqu’au temps où Henri IV fut reçu dans Paris. Constamment ennemi des ligueurs , ce prince lui dut une partie de ses succès.

Ces projets restèrent secrets jusqu’au départ du roi de Pologne. Alors le dnc d’Alençon demanda hautement la charge de lieutenant général du royaume , possédée auparavant par son frère. La reine , Instruite tics plus se- ’crètes résolutions , prises par les chefs du parti politique(i) j était Jgcn éloignée d’accorder

(i) Davila, Guerr. civ. de Frauce, tom. 5.

II 2 HIST. DE FR., II e . P., L. IV. au duc d’Aleuçou un litre dont les attributions, augmentées parles circonstances , pouvaient le rendre maître de leiat et d’elle-même. Pour tromper son ambition , elle l’amuse de l’espoir de lui procurer une couronne comme elle cnt avait procuré une antre à son frère ; tantôt elle lui parlait de son prochain mariage aveu la reine d’Angleterre , dont j’ai fait mention plus haut, et tantôt elle lui promettait la souveraineté des Pays-Bas , soulevés contre le roi d’Espagne. Le duc d’Alençon s’aperçut bientôt qu’on le trompait. Ses liaisons avec les politiques devinrent plus étroites.

Médicis jugea qu’il était temps de les arrêter. Cette commission fut donnée au duc de Guise, D’après leurs plans , la maison de Lorraine devait rester sans crédit , elle avait donc le plus pressant intérêt de le rompre. Les ducs de Montmorency et de Cossé sont renfermés à , la Bastille. On veille avec plus d’attention sur les démarches du roi de Navavre et du prince de Condé, et on donne des gardes au duc d’Alençon qui venait de prendre le titre de duc d’Anjou. Le prince de Condé trouva Jç, moyen de s’évader et de se réfugier en Aile-*, magne. La cour publia la découverte d’uûe* vaste conspiration cont^ le roi j et pour lui donner plus de consistance dans l’opinion jm- • blique, elle se retira au château de Viucenucs.

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