‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 36 sur 101 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Trêve entre les catholiques et les protestons. Te roi de Navarre quitte Paris et rétracte l’abjuration de la religion réformée, par lui Jaite, après la journée de la Saint- Barthelemi.

P ar cette trcve , on accordait pour place de* sûreté , la ville de Mezières aux princes de Condé et des Deux-Ponts , et on leur donnait cinq cent mille francs, à condition que leurs troupes ne s’avanceraient pas en France au-delà de cette place. On mettait en dépôt , entre les mains du duc d’Anjou, Saumur, Angouléme, St.-Jean d’Angely, la Charité , Niort et Bourges. Le roi promettait d’entretenir, pour la garde de ce prince , deux cents hommes d’armes , cent arquebusiers et cinquante suisses. 11 était enfin convenu , que les députés des églises réformées et les principaux chefs des politiques , s’assembleraient à Paris au mois de janvier puivant , pour conclure une paix définitive.

Cette trêve fut publiée le 20 décembre; ï» reine mère revint à Paris , laissant auprès du duc d’Anjou , le comte de Montpertsîer et le duc de Montmorency , pour l’entretenir dans des dispositions pacifiques. Les conférences commencèrent àu mois de janvier. Le* pfo* testons et lespolitiques, persuadés que les offres de la cour tendaient uniquement à les désunir, et à les immoler lorsqu’ils auraient posé les armes, se rendaient très-difficiles sur les conditions dq traité. On n’avait pas trouvé l’argent promis pour solder les troupes allemandes et suisses , et ces troupes , au lieu de se séparer , menaçaient d’entrer en Bourgocne. La reiné mère n’était pas à sé repentir d’avoir commencé cette guerre funeste. '

On gardait à vne le roi de Navarre. Tous sè£ anciens serviteurs , soigneusement écartés de lui , étaient remplacés par des officiers attaché* à la reine mère. C’étaient autant dèsunrcillans, chargés de répondre de ses actions. Catherine de Médicis lui promettait la charge de lieutenant général du royaume , pour l’empêcher de réunir ses intérêts à ceux du duc d’Anjou. Elle cherchait à l’amuser jusqu’à la conclusion de la paix. Le prince en fut instruit. Un nouveau, mécontentement se joignant à ceux qu’il dévorait depuis long-temps, il résolut de sortir de Paris et de se réfugier dans ses états.

Son dessein ne fut confié qu’au capitaine

HENRI III. I 4 t

d’Aubigny et à Armagnac, son premier valet ^ ^ tle chambre. Feiguaut une partie de chasse vers Senlis , il SQrtit de Paris le a3 février (t).

Des prétextes furent trouvés pour écarter les gardes. Henri et ses compagnons passèrent la Seine au-dessous de Poissy 5 puis , évitant les grandes routes, ils se rendirent eu toute diligence à Alençon. Passant ensuite la Loire sur le pont de Saumur , ils arrivèrent en Guienne avec tant de célérité , qu’ils précédèrent Je bruit de leur évasion.

On ignorait eu Guienne si le roi de Navarre venait enqualité d’ami oud’ennemi de Henri HL Ï 1 profita, avec une promptitude incroyable, de l’impression faite par son* arrivée. Joignant en qualité de gouverneur de Guienne , la force à la ryse, il se rendit maître des principales places, appela auprès de lui les serviteurs de .sa mère , et se vit à la tête d’une armée. Alors, cessant 4 de feindre , il rétracta publiquement l'abjuration de la religion réformée , par lui faite quatre ans auparavant , pour éviter uue mort cruelle dont il était menacé (a).

A la nouvelle de l’évasiouduroi de Navarre, le priuce de Condé , rompant la trêve , pénétrait en Bourgogne. Le duc de Guise n’était

(») Mathieu, Hist., liv. 7.

(2) Mathieu, Hist, Jiv. 7.

pas entièrement guéri de sa blessure ; il avait cédé le commandement de l’armée royale au duc de Mayenne, son frère. Condé traversa les environs de Langres ( 1 ) , de Dijon , de Bcaune, passa la Loire à Marcilli et s’étendit entre cette rivière et l’Ailier. Le duc de Mayenne n’osa jamais s’approcher de l’armée de Condé de plus de deux marches. Les conférences pour la paix s’étaient rompues; le duc d’Anjou s était rendu dans le Bourbonnais avec les principaux chefs des politiques. Il y fut joint par le prince de Condé au commencement de mars. Son armée montait alors à trente-cinq mille combattans.

Elle pouvait s’approcher de Paris , sans que Mayenne fût en état de retarder sa marche ; 1* çour se vit contrainte de faire la paix , aux conditions qu’on voudrait lui dicter.-La reine mère voulut négocier elle-même cet accommodement. Elle vint au camp (a) du duc d’An*' jou , dans les premiers jours de mai , et après quelques légères contestations , on accorda toutes les demandes faites par les chefs des politiques et desprotestans.Cefut le cinquième édit de pacification, rendu depuis les troubles civils. 11 contient soixante - douze ar-

• (1) Miserai , Abr. chron. , tom. 3 .

