CHAPITRE VIII
Obligations contractées par les ligueurs en entrant dans l’association.
En entrant dans l’association , chaque ligueur souscrivait un acte conçu en ces termes : Au nom de la Sainte-Trinité , les princes, les seigneurs, gentilshommes et bourgeois catholi- ,ques (2)sesont ligués premièrement, pour travailler à rétablir la loi de Dieu dans son premier état , et la religion dans la forme et les cérémonies prescrites par l’église romaine ; secondement, pour la défense du roi et de ses succès-
(j) Maiubonrg, Hist. de la ligue.
. ( 2 ) Daniel , Hist. de France , toro, 6.
seurs, et pour la conservation de l'autorité royale , suivant les articles qui seront présentés à Henri 111 par les états généraux ; troisièmement , pour procurer à toutes les provinces du royaume la restitution de leurs anciens droits.
« Si quelque personne > et pour quelque cause que ce puisse être* s’oppose aux objets dont on vient de convenir, tous les confédérés seront tenus de sacrifier leurs biens et leur existence même , pour en maintenir l’exécution.
Si des membres de l’union ou leurs amis sont inquiétés pour être entrés dans la ligue , tous seront obligés d’employer leur personne et ' leurs moyens pour en tirer veugeance par ia voie de la justice ou par celle des armes. S’il arrivait que des confédérés , après s’être engagés par serment dans celte ligue , voulussent s’en départir sous quelque prétexte qu« ce fut ces parjures seront poursuivis comme ennemis de Dieu , traîtres à leur patrie et perturbateurs du repos public. a ; /
» Chaque associé jurera d’obéir aveuglément . „ au chef choisi par tous, de le suivre à la guerre, • de l’assister de tout son pouvoir durant la paix pour le maintien de la ligue et pour la ruine de ceux qui s’y opposeront, sans exception de personnes. Les contraventions aux ordres du chef de l’union seront punies suivant Ses ordonnances , auxquelles chacun des confédérés sera tenu de se soumettre. Tous les catholi-
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ques, dans les villes et dans les campagnes , i3 „ 6
seront secrètement invités par les gouverneurs ou les magistrats du lieu, d’entrer dans l’union , de concourir à ses progrès en fournissant des hommes, des armes ou d’autres ressources, suivant leurs moyens.
» Il est défendu aux associés d’entrer en procès les uns avec les autres , sans la permission du chef, à l’arbitrage duquel on remettra tous les différends. Enfin, tous seront obligés de prêter le serment qui suit: «Je jure, sous peine d’excommunication et de damnation éternelle , que je suis entré dans cette sainte ligue catholique , dans les vues et sur les motifs contenus dans l’écrit précédent ; mon dessein est d’y remplir fidèlement tous les emplois qui m’y seront confiés. Je promets,. sur mon ame et sur mon honneur, d’y persévérer jusqu a la mort j de n’y contrevenir sous quelque prétexte qui puisse se présenter» et malgré tous les ordres contraires que je pourrais recevoir ».
Malgré l’artificeavec lequel on avait fabriqué ccl écrit, son esprit était évidemment de transférer l’autorité royale au chef de la ligue. Ce chef n’était pas expressément nommé , maison désignait hautement le duc de Guise} ce duc et ses deux frères, répandâieul cet écrit avec profusion , et multipliaient les signatures , en cachant avec soin leur projet secret de s’emparer du tt-<5ne. La plupart de ceux qui s’en-
l56 H1ST. DE FR., II*. P., L. V.
gageaient dans celte cabale en ignorait le véritable but. L’esprit de faction, inspiré par les guerres civiles , le zèle pour la religion et l’amour de la nouveauté multipliaient à l’infini ses partisans : il se formait un empire dans l’empire , Henri 111 n’en était plus le modérateur.
