‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 40 sur 101 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Premiers étq,ts de Blois.

He n ri III avait promis ,par un article de la dernière pacification , d’assembler prochainement les états généraux. Son autorité sa trouvant ébranlée par les ligueurs , il n’était pas le maître de manquer à sa parole. Les états furent convoqués pour les premiers jours de décembre, si l’on peut donner le titre d’états généraux à une assemblée presqu’uniquement composée de personnes liées aux Guise par leur serment. On ne pouvait choisir , pour

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tenir celte assemblée , aucune ville qui n'eùt été teinte du sang français , versé sous le règne précédent. La Cour préféra la ville de Blois , non loin d’Orléans , où le prince de Condé avait été arrêté et condamné à mort seize ans auparavant , et plus près encore d’Amboise , où les Guise avaient tiré une vengeance si terrible de la conjuration tramée contre eux.

L’influence des ligueurs avaient banni des états non-seulement les protestans , mais les catholiques du parti politique. Le roi de Navarre et le prince de Condé protestèrent publiquement contre le manège perfide employé dans les électionà. Il en résulta que plus du quart de la France ne fut pas représenté à Blois.

Henri et sa mère arrivèrent aù château de Blois le io novembre , et les états s’ouvrirent, le 6 décembre suivant (i), dans la principale salle de ce château. La séance fut remplie par deux discours, l’un prononcé parle roi , le second par le chancelier de Birague. De Tbou nous apprend que le discours du roi était de lacorm position de Morvilliers , évcque d’Orléans. ( 2 ).

| (1) DeThou,liv.*67. Bodin, journal des états de Blois.

(a) Il se trouve dans le recueil général des états de Toussaint Guinet. .

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Henri et la reine mère s’aperçurent bientôt que l’assemblée était à la disposition des Guisa. Êllenepouvaitsanctionnerles arrêtés des différentes associations , dont plusieurs plaçaient ouvertement le duc de Guise à la tête de. lit ligue. Le roi crut faire un Coup d’état , en se déclarant lui-même chef de cette association.; «rats avant de prendre ce parti extrême, ce prince*, par une Conduite inconcevable , avait entrepris d’engager le roi de Navarre et le prince cfe Gondé à ne pas s’opposer à la destruction de •la religion protestante , professée par eü*. X/archevêque de Vienne , le baron de Rubenpré (i) et le trésorier de France , Ménager , furent chargés de cette singulière négociation auprès du roi de Navarre. On envoya d’autres députés du jîrince deCondé( 2 ). l.es mémoire^ de Nevers nous ont transmis l’instruction donnée à ces négociateurs ; de Thou en parle aussi dans son histoirc.il nous apprend qu’elle fut rédigée par Arnaültde Pontalc , évêque de Baias(3). J ‘ :i, t

Dans cette longue et Vàiiie instruction se

(1) Essai sur les comices de Rome, de France et

d’Angleterre, tom. 2 , .

( 2 ) L’évêque d’Autun , le baron de Montmorio, et Pierre Rat ^président de Poitiers.

(3) Mém. de Nevers, tom. î. De Tbotr, liv* 6f,

Tom. Il, a e . part. u

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~~~Z trouve encadrée celte phrase devenue l’ori- ' ' gine du grand pouvoir , dont les parlement s’investirent depuis cette époque : Les rois ne peuvent ordonner , pour les règlemens du royaume , qu’ autant qu’il serait selon la raison et les lois d’icelui ; d’où vient qu’il faut que tous les édits soient vérifiés et comme contrôlés en cours de parlement , avant qu’ils obligent d’y obéir. Lesquels parlemens combien qu’ils ne soient qu'une forme des trois états j réduite en petit pied , ont pouvoir de suspendre , modifier et refuser lesdits édits.

Henri , roi de Navarre , donna audience,

1 577. dans Agen, aux députés des états de Blois (1);

et après avoir écouté la longue harangue de Pierre de Villars , archevêque de Vienne, il lui répandit que , si les maux de la guerre étaient extrêmes comme les états en convenaient eux-mêmes , ils pouvaient aisément l’éviter, en maintenant de bonne foi la paix dont les catholiques et les protestans avaient juré l’observation. « Il est fort aisé , ajouta le roi de Navarre, de discourir sur l’avantagede l’unité de religion dans un empire \ mais l’expérience doit -avoir prouvé le danger de vouloir gêner les consciences. J’ai été élevé dans la religion reformée, je la crois bonnes la vio-

(1) Journal de Bodin. Journal du duc de Ne vers.

HENRI, III. l6S

lence ne saurait me convaincre du contraire* Tous réformés pensent comme moi 5 dans les pajre où nous sommes les maîtres , nous ne violentons pas la conscience des autres ; qu’on nous traite de la même manière 3 nos vœux sont pour la paix , mais nous ne lui sacrifie^rons pas noire religion ; proposez - nous des choses plus r£Ôsonnables , je les adopterai volontiers. Je vais tenir, daus Montauban, une assemblée générale des réformés ; je demanderai les pouvoirs nécessaires pour conclure un accommodement j ne soyez cependant pas surpris si je reste sous les armes 3 menacé par des ennemis qui , avec ou sans l’agrément du roi j conspirent ma perte et celle de tous ceux qui professent la même religion que moi 3 mon devoir est de veiller à leur sûreté et à la mienne. »

Coudé tint une conduite différente. 11 reçut les envoyés avec de grandes démonstrations d’amitié et les égards les plus flatteurs 3 mais il refusa de les reconnaître en qualité de .députés des états généraux. Il déclara nettement aux négociateurs que ce titre ne pouvait appartenir à une assemblée où manquaient les représentai d’un grandinombre de villes et même de plusieurs provinces entières 3 et encore moins à une assemblée dont les délibérations tendaient à violenter les consciences et à attenter à la souveraineté du roi , pour corn-

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tenter l’ambition d’une famille étrangère , assez inconsidérée pour porter ses vues jusquip la couronne de France; je ne saurais considérer un pareil rassemblement , ajouta ce prince» que sous l’aspect d’un conventicule d’hommes subornés par les perturbateurs du repos de la France ; il m’est donc impossible d’ouvrir ses lettres , ni de donner une audience diplomatique à ceux qui les représentent.

Ou avait envoyé d’autres députés au maréchal de Damville-Montmorency , gouverneur du Languedoc et chef du parti politique ; il les reçut avec beaucoup d’honnêteté , remercia le roi et les états de l’honneur qu’ils lui luisaient, et observa qu’il ne pouvait séparer ses intérêts de ceux des réformés , dont il connaissait les dispositions soumises et paciGques , pourvu qu’il ne leur fût fait aucune violence.

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