‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 35 sur 101 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Maladie de Henri III.

A u mois de juin , Henri III fut atteint d’une fluxion dans la tête. Français II était mort d’un apostume à l’oreille, qu’on disait provenue de poison. Henri III se crut empoisonné de la même manière, et regardait son frère comme l’auteur du crime. Convaincu de sa mort prochaine et inévitable, il envoie chercher le roi de Navarre ; il lui commande de se défaire de cç pririte , en s’efforçant de tout son pouvoir de lui persuader que ce méchant le ferait périr et tous les siens , s’il ne le prévenait incessammpnt. Les favoris du roi partageaient l'opinion de leur maître. Voyant passer le duc d’Alençon ils l’immolaient déjà à leur vengeance , par leurs regards meurtriers. Le roi de Navarre, en commettant ca pieurtre, pour obéir au roi, serait devenu héritier présomptif de la couronne 5 mais inca-r pable d’une semblable noirceur , il sut en

( 1 ) Mëserai, Hist. de France. Perefixe , Hist. d®

Hçnd IV.

même temps , par une conduite sage et adroite , éluder le commandement du roi, et empêcher qu’il n’en chargea un autre moins scrupuleux.

Henri III reconnut bientôt par sa guérison

combien il avait tort d’accuser son fi ère un

forfait abominable ; cependant, Une 1 en traitait pas mieux. Ses favoris lui manquaient chaque jour de respect , même en sa présence, lie seul Bussy d’Amboise se montrait attache au duc d’Alençon , alors appelé duc d Anjou, n résolut de l’assassiner aux portes du LotfW.

Perefixe pense même que l’ordre était donne d’assassiner en même temps le duc d’Anjou , s’il tentait de secourir Bussy d’Amboise. Ce prince , accablé de dégoûts, résolut de quitter la cour et de se mettre à la tête des reformes et

des politiques. , ' A

Ce dessein fut exécute le ï5 septembre ( 1 ). Le duc d’Anjou était venu avec une suite nombreuse au faubourg St.-Honoré, sous prétexte de rendre une visite à une femme dont il passait pour l’amant. Il entre publiquement dans sa maison , et tandis que sa suite l’attendait dans la rue, il sort par une porte du côté de la campagne. Ceux auxquels son secret était confie , avaient tout préparé pour son évasion. Il monte

V. (,) Mé®. de la reine Marguerite, liv. a. Mém- de Sully, liv. i. Mathieu, Hist.^ liv. 7 .

l36 H1ST. DÉ FR. , II e . P. , L. V. à cheval avec eux , et arrive à Dreux , ville de son apanage. Le lendemain , parut un manifeste pour justifier sa fuile. Il alléguait les traitemens indignes dont on avait usé envers lui et envers ses amis, retenus prisonniers sous des soupçons également injustes et frivoles.il conjurait tous les ordres de Tétât de se joindre à lui pour solliciter la convocation dos états généraux, dont l'autorité seule pouvait mettre un termo à l’oppression d’une infinité de citoyens, modérer les impôts excessifs, réformer les abus introduits dans l’administration de la justice , assurer à tous les Français la liberté de conscience , violée aussi souvent que promise, et rendre au royaume son ancienne splendeur.

De Dreux (i), où le duc d’Anjou n’était pas en sûreté, il marcha en diligence vers le Poitou. Les seigneurs les plus distingués des prov inces voisines , catholiques et réformés , se rendaient en foule autour de lui. Il fut reconnu lieutenant général de la couronne de France ; le projet des politiques commençait à se développer. Les villes où les réformés étaient les

(i) L’office de grand maître des eaux et forets, qui avait etc unique jusqu’à ce règne, est supprimé; sou. dernier titulaire fut Henri Clansse, seigneur de Fleuri. On créa Rfx maîtres généraux. Les eaux et forêts furent distribuées, dans. la. suite ^cn dix-sept département.

.a henri irrr ... 137

maîtres lui rendaient leurs hommages et lui offraient leurs secours. Le prince de Condé ne lui marquait pas moins do déférence ; réfugié d’abord en Allemagne , il se trouvait alors sur les frontières de France avec le prince Casimir des Deux-Ponts. Son armée consistait en huit mille cavaliers allemands , six mille fantassin^ suisses et près de dix mille Frauçais à pied ou à cheval.

Craignant que la lenteur de la marche d’une armée aussi nombreuse ne fut préjudiciable aux intérêts du duc d’Anjou , il avait détaché Guillaume de Montmorency , à la tête de quatre mille hommes, cavalerie et infanterie , avec ordre de se rendre auprès de ce prince par la route la plus courte. Ce détachement , attaqué auprès de Château - Thierry par un corps supérieur, commandé par les ducs de Guise et de Mayenne, Armand de Biron et le comte de Retx , éprouva un échec. Cependant , l'habileté de Guillaume de Montmorency , réparant celte perte ,par une marche audacieuse, toute l’infanterie et la plus grande partie de la cavalerie parvinrent auprès du duc d’Anjou.

Le due de Guise ayant été blessé à la joue gauche dans ce combat, porta, durant toute sa vie , le surnom de Balafré.

Henri avait commencé la guerre sans savoir quelles étaient ses ressources. Use trouvait à la merci de ses ennemis. Dans cette extrémité ,

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i 5 yS. ayant rendu la liberté (i) aüx maréchaux de Montmorency et de Cosse , il résolut de les employer pour porter aux princes des paroles d’accommodement. Le moment n’était pas favorable. Charles Dupuy de Montbrun , un des plus raillans capitaines réformés , ayant été fait prisonnier dans un combat, le parlement de Grenoble lui fit couper la tête comme rebelle. Depuis lors dans toutes les provinces les réformés refusaient de traiter avec le roi. Médicis, se flattant de surmonter ces obstacles , s’était rendue au château de Champigny ( 2 ) , en Poitou. Les , maréchaux de Montmorency et de Cossé l’accompagnaient ; sure . que rien n’était propre à persuader le duc d'Anjou comme les observations de ces deux guerriers (3) , soutenues par les Caresses d’une mère et par les artifices dont elle se servait admirablement dans ces sortes d’occasions. Catherine obtint une suspension d’armes pour six mois , durant lesquels elle pensait que l’armée

(1) Henri haïssait mortellement le duc de Montmorency jusque-là, qu’il commanda un jour à Souvrai da le faire étrangler dans sa prison après avoir répandu le bruit qu’il était mort d’une courte maladie. De Thou , liv. 61.

(2) Mém. du duc de Nevers. Mém. de la reine Marguerite.

( 3 ) De Thon , liv. 61.

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allemande et suisse se dissiperait et que le duc

d’Anjou , dont elle connaissait la faiblesse , adopterait les arraugemens qui lui seraient

suggérés. v . } , r .

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