CHAPITRE VII
> Naissance de la lieue.
L E dernier traité de paix , étant regardé comme un opprobre pour tous les catholiques zélés , et même par tous les parlemens , cette opinion fortement prononcée doit être considérée comme une des principales causes des confédérations auxquelles fut donné le nom général de Sainte-Ligue. Le président Hennequin -, un conseiller au Châtelet, nommé la Bruyère, et son père, parfumeur sur le Pontau-Change , alors couvert de deux rangs de maisons abattus de nos jours , enflammèrent les premiers ce phosphore moral. On fît courir, parmi les bourgeois de Paris , les plus zélés catholiques, des billets contenant un projet d’association ( 1 ) pour protéger la religion , le roi et la liberté de l’état, c’est-à-dire , pour opprimer à la fois le roi et l’état par les armes du fanatisme. Le plan de cette association avait été tracé, en i568, par le cardinal de Lor-
(1) Mainbourg, addit. à l’Hist. delà ligue. La Po— pelinière, Hist,
l5o HIST. DE FR. } II». p. , L. Y.
raine. Castelnau, dans ses mémoires, traite ce fait de bruit public, auquel il ne faut pas ajouter foi (i); mais ce plan se tVouve dans les manuscrits de la bibliothèque impériale , où chacun peut le consulter.
Henri, duc de Guise, qui le mit à exécution, possédait, dit-on, toutes les grandes qualités de son oncle et de son père, avec une ambition en même temps plus artificieuse et plus soutenue. On vantail surtout sa générosité dont il n’avait pas donné un grand exemple , quand il foula aux pieds le corps de Coligny jeté par les fenêtres de sa maison sous ses yeux et par ses ordres.
Guise se trouvait dans une circonstance extrêmement favorable. Le roi étant associé à une confrérie de pénitens, ces confréries pullulaient de toute part. Les confrèreb Se réunissaient à certains jours de dévotion ; ce fut d’abord sous le pieux prétexte d’apaiser par des formules religieuses, la colère du ciel. Us profitèrent bientôt de cette liberté pour tenir des assemblées politiques ( 2 ). Le but ostensible
- fr) Le Laboureur, 'continuation des mém. de Castelnau.
/ (a) Le cardinal de Lorraine avait conçu le projet de
la ligue au concile de Trente. La rautt de son frère, François , duc de Guise, l’avait suspendu,; il le reprit
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«tait de pourvoir aux frais de ces sociétés religieuses, de payer les prêtres desservans , de décorer les chapelles ; ces prêtres ne manquaient pas de discourir sur les affaires présentes et de déplorer les progrès de l’hérésie. De ces plaintes, de ces observations, on passait à la optique des opérations du gouvernement.
Sous le précédent règne } le gouvernement s’était vu forcé de dissoudre plusieurs de ces aggrégations , devenues redoutables : les ordres donnés h ce sujet n’avaient pas été exécutés. Les confréries se maintinrent en tenant une conduite plus prudente ; mais , sous la protection de Henri 111 , elles exercèrent une espèce de censure sur les opinions religieuses. La dernière pacification devenait le sujet ordinaire de l’animadversion des pieux confrères. 11 ne fut pas difficile aux moines et à d’autres émissaires , plus rusés et mieux informés des vues secrètes des chefs de la faction des Guise \ de proposer un projet d’association générale , merveilleusement en rapport avec les pieux desseins, pour lesquels les catholiques tenaient de toute part cessortesd’assemblées.'
Jacques d’Humière*, gouverneur de Péronne,
lorsque son neveu Henri fut en âge d’y prendre part , et sa mort n’empêcha pas le duc de Guise de l’exécuter. Hénault, Abr. chron.
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de Mouti-Ddjor et de Roye , donna le premier a la ligue,, en Picardie , une forme politique, assujettie ù des règles constantes. Des raisons particulières le rendaient ennemi du prince de Coudé. 11 était intéressé à ce que ce prince ne fii t pas mis en possession du gouvernement de Picardie et de Péronne, ce qui l'eût dépouillé de son commandement. Dans cette vue , profitant des assemblées de confréries , leuuesdans celle ville comme partout ailleurs, il exhortait les Jiabitans à ne pas souffrir que leur ville devînt la place d armes d’où les hérétiques porteraient Je fer et le feu dans la Picardie. 11 leur faisait envisager le jour où Condé entrerait dans Peronne comme le dernier de leur liberté.
Leurs femmes et leurs enfans allaient être en proie aux violences des calvinistes. Enfin , il ajoutait que Condé en demandantPéronne avec tant d instance, u avait d’autres vues que d’en faire son dernier asile, lorsque la fortune le réduirait aux dernières extrémités, et peut-être de la liyrer aux Anglais.
Ces raisons spécieuses séduisirent les habttans de Péronne ; ceux de Roye , de Mont-Didier et deDourlens, leurs voisins, se trouvant dans les mêmes dispositions , ou convint de se liguer pour empêcher le prince de Condé de prendre possession de ces villes et même du gouvernement de Picardie , et en même temps po ( ur veiller au maintien et a la conservation !
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de la religion catholique. La ligue fut signée publiquement dans Péronne par les nobles , les prêtres et les bourgeois des principales villes de Picardie (i).
Les catholiques de Champagne et de Bourgogne entrèrent bientôt dans l’association. Louis de la Trimouille , duc de Thouars , y porta la noblesse de la Touraine et du Poitou; d’autres provinces y entrèrent dans la suite , mais ce fut à Paris où ses progrès devinrent les plus rapides.