‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 30 sur 101 · CHAPITRE xxxii · texte numérisé non relu

CHAPITRE xxxii

■ Gouvernement de la France sous ce règne.

Sous ce règne, l’atniral de CoKgny avait fondé une colonie française- à la Floride. Les Es-

pagmols croyaient sans doute posséder un droit exclusif sur tout le territoire américain. Ils surprennent les Français et les massacrent de sang»frotd dans un temps où la paix régnait entre les deux nations (r). Dominique de Gourgues , né en Gascogne , entreprit do venger les Français de Cette perfidie. Ayant Vendu sou bien en 1667, ^ équipe quelque?

(1) Relation manuscrite de l’expédition de Dominique de G onrgu*s, à la bibli®tbèquei impériale.

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’ vaisseaux , fait voile vers la Floride , attaque les Espagnols et met à mort ceux qui tombent sous ses mains. » t

Il trouya dans une forteresse un monpment de l’expédition espagnole. On lisait dans une inscription placée sur un poteau, que les babitans de l’ancienne colonie avaient été égorgés non comme Français , mais comme hérétiques. 11 grava sur le revers qu’il avait fait pendre ses prisonniers non comme Espagnols , mais comme des brigands et des assassins. Ce brave homme , à son retour en France , fut sur le point d’être livré à Philippe II par les Guise. 11 se réfugia en Angleterre. La reine (t) Elisabeth lui destinait le commandement d’une escadre lorsqu’il mourut. J V( Qu’il me soit permis de revenir une dernière fois sur ce règne malheureux. Deux siècles et demi se sont écoulés sans en effacer les affreux vestiges ; cependant parmi le bruit des armes, au milieu des factions acharnées à leur réciproque destruction , la nation devenait plus industrieuse; les productions étrangères conduites dans nos ports sur les.ailes du commerce , commençaient à être payées par des productions nationales. Les vaisseaux français voguaient sur l’Océan et la Méditerra-

(») La Popelinière. De» trois Moudes, liv. 2 .

CHARLES MAXIMILIEN. II7 née nous apportant des jouissances qui adoucissent l’amertume de la vie.

Si , pour tenir une place distinguée dans la postérité, il suffisait de produire un grand nombre de lois réformatrices , le règne de Charles brillerait dans les annales françaises. Mais est-il un homme assez peu instruit qui ignore, que les lois les plus sages sont promulguées dans les*temps de troubles ? Le sentiment des maux soufferts excite le regret des biens perdus ; on rassemble les moyens de mettre un terme à la misère publique. La différence entre un peuple qui dicte ses lois par un esprit de sagesse, et le peuple corrompu contraint par la nécessité à modifier sa législation à chaque instant, c’est que le premier observe de bonnes lois sans les multiplier, et que le second les multiplie sans les observer. La versatilité des édits décèle le vrai caractère du règne de Charles. Un roi ferme et vertueux fait exécuter les lois , et les exécute lui-même. Un mauvais roi s’affranchit de tout joug, presse le peuple avec une main de fer. Les lois par lui gravées sur l’airain avec un poignard au lieu de style , sont invariables. Un roi faible se . laisse entraîner par les circonstances , rend des édits contradictoires , approuve le lendemain ce qu’il avait improuvé la veille , et ne prend jamais des mesures certaines; tel fut le gouvernement do

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Charles. Ces perpétuelles vacillations , nonseulement opérèrent le mal présent de la France , mais oo leur dut la série de calamités qu’elle était destinée à parcourir. > ttfti Une déclaration de Charles prohibait la pua biication d’aucun livre nouveau sans l’approbation d'un censeur royal ; les contrevenans devaient être punis de mort et de la confiscation de leurs biens. La noirceur des libelles pullulant de toute part au sein des désordres , provoqua ce règlement tyttmnique j'il ravissait à l'homme instruit le privilège glorieux de produire au jour sa pensée aussi libre qu’elle nâquit dans sdn cerveau. Charles éprouva ce qu’éprouveront toujours les rois dont le gou+ vèruemenl inspire la haine ou le mépris. Oa cluda- séS ordonnances 5 l’irruption des libelles devint -générale “ -comment fermer toutes les bo riches? L’imprimerie s’enveloppait des mystères , travaillait dans l’obscurité, achetait à grands frais l’avantage de propager ia vérité , et faisait pâlir des ministres pervers. On se Servait de placards ; les vendeurs de libelles , connus SOus le nom de colporteurs , se multiplièrent. C'est toujours sous les méchans princes que cette classe de marchands de livres devient plus nombreuse et plus audacieuse ; était -ce l’impulsion de la vérité qui leur donnait ce courage? Les lecteurs et les professeurs royaux' avaient reçu des défenses

CHARLES MAXIMILIEN. II9 Je rien avancer de trop hardi sous peine de perdre leurs chaires.