Toute institution publique ou particulière ne se soutient qu’avec de l’or. Les Guise n’osaient en demander aux associés ; premièrement , parce qu’il était difficile défaire payer un impôt de cette nature, sans moyens coercitifs , etensuite pour ne pas éveiller la défiance. Les Guise négociaient secrètement à Rome pour mettre la ligue sous la protection du pape, ce qui lui eût assuré une consistance poli tique , et à Madrid pour se procurer de l’argent. Le pape »
indigné de l’édit de pacification , voyait avec plaisir les mesures prises par les ligueurs pour en arrêter les effets. Philippe II craignait que la cour de France n’eût des vues sur les Pays- Bas , et que pour occuper ailleurs l’activité des protestans , on ne leur permît de suivre le duc d’Anjou dans ces provinces. Voulant rallumer en France la guerre civile, il promit aux ligués les plus abondans secours (i).
Nicolas , cardinal de Pellevé , attaché à la maison de Guise , était à Rome l’agent de
(i) Strada de Bçllo Bclgico , liv. 8,
l’union catholique de France j il n’obtint du saint père que des vœux inutiles ; niais la cour de Madrid, envoyait non-seulement les subsides dont on avait besoiu pour lever des troupes , mais elle promettait une armée auxiliaire dès que la guerre serait commencée contre les protestans.
Henri 1TI et la reine mère se voyaient, avec effroi , environnés parun parti dont ils n’étaient pas les maîtres. D’un autre côté , le roi de Navarre et le prince de Condé ne pouvaient plus compter sur une paix qu’il n’était pas au pouvoir du roi de maintenir. Ils reprennent les armes. Condé s’empare de Cognac , de St.-Jean d’Angely , de Brouage , de Talmont et de presque toutes les places aux environs de la Rochelle. Les protestans étaient publiquement insultés dans plusieurs, grandes villes. Le cardinal de Bourbon , archevêque de Rouen , accompagné de Claude de Saintes , évêque d’Evreux , et de plusieurs conseillers au parlement , était venu avec une nombreuse escorte de gens armés , au temple protestant de celte ville ; il chassa le ministre de sa chaire, y monta lui-même , et mêlant dans son discours les menaces aux exhortations , il dissipa l’assemblée après lui avoir ordonné de le reconnaître pour son unique ( 1 ) pasteur.
( 1 ) Daniel, Hist. de France, tom. 6.
Le roi de Navarre était maître de toute la Guienne , à l’exception de Bordeaux. Il essaya d’imiteif la conduite du duc de Guise et de réunir tous les réformés de France , pour ne faire qu’un seul corps. Les députés des églises tenaient un synode national dans la Rochelle ; se transportant dans cette ville, il dévoile devant l’assemblée le véritable projet de la maison de Guise. Les commissaires des églises, convaincus qu’une concentration générale et simultanée de tous leurs intérêts pouvait seule les garantir d’une ruine certaine, proclamèrent le roi de Navarre chef et protecteur des réformés de France , et le prince de Condé son lieutenant général ; on promit d’obéir ponctuellement à ces deux princes et de leur procurer tous les secours d’hommes et d’argent dont on pourrait disposer.
Henri , roi de Navarre , déployant cet art séducteur de manier les esprits qu’il tenait de la nature, et dont le développemenlcontribuà autant que sa valeur à le porter sur le trône dd France , obtint bientôt l’autorité la plus absolue dans son parti. Les catholiques domiciliés dans les villes soumises aux réformés , lui étaient affectionnés autant que les réformés eux-mèmes. Son conseil se composait des hommes les plus éclairés et les plus intègres. Les catholiques exerçaient leur religion sans aucun empêchement. Henri avait même rétabli
l’exercice public de ce culte dans le Bearn, d’où sa mère l’avait banni. Ces actes de modération et de justice lui gagnaient le cœur des peuples, accoutumés à porter une haine mortelle aux autres chefs de parti. Son autorité fut interposée avec succès auprès des magistrats de la Rochelle , pour accorder aux catholiques une église dans leur ville. Par celle conduite adroite , il atténuait les efforts des Guise pour le rendre odieux , en le présentant , en qualité de relaps et d’apostat , comme l’ennemi le plus dangereux de la religion catholique.