(2) Mém. do la reine Marguerite.

ticles (i) ; Ja mémoire de Coligny , de Montgommeri , de Monlbrun et des autres réformés condamnés à mort, durant ies hostilités, pour cause de rébellion , était réhabilitée. La liberté de conscience fut accordée, et l’exercice public , de la religion réformée , permis dans toutes les provinces , excepté à deux lieues de Paris et de la cour. On créa des chambres mi -parties de catholiques et de protestans, • dans les parlemens de Paris, de Toulouse, de Grenoble , d’Aix , de Rouen , de Dijon et de Rennes.

Henri III, désavouait la (a) Saint-Barthelemi, à laquelle il n’avait eu que trop de parts. U exemptait des impositions , pendant six ans , les enfans des réformés immolés durant les massacres (3). Les réformés étaient déclarés capables de posséder toutes les charges , offices et dignités du royaume. On assignait au duc d’Anjou, pour son apanage, le Berry,

, " * 1 . jt> *

( 1 ) Il fut donné à Paris au mois de mai i5jô. Mém. de la reine Marguerite.

(a) De Thon, liv. 63. Mathieu, liv. 7 .

(3) Un des articles de l’édit de pacification portait que les prêtres et les moines qui s’étaieut mariés , ne pourraient être inquiétés pour ce sujet, et que leurs enfans seraient légitimes. Cependant on trouve, dans la bibliothèque impériale, des légitimations de ce temps-là, ce , qui prouve qu’on croyait eu avoir besoin , malgré l’édit-

144 HlST - DE rie y il c . ï-, t. v. .

l’Anjou et la Lorraine. Le prince de Condé recevait le gouvernement de Picardie et, pour sa sûreté particulière y la ville de Péronne. Le prince d’Orange obtenait la restitution de ses biens , en France , confisqués sous prétexte de rébellion. Les réformés conservaient leurs places du sûreté , on y ajoutait Beaucaire et Aigues-Mortes en Languedoc , Périgueüx et le Mas-de-Verdun en Guienne, Nyon et Serres en Dauphiné, Yssoire enAuvergue, et une petite place en Provence. On accordait au prince palatin, Casimir, la principauté de Château- Thierry, quarante mille francs de pension , une compagnie de cent lances , et douse cent mille ducats , pour reste de solde de l’armée allemande- •- r t

Casimir fit porter en triomphe , dans Htitdelberg , au bruit des fanfares guerrières , les dépouilles de la France (i), sur des chariots traînés par des boeufs dont on avait doré les cornes. Enfin il était convenu d’assembler , dans six mois , les états généraux , pour présenter tous les griefs des provinces de France et délibérer sur les moyens de rétablir la prospérité générale, après de si longues secousses. Le parti politique avait insisté sur cette convocation dans l'espoir de régler Ife gouver-

(i) Mathieu , Hist. , liv, 7.

HENRI TIÎ. 145 ^

neinent sur des bases moins versatiles. La cour " l’accordait, comme une ressource , pour annuler les promesses qu'elle venait de faire et dont elle songeait déjà à s’affranchir. Henri , après avoir ratifié ce traite, vint, le 14 mai : , tenir un lit de justice au parlement de Paris, et l’y. fit enregistrer, r ■ •.

Cette paix eût été l’objet de l’allégresse publique, si Henri 1 IJ l’eût publiée à sou entrée en France , en rejetant les malheurs passés sur l'inconduite de ses prédécesseurs ou de leurs ministres. Elle ne contentait alors ni les catholiques , ni les protestans. Les passions irritées rejetaient tout cons'eil modéré, Les uns prétendaient avoir trop accordé , les autres n’avoir pas assez obtenu. Le temps devait consumer les humeurs viciées qui fermentaient dans l’état , où une faction devait écraser l’autre , avant que la tranquillité se rétablît en France. -

Pour comble de maux , le parlement ébranlait lui - même cette pacification douteuse et* équivoque. De Thou rapporte que le parlement de Paris , en enregistrant ce cinquième édit , régla, par un arrêté secret 1 , des modifications dont on ferait usage en l’exécutant.

Ces arrêtés secrets , dont la force contrariait les lois publiques , sont attestés par un trop grand nombre de monutnéns historiques. Les réformés, comme Jes catholiques, en avaient

1 àjti.

Tom. II j a e . pari.

connaissance. En conséquence , les esprits n'osaient se rassurer sur la foi des traités. La rage, l’injustice , la violence se montraient de toute part. La confiance , ce premier lien des hommes et des choses , n’existait plus} quelques instans de repos loin d’apaiser les passions exaltées , irritaient au contraire la haine, l’ambition, le fanatisme.

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