. Une des folies capitales de ce siècle fut son entêtement pour l’astrologie judiciaire. Les enchanteurs , les nécromanciens , les devins, les bohémiens , les égyptiens , pullulaient en France , abusant de la crédulité des uns et servant la 'vengeance des autres. En vain on renouvela contre eux les lois pénales portées sous les règnes précédens, le penchant du siècle réagissait perpétuellement contre la loi. Catherine de Médicis ajoutait foi à l’astrologie judiciaire, comme tout son siècle. Elle avait consulté les faiseurs d’horoscopes sür la destinée de ses enfans. Nastradamus l’avait assurée que ses quatre fils seraient rois. C’était lui dire, en d’autres termes , qn’ils mourraient tous, d’assex bonne heure, sans postérité.

Pour détourner, le sens le plus- sinistre de eette prédiction, elle cherchait partout des couronnes étrangères pour ses enfans. 11 fut question de placer Henri III sur les trônes d’Alger ou de Tunis; la couronne de Pologne s’offrit, et on l’obtint. L’ambassadeur français, pour déterminer les suffrages , promettait tout ce qu’on voulait. Un historien polonais a écrit : « Si nous eussions exigé que les Français fissent un pont d’or massif entre la France et la Pologne, ils s’y seraient engagés.

Les enfans de Henri II passaient générale*

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1 574. ment, ponr incapables d’avoir des enfans. Cette

opinion servait l’ambition des Guise. Accréditant eux-mêmes le bruit de l’extinction prochaine delà branche des Valois, ils jetaient les vues publiques vers les avantages d’une nouvelle dynastie , intéressée à faire chérir son sceptre nouveau.

Attentifs à ménager la cour de Rome et la maison d’Autriche, ils s’appuyaient principalement sur le clergé. Leur projet formé de s’emparer de la couronne , laisse sur l'histoire de ce siècle une empreinte visible. Il fallait obtenir l’abolition de la loi salique : la religion protestante , professée par les princes de la maison de Bourbon , pouvait devenir le prétexte de cette abolition.

Les aïeux de Pepin-le-Bref et de Hugues Capet ne se conduisirent pas d’une autre manière que les ducs de Guise. De là leur attachement à la religion catholique ) et le zèle démonstratif pour le bien public dont ils couvraient leur ambition. Les Guise se faisaient adorer des peuples par leur générosité, et ils attendaient tout de cette idolâtrie. Jamais marche ne fut plus étudiée, ni mieux mesurée, pour s’approcher du trône.

Outre les rav âges affreux des guerres intest ines, pn doit au règne de*Charles, les extorsions fiscales dont les Italiens nous apportèrent le Hpau, Quand les hostilités civiles s’éteignirent

CHARLES MAXIMILIEN. 121 sous Henri IV , ces détestables inventions s’étaient enracinées chez un peuple jusqu’alors étranger à ces ruineuses subtilités. Le crime de poison nous vient encore de ces hommes dangereux qui entrèrent en France à la suite de Catherine de Médicis. Les mœurs de nos ancêtres étaient impétueuses , mais loyales. Les Florentins naturalisèrent parmi eux les forfaits des âmes lâches, les plus abominables de tous, parce qu’il est plus difficile de s’en garantir.

On remarque que , éous ce règne , les secrétaires d’état commencèrent à signer pour le roi (i). Villeroi ayant plusieurs fois présenté des dépêches à Charles , lorsqu’il voulait aller jouer à la paume : Signez , mon père , lui disaitil, signez pour moi. Eh bien , mon maître, reprit Villeroi , puisque vous me le commandez , je signerai. Hénaull observe encore que jamais tant de grands hommes ne parurent en même temps; il cite Alciat, Tiraqueau , du Tillet , Cujas , Ramus, l’Hôpital, Harlai , les de Thou, les Pithou, Gui-Coquille, Duranti, d’Espesses, Brisson, Dupuy, Loisel , Fabrot, Molé, le Févre , Gillet, la Guesle, Holman, le Maître. J1 eût pu citer bien d’autres grands hommes, mais en qualité d'homme de letlres, il a parlé des gens de lettres.

Çi)HénauU, abr. chron.,tom. 3.

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Charles (i), plusieurs jours avant sa mort, ayant déclaré sa mère régente jusqu’à l’arrivée de Henri III, les lettres patentes furent en* registrées le 3 juin ; elles s’exprimaient en ces , termes : « La reine a bien voulu accepter la régence aux instantes prières du duc d’ Alençon , du roi de Navarre , du cardinal de bouillon , et des présidens et conseillers au parlement. »

fi) Les princes et seigneurs de la cour quittèrent le renvoi du roi à l’église de Saint-Laiare ; il ne restai pouT l’accompagner jusqu’à Saint-Denis, que Brantôme, quatre gentilshommes de la chambre et quelques archers do la garde, tiénault , tom. 2 .

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